samedi 24 janvier 2026
(7) Chroniques du règne de Recep Ier. Pereat mundus
jeudi 19 décembre 2024
(6) Chroniques du règne de Recep Ier. L'ombre de Dieu sur terre
Tout venait donc à point à qui savait attendre. Sa Grandeur nationale, Son Éminence régionale, Sa majesté impériale Recep Ier avait donc eu raison. L'occasion était tellement rare que ses zoïles attitrés en furent enragés. Eux qui blablataient, déblatéraient, blasphémaient durent se rendre à l'évidence : le souverain était un stratège hors pair. On le disait sur le reculoir, englué dans une pensée désidérative. Il n'en fut rien. Il opéra un coup de maître, que dis-je un coup fumant, un coup gagnant ! Il chassa le satrape de Damas, ébahissant au passage l'ogre de Moscou, ébouriffant l'enturbanné de Téhéran et épatant le prétendant au trône de Washington.
"La Turquie est bien plus grande que la Turquie. Tout comme l'homme ne peut échapper à son destin, la Turquie et la nation turque ne peuvent échapper à leur destinée. En tant que nation, nous devons comprendre la mission que l'histoire nous a confiée et agir en conséquence", confia-t-il en toute modestie. Un sermon qu'il mâchonna in petto depuis plus d'une décennie ! 13 longues années d'obstination, contre vents et marées. Et, finalement, il chevit du tyranneau, de cet âne vêtu de la peau du lion. Le pathos de la solitude de Son Immensité fut évaporé en quelques jours. Le "vakt-i merhûn", comme on disait en bon turc littéraire, était bel et bien arrivé.
Il revenait de loin, le Padişah. Lui et son ancien secrétaire d'État, le sieur Davutoğlu, avaient pris fait et cause pour les opposants syriens à une époque où tout le monde tergiversait. Ses propres ouailles firent la moue. Mais il resta congruent, sincère, humain. Nullement tenté par la tactique du captatio benevolentiae lors de ses discours, il invita encore et toujours ses "frères" syriens, victimes de leur propre raïs, à rejoindre l'Empire turc. Tout cela gratis pro Deo. L'Anatolie profonde remuait, pourtant. On tabassait par-ci, on calomniait par-là. Sa Gracieuse Majesté demeura inflexible, balayant les peurs obsidionales des uns et les stéréotypes hostiles des autres. Les réfugiés le lui rendirent bien. Ils repartirent au bercail, en bons turcophones.
Car les sans-coeur couraient les rues. Aider son prochain, qui plus est rebeu, n'était même pas un horizon conceptuel pour l'opposition kémaliste. Le sultan maudissait Bachar ? Le CHP grognait. Le sultan aidait la résistance ? Le CHP gesticulait. Le sultan évinçait le tyran ? Le CHP dénigrait. Tel un automate, le CHP disait toujours du mal. "Il n'a rien fait dans cette histoire, c'est du pipeau", lança même son leader, le sieur Özel. Accusé jadis de soutenir les barbus, le Roi des rois était accusé aujourd'hui de s'octroyer un mérite qui ne lui était pas dû alors que lesdits barbus avaient pris le pouvoir. Le nouvel homme fort allant jusqu'à conduire l'espion en chef de Recep Ier, Ibrahim Bey dit l'Épais, à la mosquée des Omeyyades...
Oh que oui, le destin y était pour quelque chose. Le sultan avait le vent en poupe. Dans la foulée, tel un secrétaire général de l'ONU, il rabibocha l'Éthiopien et le Somalien dans son palais. Une démonstration de soft power qu'il appréciait tant. Au même moment, le premier ministre libanais fit escale à Ankara et affirma que les Libanais devaient "d'abord faire confiance à Dieu, puis aux amis du Liban et surtout à la Turquie". S'abandonnant à la délectation, Recep Ier s'envola au Caire pour participer au Sommet du D-8. Les autres rois multiplièrent les gestes d'affection et de révérence. Même Sissi, qui en avait avalé des couleuvres, afficha une estime respectueuse. Il fut ainsi accueilli comme un calife. La boucle fut bouclée...
mercredi 23 octobre 2024
(5) Chroniques du règne de Recep Ier. Le diable est mort, vive le diable !
