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vendredi 14 septembre 2012

A pisser contre le vent, on mouille sa chemise...

Il y a un malaise, pas de doute. Pourtant, selon la légende tenace, le ministre des affaires étrangères turc, Ahmet Davutoğlu, ne dort pas; chez lui, je veux dire. Un avion décolle, descend, se pose, et le voilà. Toujours dans les airs. A force, on parle de tête en l'air, de doctrine d'air ou de trou d'air, c'est selon. Et le Sieur n'est pas n'importe qui hein, il a écrit des livres et articles sur ces questions; un universitaire, ma parole. Mettre un spécialiste à la tête d'un ministère, pour une fois que c'était une bonne idée, voilà le résultat. Ma pauvre abeille !

Le "professeur" (hoca) comme on l'appelle, est visiblement à bout de souffle; c'est que ses "réalisations" sont au revers de ses aspirations. "J'aurais bien voulu t'voir !", je sais, la critique est facile, l'art, difficile. Certes. Mais la tangibilité, disons, du tâtonnement de l'entreprise est telle que la critique actuelle ne semble pas être un tic d'opposant primaire.  C'est un constat : les déconcerts se multiplient et le "zéro problème" avec les voisins n'a plus lieu d'être puisque plus de voisin...

On vient de loin. Il y a encore quelques mois, la Turquie était, à ses dires, un État "policy maker", un pays qui oriente, qui inspire, qui assure un ordre, "order setting". Oh yeah ! Les Turcs le crurent évidemment, c'était poétique et tonique. A peine arrivé au ministère, il avait séduit car il avait déclaré avoir fouillé les tiroirs pour trouver un dossier sur un petit pays perdu de l'Afrique, histoire de tisser des liens, ça pouvait servir un jour. On ignore si cela a contribué à quoi que ce soit; en tout cas, celui qui disait siffler les hommes et les fins de récréation dans sa zone d'influence, se retrouve, aujourd'hui, cerné par toutes sortes d'interrogations. A-t-il encore une ossature, une vision ou navigue-t-il à vue ? A-t-il anticipé les événements ? Quand va-t-il démissionner, au fait ? Voilà où il a abouti...

C'est que ça ne va fort sur aucun front. Le vice-président de l'Iraq se fait condamner à mort par contumace, c'est la Turquie qui l'héberge; Maliki n'est plus, du coup, un pote. Les rebelles syriens sont déjà là; Assad n'est plus bien en cour. Israël serait, enfin, sur le point de présenter les excuses mille fois demandées, mais maintenant c'est Erdogan qui boude. L'Arménie, toujours en train de demander une place pour ses vieilles valises. La Grèce et "Chypre du Sud", toujours en train de soutenir tout ce qui peut enquiquiner la Turquie. L'Azerbaïdjan devient un allié stratégique et signe une foultitude d'accords mais refuse toujours de supprimer les visas et de reconnaître Chypre du Nord. Et pour comble d'ennui, avec l'Iran, la concurrence séculaire a atteint son acmé avec les menaces du chef d'état-major puis l'arrestation d'espions. L'Iran, oui, cet ingrat qui casse du sucre sur le dos de celle qui le soutint mordicus sur le dossier nucléaire.

Résultat : les mauvais calculs du Professeur sur le dossier syrien ont conduit à une résurgence des attaques du PKK. Il ne manquait plus que cela; les réfugiés sont plein les tentes, les Kurdes radicaux sont en quasi-insurrection et les bombes refont la une de l'actualité. Et cet entêtement à défier la Syrie alors que le pays est une poudrière confessionnelle verdit les moins catégoriques. La prospective a fait défaut; puisque, il faut le rappeler n'est-ce pas, au ministère des affaires étrangères, on ne trouve pas, normalement, de gens affolés; de ceux qui ont le coeur dans la bouche. Là-bas, on réfléchit et on prévoit. On ferme des portes, on ouvre des fenêtres. On vulcanise, sans doute; mais on fait dans la dentelle. D'où deux ministères distincts : celui de la diplomatie (affaires étrangères) et celui de la guerre (défense). Le premier, en théorie, ne brûle pas ses vaisseaux, à la première occasion. D'autant plus que le pays en question était un "allié stratégique" il y a encore deux ans...

