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mardi 31 mars 2020

À bâtons rompus...

Ses "califes" omeyyades, abbassides, ottomans montaient des palais et descendaient des hommes à qui mieux mieux. Si, le Jour du jugement, le Prophète ne leur crache pas à la figure, alors je n'ai rien compris à l'islam.
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Soumettre des peuples, conquérir des terres au nom d'Allah, voilà bien des aventures étrangères à son dessein. Les procès d'outre-tombe des sultans ottomans, de leurs cheikh ul-islam et de leurs astrologues seront d'un régal voluptueux pour les figurants de l'Histoire que nous sommes.


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Tous les Turcs dévots tiennent pour acquis le droit qu'a leur leader tant adulé de bâtir un palais et d'ériger une mosquée-cathédrale pour rayonner dans le concert des nations. Entretenir le prestige du pays n'a jamais été un pilier de l'islam, ce me semble. Ou alors Muhammed était bien naïf.
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L'appel à la prière retentit dans une mosquée d'Allemagne, le bigot turc pleure. Un être humain crie à l'injustice dans son propre pays, le bigot turc zappe. La forme l'émeut, le fond l'enrage. La définition même d'une vie gaspillée en marge du Coran.
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A-t-on vraiment besoin de mosquées magnifiquement décorées ? La réponse fut tellement évidente que le prophète de l'islam ne s'était jamais posé la question. Pensez comme lui et vous serez lynché.
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L'islam est une religion, ni une culture ni, encore moins, une civilisation.
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On vit à une époque où l'accès au codex est immédiat et l'accès au Message, médiat. On psalmodie le Coran comme on fredonnerait une chanson chinoise; le son est tout, le sens est rien.
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La religion est une corvée pour beaucoup. Si ce n'était qu'il faut être reçu au paradis, ils s'en débarrasseraient avec une crânerie inouïe.
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La mère turque, à rebours des idéologies en vogue, ne vit que pour deux choses : sa couvée et son foyer. Sa maxime préférée ? "Tu verras quand tu seras parent !". Sa crainte ultime ? "Que vont dire les autres ?". Sa monomanie incurable ? "T'es où ?". Sa sainte parole ? "Yavrum".
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Une mère n'oublie jamais. Un malheur pour elle, un bonheur pour l'enfant.
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Le Temps s'écoule pour ceux qui aiment la vie, il s'écroule pour ceux qui aiment l'au-delà.
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Heureusement que les barbus vénèrent Alija Izetbegovitch sans le lire. S'ils se mettaient à feuilleter ses écrits, ils le répudieraient aussi vite qu'ils l'ont adoré.
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Le mouvement Gülen a été, dans l'histoire, la première tentative des musulmans de monter un lobby islamique à l'échelle planétaire. Comme tout lobby, il a fauté; comme tout musulman, il a péché.
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Les gülenistes et les islamistes sont les deux faces d'une même pièce; ils ont en commun de prendre trop au sérieux la vie d'ici-bas. Leur seule différence réside dans le tempérament : les premiers sont des sectateurs à l'âme caudataire, les seconds sont des fonceurs à l'esprit sommaire.
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Le Turc a cela de particulier qu'il est un séide avant d'être un individu. À défaut de se forger des opinions, il embrasse des passions. Qu'il soit erdoganiste, güleniste, islamiste, kemaliste ou nationaliste, il préfère l'ivresse du groupe à la rudesse de la conscience. Chacune de ces chapelles est une bande organisée.
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La couardise est la plus grande caractéristique du Français. Il aime rouspéter mais seulement dans l'anonymat d'une foule.
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Dans un débat d'idées, celui qui professe ses convictions de manière tapageuse est un fanatique qui a peur de sa liberté.
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Pauvre Jésus, s'il lui prenait l'envie d'accélérer la parousie, il se pâmerait d'épouvante à la vue de son vicaire habiter un palais en hiver, un castel en été, ses serviteurs se sodomiser à l'ombre des églises et ses ouailles bricoler une foi rachitique avec un peu de Marie, un morceau de Saint-Suaire et beaucoup de mythologie...
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Si 1/10è des crimes commis par les prêtres l'avait été par les adeptes d'une "secte", la face du monde en eût été changée...
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Qu'est-ce qu'un grand romancier, au fond ? C'est un styliste qui enfante des métaphores pour occuper la marmaille humaine.
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La seule arrogance qui vaille est celle de l'écrivain. Ses sentences nous libèrent.
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Un Etat laïque est un Etat dans lequel le péché des uns n'est pas un délit pour tous.
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L'anglais revigore. Le français épuise.
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Dans une démocratie, le peuple est invité à tourner les pages, non à les noircir.
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L'amour n'est rien d'autre que le désir bestial en costume de bal.
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L'homme qui déflore une femme est toujours son dernier amant.