Selon une prophétie, Fethullah Gülen allait faire de vieux os et durer 99 ans; histoire de survivre à ses ennemis et leur faire un pied de nez. Il trépassa en vieillard, comme un vulgum pecus. À 83 ans, officiellement ; à 86 ans, officieusement. C'est que le personnage méritait une symbolique : en 1938, Atatürk mourut, son antithèse naquit. Ça faisait chic.
De son vivant, on l'enterra à maintes reprises. Un théologien devenu visiblement gâteux alla jusqu'à affirmer qu'il reposait déjà dans un cimetière juif. Un autre prétendit qu'il avait rendu l'âme cinq mois auparavant. Quoi qu'il en fût, le "Hocaefendi", comme l'appelaient ses sectateurs, alla ad patres dans le giron américain. Celui à qui on donnait jadis le bon Dieu sans confession rejoignit le royaume des morts en maudit...
Ce fut la joie dans l'empire du Grand Turc. Les masses se ruèrent sur leurs tablettes pour l'insulter à qui mieux mieux. Le nouveau motto fut : "Qu'il gémisse en enfer !". L'islam interdisait-il de médire des morts ? Eh ben, il fallait bien pécher de temps en temps, alors on préféra transgresser la religion pour le seul plaisir de l'agonir. Le pontife semi-officiel du régime, Ahmet le Soutanier, ne retint pas son exaltation. Les gazettes, elles-mêmes, envoyèrent balader la déontologie et lancèrent en manchette, "Le diable/traître est mort ". La catharsis alla turca...
Seul le rédacteur en chef d'un journal religieux, Kâzım Güleçyüz, osa invoquer la miséricorde de Dieu. Son tweet fut illico supprimé par les fonctionnaires de Sa Grandeur. Le chef de la police annonça fièrement des poursuites contre 177 comptes pour apologie de terrorisme. Une présentatrice fut même placée en garde à vue pour lui avoir souhaité le paradis, par simple tic de langage. C'est que le défunt sentait le soufre, aucune espèce de compassion ne fut tolérée.
Par le passé, il avait été en odeur de sainteté, pourtant. Dès qu'il toussait, les seigneurs, les commerçants, les paysans lui souhaitaient longue vie. C'est qu'il fut un peu le lobbyiste officieux de l'Empire dans le monde entier. De simple imam de village, il devint grand ponte d'une structure disciplinée. Un peu comme le Supérieur général des Jésuites.
Un précoce, il était. Mémorisateur du Coran à 13 ans, imam à 14. Il se fit le chantre des enseignements de Said-i Nursi, un théologien persécuté dans l'ancienne Turquie, celle des infidèles. Il réussit malgré tout à percer le plafond de verre en lançant une association de lutte contre le communisme dans sa ville de naissance, Erzurum. Et ancra son mouvement à Izmir, ville la plus séculière du pays.
Maintes fois pourchassé pour "tentative de putsch" (en 1961), "activités religieuses anti-laïques" (en 1971 et 1981) et "tentative de renversement de l'ordre constitutionnel" (en 1997), il s'exila en 1999 à l'insu de son plein gré. Laissant derrière lui des gentilshommes et des affidés en pleurs, il s'envola en Amérique pour diriger son mastodonte. Des collèges, des lycées, des universités, des dortoirs, des écoles de soutien scolaire (les fameuses "dershane"), des journaux, des chaînes de télévision, des stations de radio, une banque.
Unique diplôme en poche, le certificat d'études primaires, il devint un penseur, un lettré et un orateur. Le style était littéraire, l'écriture était ottomane (son secrétaire se chargeait de la transcription), la parole était mielleuse pour certains, amphigourique pour d'autres, il fallait s'accrocher pour comprendre. Ses détracteurs les plus vifs lui reconnurent une intelligence et une mémoire hors norme.