C'est qu'il y a LA grande question : nos intérêts ou les valeurs ? "Les" valeurs, oui; pas forcément, les nôtres. Celles des autres, des "nations civilisées". Tout le monde rêve et c'est bien, mais il faut qu'il y ait, dans un pays, une caste qui a les pieds sur terre ou qui se dévoue à faire le rabat-joie : les diplomates. "Si on prend position contre la Syrie, c'est notre intégrité territoriale qui risque d'en pâtir, monsieur le Ministre", "oui d'accord, mais que fait-on face à ce carnage ?", "les plus délicats, ils gigotent, nous, nous mijotons !"... La latitude, voilà le sésame : si le ministre des affaires étrangères est le premier à pleurer, c'est que, forcément, il révèle sa sensibilité; et ce qui est fatal pour celui qui occupe ce siège, ce n'est pas tant de définir ce qui est le bien et le mal, c'est de révéler le gentil et le méchant. Adieu marge de manoeuvre...

Comme dirait Ziya Paşa, "Onlar ki verir lâf ile dünyâya nizâmât/Bin türlü teseyyüb bulunur hanelerinde/Ayînesi iştir kişinin lâfa bakılmaz/Şahsın görünür rütbe-i aklı eserinde". S'octroyer un titre de "grand frère" alors que c'est loin d'être le paradis chez soi n'équivaut qu'à une chose : une ânerie ! Personne ne demande à la Turquie, une puissance régionale, de baisser le diapason et de se boucher les oreilles. Mais personne ne lui demande non plus de se jeter à corps perdu dans une posture suicidaire et de s'impliquer jusqu'aux oreilles en fournissant des armes aux "rebelles" d'un pays voisin. Ça rappelle des choses; "rebelles"...

Que des acteurs divers et variés viennent haleiner en Turquie, qu'Istanbul devienne une métropole qui fourmille, où tout le monde se croise, où les Afghans et les Pakistanais papotent, où les sunnites et les chiites se serrent les mains; ce n'est pas forcément une bonne nouvelle géostratégique, on en fait autant dans un hall de gare... Devenir un modèle pour les autres, pourquoi pas; et c'est une bonne aspiration. Mais il y a des préalables; il "suffit" juste de créer, à l'intérieur du pays, les conditions propres à vous hisser au rang de "modèle" à l'extérieur de celui-ci. Et pour l'instant euh..., le degré des libertés (notamment d'expression et de conscience) n'est pas du genre à faire pâlir le voisin. Mais la "profondeur stratégique" et le "zéro problème" ont encore de beaux jours devant eux; comme on le sait, les théories, même les plus virginales, continuent à être enseignées dans les facs ou d'autres enceintes. Et le Professeur n'est évidemment pas né de la dernière pluie, c'est sans doute l'homme qu'il faut; mais il est né trop tôt, au mauvais endroit et au mauvais moment. C'est que l'Orient et le principe de Pollyanna, avec ma cervelle de minus, je ne vois pas vraiment. Sur cette terre des réflexes pavloviens, on ne rêve pas, on essaie de comprendre des "réalités" et on calcule; c'est catégorique mais c'est l'expérience des siècles, là où il y a Arabes, Persans et Turcs, il faut savoir valser. Comme le disait Cetin Altan, le Jean Daniel des Turcs, "en Occident, on fait des duels, en Orient, on tend des embuscades"...

vendredi 7 octobre 2011

Tartuferie

Certes, ce n'était pas difficile. Il fallait juste savoir lire. Le règlement intérieur de l'Assemblée nationale ne demande pas aux députés de réciter par coeur le texte qui tient lieu de serment de fidélité à la Constitution devant le "grand peuple turc". Il faut juste le déclamer. Sans détonner si possible. Et sans faute, naturellement. Mais il fallait une Leyla Zana, version 2011, pour complexifier la situation. Dieu merci, son "erreur", cette fois-ci, n'a excité personne. C'est que personne n'a voulu prêter trop d'attention à Madame. Comme une sorte de "réticence dolosive", de pâmoison, qui s'est abattue sur tous les députés, même nationalistes. La Turquie aurait donc franchi le cap des tempêtes ?

1991 : la trentenaire est élue députée (sur la liste du parti social-démocrate c'est-à-dire le CHP de l'époque, impensable aujourd'hui !). A la séance des serments, elle monte à la tribune, baisse la tête pour lire, se fait immédiatement huer (elle a un serre-tête aux couleurs kurdes assimilées au PKK), reste de marbre, continue et termine en kurde par un voeu de paix entre les "peuples" turc et kurde. Les esprits s'échauffent, on entend les claquements de pupitres et des beuglements si bien que le président de séance, un Kurde (le petit-fils du Cheikh Saïd, fomentateur d'un soulèvement kurde en 1925), doit la rappeler pour qu'elle renouvelle sa prestation. Une Zana hargneuse, des députés révulsés et un président "bon père de famille" qui essaie d'apaiser. "Dursana kız !", "attends petite !"... Une comédie qui a envoyé la "passionaria" en prison pour une décade et a reporté d'autant de temps, le nécessaire déniaisement des seigneurs turcs. Une provocation qui a mal tourné. Un gâchis pour tout le monde.

