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mercredi 23 novembre 2016

François III le très islamique...

Le futur François III parle tel un calife mais c'est l'ex-futur Alain Ier qui se trouve affublé du très embarrassant "Ali Juppé". Contre l'avortement, contre le mariage gay, contre la débauche, contre la GPA, se déclare le premier. Le second, un vieux de la vieille, se la joue paradoxalement plus "moderne". Voilà donc en perspective une résurrection des "valeurs familiales" qui ne devrait pas déplaire au hajj du coin. Et, sauf votre respect, au cheikh Qaradawi. "Provocation" ? Point du tout. Simple constat. Après tout, que sont les fameuses "valeurs bourgeoises" si ce n'est la quintessence même de l'islam...


C'est quoi d'abord un chrétien conservateur ? Celui qui vote pour un FN dont la présidente vit dans le "péché" avec son "compagnon" ? Ou pour un Jörg Haider et un Gerald Grosz qui vivaient dans "l'abomination" avec leurs "petits amis" ? Ou pour un Geert Wilders, favorable au "mariage pour tous" ? Ou encore un Nigel Farage qui se trouve être un "divorcé-remarié" ? Même le pape a fini par délivrer l'absolution pour l'avortement. En gros, il efface l'ardoise. "Je peux et je dois affirmer avec la même force qu'il n'existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit", dixit Sa Sainteté...

Ca, c'est pour le "programme religieux". Le reste relève de l'identitaire. L'histoire de France, "une épopée de 2000 ans"; la colonisation, "une volonté de partager notre culture"; le réfugié, un type qu'il "faut reconduire à la frontière"; le métèque, un chiffre qu'il faudra caser tous les ans dans une loi qui fixe un quota; le chômeur, un fainéant qui mérite la dégressivité au bout de six mois, etc. etc. Autrement dit, le contraire de la doctrine sociale de l'Eglise. François se tue pour les migrants, pour les défavorisés, les miséreux mais le futur François III, "l'ultra-catholique", lui fait un pied de nez...

Le christianisme ? La religion, donc, où chacun vit comme n'aurait jamais vécu leur prophète-Dieu. D'ailleurs, seulement 2% des catholiques vont à la messe. Autrement dit, on se trouve confronté à une religion du "faisons comme si". Qui, d'ailleurs, a véritablement compris la Trinité ? Personne. Mais "l'esprit village" n'en reste pas moins tenace. Et le futur François III vilipende le "totalitarisme islamique" (et non "islamiste") alors que ses prônes sont de nature à être lus du haut de la chaire d'une mosquée...

Les musulmans, jadis "cinquième colonne", deviendraient-ils le "contingent d'appoint" ? Que nenni. Car la bizarrerie de la sociologie politique veut que les musulmans conservateurs votent à gauche en France et à droite dans leurs pays d'origine. Socialiste ici, AKPiste là-bas, par exemple. Peu importe la cohérence, c'est l'intérêt matériel qui compte ici, l'affiliation idéologique là-bas. Et ces "mahométans" sont tous des intégristes et des goujats, n'est-ce pas ? Des barbus; des voilées; des resquilleurs; des fraudeurs; des malappris; une race inauthentique, quoi...

Donc les musulmans, out mais l'islam, in. Les premiers, synonymes d'insécurité et d'incivilité, le second, synonyme de quiétude. Et une religion contre l'avortement, contre le mariage gay, contre la débauche, contre la GPA. Fillon-compatible. France profonde-compatible. Ah oui, dans la tradition musulmane, l'islam est non seulement la dernière religion révélée mais également, sur un plan phénoménologique, "l'expérience existentielle du monothéisme". Autrement dit, en plébiscitant la "branche chrétienne" de la patrie, la "province" a voté pour la "racine islamique" de la France. Ca mérite amplement un "haha"...

dimanche 26 janvier 2014

Des signes avant-coureurs...

"La dignité humaine, la valeur qui nous rassemble", dixit la Fille aînée à son Saint-Père. J'imagine le président essayant de réprimer un fou rire. Et Sa Sainteté, un rugissement. Regardez-moi ça, "la valeur qui nous rassemble" ! Un type grossier aurait parlé d'un "foutage de gueule". Et venant d'un homme qui vient de tromper sa compagne, ça fait sens, n'est-ce pas. Le pape a dû rougir. Quoique. Le socialiste n'a jamais été une punaise de sacristie et quand on n'est pas une punaise de sacristie, on a souvent la conscience large comme la manche d'un cordelier. Aux yeux du pontife, en tout cas...

Le chanoine d'honneur de la basilique de Saint-Jean de Latran et co-prince d'Andorre, accessoirement président d'une république, a donc discuté des "dossiers internationaux" avec Sa Sainteté. Comme si celui-ci était une "autorité" en la matière ou un acteur important dans la région du Moyen-Orient. "Oui oui mon fils, on pleurera ensemble quand on aura le temps, mais actuellement, il y a quelque chose de pourri dans la République de France", a dû forcer le Saint-Père. C'est qu'il est avant tout guide spirituel et sa fille aînée s'entête à se "dévergonder". 