Le Padişah triompha de nouveau. Il se réjouit de sa "mort sans honneur". Son allié chauvin, le Sieur Bahçeli, qui avait eu le mérite de détester cordialement l'imam depuis les origines, implora le Très-Haut de le brûler éternellement dans la géhenne. "Il n'y a, en Turquie, aucun bout de terre où ce terroriste puisse être enterré. Il devra pourrir là où il a mené son hostilité contre la Turquie". Ironie de l'histoire, ledit nationaliste proposa de réhabiliter Abdullah Öcalan, l'autre terroriste, invité à faire un discours au Parlement. Le leader du PKK, une organisation marxiste. Alias le "démon". Ainsi donc en l'an 2024, le destin inhuma un suppôt de Satan anti-communiste pour exhumer un suppôt de Satan communiste. Ça s'appelait avoir le génie de l'à-propos. Le lendemain, un attentat fit plusieurs morts...Herkul Nağme - İstikamet Güzergâhında Beklentisiz Olma
— Herkul (@Herkul_Nagme) October 17, 2024
Muhterem Fethullah Gülen Hocaefendi kendisini ziyaret için gelen misafirlerimiz ile bir hasbihalde bulundular. pic.twitter.com/m44gCJkiPB
mardi 15 octobre 2024
"Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par..."
En l'an 2023, cela faisait bien longtemps que les affaires du monde ne faisaient plus vomir. On s'y était habitué. Des Africains suffoquaient dans leurs coins ou se noyaient dans les eaux internationales, quelques âmes bien nées s'en formalisaient et puis c'était tout. Le bon Dieu avait décrété la double peine : ils vivraient pauvres, anonymes ils mourraient. Leurs cadavres mêmes étaient inodores : aucun idéologue, aucun "pro-", aucun "anti-", aucun religieux, aucune passionaria ne remuait ciel et terre. Le calvaire des "figurants" était toujours embarrassant, on s'en émouvait certes mais ça nous ennuyait, ça ne fabriquait pas de polémiques...
Et un beau jour, la planète entière se réveilla en sursaut. Des terroristes avaient tout bonnement envahi Israël. Un millier de morts, des centaines de kidnappés, des millions de traumatisés et des milliards de suspects. L'Occident fulmina et c'était normal; Israël, bien que situé au Proche-Orient, faisait partie de l'Europe occidentale selon la classification onusienne. L'Orient marmonna et c'était normal aussi; les Israéliens, bien que vivant au Proche-Orient, auraient dû rester en Europe occidentale selon la conception antisioniste. Les antisémites, eux, se régalèrent : des juifs étaient assassinés, des Arabes étaient massacrés...
Bibi avait déroulé des plans sur la table. Avec son armée la plus morale du monde, il promettait des frappes chirurgicales. Sarcler les mauvaises herbes, c'était tout. Dès le lendemain, il opéra à la diable. Des nunuches avaient beau appeler au bon sens, l'eschatologie était formelle : les suprémacistes juifs et les évangélistes chrétiens devaient bâtir le grand Israël pour hâter la venue du Messie (qui n'était pas le même d'ailleurs mais comme qui dirait, on verrait le jour J). Les djihadistes musulmans, eux, attendaient l'apparition du Mahdi et du Messie, prélude à la fin des temps. Avec Amalek et la prophétie d'Isaïe, tout devint si confus qu'on ignorait qui était "martyr", qui était "assa-saint". Ce qui était à la base un conflit régional de terres et de frontières entre deux peuples sémites devint une double guerre sainte surnaturelle...
Les Israéliens eurent le droit de hausser le ton. C'était l'hubris, c'était la revanche. Les Orientaux aussi pouvaient aligner un chapelet de jurons. La justice de leur pays était pro-palestinienne. Seuls les Européens devaient se taire. Critiquer Israël devint un acte antisémite. D'ailleurs, n'étions-nous pas un chouïa crypto-antisémites, nous autres musulmans ? C'était le double drame : il fallait commencer par maudire les occupés avant de bénir les occupants. Ils avaient le droit de se défendre, pardi ! Le nouveau système international, fruit de la Charte des Nations Unies de 1945 et des Conventions de Genève de 1949, avait beau être passé par là, on s'en foutait. On citait Dresde et Hiroshima pour excuser les indicibles souffrances...
Et il ne fallait surtout pas "contextualiser". Si un Français disait, "Le 7 octobre est arrivé de la manière la plus brutale, mais après dix-huit ans en prison, les gens peuvent devenir fous", la police défonçait sa porte à l'aube. Si un Français disait, "Personne n’ose dire un mot sur Israël. Ne tombez pas dans ce piège : vous n’avez pas seulement le droit de critiquer Israël, vous en avez le devoir. Le contexte est l’occupation et la colonisation depuis cinquante ans, et vous en voyez les résultats. Les Palestiniens n’accepteront jamais l’occupation. Connaissez-vous un peuple prêt à vivre sans citoyenneté ?", il se retrouvait devant un juge. Si un Français disait, "Les victimes du plus grand génocide de l’histoire devraient être encore plus sensibles lorsqu’il s’agit du génocide d’autres peuples. Les Israéliens font le contraire. Ils estiment qu’après la Shoah, nous avons le droit de faire ce que nous voulons", il se faisait lyncher par les académiciens de Twitter. Et pourtant un Israélien pouvait le dire sans en être inquiété...