2011 : les députés kurdes du BDP mettent fin à leur bouderie "entamée" dès le résultat des élections de juin. Ils viennent siéger et jurer fidélité à la Constitution qu'ils détestent tant. Ils serrent les dents, tous, Leyla Zana un peu plus visiblement puisqu'elle achoppe cette fois-ci sur l'expression "devant le grand peuple turc". Le regard supérieur, presque patricien, lancé à une assemblée, espérons-le, un peu émue, elle a juré devant le "grand peuple de Turquie". "De Turquie" et non "turc". Un distinguo que les Kurdes souhaitent depuis les origines. Mais personne n'a tiqué. N'a voulu tiquer. La "provocatrice" de 1991, lorgnonarde, tout de noir vêtue, venait de réussir son coup; comme une lettre à la poste...




Tout le monde avait bien vu, entendu, compris, "grand peuple de Turquie", pourtant. Seuls les journalistes ont décortiqué, personne n'a suivi. Ils ont insisté, histoire de remplir les chroniques, et la présidence de l'assemblée a publié un communiqué dans lequel elle confirme (!) que Leyla Zana a bien dit "grand peuple turc". L'intéressée reconnaissant pourtant avoir dit "grand peuple de Turquie" mais par inadvertance... Avec une expression du type "le grand peuple turc", il y avait de quoi irriter une Kurde. Les qualificatifs et substantifs aussi mélioratifs ne figurent, en général, que dans les Constitutions des pays complexés, petits, ignorés du monde, peu démocratiques. Pourquoi promouvoir la grandeur du peuple turc en direction des Turcs, précisément ? Qui nargue-t-on ? Qu'essaie-t-on de prouver ?


Au lieu de s'interroger sur ces questions, certes théoriques mais vitales, la Turquie préfère se mêler de relations internationales. Se faire le porte-voix des peuples opprimés du monde entier peut-il avoir un sens alors que près de trois millions de Kurdes, les électeurs du BDP, rouspètent dans le pays ? Qui est qui, qui veut quoi, ça fait longtemps qu'on ne suit plus. On sait seulement qu'il y a un problème. Même un modéré comme Ahmet Türk appelle à l'insurrection. Son nom de famille montre à lui seul que ce qu'il faut apurer est profond. La Turquie doit solder des comptes. "L'Etat devra s'excuser un jour ou l'autre" a, pour sa part, décrété Hasan Cemal, un journaliste de renom qui réfléchit sur ces problèmes. Peut-être.


"Un peuple, six Etats" a rêvé le président Gül, de son côté. Lors d'un sommet des Etats turcophones, il a introduit la nouvelle devise de la politique étrangère. Jadis, le Président Demirel parlait sans arrêt d' "un peuple et de deux Etats" pour la Turquie et l'Azerbaïdjan. L'an dernier, une autre conférence turcique avait effectivement réuni la Turquie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kirghizistan. Malheureusement, on parlait plus russe que turc. "Un peuple, six Etats". M'ouais. Comme un pied de nez. On a l'impression d'entendre les Kurdes crier de là-haut, "p'tain, ils ont rien compris, on parle de deux peuples, un Etat pour la Turquie, voilà que le Président du pays rêve d'une union turcique !".

Ah oui hein, c'est comme ça, dorénavant. On jette un regard aux Kurdes ou à ceux qui sont censés les représenter, avant d'ouvrir la bouche. "Dès fois, j'me dis mon frère, vaut mieux être nationaliste, pas de questions à se poser, pas de neurones à se triturer, on reste catégorique !". La facilité, quoi. Avec des nationalistes turcs et kurdes véhéments à qui mieux mieux, on sait au moins une chose : il faut paniquer. Parce-que si chacun se met à retourner le poignard dans le coeur de l'autre partie à la moindre occasion, on aboutira de sitôt à la formule "deux peuples, deux Etats". "Ah t'es contre alors ?", "nan c'est pas ce que j'ai voulu dire, valla"... C'est ainsi : le combat de nègres dans le tunnel continue car sans le dire, le marchandage se fait sur le sort d'Abdullah Öcalan, un terroriste pour la justice, un leader pour une partie des Kurdes. L'aménagement de ses conditions de détention voire sa libération est devenu LE facteur implicite du retour au calme. Malheureusement. La logique seigneuriale a pris en otage les légitimes doléances du peuple kurde. Et nous, nous parlons de droits individuels ! Pfff... Le rebelle en chef essaie de sauver sa peau. Tout simplement.

