Affichage des articles dont le libellé est contraception. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est contraception. Afficher tous les articles

lundi 4 juin 2012

Ni plus ni moins, le droit à la vie

Contrairement à un sumérologue qui, selon la formule consacrée, "sait presque tout sur presque rien", le Premier ministre turc adore étaler ses maigres connaissances dans moult domaines. "Moult domaines", comme un Premier ministre ordinaire, dirai-je; "maigres connaissances", comme un Premier ministre turc, ajouterai-je. Non non, je n'insulte personne et sûrement pas tout un peuple. Simple observation. C'est que l'électeur turc aime avoir des dirigeants qui parlent. Car parler signifie provoquer donc cliver donc se baratter la cervelle. Et comme, généralement, celui qui sait peu jacasse beaucoup, ça tombe bien. Personne n'était fan de la rhétorique de l'ancien Premier ministre Bülent Ecevit, un intellectuel et poète dans ses heures; personne n'avait lu et n'avait l'intention de lire ses poèmes. Idem pour l'ancien Président de la République, Ahmet Necdet Sezer, celui qui sortait de son palais une fois par an pour prononcer un discours aseptisé devant la représentation nationale...

Recep Tayyip Erdogan, un bon orateur donc, récolte ainsi les fruits de ses fulgurances. Car il lance une polémique sans en maîtriser plus avant les tenants et les aboutissants et se retire aussitôt pour admirer la chamaillerie. Et il a de la chance, franchement. Quand il s'en prend à la "césarienne" (oui oui, le mode d'accouchement), une bronca se lève, on croise les fers et au moment où les anti-interventionnistes ont presque raison, une étude américaine apporte de l'eau à son moulin ! Alors, on oublie la forme (est-ce que le Premier ministre a légitimité pour dénoncer la césarienne ?) et on se fixe sur le fond; un fond qui lui donne rageusement raison : "Les femmes enceintes qui optent pour une césarienne en l'absence d'indication médicale devraient être averties que leur enfant peut courir un risque accru d'obésité ". Donc, il faut privilégier les "accouchements par voie basse", hein...

Autre épanchement logorrhéique : Erdogan se déclare, aujourd'hui, contre l'avortement. Comme devrait l'être tout humaniste certes mais il le fait aujourd'hui; dix ans qu'il dirige ce pays, concocte des lois, parle d'abondance. Car la visée est autre : la dérobade. "Alors, expliquez-nous pourquoi 34 Kurdes sont morts à Uludere ?", "bah oui mais chaque avortement est un Uludere, et toc !"... Oui, sans blague. Et tout le monde, évidemment, tombe dans le panneau. Alors, c'est reparti pour les discussions de bioéthique. Et les religieux des partis marginaux en profitent pour ouvrir immédiatement les cahiers de doléances : pénalisation de l'adultère et des relations homosexuelles. Au nom de la cohérence, naturellement. Et nous voilà embarqués dans les trous sans fin...

L'avortement est une opération qui concerne avant tout la femme; non pas parce-qu'il s'agit d'un de ses droits mais parce-qu'il relève d'une intervention sur son corps car la Nature en a disposé ainsi, c'est elle qui porte l'enfant. Et il n'y a pas lieu de tomber dans les passions, une simple règle de droit suffit, ni règle morale ni article de code religieux non, une simple règle de droit : "la loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité". Eh oui, article 1er de la loi du 18 janvier 1975. Autrement dit, l'avortement est une exception au droit à la vie de l'embryon et non un droit de la femme à disposer de son corps. Cela n'a strictement rien à voir avec les droits de la femme. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'article inaugural de la loi susvisée. Loi toujours en vigueur...