dimanche 22 mars 2020

En attendant Godot

Ce fut, pour ainsi dire, la drôle de guerre version 2020. Du jour au lendemain, les médecins devinrent généraux, les généraux devinrent soignants. Les citoyens se terrèrent dans leur tranchée et se morfondirent dans un embêtement exquis. Tout fut à leur portée, des livres aux denrées, des jeux aux réseaux, des enfants aux animaux, mais ils ne parvinrent pas à tuer le temps. Car l'esprit, accoutumé aux délices de la liberté depuis Voltaire, Rousseau et compagnie, était enchaîné. On ne savait plus s'ennuyer. Et surtout, comme le dirait Zola, "il y avait [désormais] entre eux un nouveau lien, la mort toujours présente"...

Après les élections municipales, le chef de l'État décréta un confinement général. Sa stratégie, à la va-comme-je-te-pousse, fut unanimement taxée de bancale. Ce fut comme le Carême qui succède au carnaval, sans transition. Ses ministres multiplièrent les suppliques et les sanctions. Celui de l'Intérieur imposa des amendes aux "imbéciles". Celui des Affaires étrangères prescrivit de la "patience" aux Français bloqués à l'extérieur. Celui de la Santé hérita d'une pagaille et fit ce qu'il put faire. Sa devancière fut traînée en justice pour négligence. Il faut dire qu'elle avait quitté son poste en pleine tempête pour devenir l'édile d'une ville. Une "mascarade", de son propre aveu...

La mort rôdait. L'Ange Azraël avait étendu son manteau sur le globe. Un spectre traversait la planète, fauchant par-ci, terrorisant par-là. Le fantôme, qui mesurait 1000 fois moins qu'un cheveu, réussit à terrasser la planète entière. L'Empire du Milieu avait atteint, là, le summum de l'exportation. Un "virus chinois", avait habilement tranché le président américain. On avait tous eu envie de lui donner raison mais on préféra rester poli. Finalement, c'est l'Iran et l'Europe qui furent sévèrement touchés. L'Europe, à la limite, on comprenait; à chaque crise mondiale, c'est elle qui trinquait. Mais l'Iran ? Pour une fois qu'il n'avait enquiquiné personne... 


On se mit tous à l'hygiène. Si bien que les chrétiens s'adonnèrent aux ablutions à la mode islamique, les musulmans se réfugièrent dans les solutions alcooliques et tout le monde se salua à l'orientale. Les enfants étaient séparés de leurs mémés qui, Dieu merci, pouvaient sortir leur chien. Les couples eux-mêmes craignaient la promiscuité. Sans le dire, les autorités espéraient au moins que de ce mal, sortirait un bien : une armée de Capricorne en décembre 2020-janvier 2021. Le million de docteurs, d'infirmiers et de pharmaciens fut envoyé au casse-pipe. Les masques manquaient. Le gouvernement l'avoua du bout des lèvres...

Puisqu'une calamité avait cerné l'humanité entière, les soutaniers de toutes les religions s'auto-convoquèrent également qui pour apaiser, qui pour effrayer. Sa Sainteté fut le plus généreux : il accorda l'indulgence aux victimes. Avec une foultitude de conditions certes, mais le geste était là. Les imams fermèrent les mosquées même pour la très canonique "prière du vendredi". Personne n'osa broncher. Il faut dire que l'entêtement n'avait plus aucune utilité. C'était le branle-bas généralisé, on n'avait plus l'énergie de s'écharper. Nos fors intérieurs étant vides, on se tourna vers le monde réel. Les eaux s'assainirent. La qualité de l'air s'améliora. Le chant des oiseaux devint mélodieux. Les mauvaises langues dirent que la Nature prenait sa revanche, une terrible revanche. Le silence des espaces infinis fut effrayant...

samedi 31 août 2019

Une vie

S'il ne fallait retenir qu'une seule chose de notre passage sur Terre, ce serait que le démon a détruit des milliards d'existences factices pour en provoquer quelques unes de plus fermes. De vraies vies. De celles que les âmes déchues béeront sur les rives du Styx. Comme cet ange qu'était la mademoiselle Baptistine Myriel de Victor Hugo : "toute sa vie, qui n’avait été qu’une suite de saintes œuvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de blancheur et de clarté, et, en vieillissant, elle avait gagné ce qu’on pourrait appeler la beauté de la bonté".