samedi 1 janvier 2011

"Les charlatans de la gravité"

Enfin. La Turquie et l'Azerbaïdjan vont recevoir leurs ambassadeurs américains. On les attendait depuis longtemps. Il faut bien correspondre avec l'Empereur. D'autant que ces deux pays turcophones croient avoir des relations "stratégiques" avec les Etats-Unis. Israël et le Royaume-Uni ont une "special relationship", c'est comme ça. Ça ne fait rien, ça viendra avec le temps. Peut-être. Les autres chefs de mission, aussi, s'impatientaient. Car l'ambassadeur du Vatican a beau être le doyen du corps diplomatique, celui des Etats-Unis est un peu le "primus inter pares". Dans les soirées mondaines, on se l'arrache. On déverse des choses; on en reçoit d'autres. Et on se croit important. C'est tout de même un bout d'Obama...


Le Sénat était en vacances, ça tombe bien; très bien. C'est que le veto de quelques obstinés bloquait tout. Et les Américains sont fute-fute; ils ont tout prévu : il faut l'accord du Congrès pour nommer les ambassadeurs. Si celui-ci rechigne, rien de plus simple : on attend les vacances parlementaires. Et on nomme par décret présidentiel, "ah mince alors, vous étiez en vac, vous n'allez pas pouvoir donner votre honorable avis, mince que mince, ça ne fait rien, à une autre fois hein, allez !"... Ça se fait en cachette, ces choses-là; la première puissance mondiale. Mais une démocratie, jeannot. On respecte le Sénat; le nom, je veux dire. Même Montesquieu en serait ébahi s'il revenait. Une séparation des pouvoirs "nickel". Sur le papier, je veux dire. Non c'est vrai, le Sénat doit quand même donner son avis, une fois réuni; mais il a un an pour ce faire. Le temps idoine pour faire des choses en coulisse; séduire ou réduire. On n'est pas élu à vie...

Le pauvre Larry Palmer a été nommé au Venezuela mais c'est le pays accréditaire qui refuse de le recevoir, cette fois-ci. Il "se la joue", le Vénézuélien; "qu'Obama rompe donc les relations diplomatiques" tempête-t-il. Larry Palmer aurait manqué de respect au Venezuela. Et l'ambassadeur vénézuélien aux Etats-Unis a vu son visa révoqué. Réciprocité oblige.


En tout cas, bonne nouvelle pour nous autres Turcs. Le brillant Matthew Bryza sera désormais en Azerbaïdjan. Avec son épouse turque; le meilleur pied de nez qu'on puisse faire à l'Arménie. Non, c'est vrai, Madame l'Ambassadrice, Zeyno Baran, est une Turque. Matthew est notre beau-frère national. Mariés en Turquie, aussi. Qu'ils sont gracieux ! Même le patriarche arménien, Mesrob II, était venu bénir le couple; allez comprendre pourquoi...



Et il aime son "second pays", Matthew. Car quand on est bien élevé, on aime sa femme et ses origines, c'est ainsi. Regarde Leonardo di Caprio; il s'est lancé dans un long marathon : devenir juif. Car ne devient pas juif qui veut. Il y a un protocole; des sueurs; des épuisements. Ah oui hein. Il faut avoir ce livre sous la main : Les nouveaux convertis de Pierre Assouline. Un peu ancien certes, mais toujours actuel. "Chez les juifs, on ne recrute pas" (p. 149). "Il arrive que le postulant jette l'éponge. Il abandonne. En cours de route. Ce qui lui fait parfois baisser les bras, c'est de constater l'énorme et flagrant contraste, pour ne pas dire déséquilibre, entre le haut niveau de connaissance et de pratique requis pour devenir juif et le bas niveau du juif moyen qui s'est uniquement donné la peine de naître d'une mère juive" (p. 153). Et bain rituel et surtout circoncision. Pour les beaux yeux de sa dulcinée.