La femme dispose seulement du droit de pondre ou de ne pas pondre. C'est un droit fondamental; d'où la légitimité des contraceptifs. Mais son droit de ne pas être maman s'arrête au moment précis où un autre être humain acquiert le droit à la vie. Sauf s'il y a risque mortel pour sa propre santé, la femme ne devrait pas pouvoir avorter. Car refuser la naissance d'un foetus malformé révèle, au fond, un mépris pour le droit à la vie d'un handicapé, autant dire une monstruosité. Quelle est la différence ontologique entre avorter un futur handicapé et tuer un handicapé actuel ? L'un vit in utero, l'autre ex utero; mais les deux vivent. Quoiqu'en France, tuer son enfant souffrant a tendance à ne plus être considéré comme un crime puisque les tribunaux agissent "avec clémence". N'est-ce pas, la mère qui avait noyé sa fille par trop encombrante (et trop souffrante) devait presque être félicitée. Et les juges de première instance le firent puisqu'ils l'acquittèrent. Acquitter, au nom de la justice, une personne qui tue une autre personne ! Donc comme la femme enceinte, la "déjà-mère" pouvait (l)également, au nom d'on ne sait trop quoi, ôter la vie à un autre être humain parce-qu'il avait le tort d'être l'enfant de celle-ci ! Heureusement que les juges d'appel avaient fait semblant de sauver les meubles en lui infligeant une peine de deux ans d'emprisonnement. Avec sursis, naturellement, il ne fallait pas accabler encore plus une mère intarissable sur la mort de sa fille (qu'elle venait, au demeurant, d'assassiner)...

Les théologiens n'ont pas hésité pour dire ce qu'ils connaissent le mieux : la vie des autres. Même en cas de viol, la femme ne peut opter pour l'avortement pour une simple et bonne raison que l'enfant n'a aucune responsabilité dans l'acte malheureux qui l'a atteinte. Difficile, inhumain même, d'accord; mais, on l'a dit, il faut éviter les passions dans ce genre d'affaires : c'est ce qu'avait fait je ne sais plus quel archevêque qui avait excommunié une jeune fille qui avait avorté après avoir été violée. Et tous les "humanistes" du monde moderne s'étaient évanouis de rage. Or l'homme de religion ne faisait que son boulot, appliquer les exigences de sa foi. Car le fruit du viol n'avait aucune faute dans cette affaire...

Ainsi, une femme enceinte de six mois qui se fait renverser par une voiture et qui perd le "truc" qui se trouve dans son ventre, ne crie qu'une chose : "j'ai perdu mon ENFANT". Et non, "j'ai perdu la CHOSE que je portais depuis six mois" ! Même les paquets de cigarette ont compris que "fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre ENFANT".  Le droit de disposer de son corps signifie que la femme a le droit d'avoir des relations sexuelles comme elle l'entend et de prendre toutes ses dispositions pour éviter de tomber enceinte; une fois qu'elle l'est, elle est soumise au principe de bon sens : "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres". On ne corrige pas son erreur sur le dos d'un enfant qui n'a rien demandé. "Je n'ai pas les moyens, j'avorte", "je suis jeune, j'avorte", "j'ai oublié de me protéger, j'avorte". Non non et mille fois non ! On ne pas avoir la contraception, l'avortement et l'accouchement sous X. Dans ma conception libérale des choses, il faut assumer ses responsabilités.

Et dire que de toute manière, les femmes continueront d'avorter même si c'est interdit, ça ne résout pas le problème. Alors, on arrête d'incriminer tous les délits et crimes et tiens pourquoi pas la pédophilie et l'inceste. On a bien compris que l'incrimination ne fait pas disparaître ces deux abominations; pourtant, on ne se résigne pas à les légaliser. Si on devait légaliser tout ce que l'Homme brave, il n'y aurait plus de code pénal... En matière de droit de l'Homme, on ne suit pas la majorité, on suit l'idée de Justice. On ne défend aucune idéologie, aucune conception de telle ou telle religion, on ne défend qu'une chose : la vie. Et on est effaré de constater qu'une confusion universelle attache le droit à la vie d'un être humain au bon vouloir d'un autre être humain. Pour notre part, nous sommes un adepte de la prière khayyamienne : "Heureux l'enfant qui a expiré le jour de sa naissance ! Plus heureux celui qui n'est pas venu au monde !". Mais c'est là une autre histoire...

lundi 9 novembre 2009

Sexologique

C'est donc décidé; les potaches anglais vont apprendre les méandres de la vie sexuelle. Ou plutôt les moyens de faire la chose sans engrosser leurs copines. C'est qu'ils ne savent pas comment s'y prendre; résultat : beaucoup d'adolescentes enceintes et donc beaucoup d'avortements. Détresse donc avortement, comme on le sait. Bêtise donc avortement, comme on l'a compris. C'est comme ça. L'irresponsabilité portée aux nues.