C'est une comédie et c'est bien que ça l'est. Après tout, le fait d'être d'accord sur la valeur et de s'écharper sur ses déclinaisons, n'a rien de sérieux. La femme qui avorte parle de sa dignité, celle de ne pas mourir dans une "cage d'escalier". Le malade qui se donne la mort parle de sa dignité, celle de ne pas mourir dans la souffrance. L'homosexuel qui convole parle de sa dignité, celle de vivre dans l'égalité de traitement. Le parent homosexuel qui adopte parle de sa dignité, celle de vivre dans la joie familiale. Bah oui mais quatre "dignités" pour les uns devient tout bonnement quatre "horreurs" pour d'autres. La valeur qui nous rassemble, m'ouais...

La dignité humaine vue par l'homme et sa contingence et la dignité humaine vue par Dieu et sa prépotence. Inconciliables. Rien à rassembler. Tout clive. Et ça sonne comme une expression de gamin pris la main dans le sac. Alors qu'on attendait de la robustesse, nous autres Français "laïcs"; du genre, "la République laïque n'a pas à s'excuser d'avoir légiféré pour assurer le droit au bonheur des citoyens; nos impératifs sont différents, monsieur François a des inquiétudes, nous ne les partageons pas !". Et toc ! En tout cas, c'est ce qu'il aurait dit devant un calife grincheux...

Il est vrai que l'avortement devient un "droit de la femme à disposer de son corps" et non plus une "exception au droit à la vie de l'être conçu". Plus de détresse. "Ah mince ! le préservatif s'est déchiré !" suffira à violer le droit à la vie d'un autre être vivant. La "culture du déchet" dit le Vatican. Et comme par hasard, ceux qui s'évanouissent quand on ne leur donne pas ce droit sont les premiers à critiquer la "liberté d'expression" du pape. Bouhhh, il défend la dignité d'un "brouillon" alors que la mère, elle, en chair et en os, a une autre dignité à sauvegarder, n'est-ce pas, le droit de folâtrer et de ne pas en assumer les conséquences...

La responsabilité saute. Et ça passe pour de la dignité humaine. Un embryon est handicapé, on l'étouffe. Le "dépistage prénatal", mille mercis. Un vivant est handicapé, la mère l'étouffe et s'en sort avec les félicitations du jury. Un vieux est incurable, on l'expédie. On écarte la mort, l'infirmité, l'anormalité. On en fait un droit, une expression de la dignité humaine. "La valeur qui nous rassemble". La valeur qui nous "ressemble", plutôt. La créature a chipé le concept à son Créateur et s'en sert contre Lui. C'est une comédie et c'est bien que ça l'est. Forcer Dieu à sonner la fin de la récré, ça s'appelle. La fin des Temps approche, coco...

lundi 4 juin 2012

Ni plus ni moins, le droit à la vie

Contrairement à un sumérologue qui, selon la formule consacrée, "sait presque tout sur presque rien", le Premier ministre turc adore étaler ses maigres connaissances dans moult domaines. "Moult domaines", comme un Premier ministre ordinaire, dirai-je; "maigres connaissances", comme un Premier ministre turc, ajouterai-je. Non non, je n'insulte personne et sûrement pas tout un peuple. Simple observation. C'est que l'électeur turc aime avoir des dirigeants qui parlent. Car parler signifie provoquer donc cliver donc se baratter la cervelle. Et comme, généralement, celui qui sait peu jacasse beaucoup, ça tombe bien. Personne n'était fan de la rhétorique de l'ancien Premier ministre Bülent Ecevit, un intellectuel et poète dans ses heures; personne n'avait lu et n'avait l'intention de lire ses poèmes. Idem pour l'ancien Président de la République, Ahmet Necdet Sezer, celui qui sortait de son palais une fois par an pour prononcer un discours aseptisé devant la représentation nationale...

Recep Tayyip Erdogan, un bon orateur donc, récolte ainsi les fruits de ses fulgurances. Car il lance une polémique sans en maîtriser plus avant les tenants et les aboutissants et se retire aussitôt pour admirer la chamaillerie. Et il a de la chance, franchement. Quand il s'en prend à la "césarienne" (oui oui, le mode d'accouchement), une bronca se lève, on croise les fers et au moment où les anti-interventionnistes ont presque raison, une étude américaine apporte de l'eau à son moulin ! Alors, on oublie la forme (est-ce que le Premier ministre a légitimité pour dénoncer la césarienne ?) et on se fixe sur le fond; un fond qui lui donne rageusement raison : "Les femmes enceintes qui optent pour une césarienne en l'absence d'indication médicale devraient être averties que leur enfant peut courir un risque accru d'obésité ". Donc, il faut privilégier les "accouchements par voie basse", hein...