Matthew, donc. Dans son "hearing", il en a avalé des couleuvres. Il est allé jusqu'à parler des cérémonies de mariage à Istanbul, c'est dire. C'est presque pathétique mais on appelle cela la transparence. Qui a des limites, évidemment. Car en bon diplomate, il n'a pas répondu précisément aux questions de Mrs. Boxer... Furieuse qu'elle était, elle a laissé tombé... Et il parle quelques langues, le Sieur; russe, polonais, allemand, espagnol. Madame, elle, se contente de l'anglais et du turc et avoue avoir oublié l'allemand, honte sur elle, évidemment. C'est qu'elle a étudié dans un lycée turc qui faisait cours en allemand... Et être spécialiste de l'Eurasie, du Sud-Caucase et des voies énergétiques sans maîtriser le russe, moi personnellement, je ne comprends pas. Ah oui, elle est également spécialiste de l'islam et de la démocratie, et elle ne maîtrise pas l'arabe, non plus... On appelle cela, être une grande chercheuse à la sauce américaine. En tout cas, elle est une des plus actives opposantes au projet de reconnaissance du "génocide arménien". D'où la fureur de Mrs. Boxer et Mr. Menendez.

Et voilà ce qu'en pensait le Washington Post, en septembre dernier : "Mr. Menendez, echoing ANCA's ugly propaganda, has questioned Mr. Bryza's "very close ties to Turkey"; the diplomat's wife, scholar Zeyno Baran, is Turkish-born. Yet Ms. Baran has been an outspoken critic of the current Turkish government; it is shameful that the ethnic origin of a U.S. diplomat's wife should be used against him. (After first telling us that Mr. Menendez was concerned about Mr. Bryza's wife, his office backpedaled, saying that what worried the senator was "ties to Turkish government officials." Our request for the names of those officials, and an explanation of why "ties to officials" of a major NATO ally would be of concern, went unanswered.)".


Le Sieur Menendez avait rétorqué en octobre, dans le même journal : "For the record, I stand by my position that Mr. Bryza is the wrong person for the job and have made public my hold in the U.S. Senate on his nomination. That position has absolutely nothing to do with the ethnic origin of his wife. It is based on information that I believe raises concerns about Mr. Bryza's ability to remain impartial toward Azerbaijan and Turkey, including his opposition to the recognition of the Armenian genocide by Turkey and his close ties to individuals in both governments. Perhaps it is not so unusual for a U.S. ambassador to have acquaintances in regional governments, but when those relationships affect the ability of the individual to represent the interests of the United States, it is my prerogative to withhold support of the nomination. Finally, at the core of my opposition to Mr. Bryza's nomination is respect for the Armenian people. The Armenian genocide was one of the great atrocities of modern history. We should not be sending a top diplomat to the region who does not support recognition of what is considered among historians to be the first modern genocide. Nor should The Post label the Armenian National Committee of America as "noxious" simply for demanding recognition of this historical fact".


Le parlementaire Menendez veut les voix des Arméniens, évidemment. C'est son droit. Il fait du lobbying pour faire passer la résolution. Et il sait très bien qu'une reconnaissance nuira, qu'on le veuille ou non, aux relations turco-américaines. Et personne ne lui rappelle les "interests of the Unites States", auxquels il tient tant. Ou alors, il "fait style". Car c'est une politique constante du Département d'Etat que de bloquer toute tentative de reconnaissance du "génocide arménien". Même Nancy Pelosi qui a tenté un baroud d'honneur avant de quitter le "perchoir", a dû battre en retraite. La plus grande défenseuse de la cause arménienne, pourtant. Et Matthew n'avait rien avoir dans cette nouvelle fin de non-recevoir, c'était juste Hillary Clinton en personne qui intervint. Une autre pro-arménienne. Mais ministre des affaires étrangères, surtout... Démocrate, qui plus est...


Le jeune Bryza a tellement accaparé le devant de la scène qu'on en oubliait Francis. Il sera en poste à Ankara, lui. Son Excellence Ricciardone. Et tu sais quoi, sa femme a étudié et enseigné dans les universités turques, une de ses filles est née en Turquie et ses deux filles ont fait trois ans de leurs études encore en Turquie, keh keh keh... Et tu sais quoi, le brave Menendez l'a aussi interrogé sur la question arménienne. Et il a enfin eu une réponse apaisante, ici. Mais il n'était pas convaincu, évidemment; alors, il a tenté : "quand vous étiez vice-ambassadeur en Turquie de 1995 à 1999, avez-vous déjà participé à une cérémonie sur le génocide arménien ?". Une question très pertinente, comme on l'aura compris : la Turquie regorge de monuments érigés en souvenir aux citoyens arméniens massacrés, en effet... Faire l'âne pour avoir du son, on disait, je crois...