Les Allemands, on comprenait. Ils ne rataient pas un crime contre l'humanité. Les Héréros, les Arméniens, les juifs et maintenant les Gazaouis. Toujours du mauvais côté. Les Français, d'ordinaire droits-de-l'hommistes, se transformèrent en boutefeux. On vit sur les écrans des humoristes, des acteurs, des chanteurs, des animateurs, des philosophes devenir fous du jour au lendemain. La défense des siens était légitime, encore fallait-il éviter le fanatisme, un travers qui valait bien le séidisme du camps adverse...
Les Palestiniens et les Israéliens méritaient mieux que l'Apocalypse. Le messianisme et le fondamentalisme broyaient des vies avec une égale bonne conscience. On ne savait plus trop quoi faire ni quoi dire. Les juges guettaient les mots. Les journalistes gâtaient les pensées. Alors on s'en remit au futur Chirac. Dans vingt ans, quand le monde aurait eu le temps de reprendre ses esprits, un homme sortirait des rangs pour dire ce que l'autre avait dit en son temps. Acculé par nos enfants, on répondrait qu'on avait été envoûté...
mercredi 9 octobre 2024
"Le patient use toujours l'impatient"
mardi 30 mai 2023
(4) Chroniques du règne de Recep Ier. L'apothéose
Tous les barbus du royaume se mobilisèrent pour défendre leur foin, euh leur foi.Cumhurbaşkanı Erdoğan, Ayasofya Camii'nde vatandaşlar tarafından tekbirlerle karşılandı. pic.twitter.com/fXcLEmjZI8
— Yeni Şafak (@yenisafak) May 13, 2023
Cübbeli Ahmet Hoca, #FatihErbakan ile ortak yayınında, Cumhurbaşkanı #Erdoğan ve Yeniden Refah Partisi için seçim duası etti. pic.twitter.com/vGkcAMmqeH
— İslami Arşiv (@islamicarsiv) May 7, 2023
🗣 Ebubekir Sifil:“Bu seçimde tarafsız kalmak; Amerika'nın, PKK'nın, Avrupa'nın, FETÖ'nün, büyük İsrail hayalini kuranların yanında yer almaktır. Bunun başka bir anlamı yok.” pic.twitter.com/Xqt7Yxg314— Islamist Agenda (@islamistagenda) May 13, 2023
İsmailağacı Hüseyin Çevik: AKP'ye inat CHP'ye oy verirsen cehennemde yanarsın
— Halk TV (@halktvcomtr) April 12, 2023
Mesele bizim için Tayyip Erdoğan değil!Bunu anlamadılar! pic.twitter.com/cUCISiQQnE— Serdar Tuncer (@Yaziyor) March 30, 2023
Aczmendi tarikatı lideri Müslüm Gündüz: "Erdoğan'a taraftarlık siyaset değil imandır." pic.twitter.com/r8J2xWlnTr
— Haber Report (@HaberReport) May 13, 2023
Cumhurbaşkanı Erdoğan, bu akşam yayınlanan gençlik buluşması programında, daha önce mitinginde de gösterdiği Kemal Kılıçdaroğlu’nun arkasına PKK yöneticisinin montaj yapıldığı videoyu gerçekmiş gibi anlattı. pic.twitter.com/8iofwhtRkS
— Haber (@Haber) May 11, 2023
Un leader fort. Une dose de haine et d'agressivité. Des boucs émissaires dans l'exogroupe. Et des séides enragés à l'assaut des moulins à vent. Un plan bien ordonné. Ajouté à cela, le système clientéliste qu'il avait mis en place. Et hop, tous les autres soucis de la vie furent ainsi balayés : l'inflation, l'injustice, l'indélicatesse. Même le séisme de février fut effacé des mémoires. Mieux, Sa Munificence osa même lancer l'adjectif "voleur" contre son adversaire, connu pour son extrême probité. Un culot qui laissa sans voix la Première Dame, qui, penaude qu'elle était, dut baisser la tête...Cumhurbaşkanı Erdoğan: Bay bay Kemal'in yanındakilerle beraber bunlar emri nereden alıyor, Kandil'deki teröristlerden alıyor. Biz de emri Allah'tan alıyoruz. Konya gereken dersi 14 Mayıs'ta verecektir. pic.twitter.com/ajSkWg1jAq