Autre épanchement logorrhéique : Erdogan se déclare, aujourd'hui, contre l'avortement. Comme devrait l'être tout humaniste certes mais il le fait aujourd'hui; dix ans qu'il dirige ce pays, concocte des lois, parle d'abondance. Car la visée est autre : la dérobade. "Alors, expliquez-nous pourquoi 34 Kurdes sont morts à Uludere ?", "bah oui mais chaque avortement est un Uludere, et toc !"... Oui, sans blague. Et tout le monde, évidemment, tombe dans le panneau. Alors, c'est reparti pour les discussions de bioéthique. Et les religieux des partis marginaux en profitent pour ouvrir immédiatement les cahiers de doléances : pénalisation de l'adultère et des relations homosexuelles. Au nom de la cohérence, naturellement. Et nous voilà embarqués dans les trous sans fin...

L'avortement est une opération qui concerne avant tout la femme; non pas parce-qu'il s'agit d'un de ses droits mais parce-qu'il relève d'une intervention sur son corps car la Nature en a disposé ainsi, c'est elle qui porte l'enfant. Et il n'y a pas lieu de tomber dans les passions, une simple règle de droit suffit, ni règle morale ni article de code religieux non, une simple règle de droit : "la loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité". Eh oui, article 1er de la loi du 18 janvier 1975. Autrement dit, l'avortement est une exception au droit à la vie de l'embryon et non un droit de la femme à disposer de son corps. Cela n'a strictement rien à voir avec les droits de la femme. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'article inaugural de la loi susvisée. Loi toujours en vigueur...

La femme dispose seulement du droit de pondre ou de ne pas pondre. C'est un droit fondamental; d'où la légitimité des contraceptifs. Mais son droit de ne pas être maman s'arrête au moment précis où un autre être humain acquiert le droit à la vie. Sauf s'il y a risque mortel pour sa propre santé, la femme ne devrait pas pouvoir avorter. Car refuser la naissance d'un foetus malformé révèle, au fond, un mépris pour le droit à la vie d'un handicapé, autant dire une monstruosité. Quelle est la différence ontologique entre avorter un futur handicapé et tuer un handicapé actuel ? L'un vit in utero, l'autre ex utero; mais les deux vivent. Quoiqu'en France, tuer son enfant souffrant a tendance à ne plus être considéré comme un crime puisque les tribunaux agissent "avec clémence". N'est-ce pas, la mère qui avait noyé sa fille par trop encombrante (et trop souffrante) devait presque être félicitée. Et les juges de première instance le firent puisqu'ils l'acquittèrent. Acquitter, au nom de la justice, une personne qui tue une autre personne ! Donc comme la femme enceinte, la "déjà-mère" pouvait (l)également, au nom d'on ne sait trop quoi, ôter la vie à un autre être humain parce-qu'il avait le tort d'être l'enfant de celle-ci ! Heureusement que les juges d'appel avaient fait semblant de sauver les meubles en lui infligeant une peine de deux ans d'emprisonnement. Avec sursis, naturellement, il ne fallait pas accabler encore plus une mère intarissable sur la mort de sa fille (qu'elle venait, au demeurant, d'assassiner)...

Les théologiens n'ont pas hésité pour dire ce qu'ils connaissent le mieux : la vie des autres. Même en cas de viol, la femme ne peut opter pour l'avortement pour une simple et bonne raison que l'enfant n'a aucune responsabilité dans l'acte malheureux qui l'a atteinte. Difficile, inhumain même, d'accord; mais, on l'a dit, il faut éviter les passions dans ce genre d'affaires : c'est ce qu'avait fait je ne sais plus quel archevêque qui avait excommunié une jeune fille qui avait avorté après avoir été violée. Et tous les "humanistes" du monde moderne s'étaient évanouis de rage. Or l'homme de religion ne faisait que son boulot, appliquer les exigences de sa foi. Car le fruit du viol n'avait aucune faute dans cette affaire...

Ainsi, une femme enceinte de six mois qui se fait renverser par une voiture et qui perd le "truc" qui se trouve dans son ventre, ne crie qu'une chose : "j'ai perdu mon ENFANT". Et non, "j'ai perdu la CHOSE que je portais depuis six mois" ! Même les paquets de cigarette ont compris que "fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre ENFANT".  Le droit de disposer de son corps signifie que la femme a le droit d'avoir des relations sexuelles comme elle l'entend et de prendre toutes ses dispositions pour éviter de tomber enceinte; une fois qu'elle l'est, elle est soumise au principe de bon sens : "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres". On ne corrige pas son erreur sur le dos d'un enfant qui n'a rien demandé. "Je n'ai pas les moyens, j'avorte", "je suis jeune, j'avorte", "j'ai oublié de me protéger, j'avorte". Non non et mille fois non ! On ne pas avoir la contraception, l'avortement et l'accouchement sous X. Dans ma conception libérale des choses, il faut assumer ses responsabilités.