Pouvait-on dire qu'elle avait vraiment vécu ? Que nenni ! Sans folâtrerie, sans incartade, sans péché, on n'a pas vécu. Les oukases divins ont cela de particulier qu'ils existent précisément pour susciter des névroses. À peine le corps s'anime-t-il à la vue d'un vice que l'âme se voit chuchoter des leçons de vertu. La conscience, cette branche divine ancrée en chacune de ses créatures, se plaît à faire la morale. Toujours par effraction. Toujours de manière indue. Toujours sans crier gare. Un censeur qui puise sa légitimité dans la création même. 

Car la création est un immense jeu d'échecs entre Dieu et Satan. "Je les guetterai sur Ton droit chemin, puis je les assaillerai de devant, de derrière, sur leur droite et sur leur gauche de sorte que Tu en trouveras bien peu qui Te soient reconnaissants" (7 : 16-17), promettait l'ennemi du genre humain. Genre humain qui, ultime paradoxe, lui a offert un arc de triomphe. Même ceux qui, pendant le pèlerinage à La Mecque, lui balancent pierres, cailloux et babouches... Quand la majorité est dans l'erreur, il y a sans doute quelque mérite à rester loyal.  

Mais une bonne âme est précisément bonne parce qu'elle a frayé avec les âmes damnées. Sans ces milliards d'existences factices, sacrifiées pour les besoins de la cause, les existences fermes n'auraient pas émergé. Les démons colonisent les esprits et les cœurs. Le drame, c'est de réveiller une idée et d'attiser une passion. Une idée ne s'oublie plus, elle se fait traiter. Une passion ne s'éteint plus, elle se fait étouffer. Autant dire une endurance à couper le souffle. La vie, voyez-vous, a été créée pour des marathoniens qui rêvent d'être des glandeurs. Un écartèlement. 

Et qui est là pour épauler ? Personne. Ni les âmes sœurs ni les géniteurs. Nous sommes arnaqués dès la naissance. Que nous laissent nos parents, au fond ? Un nom et la couleur des yeux; le reste est l'oeuvre du Temps. Ce Temps qu'on apprend à meubler. Ce Temps qu'on apprend à respecter. Ce Temps qui nous apprend à discerner. Ce Temps qui nous apprend à patienter. Et lorsqu'on ira ad patres, on sera confronté à la même question que nos devanciers : étiez-vous de ceux pour qui le Temps s'est écoulé ou s'est écroulé ? Autrement dit, avez-vous vécu ou avez-vous survécu ? Les larmes auront leur mot à dire...

dimanche 28 avril 2019

(1) Chroniques du règne de Recep Ier. Les oignons de la colère : octobre-novembre 2018

La disparition d'un gazetier saoudien
Près de quinze ans après son sacre, le trône du Sultan-Calife, Sa Majesté Recep Ier, en vint à vaciller. Ce fut en tout cas l’avis général, rapidement effacé de l’esprit des gens devant l’humeur rebourse de l’Ombre d’Allah. “Il n’y a point de crise en mon Empire”, avait-il décrété et personne n’osa broncher. Mieux, tout le monde applaudit. 

Le Gendre, le Damat-ı Hazreti Şehriyari de sa titulature officielle, ne s’en démena pas moins pour assommer une crise qui n’existait pas. Le poupin, dont le nom de la dynastie était le Drapeau blanc, tout de noir vêtu, le visage envahi de gouttelettes de sueur, avait défendu sa politique : une invitation adressée à un cabinet de conseil américain pour venir fouiller dans les cartons du sultanat afin, avait-il dit, de “dresser un bilan et contrôler notre action”. Le sang de Sa Grandeur ne fit qu’un tour. 

A l’occasion d’une harangue devant ses esclaves, il fustigea le royaume des Etats-Unis, chassa de ses terres ledit cabinet et lança l’une de ses bluettes fétiches : “Nous nous suffirons à nous-mêmes !”. Le lendemain, Monsieur le Damat, toute honte bue, réapparut devant les caméras. Magnanime, il annonça un train de mesures pour lutter contre l’inflation. Les sujets furent ravis, le pouvoir avait décidé de lancer des soldes, comme en France. Au moins 10% et plus, si on aimait son pays. 