— TRT Haber Canlı (@trthabercanli) May 2, 2023
Erdoğan’ın “Ya bunlar hırsız” dediği anda mimiklerde ortaya çıkan ani değişim. ‘Hırsız’ kelimesiyle birlikte yere bakan gözler. İnsan ilginç bir varlık… pic.twitter.com/BXFIiDeKZJ
— ᴰᴼᴸᴳᴼᴿᵁᴷᴼV (@DoIgorukov) May 9, 2023
Kütahya'da semt pazarında el ilanı dağıtan CHP'lilere halk "PKK dışarı" slogaları atarak tepki gösterdi. pic.twitter.com/5LwsgIFdHp
— Halkın Portalı (@HalkinPortali) May 19, 2023
Bir vatandaş Ekrem İmamoğlu'na "HDP'yi neden Masa'ya aldınız?" diye sorduDevamında ise “Sizinle değilse milletvekili nasıl çıkardılar” sorusu geldi— Ali Deniz Çakır (@alidenizcakir) May 20, 2023
Amin çok amin 🙏Kemal Kılıçdaroğlu;Kim pkk’ya yandaşlık yapıyorsa Allah belasını versin! Kim çadır mahkemeleri kurduysa, pkk’yı davet ettiyse, miting yaptıysa Allah belasını versin!”#KararVer pic.twitter.com/ErcpgNBEdo— Bircan Yıldırım (@BRCNYLDRM78) May 20, 2023
L'Éminentissime Sultan entamait ainsi le Grand Siècle Turc. Il rempilait pour cinq glorieuses années. On le disait cacochyme. On le disait lunatique. On le disait absent. On le disait téléguidé par un clan. Peu importait. Il avait réussi un tour de force. Avec lui, la Révolution anatolienne imprimait ses normes et ses valeurs dans l'espace public. Jadis enfouie, la platitude s'affichait désormais sans gêne. C'était là le paradoxe suprême de son succès, qui dérivait d'une rétrogradation. De meneur d'hommes, il devint berger d'un troupeau.
"iki kilo soğanı alamıyorsunuz diye vatanı-milleti sattınız" diyen fenomen kız, paris'te gösterişli bir törenle nişan yapmış. iki kilo soğan alamayan vatandaş da ümraniye'de, bağcılar'da, esenler'de kuyruklarda indirim bekliyor. ülkemde insan manzaraları. pic.twitter.com/uEg0eoelQN
— abdullah naci (@abdullahnaci) May 9, 2023
Woman tells us why she’ll vote AKP:“In the old days, doctors disrespected us. Now, if we don’t like a doctor, we beat them up.*psychopathic look of violent joy*Yeah, we beat them up. Can it get any better than that?”pic.twitter.com/16eUz8983s— Can Okar (@canokar) May 4, 2023
Cübbeli sarıklı vatandaşın seçim dansı sosyal medyanın en çok paylaşılanları arasına girdi.
— Aykırı (@aykiricomtr) May 29, 2023
📌Dün akşam Ak Parti'nin kutlamalarında dans eden bir kadın kendinden geçti. Video ''Sizin gibi alkolden değil, Cumhurbaşkanımızın sevgisinden sarhoş'' sözleriyle paylaşıldı. pic.twitter.com/rtMtxAGN5v
— 23 DERECE (@yirmiucderece) May 29, 2023
mercredi 15 février 2023
(3) Chroniques du règne de Recep Ier. "C'est le Jugement dernier pour ce pays-là. Il n'y a manqué que la trompette..."
Enterrés vivants...