Et dire que de toute manière, les femmes continueront d'avorter même si c'est interdit, ça ne résout pas le problème. Alors, on arrête d'incriminer tous les délits et crimes et tiens pourquoi pas la pédophilie et l'inceste. On a bien compris que l'incrimination ne fait pas disparaître ces deux abominations; pourtant, on ne se résigne pas à les légaliser. Si on devait légaliser tout ce que l'Homme brave, il n'y aurait plus de code pénal... En matière de droit de l'Homme, on ne suit pas la majorité, on suit l'idée de Justice. On ne défend aucune idéologie, aucune conception de telle ou telle religion, on ne défend qu'une chose : la vie. Et on est effaré de constater qu'une confusion universelle attache le droit à la vie d'un être humain au bon vouloir d'un autre être humain. Pour notre part, nous sommes un adepte de la prière khayyamienne : "Heureux l'enfant qui a expiré le jour de sa naissance ! Plus heureux celui qui n'est pas venu au monde !". Mais c'est là une autre histoire...

lundi 9 novembre 2009

Sexologique

C'est donc décidé; les potaches anglais vont apprendre les méandres de la vie sexuelle. Ou plutôt les moyens de faire la chose sans engrosser leurs copines. C'est qu'ils ne savent pas comment s'y prendre; résultat : beaucoup d'adolescentes enceintes et donc beaucoup d'avortements. Détresse donc avortement, comme on le sait. Bêtise donc avortement, comme on l'a compris. C'est comme ça. L'irresponsabilité portée aux nues.


L'on apprend à l'occasion que devant le Royaume-Uni en matière de taux de grossesse des adolescentes, se bousculent le Mexique, la Turquie et les Etats-Unis. Et l'adolescente consciente, toujours aussi sérieuse et impeccable, c'est la Néerlandaise. Evidemment. Ils sont comme ça les Néerlandais, Danois, Suédois, Norvégiens et Finlandais; toujours des modèles. Evidemment, ce n'est pas que les éphèbes et minettes néerlandais soient prudes; que nenni ! C'est qu'à l'école, on leur apprend des choses; ils peuvent ensuite se déniaiser en toute sérénité. Pas de grossesse, pas de détresse et naturellement pas d'avortement. La panacée. D'ailleurs, les maîtresses, nous dit-on, n'y vont pas par quatre chemins : "bon, écoutez bande de sauvageons, vos parents vous mentent, ce ne sont pas les cigognes qui vous déposent dans les berceaux; ils font comme ça, ouvrez la page 47 et admirez vos parents !", "j'ai honte Maîtresse", "t'as pas le droit mon cochon ! Le ministère nous l'impose : ouvre bien les yeux, après c'est la sécu qui paie les avortements que tu vas occasionner un jour ou l'autre", "bah nan, moi je veux être prêtre","bah tant mieux, t'en auras autant besoin"...

S'il y a bien une création qui passionne les hommes, c'est la femme. La mère, la soeur, la copine, la femme, la fille, la petite-fille. On les aime, c'est comme ça. Ca tombe bien, elles aussi. D'ailleurs, les hommes préféreraient papoter avec des femmes plutôt que boire des bières avec leurs poteaux; les experts nous l'apprennent. L'homme peut donc être romantique; parler avec une femme. Comme une copine. Sans rien attendre en retour. Ca tombe bien, les femmes adorent raconter leur vie; et celle des autres. Et elles pinaillent toujours, c'est un fait : il faut réciter le chapelet plusieurs fois par jour : "Ouais c'est vrai, haha, bon bah maintenant, on va passer...", "attend, redis-le moi que tu m'aimes","je ne peux pas faire sans toi", "mais encore ?", "tu es la femme de ma vie", "ouais...", "la mère de mes enfants"... Et l'homme n'avouera jamais, évidemment. Quoique. On n'a pas vu plus coulant qu'un homme en rut. C'est l'occasion rêvée pour lui arracher de la bouche, amour, émeraude, et autres objets de valeur.

Les sondages, enquêtes, recherches scientifiques nous apprennent à nous connaître davantage. Ainsi, il avait été demandé aux femmes de bien vouloir nous avouer ce qu'elles pensent des hommes qui fréquentent leur plumards. Les Allemands sont les pires des amants; ils puent, nous apprend le sondage. Rien que ça ! Les Anglais, en deuxième position, seraient trop paresseux. Si la paresse, c'est être un des pays où le taux de grossesse des adolescentes est le plus élevé, on ne peut que dire "elhamdulillah". On n'arrive pas à imaginer leur position si les Anglais étaient moins indolents... Les Suédois sont trop rapides, les Hollandais rustres (pas tant que ça, ils sont champions en matière de savoir-faire), les Américains dominateurs, les Grecs trop sentimentaux, les Gallois trop égoïstes, les Ecossais trop gueulards, les Turcs trop suants et les Russes trop poilus. Des Russes poilus ! La meilleure... La palme revient aux Latins : Espagnols, Brésiliens, Italiens, Français suivis par les Irlandais, Sud-Africains, Australiens, Zélandais, Danois et Canadiens. Un Nordique pour mari, un Latin pour amant devrait faire l'affaire. Les canons de la beauté ne peuvent être identiques pour tout le monde. Mais la performance au lit est beaucoup plus objective et c'est toujours les femmes que l'on interroge pour balancer sur leurs amants.