L'on apprend à l'occasion que devant le Royaume-Uni en matière de taux de grossesse des adolescentes, se bousculent le Mexique, la Turquie et les Etats-Unis. Et l'adolescente consciente, toujours aussi sérieuse et impeccable, c'est la Néerlandaise. Evidemment. Ils sont comme ça les Néerlandais, Danois, Suédois, Norvégiens et Finlandais; toujours des modèles. Evidemment, ce n'est pas que les éphèbes et minettes néerlandais soient prudes; que nenni ! C'est qu'à l'école, on leur apprend des choses; ils peuvent ensuite se déniaiser en toute sérénité. Pas de grossesse, pas de détresse et naturellement pas d'avortement. La panacée. D'ailleurs, les maîtresses, nous dit-on, n'y vont pas par quatre chemins : "bon, écoutez bande de sauvageons, vos parents vous mentent, ce ne sont pas les cigognes qui vous déposent dans les berceaux; ils font comme ça, ouvrez la page 47 et admirez vos parents !", "j'ai honte Maîtresse", "t'as pas le droit mon cochon ! Le ministère nous l'impose : ouvre bien les yeux, après c'est la sécu qui paie les avortements que tu vas occasionner un jour ou l'autre", "bah nan, moi je veux être prêtre","bah tant mieux, t'en auras autant besoin"...

S'il y a bien une création qui passionne les hommes, c'est la femme. La mère, la soeur, la copine, la femme, la fille, la petite-fille. On les aime, c'est comme ça. Ca tombe bien, elles aussi. D'ailleurs, les hommes préféreraient papoter avec des femmes plutôt que boire des bières avec leurs poteaux; les experts nous l'apprennent. L'homme peut donc être romantique; parler avec une femme. Comme une copine. Sans rien attendre en retour. Ca tombe bien, les femmes adorent raconter leur vie; et celle des autres. Et elles pinaillent toujours, c'est un fait : il faut réciter le chapelet plusieurs fois par jour : "Ouais c'est vrai, haha, bon bah maintenant, on va passer...", "attend, redis-le moi que tu m'aimes","je ne peux pas faire sans toi", "mais encore ?", "tu es la femme de ma vie", "ouais...", "la mère de mes enfants"... Et l'homme n'avouera jamais, évidemment. Quoique. On n'a pas vu plus coulant qu'un homme en rut. C'est l'occasion rêvée pour lui arracher de la bouche, amour, émeraude, et autres objets de valeur.

Les sondages, enquêtes, recherches scientifiques nous apprennent à nous connaître davantage. Ainsi, il avait été demandé aux femmes de bien vouloir nous avouer ce qu'elles pensent des hommes qui fréquentent leur plumards. Les Allemands sont les pires des amants; ils puent, nous apprend le sondage. Rien que ça ! Les Anglais, en deuxième position, seraient trop paresseux. Si la paresse, c'est être un des pays où le taux de grossesse des adolescentes est le plus élevé, on ne peut que dire "elhamdulillah". On n'arrive pas à imaginer leur position si les Anglais étaient moins indolents... Les Suédois sont trop rapides, les Hollandais rustres (pas tant que ça, ils sont champions en matière de savoir-faire), les Américains dominateurs, les Grecs trop sentimentaux, les Gallois trop égoïstes, les Ecossais trop gueulards, les Turcs trop suants et les Russes trop poilus. Des Russes poilus ! La meilleure... La palme revient aux Latins : Espagnols, Brésiliens, Italiens, Français suivis par les Irlandais, Sud-Africains, Australiens, Zélandais, Danois et Canadiens. Un Nordique pour mari, un Latin pour amant devrait faire l'affaire. Les canons de la beauté ne peuvent être identiques pour tout le monde. Mais la performance au lit est beaucoup plus objective et c'est toujours les femmes que l'on interroge pour balancer sur leurs amants.

Evidemment, les autorités religieuses se sont immédiatement dressées contre ce projet; elles préfèrent vanter le mariage et l'abstinence pré-nuptiale, deux archaïsmes. Mais la religion n'est-elle pas le pôle par excellence de l'archaïsme dans nos sociétés modernes ? Et les Français adorent montrer à chaque occasion qu'ils se sont sécularisés; les enfants issus de parents non mariés représentent 52 % des naissances. "Mais on s'aime, c'est l'essentiel nan ?". Bien sûr. D'ailleurs, mariage signifie paperasses, délais, procédures, régime matrimonial, éventuellement divorce. Et les curés ne sont pas contents, "ne forniquez pas, venez !", "bah nan, la France est laïque et elle le restera !", "mais c'est quoi le rapport ?", "on s'en fout du rapport, je récite ma leçon"...