Dieu savait éprouver, une expérience insondable et immémoriale. Et la plupart de Ses créatures réussirent à endurer, une expérience ineffable et mémorable. Qui en donnant des leçons de résilience aux experts de l'âme comme cet homme qui empoigna un cadavre comme un croque-mort endurci et alla se plaindre sans geindre; qui en se préparant dignement à la mort comme cette femme qui égrenait les sommes qu'elle avait empruntées, à destination de ceux qui, par hasard, trouveraient son téléphone...
Filmde izlesek abartılı deriz “insan cenazesini taşıyıp böyle konuşma yapamaz” diye. Videonun sonundaki hareketi yapacak kadar tok insanlara bu zulüm reva görüldü pic.twitter.com/rEpT2ashu0
— Baran (@baranyeltekin) February 8, 2023
Ekran kaydı olarak aldım tamamını 💔 pic.twitter.com/Rop0Xk2Ewf
— Aris (@voiceofhellas) February 8, 2023
— La France en Turquie 🇫🇷🇪🇺 (@FranceenTurquie) February 8, 2023
🇫🇷❤️🩹🇹🇷 Ulusal Meclisi’miz dün #Türkiye’de depremde hayatını kaybedenlerin anısına hürmetin ve sevenlerine desteğinin bir ifadesi olarak bir dakikalık saygı duruşunda bulundu.@AssembleeNat @TBMMresmi #dayanışma #TurkeyEarthquake pic.twitter.com/ZlNq81jj76
The Ashdod Municipality lit up tonight in support of the People of Türkiye
— Israel ישראל (@Israel) February 7, 2023
To our friends in Türkiye, Israel stands with you 🇮🇱❤️🇹🇷
📸Ashdod Municipality pic.twitter.com/0qPpcRZZSW
Cathedral in Antwerp, Belgium, played the Turkish National Anthem today in solidarity with the earthquake victims in Turkeypic.twitter.com/dsYGb5Q64F
— Jannes Tessmann (@JannesTessmann) February 10, 2023
Türkiye için bu tragediyalı kıpımnarda bizim kalplerimiz dolu acıylan. Doluyuz kahırlan çirkin er tepremesi için. Biz yaslıyız onnar için, kim ömürünü kaybetti. Dua ederiz taa hızlı alışsın yaralı olannar. Gagauziya yaşayannarın duaları barabar kardaş türk halkınnan. pic.twitter.com/P4Y8jPc8ie
— Irina Vlah (@VlahIrina) February 6, 2023
Azerbaycan'lı gazeteciler bu adamı bulmuşlar.
— Dr. Ahmet Şairoğlu (Seninleyiz 🇹🇷) (@shahidovcom) February 8, 2023
İsmi Server Beşirli, yaşadığı ev de bu - küçük bir gecekondu...
Ama kocaman bir yüreği var... https://t.co/exyqKP9hn5 pic.twitter.com/8YtrOmAOYn
Sağolsunlar!
— Haluk Levent (@haluklevent) February 9, 2023
Ahbap Koordinasyon merkezinde @kivanctatlitug @egzOzpirincci @KKasabali
İrem Helvacıoğlu
Oktay Kaynarca ve
Kenan İmirzalıoğlu na teşekkürler 💚 pic.twitter.com/rAOw1gG5Na
Yahu sen ne kadar KÖTÜ KALPLİ bir kadınsın. Siyaset senin içini yemiş bitirmiş çürütmüş.
— Özgür Demirtaş (@ProfDemirtas) February 9, 2023
Siyasete KUL olmuşsun, KÖLE olmuşsun.
Hiçbir siyasi partiye VEYA hiçbir siyasi lidere değmez. Hepsi geçici. BİREY ol İNSAN ol, kendin ol, bağımsız ol be kadın. Öyle olursan mutlu olursun. https://t.co/0NwcKtXUQq
C'est que dans les nations mal faites, les conflits bloc contre bloc finissent toujours pas gâcher la concorde nationale. Le contexte turc, éristique, se prêta prestement à l'exercice de démonisation de l'Empereur. À peine la terre trembla que les dames et sieurs de l'Académie Twitter décochèrent les piques contre l'Ombre de Dieu sur ladite terre. Or, le Roi des rois était un véritable "hallâl-ı müşkilât", un homme capable de résoudre le moindre problème. Et voilà qu'on ne le respectait plus !
Le Sultan se renfrogne...