Le même jour, le lieutenant d’Allah sur terre, promut des gueux dans les différents offices de son énormissime palais. L’un d’eux, Mehmet Ali Yalçındağa, fut le responsable d’un journal de centre gauche qui passait pour être le navire amiral de la presse turque. Il était également un ami de M. le Damat. Sa correspondance avec ce dernier avait permis de constater à quel point le palais mettait son grain de sel dans la ligne de ladite gazette. M. Yalçındağa fut ainsi remercié pour avoir si savamment censuré Hürriyet. 

Un gazetier saoudien, lui, disparut de la terre le jour où il mit les pieds dans le consulat de son royaume. Le Sultan-Calife en fut très troublé. Il ordonna une enquête et défendit mordicus la liberté de la presse. La masse en fut ébaubie. 

Habitué à spolier les habitants de l’Empire, le Sultan décida un beau matin de faire main basse sur les parts sociales d’une banque que le défunt Empereur, Mustafa Kemal Ier, avait léguées à sa ligue. Le parti des nationalistes, mené par le chef de clan M. Bahçeli, s’empressa d’apporter tout son concours. 

Il faut dire que l’Empire était habitué à ce genre de manèges. Après la tentative de révolution deux ans auparavant, Sa Grandeur avait décidé de nationaliser des milliers de biens. On apprit le même jour que la justice avait nommé deux administrateurs à deux maisons closes à Adana. Monsieur le juge avait décidé de laisser à l’administration des impôts le loisir de désigner ces deux fonctionnaires. Une drôle de ligne dans la carrière de ces serviteurs de l’Etat. 

L'évaporation d'un pasteur américain 

La patrie avait pu souffler un grand coup avec la libération d’un pasteur américain, tenu aux fers pour avoir salué des Kurdes et des partisans du séide Fethullah Gülen. La justice de Son Immensité décida de le condamner pour la forme et de le libérer juste après. Les apparences étaient sauves. Et il fallait bien justifier le nombre des mois passés en geôle. La tactique fut grandiose, notre Grand Seigneur fut ravi de cette trouvaille. Un temps, il avait promis que le pasteur Brunson ne serait pas libéré tant que l’imam Gülen, en exil dans un tekké en Pennsylvanie, ne lui serait pas remis. Ce n’était pas la première fois qu’il fulminait ainsi pour ravaler ensuite sa calotte mais les masses applaudirent quand même. 

L’onde de choc fut tel que les partisans de Sa Majesté se mirent à faire ce qu’ils avaient soigneusement cessé de faire depuis des lustres : réfléchir. Les réseaux sociaux furent remplis de ronchons qui se demandaient pourquoi notre Leader avait retenu ce pasteur si c’était pour le relâcher sans contrepartie. Devant ces interrogations, le porte-parole du clan de Recep Ier, le sieur Ömer Celik, déclara devant les micros : “Le dictateur de Washington ne peut en aucun cas donner l’impression d’avoir fait pression sur notre Sultan-Calife pour libérer son esclave. Notre patrie est un grand Etat de droit. Notre patrie est l’héritière d’une grande civilisation. Et toc !”. 

Entre-temps, alors que le sieur donnait des leçons de démocratie à un chef d’Etat étranger à partir du siège de son clan perdu dans une ruelle d’Ankara, ledit pasteur avait pris l’avion, direction l’Allemagne. Il allait, nous avait-on dit dans les gazettes, faire des examens médicaux avant de s’envoler pour le royaume des Etats-Unis. Le sieur Celik parle de quoi ?, s’interrogèrent en chœur les grandes plumes de l’Académie Twitter. Le Sultan-Calife déclara tout sourire au monarque américain, “Voyez, notre justice est indépendante”. Et l’affaire fut enterrée. Ce dernier promit un avenir radieux entre les deux pays. 

Le mystère de la chambre jaune 

Peu enclin à s'épancher sur ses revirements, le Calife se rendit à Kayseri pour inaugurer la mosquée que le pacha Hulusi Akar avait fait bâtir sur ses deniers personnels. Il récita tellement bien le Coran que la masse oublia l’épisode Brunson et fut une nouvelle fois épatée par la piété de l’Ombre de Dieu. 

La police de Sa Majesté fit son entrée au consulat du royaume wahhabite pour trouver le sieur Kashoggi, devenu poussière depuis deux semaines. On attendit d'elle qu'elle dénoue ce nouveau mystère de la chambre jaune. Elle n'avait toujours pas élucidé l'assassinat de Hrant Dink de 2007 mais tant pis. 