Evidemment, les autorités religieuses se sont immédiatement dressées contre ce projet; elles préfèrent vanter le mariage et l'abstinence pré-nuptiale, deux archaïsmes. Mais la religion n'est-elle pas le pôle par excellence de l'archaïsme dans nos sociétés modernes ? Et les Français adorent montrer à chaque occasion qu'ils se sont sécularisés; les enfants issus de parents non mariés représentent 52 % des naissances. "Mais on s'aime, c'est l'essentiel nan ?". Bien sûr. D'ailleurs, mariage signifie paperasses, délais, procédures, régime matrimonial, éventuellement divorce. Et les curés ne sont pas contents, "ne forniquez pas, venez !", "bah nan, la France est laïque et elle le restera !", "mais c'est quoi le rapport ?", "on s'en fout du rapport, je récite ma leçon"...


Evidemment, l'éducation sexuelle est une nécessité. Comme ma mémoire visuelle est excellente, comme par hasard, je me souviens toujours d'un cours relatif à ce sujet quand j'étais en CM2 ! Une maîtresse en train de nous expliquer l'organe masculin, gênée aux entournures, les garçons regardant ailleurs, les filles les yeux fixés sur nous plus que sur les diapositives. Le sentiment de honte. Il faudra apprendre ce sentiment aussi dans les écoles. Avoir honte, balbutier, être gêné, etc. Ca serait utile. Education sexuelle, c'est bien. Education morale en rab, ça serait mieux. Mais bon, un autre archaïsme. Le fléau des temps modernes, c'est qu'on ne sait plus rougir. "Mais on se libère, arrête de pleurer, regarde ma mère, elle me met des préservatifs dans ma sacoche, c'est moderne non ?", "bah oui, tu as raison, moi je pense même qu'il faut abolir l'interdiction de l'inceste, après tout, c'est qui qui nous l'a imposée, hein ?"


Les temps modernes : un seul démon suffit pour dévisser les plus fermes fondations. L'essentiel, ce n'est pas de réprimer les idées pernicieuses, c'est d'éviter leur éclosion dans l'esprit humain. Une fois que les plus viles pulsions sont titillées, elles finissent par devenir légitimes. Si bien que l'on en vient à tourner des films pornographiques mettant en scène deux frères jumeaux ou encore, préparez les sacs de vomissement, un père et son fils ou une mère et son fils !!! Mais le paradigme ne change pas: il faut comprimer sa légitime indignation de peur de passer pour rétrograde. Il est impérieux d'être rétrograde ! Wallâhi...

dimanche 22 mars 2009

Vulgum pecus contra papam ergo Deum

C'est connu, il est difficile pour un chef d'Etat de dire à son hôte ses quatre vérités devant tout le monde. Il faut avoir une langue diplomatique; ne pas blesser, ne pas heurter, ne pas bousculer. Maudire dans les couloirs, se taire en public. Ou insinuer en public et atténuer en privé. Il faut éviter les ruptures diplomatiques, cela se comprend : adieu contrats, alliances, influences...


Le Pape a ce formidable privilège de parler sans tordre ses pensées; il n'a de compte à rendre qu'à Dieu. D'ailleurs, ça tombe bien, jusqu'à la confrontation, il s'est déclaré infaillible. Le Saint-Esprit est donc convoqué à chacune de ses réflexions; et sa parole devient, de fait, celle de Dieu. Et il peut ouvrir la bouche sans ressentir la crainte de se faire savonner par ses conseillers; le Vatican n'a sans doute pas trop de soucis à se faire côté contrats commerciaux.


En ce moment, il est en Afrique; un continent épuisé. La bonne parole, voilà une petite amusette utile pour réconforter le mal-en-point. Eh bien, il a tenté : "c'est toujours nous que vous grondez" a dû rouspéter Omar, celui du Soudan. Définition donc de la démocratie : "Le respect et la promotion des droits de l'homme, un gouvernement transparent, une magistrature indépendante, des moyens de communication sociale libres, une administration publique honnête, un réseau d'écoles et d'hôpitaux fonctionnant de manière adéquate et la ferme détermination, basée sur la conversion des coeurs, d'éradiquer, une fois pour toutes, la corruption. " A la face du Président angolais, entouré de toute sa bureaucratie et du corps diplomatique. "Oui oui, c'est bon, tous ces principes sont respectés au Zimbabwe, allez venez nous aider, le peuple se meurt, j'ai dépensé mes derniers sous pour acheter une maison à Hongkong", s'écrie Robert, de son côté.

"Franchement, c'est impressionnant, nan ? T'as vu, il a des c... au c... !", "Moi, je boude le Pape, il ne dit pas ce que je veux entendre ! Je veux avortement, capote, liberté, mariage des prêtres, danse dans les églises, hein". Démocratie, le cadet des soucis. La tenaillante vie quotidienne fait du discours démocratique un sujet de luxe. L'on préfère l'éradication des soucis plus oppressants. Normal.