Chacun, esclave de son mode de vie amniotique, prit part au pugilat numérique. Les caïds critiquaient, les idémistes répétaient, les diseurs de rien approuvaient. L'atmosphère, déjà poussiéreuse, s'infesta à tel point que Son Immensité siffla la fin de la récréation. À peine avait-il fait déclencher l'état d'urgence de niveau 4 qui permettait de solliciter l'aide internationale, qu'il se retourna contre les ennemis de l'intérieur, incapable qu'il était de rester une minute sans détracteur.
Il rugit contre les "haysiyetsiz", "şerefsiz" et "namussuz". Les vendus, les salauds, les ordures, en somme. Quoi, alors ? Osait-on parler d'incurie, d'impréparation, de négligence alors que la catastrophe avait défié tous les pronostics ? Le visage fermé, il abreuva de fiel, comme à sa noble habitude, tous les rouspéteurs. "Le jour venu, on ouvrira le livre des comptes". Que voulait-on franchement ? C'est Allah en personne qui avait planifié le drame. C'était le "kader", "le destin"...
📌Kahramanmaraş'taki depremde bir vatandaşa, “Olanlar hep oldu. Bunlar kader planının içinde olan şeyler” diyen Erdoğan'ın 2003 yılında Bingöl depremindeki konuşması: “Buna ihmal denmez. Yeraltında fay kırıklarından önce, kırılan ar damarlarıdır. Olay kader diye geçiştirilemez.” pic.twitter.com/6LP2rp3qhq
— 23 DERECE (@yirmiucderece) February 9, 2023
Turkey has a journalism problem. In this first instance, a “journalist” literally turns her back and walks away when a quake survivor complains about the lack of emergency response and that her family is still trapped.
— Can Okar (@canokar) February 8, 2023
That is callous.pic.twitter.com/2KY2Bi2Dxm
Korku dolu bilinmezliğin imdat çığlığını atan kardeşlerinden biri yanına geldi yüzüne bakmadın?!?Kaşkolun ve şiirsel anlatiminla,karizma on numara, konuşuyosun! Hani?! Bir de bu kardeşin drama tanıklık etseydin ya!Yemez! Hemen kısın sesi!Fuat Kozluklu sen muhabir falan değilsin! pic.twitter.com/Ux6zgaX9fq
— Şahan Gökbakar (@sgokbakar) February 10, 2023
24 années après le séisme d'Izmit, on se rendit compte que personne n'avait prévu la gestion de crise pour les premières 24 heures. Les interventions furent tardives, les évacuations aléatoires. Chacun récupéra sa dépouille comme il put, sur sa mobylette, dans sa voiture...📌TV 100 muhabiri Sertaç Murat Koç, “6 gündür elektriğimiz yok, çadır yok” diyen vatandaşın sesi duyulmasın diye mikrofonu saklıyor. Hemen sonrasında yayın kesiliyor. pic.twitter.com/dQH1VulUGZ
— 23 DERECE (@yirmiucderece) February 12, 2023
Pied de paysan et chaussure de seigneur ne vont de compagnie...
Du côté des dominants, les déclarations à l'emporte-pièce, visqueuses et poisseuses, se multiplièrent.
Fuat Oktay, deprem bölgesinde çalışan CHP’li belediyelere çattı: Siz kimsiniz ya?https://t.co/9F1SNTJjxf pic.twitter.com/GFkbmPho7w
— Diken (@DikenComTr) February 8, 2023
UNUTMAYIN...
— EkremEdit (@ekremedit) February 9, 2023
Eski AKP Maraş Milletvekili Nursel Kocabaş Reyhanoğlu, Ekrem İmamoğlu’na saldırdı.
"Ne geziyorsun Türkiye'yi? Sen İstanbul'a bak. Gelmeyin, defolun git İngiliz uşağı”dedi pic.twitter.com/EE2QdkO0x6
🔴 #DEPREM | Gaziantep'te feryat ederek AKP'li Canikli'ye "bu nasıl devlet" diye bağırdı, ağladı: Canikli dönüp bakmadıhttps://t.co/IBYVG0W3dg pic.twitter.com/aY1PEclJjp
— dokuz8haber (@dokuz8haber) February 7, 2023
Le sinistre de l'intérieur, Süleyman dit le Noble, s'en prit à la mairie de Hatay, aux mains de l'opposition : "ils ne nous ont même pas aidés pour enterrer les morts, ils veulent sans doute nous mettre dans l'embarras", éructa-t-il. On apprit dans la foulée que le maire Lütfü Savaş avait alerté les autorités deux semaines auparavant...