Alors qu'il devenait de plus en plus certain que le gazetier fut assassiné par les séides du monarque wahhabite, le consul Muhammed el Oteybi acheta un billet et s'enfuit dans son pays. “Que voulez-vous, il a l'immunité diplomatique”, déclara le porte-parole de l’AKP, Ömer Bey. Qui annonça également que le Sultan avait décidé, dans un élan de magnanimité digne de Dieu, de retirer sa plainte contre des étudiants de l’ODTÜ qui avaient eu l'audace de l’affubler de noms d'animaux sur une pancarte déployée lors de la cérémonie de fin d’études. Sa Majesté les invita même en son palais. 

De son côté, le fameux pasteur Brunson apparut sur une chaîne de télévision américaine pour s’épancher sur ses mois de prison. Il se plaignait d’avoir partagé une cellule avec 20 musulmans dévots. “On se croyait dans une mosquée”, éructa le malheureux. Une mosquée ! Ne savait-il pas que ces félons gülenistes fussent des traîtres ! Parlant de gülenistes, on apprit le même jour que le sieur Nurettin Veren, ancien compagnon de route de l’imam devenu transfuge, fut viré du journal Yeni Akit. Il eut en effet une attitude vile en critiquant sans arrêt l'entourage de Sa Grandeur. Il adorait affubler tout passant de “membre de FETÖ” à tel point qu'on craignait qu’il eut pu traiter le Sultan lui-même de güleniste. Fort heureusement, on lui tordit le cou au bon moment. 

Le monde entier était toujours à la recherche du sieur Khashoggi. Les mauvaises langues dirent qu’il fut démembré, vivant s’il-vous-plaît. Pile à ce moment, on apprit avec grande tristesse le trépas du photojournaliste Ara Güler. Sujet arménien, il était un inconditionnel du Sultan-Calife dont il disait admirer l’opiniâtreté. 

Le rebiffement du Conseil d'Etat 

Le Conseil d’Etat prit une décision fort intéressante. Il annula l'abrogation du serment des élèves de primaire qui, chaque matin, criaient au monde entier qu'ils étaient fiers d’être turcs. C'est le Sultan en personne qui l'avait enterré en 2013 pour contenter ses chiourmes kurdes. Aujourd'hui, il appréciait davantage les nationalistes. Le revirement de politique s’accompagna ainsi fort opportunément d'une décision de justice qui seyait à l'air du temps. 

Adepte d'allocutions quotidiennes, le Calife se rendit à une université d’Izmir pour prononcer le discours inaugural de l'année universitaire. “Comment se fait-il qu'aucune université turque ne figure parmi les 500 premières ?”, tonna-t-il. Le même jour, on entendit le président de l'université Katip Çelebi, Saffet Köse, déclarer : “C'est quoi les droits de l'homme ? Ça vient de l’Occident”. Le pourquoi du comment. Le même jour dans la même ville. 

Les hautes autorités de l'Etat expédièrent en enfer l'Arménien orthodoxe Ara Güler dont le cercueil, enveloppé du drapeau rouge au croissant et à l'étoile, fut inhumé avec de la terre provenant de Giresun, ville de ses ancêtres. 

Autre événement macabre : le royaume wahhabite reconnut que le gazetier Khashoggi fut tué dans son consulat à la suite d'une rixe avec d'autres Saoudiens. Les affaires du monde imposèrent de croire à cette version. 

Adepte du ballon rond, le calife inaugura un stade à Diyarbakir, la ville de ses sujets kurdes, si prompts à lever les boucliers. Ironie de la situation, l’équipe locale, Amedspor, ne fut pas conviée à la cérémonie, histoire de ne pas troubler les nerfs de Sa Majesté. 

Poussé par son partenaire de coalition, le sieur Bahçeli, de voter une amnistie pour libérer les chefs de bande, le Sultan-Calife lança, à l’occasion de l’inauguration d’une ligne de métro, “certains veulent une amnistie, quelle amnistie ! Nous ne voulons pas passer pour un gouvernement qui libère des drogués !”. Une sentence qui ulcéra M. Bahçeli qui se fendit d’un communiqué sur Twitter où il appela à plus d’intégrité et de politesse. Ce fut là le paradoxe suprême : grand mal embouché devant l’Eternel, le sieur Bahçeli appela à un ton plus respectueux. Mais, dès le lendemain, il fit montre d'une férocité verbale étonnante et déclara morte l'alliance aux élections municipales. 