Evidemment, l'éducation sexuelle est une nécessité. Comme ma mémoire visuelle est excellente, comme par hasard, je me souviens toujours d'un cours relatif à ce sujet quand j'étais en CM2 ! Une maîtresse en train de nous expliquer l'organe masculin, gênée aux entournures, les garçons regardant ailleurs, les filles les yeux fixés sur nous plus que sur les diapositives. Le sentiment de honte. Il faudra apprendre ce sentiment aussi dans les écoles. Avoir honte, balbutier, être gêné, etc. Ca serait utile. Education sexuelle, c'est bien. Education morale en rab, ça serait mieux. Mais bon, un autre archaïsme. Le fléau des temps modernes, c'est qu'on ne sait plus rougir. "Mais on se libère, arrête de pleurer, regarde ma mère, elle me met des préservatifs dans ma sacoche, c'est moderne non ?", "bah oui, tu as raison, moi je pense même qu'il faut abolir l'interdiction de l'inceste, après tout, c'est qui qui nous l'a imposée, hein ?"


Les temps modernes : un seul démon suffit pour dévisser les plus fermes fondations. L'essentiel, ce n'est pas de réprimer les idées pernicieuses, c'est d'éviter leur éclosion dans l'esprit humain. Une fois que les plus viles pulsions sont titillées, elles finissent par devenir légitimes. Si bien que l'on en vient à tourner des films pornographiques mettant en scène deux frères jumeaux ou encore, préparez les sacs de vomissement, un père et son fils ou une mère et son fils !!! Mais le paradigme ne change pas: il faut comprimer sa légitime indignation de peur de passer pour rétrograde. Il est impérieux d'être rétrograde ! Wallâhi...

dimanche 22 mars 2009

Vulgum pecus contra papam ergo Deum

C'est connu, il est difficile pour un chef d'Etat de dire à son hôte ses quatre vérités devant tout le monde. Il faut avoir une langue diplomatique; ne pas blesser, ne pas heurter, ne pas bousculer. Maudire dans les couloirs, se taire en public. Ou insinuer en public et atténuer en privé. Il faut éviter les ruptures diplomatiques, cela se comprend : adieu contrats, alliances, influences...


Le Pape a ce formidable privilège de parler sans tordre ses pensées; il n'a de compte à rendre qu'à Dieu. D'ailleurs, ça tombe bien, jusqu'à la confrontation, il s'est déclaré infaillible. Le Saint-Esprit est donc convoqué à chacune de ses réflexions; et sa parole devient, de fait, celle de Dieu. Et il peut ouvrir la bouche sans ressentir la crainte de se faire savonner par ses conseillers; le Vatican n'a sans doute pas trop de soucis à se faire côté contrats commerciaux.


En ce moment, il est en Afrique; un continent épuisé. La bonne parole, voilà une petite amusette utile pour réconforter le mal-en-point. Eh bien, il a tenté : "c'est toujours nous que vous grondez" a dû rouspéter Omar, celui du Soudan. Définition donc de la démocratie : "Le respect et la promotion des droits de l'homme, un gouvernement transparent, une magistrature indépendante, des moyens de communication sociale libres, une administration publique honnête, un réseau d'écoles et d'hôpitaux fonctionnant de manière adéquate et la ferme détermination, basée sur la conversion des coeurs, d'éradiquer, une fois pour toutes, la corruption. " A la face du Président angolais, entouré de toute sa bureaucratie et du corps diplomatique. "Oui oui, c'est bon, tous ces principes sont respectés au Zimbabwe, allez venez nous aider, le peuple se meurt, j'ai dépensé mes derniers sous pour acheter une maison à Hongkong", s'écrie Robert, de son côté.

"Franchement, c'est impressionnant, nan ? T'as vu, il a des c... au c... !", "Moi, je boude le Pape, il ne dit pas ce que je veux entendre ! Je veux avortement, capote, liberté, mariage des prêtres, danse dans les églises, hein". Démocratie, le cadet des soucis. La tenaillante vie quotidienne fait du discours démocratique un sujet de luxe. L'on préfère l'éradication des soucis plus oppressants. Normal.