Les discussions ont repris de plus belle sur le dogmatisme du Saint-Père. "Toujours avec ses normes figées, même le Christ aurait été excommunié, j'parie, pfff" se lancent certains; "ah oui alors, t'as bien raison, mon grand, c'est quoi ce Pape, pourquoi il nous dit ce que Dieu dit, nous, nous voulons qu'il dise à Dieu ce que nous, nous voulons". "Mais Moïse n'est plus...", "on s'en fout, qu'il négocie quand même !" Que disait George Sand dans Pauline : "toutes les nuances possibles se trouvent dans les religions vieillies; tant de siècles les ont modifiées, tant d'hommes ont mis la main à l'édifice, tant d'intelligences, de passions et de vertus y ont apporté leurs trésors, leurs erreurs ou leurs lumières, que mille doctrines se trouvent à la fin contenues dans une seule et milles natures diverses y peuvent puiser l'excuse ou le stimulant qui leur convient. C'est par là que ces religions s'élèvent, c'est aussi par là qu'elles s'écroulent"...

Même Juppé, pourtant "respectueux des valeurs chrétiennes" (nouvelle expression pour éviter de se prononcer sur le degré de piété, sans doute), se dit choqué; "ah qu'il m'énerve ce lourdaud, reviens sur terre, vieux !". Mais Sa Sainteté continue d'entonner : "humanisation de la sexualité", "non à l'avortement thérapeutique", "dangerosité du préservatif", etc. Et le café du pauvre, hein, qu'est-ce que t'en fais ? Il en a marre le type : pas de démocratie, pas de pain, pas d'eau, plus de santé, pas de sexe... quoi alors, vivre comme un pape ? Même ça, ils n'en ont pas les moyens. "Hérétiques ! Pensez au monde éternel !" C'est vrai que la frange la plus indignée n'est pas celle qui peuple les églises. Mais quand la religion est en cause, il est de bon ton de donner son avis; toujours dissident, en l'occurence. Le Parti communiste va distribuer des préservatifs place Jean-Paul II; aux Français qui en sont déjà gavés mais bon, il faut bien protester...

Mais comme la fonction du Pape requiert surtout de rester connecter avec le Ciel plus que de satisfaire les desiderata de la masse des croyants, on comprend sa rugosité. C'est une des rares croyances où même les fidèles ne cessent de demander des aménagements; et de lancer des ultimatums surtout : t'évolues ou j'te quitte. "Bah attend, il ne va tout de même pas aller distribuer des préservatifs, non plus, arrête tes conneries, toi aussi" a voulu dire Christine. Boutin. Promotion de la débauche. Par un Pape !

Pourquoi s'en prendre à lui et pas à ceux qui, en Afrique, le suivent aveuglément ? Les "humanistes laïques" devraient plutôt éclairer les "suiveurs"; un évangélisme à l'envers. "Ah bah, t'es bien marrant, toi, comment dessiller les yeux à ceux qui sont pétris de convictions ? Ils donneraient leurs vies pour leur religion !" Eh bien voilà le hic : la croyance religieuse est une histoire de logique, pas un loisir que l'on délaisse quand de graves questions de survie se posent; il faut de l'expérience spirituelle pour comprendre ces choses-là; "il n'est pas possible qu'un enfant qui tète, mange" (Rûmi)... Seul un croyant peut comprendre et "tolérer" son propre aveuglement... n'en déplaise aux bonnes consciences généreuses. Certains se sentent gênés à l'idée de violer une loi de l'Eglise (juste ou non, peu importe), on n'y peut rien, c'est comme ça. Et l'on respecte, l'on doit respecter. Le "postulat de la rationalité du croyant" nous apprenait Durkheim.

La position du Pape est claire : le dogme dit cela, à vous de choisir. L'on ne va tout de même pas fustiger un homme qui ne fait que son métier : dire à ceux que ça intéresse les vérités de leur foi. Et paradoxalement, ce sont les non-croyants ou les indifférents qui s'indignent en premier. Des théologiens, on aurait compris. Allez comprendre, une querelle de famille qui fait jaser la planète entière... Il ne manquerait plus que l'on élise le Pape démocratiquement !

mardi 24 février 2009

Macabrerie

Voilà donc une bonne nouvelle : "les autorités sanitaires de Mexico tirent un bilan positif de la loi qui a dépénalisé l'avortement jusqu'à douze semaines de grossesse - une expérience pionnière en Amérique latine". Il y a, en effet, moins d'abandons. Grâce à l'avortement. On n'abandonne pas. Il n'y a rien à abandonner. On tue dans l'oeuf. Moins de paperasse, moins de picailles dépensées, moins de mères à consoler, moins d'enlèvements de mineurs.

On le sait, en France, l'avortement n'est permis que pour soulager des "détresses". Une exception au droit à la vie : l'article 1er de la loi du 18 janvier 1975 est on ne peut plus clair : "La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi". Détresse, détresse, le sésame. Les gueuses n'avaient d'autre choix que d'abandonner leurs poupons et c'est la collectivité qui casquait. Détresse de la mère, détresse du petit, détresse de la Nation. Les vagissements se mêlaient. Une charge émotionnelle. Désormais, il n'y a que des contents; enfin presque puisque la "détresse" de la "mère" reste le critère. Toujours inconsolable.