Sa Grandeur Suprême haussa également le ton et rappela qu’il était contre l'amnistie et le rétablissement du serment de l’élève. Il tira à boulets rouges contre la haute robe du Conseil d’Etat qui s’obstinait à ne pas enterrer le serment. “Que faites-vous depuis 5 ans ? C'est nous qui devons rendre des comptes au peuple”, lança-t-il aux magistrats présents. Qui se trouvaient au palais impérial pour un symposium sur, précisément, le Conseil d’Etat. 

Le même jour, il vola la vedette au prince héritier des Saoud en déclarant que le meurtre du gazetier était planifié et que le lieu d'enterrement du corps avait même été prévu la veille. 

La levée des sanctions sataniques 

Le Sultan annonça que les forces impériales étaient prêtes à foncer sur Manbij. Son Altesse fut très comblé d'accueillir le Tsar de toutes les Russie, le roi de France et la chancelière allemande à Istanbul. Les quatre leaders discutèrent de la situation en Syrie, où le satrape Bachar al-Assad et ses opposants se faisaient la guéguerre depuis 7 ans. On papota, on se serra les mains et on se dit à bientôt. Le roi Emmanuel Ier taquina le chef de la oumma en lui disant qu'il avait entendu dire que ce palais d'Istanbul devait être la résidence du Premier ministre mais qu'il se l'était appropriée. Sa Grandeur rétorqua en bombant le torse : “Nous sommes passés au système impérial absolu”. 

C’est avec un bonheur bien mérité que le Sultan-Calife inaugura en ce jour du 95e anniversaire de la proclamation de l’Empire le troisième aéroport d’Istanbul. Le peuple fut heureux de pouvoir admirer un nouveau bijou architectural qui ferait le malheur des adversaires de Sa Majesté. Lorsqu’on vit le roi du Soudan, Omar el-Béchir, s’asseoir à la gauche de l’Empereur, le bonheur en fut décuplé. Une obscure cour pénale internationale le recherchait pour génocide mais que nenni, il était un bon roi aux yeux de l’Ombre d’Allah. La journée se passa très bien et chacun put retrouver ses pénates, le cœur rempli de gratitude envers le lointain successeur de feu l’Empereur Mustafa Kemal Ier. 

Le président de l'université de Harran, Ramazan Taşaltın, provoqua une polémique en déclarant sur la chaîne Akit Tv, "l'obéissance à l'Empereur Erdogan est une obligation divine pour chaque individu". Le sieur, ingénieur, fit pourtant ses classes au Royaume-Uni. Personne ne comprit cette sortie décérébrante et même le parti de Sa Majesté condamna une telle conception.

Le parquet d’Istanbul publia enfin un communiqué dans lequel il indiqua que le gazetier avait été étranglé dès son entrée au consulat d’Istanbul et que son corps fut démembré. 

Le Sultan, lui, lança les travaux pour la réalisation d’un système de défense anti-aérien, baptisé SIPER.

Il envoya son vice, Fuat Oktay, expliquer au parlement que 1004 entreprises étaient dirigées par des administrateurs. Des sociétés dont la valeur atteignait près de 55 milliards de livres soit près de 8.6 milliards d’euros. Un trésor.

L'apaisement avec l’Empire américain conduisit à la levée réciproque des sanctions contre les ministres de l'intérieur et de la justice, Süleyman Soylu et Abdülhamit Gül ainsi que Kirstjen Nielsen et Jeff Sessions. Un mauvais souvenir de l’affaire Brunson. On apprit même que Washington exemptait la Turquie de l'interdiction de commercer avec l'Iran. Ce fut une nouvelle lune de miel. 

La députée en grève de la faim

Le Sultan déclara qu’il ne pensait pas que le roi saoudien Selman eut donné l'ordre de tuer le gazetier Khashoggi mais pointa des “hautes sphères du gouvernement saoudien”. Le même jour, son avocat Hüseyin Aydın intenta une action contre le sieur Kılıçdaroğlu qui avait eu le malheur de déclarer à la télévision que Sa Majesté était complice des assassins de Khashoggi. Le chef de l'opposition parlait si méchamment qu’il était sans arrêt condamné pour insulte à l’Empereur. Il dut vendre sa villa pour payer les réparations.