Les discussions ont repris de plus belle sur le dogmatisme du Saint-Père. "Toujours avec ses normes figées, même le Christ aurait été excommunié, j'parie, pfff" se lancent certains; "ah oui alors, t'as bien raison, mon grand, c'est quoi ce Pape, pourquoi il nous dit ce que Dieu dit, nous, nous voulons qu'il dise à Dieu ce que nous, nous voulons". "Mais Moïse n'est plus...", "on s'en fout, qu'il négocie quand même !" Que disait George Sand dans Pauline : "toutes les nuances possibles se trouvent dans les religions vieillies; tant de siècles les ont modifiées, tant d'hommes ont mis la main à l'édifice, tant d'intelligences, de passions et de vertus y ont apporté leurs trésors, leurs erreurs ou leurs lumières, que mille doctrines se trouvent à la fin contenues dans une seule et milles natures diverses y peuvent puiser l'excuse ou le stimulant qui leur convient. C'est par là que ces religions s'élèvent, c'est aussi par là qu'elles s'écroulent"...

Même Juppé, pourtant "respectueux des valeurs chrétiennes" (nouvelle expression pour éviter de se prononcer sur le degré de piété, sans doute), se dit choqué; "ah qu'il m'énerve ce lourdaud, reviens sur terre, vieux !". Mais Sa Sainteté continue d'entonner : "humanisation de la sexualité", "non à l'avortement thérapeutique", "dangerosité du préservatif", etc. Et le café du pauvre, hein, qu'est-ce que t'en fais ? Il en a marre le type : pas de démocratie, pas de pain, pas d'eau, plus de santé, pas de sexe... quoi alors, vivre comme un pape ? Même ça, ils n'en ont pas les moyens. "Hérétiques ! Pensez au monde éternel !" C'est vrai que la frange la plus indignée n'est pas celle qui peuple les églises. Mais quand la religion est en cause, il est de bon ton de donner son avis; toujours dissident, en l'occurence. Le Parti communiste va distribuer des préservatifs place Jean-Paul II; aux Français qui en sont déjà gavés mais bon, il faut bien protester...

Mais comme la fonction du Pape requiert surtout de rester connecter avec le Ciel plus que de satisfaire les desiderata de la masse des croyants, on comprend sa rugosité. C'est une des rares croyances où même les fidèles ne cessent de demander des aménagements; et de lancer des ultimatums surtout : t'évolues ou j'te quitte. "Bah attend, il ne va tout de même pas aller distribuer des préservatifs, non plus, arrête tes conneries, toi aussi" a voulu dire Christine. Boutin. Promotion de la débauche. Par un Pape !

Pourquoi s'en prendre à lui et pas à ceux qui, en Afrique, le suivent aveuglément ? Les "humanistes laïques" devraient plutôt éclairer les "suiveurs"; un évangélisme à l'envers. "Ah bah, t'es bien marrant, toi, comment dessiller les yeux à ceux qui sont pétris de convictions ? Ils donneraient leurs vies pour leur religion !" Eh bien voilà le hic : la croyance religieuse est une histoire de logique, pas un loisir que l'on délaisse quand de graves questions de survie se posent; il faut de l'expérience spirituelle pour comprendre ces choses-là; "il n'est pas possible qu'un enfant qui tète, mange" (Rûmi)... Seul un croyant peut comprendre et "tolérer" son propre aveuglement... n'en déplaise aux bonnes consciences généreuses. Certains se sentent gênés à l'idée de violer une loi de l'Eglise (juste ou non, peu importe), on n'y peut rien, c'est comme ça. Et l'on respecte, l'on doit respecter. Le "postulat de la rationalité du croyant" nous apprenait Durkheim.

La position du Pape est claire : le dogme dit cela, à vous de choisir. L'on ne va tout de même pas fustiger un homme qui ne fait que son métier : dire à ceux que ça intéresse les vérités de leur foi. Et paradoxalement, ce sont les non-croyants ou les indifférents qui s'indignent en premier. Des théologiens, on aurait compris. Allez comprendre, une querelle de famille qui fait jaser la planète entière... Il ne manquerait plus que l'on élise le Pape démocratiquement !