Il faut le dire et le redire; c'est quand on écartera ces "péteurs d'église" qu'on retrouvera la sérénité indispensable au travail d'histoire. Une tragédie qui n'en finit pas d'être instrumentalisée. Un élu se démène pour arracher de la bouche d'un diplomate compatriote, des mots de peine. Ce diplomate fait le diplomate, à raison. L'élu fait le mômichon. Il veut absolument que son diplomate fasse repentance, presque. "Hep, on est du même bord !", "bah nan, t'es Turc maintenant, avoue le crime !". Car c'est ainsi qu'on va se croire heureux : on fouette les "para-Turcs" faute de pouvoir adoucir les Turcs. Tout ce qu'il faut pour les cabrer encore plus. On ira loin... Quand le désir de vengeance des vivants domine la quiétude due aux âmes, on ne parle plus de justice, on parle d'accoutumance; d'une maladie, en somme...

samedi 24 octobre 2009

Je t'aime, moi non plus...

Les Azéris font la moue. Ils sont mécontents. Fielleux. Ils en veulent aux Turcs, les soi-disant frères. "Allez, déchirez les protocoles, ne rigolez pas, revenez pleurer avec nous, on est seuls, vous êtes nos frères !". Les Turcs de leur côté en étaient déjà à la danse du ventre, "oh oh yandan, çalkala ayol"...


Les Azéris ont donc mûrement réfléchi pour les mesures de rétorsion; alors, des drapeaux ont été baissés ici ou là, le Bien-Aimé Aliev s'est rappelé brusquement qu'il accordait du gaz à ses frères turcs à prix cassé et qu'il fallait, évidemment, y mettre fin...


La Turquie, héritière de l'Empire ottoman, aime à être magnanime de temps en temps. Alors, lorsque l'Arménie gesticula trop en 1993, la Turquie soutint moralement l'Azarbaïdjan en fermant sa frontière et en rompant ses relations diplomatiques avec l'Arménie. Les Azéris, des "oghouzes"; rien à voir avec les Kazakhs. Bref, de la solidarité, cela s'appelait. Une faveur. "Fermez les frontières, on va étouffer les Arméniens, haha"... Le très génial Demirel avait pris cette décision; celui qui, aujourd'hui, n'arrive toujours pas à prendre sa retraite. "Allez pose-moi des questions, j'ai envie de parler !"," mais Monsieur le Président, vous commencez franchement à dire n'importe quoi, vous vous êtes éloigné de la ligne Menderes, on n'arrive plus à vous prendre au sérieux", "hier c'était hier, aujourd'hui, c'est aujourd'hui"...


En réalité, il ne faut jamais accorder de faveur. On se rappelle les sultans ottomans et les capitulations. Le Grand Ottoman, le Seigneur de l'époque, jetait à la figure de ses voisins européens des "capitulations". "Pleure pas, tiens, je t'aime bien". Et après, l'empire vieillissant, ces privilèges firent office de baïonnettes dans la main de ces ingrats. La nature humaine.


D'ailleurs, les Azéris ne bronchent que contre les Turcs; car, faut-il le rappeler, Russie et Iran qui sont comme culs et chemises avec l'Arménie, n'attirent aucunement les foudres du régime azéri. "Eux, c'est pas pareille, vous, vous êtes de la famille". Bon. Il faut les comprendre, cela dit. L'obstination des Turcs permettait aux Azéris d'avoir des arguments. Un aveu, en réalité. L'on aura compris que les autocrates père et fils sont incompétents pour régler leur problème. Ils comptent sur la Turquie. Qui, elle, n'est pas l'ONU et qui a également des intérêts nationaux à privilégier; Davutoğlu ahane, Monsieur n'est pas content. D'ailleurs, les Turcs ont eux-mêmes demandé à leur cousin Kazakh, "mais comment oses-tu devenir un partenaire stratégique de la France, t'as pas honte de nous narguer ?,", "euh... bah... c'est que... c'est pour votre bien frérot, je t'expliquerai, hadi canım"...


"Que l'on peut s'en battre", aurait dit un homme forcément mal éduqué. Les diplomates sont polis, eux. Ils essaient donc de chercher des mots moins brutaux. Ils veulent la réconciliation. Ils ont raison, faut-il se détacher d'un frère si important, si fidèle, si cohérent; un frangin qui, faut-il le rappeler, n'a toujours pas reconnu Chypre... La Turquie continue à être magnanime, en dépit des lâchetés. Tout à son honneur.