Le 3 novembre fut le 16e anniversaire de l'arrivée au pouvoir de L’AKP. Tout le pays était en extase. Extase rembrunie par une Excellence. L’ambassadrice en Ouganda, Sedef Yavuzalp, fut rappelée d'urgence car elle commit l’impair de se déguiser en Hélène de Troie lors de la cérémonie du 29 octobre. C’était à se demander de quelle race elle fut. 

Le calife redit son opposition au serment des écoliers, “le produit de ceux qui avaient imposé le ezan en turc”. Il lança aux jeunes de préférer les prêts à taux zéro aux bourses car cela leur permettrait de ne pas s'habituer au gratuitisme. 

Le vice-président de la Cour des comptes chargé des contrôles, Fikret Çöker, fut remplacé par Zekeriya Tüysüz. Le rapport de la Cour avait mis sur la place publique les irrégularités des seigneurs de l’AKP. 

Le royaume des Etats-Unis décida de mettre à prix la tête de trois dirigeants du PKK, Murat Karayilan, Cemil Bayik et Duran Kalkan (12 millions de dollars), une drôle de nouvelle dans un contexte où les YPG étaient les alliés des Américains en Syrie. “Ils ne peuvent pas nous leurrer”, avait d’emblée prévenu le porte-parole de l’Empereur, Ibrahim Kalin. 

L’ancien gouverneur de Constantinople, Hüseyin Avni Mutlu, vit son appel rejeté. Il fut donc déposé à la prison d’Edirne pour purger le restant de sa peine de 3 ans, c’est-à-dire un an. Grand inquisiteur des “çapulcu” (vandales) de Gezi, il fut à son tour condamné pour appartenance à une organisation terroriste. Personne ne s’en offusqua.

Autre information qui vint du fin fond d’une cellule de prison et qui n’intéressa personne, la décision de la députée kurde Leyla Güven de se lancer dans une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. 

Le saut impérial à Paris

Lors du 80e anniversaire du trépas de feu Sa Majesté Mustafa Kemal Ier, la nation fit montre encore une fois d’un amour inconditionnel pour le premier sultan de la dynastie. Son Gigantissime Roi des rois alla lui rendre hommage au mausolée d’Anitkabir, comme le voulait la coutume. Peu de temps après, il informa le pays que des munitions avaient explosé dans le sud-est provoquant la mort de 7 soldats. Ce fut un accident et non une attaque terroriste, on respira un grand coup. 

Erdogan Ier déclara également qu’il avait remis aux royaumes de Washington, de Paris, de Berlin et de Londres des enregistrements pris lors de l’assassinat du gazetier saoudien, Jamal Khashoggi, avant de prendre l’avion et de s’envoler en France pour célébrer, le lendemain, le 100e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale. On apprit le même jour que le Cheikh ul islam rendit visite à un fou qui passait pour être un historien, Kadir dit Fils d’Egypte. Un drôle de gus.

Le Sultan se rendit donc à Paris pour écouter le roi de France, Emmanuel Ier, discourir sur la Première guerre mondiale. Il s’assoupit auprès de l’impératrice qui, vêtue d’un caftan, épata les autres gueux. Mais les Turcs de France lui firent fête dans les rues. 

A peine était-il rentré en Turquie que le Sultan-Calife fut accusé par le ministre des affaires étrangères de la France, le duc de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, de “jouer un jeu politique” dans l’affaire de l’assassinat du gazetier Khashoggi. Sa Majesté avait en effet déclaré que des enregistrements sur l’assassinat avaient été remis, entre autres, à la France. “Il a un jeu politique particulier dans cette affaire”, osa oraliser le félon. Oust tonna le palais, dans la minute. Elhamdulillah.

Sur les traces de Gogol

Du côté des gülenistes, beaucoup de choses se passèrent. Les ennemis jurés de Sa Grandeur s’étaient mis à chercher des traîtres encastrés à l’intérieur de leur confrérie. Un gazetier du nom d’Ahmet Dönmez écrivit que des pontes du mouvement avaient voulu provoquer des émeutes dans les prisons turques. Tout le monde se mit à papoter de cette possibilité mais le cheikh Gülen garda le silence, comme à son habitude.

Au palais présidentiel, devant un parterre de juristes, le Roi des rois lança : “Nous n’avons besoin de magistrats au service non pas de tel ou tel groupe mais de l’Etat et de notre peuple”.