Mais allez faire comprendre : la masse croit qu'il s'agit d'un droit fondamental. Un droit de la femme à disposer de son corps; si bien que la notion de "détresse" commence à englober tout et n'importe quoi : "mince alors, j'ai oublié de mettre le préservatif; dans le feu de l'action, tu comprends...", "eh puis, j'ai pas envie de prendre du poids", "ouais, on est trop jeunes"... L'ère de la frivolité. On veut fuir le sérieux, rester enfantin, être léger, sans soucis, sans encombrement. Irresponsables.

Je ne suis pas femme. Je ne connaîtrai jamais le sentiment d'être mère; mais enfant, on a bien compris qu'il est indescriptible. Un amour sans pareil, sans contrepartie, à perpétuelle demeure. "Alors, p'tit malin, comment oses-tu dire des femmes qu'elles avortent par plaisir, hein ! Avoue qu' tu provoques". Et on tresse de fausses indignations. Détresse.

Il faut dire que le Pape résiste crânement : ni contraception ni avortement. Même son vieil ami, Hans Jüng, n'arrive pas à le convaincre; "allez, laisse les gens utiliser pilules, préservatifs et autres, il n'y a pas meurtre puisqu'il n'y a rien !", "dégage, toi aussi, on ne fait l'amour que pour avoir des bébés chez nous, j'vais t'le dire combien de fois !". Et quand les Africains meurent du Sida, on tourne les yeux vers le Vatican : "va au Diable avec tes principes". Comme si le Pape retenait physiquement les gens pour ne pas qu'ils utilisent les moyens de contraception. Sorte de "contrainte morale" de sa part; ils attendent toujours la "fatwa".

Les droits-de-l'hommistes non plus ne savent pas trop qui défendre; la Cour européenne balbutie toujours, rien à se mettre sous la dent : « la Cour ne sous-estime pas l’importance accordée par l’Etat portugais à la protection de la législation en matière d’interruption de grossesse telle qu’applicable à l’époque ainsi qu’aux principes et valeurs qui la sous-tendent » (Women on Waves c. Portugal, 3 février 2009). La Ligue des droits de l'Homme défend l'avortement mais rappelle le droit à la vie, on n'y comprend plus rien. Les féministes se perdent dans des explications philosophiques, liberté, égalité, dignité, etc. Inégalité, c'est vrai; l'homme ne fait que "déposer"; le reste, ça se passe chez la femme. Et d'ailleurs, la justice nous dit bien que "le fait de concevoir un enfant contre la volonté du mari ne constitue pas une cause de divorce" (Cour d'appel de Caen, 5 janvier 2006). Liberté chérie.

Les folies finissent toujours par avoir raison. Irlande, Pologne, Malte, et autres finiront par tomber. Il y a une sorte d'évolution dégénérative inexorable; la hardiesse devient la normalité dans le domaine des moeurs; les attentats à la morale deviennent des actes de bravoure. L'on s'émancipe. Un noble mot, l'émancipation. Au moins, l'on connaît la fin du cheminement : les incartades ont été créées pour amener l'Apocalypse. La "poliorcétique" s'affermit et les hôtes regardent ailleurs : pas de fin sans début. Freiner, entraver, obstruer ne sont que des mots. Maux contre mots, ce qui nous reste. Et à rebours, on s'y emploie. Verba volant, scripta manent. Une simple histoire de preuve pour le Grand Procès.

jeudi 12 février 2009

Salves vaticanes

Une éclipse du Saint-Esprit. Ou un sursaut, tout dépend de l'angle de vue. L'on avait déjà eu du mal à comprendre son auguste Pardon; la nomination de l'évêque auxiliaire de Linz qui déclara à propos du tsunami de 2004, "c'est un châtiment divin", continua d'exaspérer. La colère devait donc éclater : "comment peux-tu dire ça ! C'est pas Dieu, c'est la nature qui nous joue des tours, reconnais-le !", "oui, c'est ce que je dis, chez nous, la nature, ça s'appelle Dieu"...

Les fâcheuses interprétations religieuses ! Après les séismes d'Izmit et de Düzce en Turquie (1999), un imam s'était également "égaré" : "c'est Dieu qui agit, calmez-vous, revenez au droit chemin, ya Allah, estagfirullah", "mais nan, ignorant, la science nous dit que..." Les gens s'en étaient remis tout de même aux religieux. Plus réconfortant que des calculs et des cartes de sismicité. Si bien que l'on avait pu voir des scènes pour le moins insolites : des fronts qui ne se levaient plus, des chapelets jalousement tenus en main, l'apprentissage accéléré du Coran, etc. Même mon oncle qui, dit-on, n'est pas très à l'aise avec les choses religieuses (un ancien de 68) avait, à ma très grande surprise, des balbutiements qui, à les écouter de plus près, s'apparentaient à des prières. "Non ! Toi ?", "le Jour approche, fiston"... L'homme n'est rebelle que par fanfaronnade; la moindre secousse le jette dans le giron de la sacralité la plus proche. Un réflexe qui ne s'invente pas... "Chaque fois que tu tombes malade, tes désirs et tes ambitions perdent de leur force et toi, tu te construis une maison de repentir" dixit Rûmi.