Le comble fut l'attitude du gouverneur d'Adiyaman, Mahmut Çuhadar. Acculé dans sa préfecture par une foule en colère, il s'entoura de ses cerbères et décocha l'un de ses sourires de hyène qui d'ores et déjà s'inscrivit dans les annales des rires méphistophéliques. Le jour d'après, à bout, il dut fuir la ville...
Adıyaman Valisi Mahmut Çuhadar, yeterli yardım gelmediği için tepki gösteren depremzedelere gülerken görüntülendi. “Neye gülüyorsun sen neye?” pic.twitter.com/y2Dn1tESrR
— Haber (@Haber) February 7, 2023
Bu güzel gözlerden dökülen yaşlar 80 saat enkazda kalan 16 yaşındaki genç Melda’yı dört saatlik çalışmanın ardından hayata bağlayan bir madencinin sevinç gözyaşlarıdır. Sağolasın Bayram. #hatay #hataydepremi pic.twitter.com/Y61O0DMnCY
— Bulent KILIC (@Kilicbil) February 9, 2023
Davut Çerçi... 18 yaşında... Hatay'da 70 saat sonra enkazdan çıkarıldı. Hoş geldin kardeşim... pic.twitter.com/KMsXh3HpXM
— Batuhan Çolak (@batuhancolak33) February 9, 2023
“Su içmem, daha muayene olamadım”
— TRT HABER (@trthaber) February 9, 2023
Hatay'da 5 yaşındaki Hazal Güner 72 saat sonra enkazdan kurtarıldı. Mucize Hazal, “Su ister misin?” sorusuna bu yanıtı verdi. pic.twitter.com/4AjYrsfisa
Au milieu de l’horreur, il devient le visage de l’espoir. Le petit Halit Ali Talha, deux mois, resté 128 heures sous les décombres en Turquie, a été sauvé… Les médias locaux rapportent qu’il a été retrouvé dans les bras de sa mère, décédée pic.twitter.com/vXjZDJ0n5v
— Aurélie Casse (@AureCasse) February 12, 2023
On tabassa aussi des voleurs, des rescapés qu'on prit pour des pilleurs ou des Syriens, c'était tout comme. Les flics de Turquie bastonnaient à qui mieux mieux. Les gens bien éduqués, comme le père du code pénal turc, osèrent rappeler qu'on était toujours dans un État de droit, personne n'avait envie de les écouter. On réussit aussi à coffrer certains des constructeurs qui vendaient jadis des "bouts de paradis" et qui s'apprêtaient à fuir l'enfer qu'ils avaient eux-mêmes provoqué...
Le leader de l'opposition de Sa Majesté, Kemal Kiliçdaroglu, lança un "oust !" phénoménal lors d'un point presse. S'en prenant au Souverain d'une manière peu amène, il qualifia son propagandiste en chef, le sieur Fahrettin Altun, de "Goebbels dévitaminé". Ce dernier, d'une rare servilité, avait en effet mis en branle toute une machinerie à faire pâlir le diable; alors que des survivants tentaient encore d'émerger des décombres, un documentaire fut mis en circulation : il amortissait les critiques futures en jouant sur la thématique bien commode de la "catastrophe du siècle" inéluctable...
La révérence...
"Il est vrai que nous n'avons pas été en mesure de conduire nos interventions aussi vite qu’espéré", finit par reconnaître l'Immaculé national quatre jours plus tard. Si le Grand Bâtisseur avait 10 raisons de se vanter, les 9 concernaient les routes, les immeubles, les hôpitaux. La pierre. Soufflée par un séisme. En 2021, l'Éminentissime avait promis : "Nous irons sur la Lune en 2023 !". La terre en personne tira le tapis sous ses pieds...
Dans ce brouhaha général, on apprit que son ancien rival et néanmoins bienfaiteur, le kémaliste Deniz Baykal, rendit l'âme paisiblement pendant son sommeil. C'est lui qui avait ouvert les portes du pouvoir au Sultan. Et un jour de drame, il s'éclipsa le premier. On avait cette drôle d'impression d'assister à la fin d'une époque...
