Le Très Saint-Père aurait encore, divagué. "Assassins" s'est-il emporté contre ceux qui ont laissé mourir la jeune femme; une émouvante histoire de fin de vie. 17 ans dans le coma, un père et une Cour de cassation inconsolables et un clergé toujours aussi froid, inhumain, trop religieux. Voilà qu'il se met à défendre la vie, maintenant ! "Comment oses-tu ? Invente des exceptions !" Chacun avait la larme à l'oeil; même le fringant Berlusconi en était touché : "allez Napolitano, signe, vieillard sénile !", "jamais, tu m'entends, jamais, elle doit mourrir !" Le camp "laïque" avait même applaudi le Président de la République : "c'est bien, t'es resté communiste jusqu'au bout, pas de courbette devant le Pape".

Chacun invoque la dignité de la personne humaine. "Elle doit vivre, on ne part pas comme ça, Dieu lui a donné une dignité", "ouais ouais, elle doit mourrir car elle le veut, et c'est ça la dignité, éviter la dégradation". Une personne diminuée ou handicapée étant considérée comme indigne de vivre, car trop exact, trop authentique, trop immonde. L'impureté du monde profane. L'on vit à une époque où il est bon de cacher toutes les manifestations de notre humanité; une époque qui ne veut jamais voir le visage froid de la mort. Out la douleur, la vieillesse, la tristesse.

Et le lobbying est forcément nuisible quand il émane d'une force spirituelle. L'Eglise fait surtout exaspérer ceux qui ne la suivent pas, avec son principe "négatif" : non à tout : euthanasie, avortement, divorce, contraception, union homosexuelle, procréation assistée, etc. Tout ce que l'époque moderne a de plus moderne. D'ailleurs, on avance à tatons en France : "pas d'euthanasie chez nous hein, mais ceux qui la pratiquent peuvent espérer la clémence de la justice". Les jurés pleurent en choeur et la justice se désole tellement qu'elle avait pu pondre, l'an dernier, une ineptie : une mère avait tué sa fille par pitié, en la noyant, et avait bénéficié d'un acquittement ! Heureusement que la cour d'appel s'est ressaisie et a prononcé deux ans d'emprisonnement; avec sursis, bien sûr, pour la galerie...

"Peut-être la véritable dignité consiste-t-elle à porter sa croix jusqu'au bout..." (Gilles Lebreton). Un simple avis. Ni oukase, ni conseil. Un testament.

mardi 11 mars 2008

La nouvelle "fatwa" vaticane sur les péchés capitaux: réflexion sur le renouveau théologique

Alors qu'il ne se presse jamais pour actualiser certaines de ses positions universellement contestées, le Vatican s'apprête à revisiter sa liste des péchés capitaux; voilà une belle modernisation des critères d'accessibilité à la Géhenne. On passe d'une dimension individuelle à une dimension plus sociale, collective; des péchés de "la troisième génération".
Dorénavant, les drogues, la pollution, la manipulation génétique, les injustices économiques et sociales et l'avortement sont passibles de la damnation éternelle. Il faut donc courir se confesser chez le curé le plus proche ou plutôt dormir à ses côtés, les comportements prohibés étant abondamment pratiqués de nos jours. On pèche comme on respire.
Cet effort d'adaptation aux conditions actuelles mérite approbation même s'il vise, avant tout, à élargir le champ de responsabilité de l'homme. Dans les religions, le critère de la "légalité des délits et des peines" n'existe pas. On adapte même sans base textuelle.
L'islam suit le même raisonnement; le "kiyas" (la comparaison) est un principe matriciel du droit islamique; il s'applique également à son volet pénal. Il est donc permis de "créer" de nouveaux délits mais ceux-là doivent s'inscrire dans "l'esprit" d'une réprobation semblable. Exemple: l'alcool est interdit car il affecte l'esprit donc tout ce qui affecte l'esprit est également interdit; ainsi, pour certains théologiens, le tabac et la drogue sont "haram". D'autres partent du principe selon lequel ce qui n'est pas expressément interdit par Dieu ne peut l' être par ses créatures. Le problème de cette conception (qui est implacable sur le plan logique puisqu'elle postule l'omniscience du Créateur, il serait insultant de penser qu'Il n'a pas été visionnaire !), c'est qu'elle est trop théorique car ça fait bien longtemps que Dieu n'intervient plus sur la scène théologale. On est donc poussé à deviner ce qu'Il aurait disposé dans telle ou telle circonstance.
Comme le dit l'adage du droit islamique superbement ignoré: "La fatwa change avec le temps qui change", soyons apostolique:
"zamanin tagayyuru ile ahkam dahi tebeddül eder" (turc),
"taghayyur al-fatwa bi taghayyur al-azman" (arabe),
"the fatwa changes with changing times" (anglais).