Sitôt dit, sitôt fait. Deux universitaires de renom, le juriste Turgut Tarhanlı et la mathématicienne Betül Tanbay, ainsi que dix autres personnes furent arrêtés dans le cadre de l’enquête sur Gezi et Osman Kavala. Ils furent relâchés le lendemain, au milieu de nombreuses protestations. 

Lors d’un forum Halifax sur la sécurité au Canada, le ministre de la défense, le maréchal Hulusi Akar, interrogé sur ces arrestations, déclara : “S’ils sont innocents, ils le prouveront devant le juge”. 

Peu soucieux de toute idée de justice sur Terre, le Sultan préféra les festivités. Ilfut le témoin de mariage d’Ilker Ayci, le PDG de la Turkish Airlines. Juste avant, il participa à la cérémonie de mariage de la fille du maire de Fatih, Hasan Suver, Bilge Betül Suver. A Istanbul, il en profita pour visiter à l’hôpital une certaine Nazmiye Balci, 100 ans et lui baisa tendrement la main.

Le Sultan accueillit le tsar de toutes les Russies, Vladimir Ier, pour la cérémonie d’achèvement du Turkish Stream. Il lui offrit un livre de l’idéologue du régime, Alev Alatli, intitulé Gogol’ün izinde, Sur les traces de Gogol.

Le Kurde embastillé

La cour de l’Empire européen ordonna à la Turquie de libérer le coupeur de routes Selahattin Demirtas que le Sultan avait soigneusement écarté de la scène. “Une décision politique”, clama-t-elle. Erdogan Ier répondit comme un homme : “Leurs décisions ne nous contraignent pas !”. 

Ces jours-là, les forces de l’ordre de l’Empire en étaient à perquisitionner des dépôts où des tonnes d’oignons étaient stockés dans un but spéculatif. 

On apprit que le professeur des sciences spatiales, Mehmet Karli, avait démissionné de son poste de doyen de la faculté à l’université de Konya. Il avait suscité une indignation en déclarant à l'Académie Twitter qu’il ne voterait jamais pour une femme qui devait surtout s’occuper de sa famille. 

Son Altesse Impériale, le prince Abdülhamid Kayihan Osmanoglu, un prince de la précédente dynastie, se lança en politique dans le parti islamiste Refah, relancé par Fatih Erbakan, le fils du feu Premier ministre, Necmettin Erbakan. 

Erdogan Ier présenta au public certains des candidats de son parti aux élections municipales. Le sieur Bahçeli permit au Sultan de respirer un peu en déclarant que son propre parti ne présenterait pas de candidats aux mairies d’Istanbul, Ankara et Izmir.

La gazette impériale, Sabah, annonça au pays que l’homme d’affaires philanthrope Osman Kavala avait des liens financiers avec le filou juif, le sieur Soros. Une information qui démontra, si besoin était, que Kavala était un traître à la patrie. Parlant de traître, le chef de la ligue nationaliste, Bahçeli, s’en pris violemment à l’alliance de la crapulerie formée par les kémalistes, les nationalistes dissidents et les kurdistes en vue des municipales. 

Le Sultan catapulta l’ancien édile de Kayseri, Mehmet Özhaseki, à la candidature de la province d’Ankara, la capitale. Son ancien ministre de l’économie, Nihat Zeybekçi, fut, lui, envoyé à l’assaut d’Izmir, le bastion de la gauche. 

Pour se dégourdir les neurones, il alla boire un thé vert avec un homologue, l’émir du Qatar et tira à boulets rouges contre l’Occident. “Quand c’était Gezi, tout le monde donnait des leçons et là, Paris brûle mais le monde est muet”, lança-t-il en pleine figure des Croisés. C'est que des bandits dénommés Gilets jaunes écumaient les routes de la capitale française et donnaient des sueurs froides au Roi Emmanuel. 

Comme il détestait les répits, Recep Ier organisa un forum international réunissant les monarques islamiques. Face à ses homologues, le Sultan prit encore une fois fait et cause pour la Palestine. "Une goutte de pétrole ne vaut pas une goutte de sang", lança-t-il à la cantonade. 

Au même moment, dans les coulisses, on évoqua un bras de fer entre Damat Bey et le président de l’Assemblée, Binali Yildirim, pressenti pour Istanbul. Son Altesse le Gendre voulut imposer ses candidats aux districts mais le chef des députés réussit, disait-on, à repousser ses assauts.

Alors que Sa Grandeur s’envola en Argentine pour participer au Sommet du G-20, le chef de l’opposition, le sieur Kiliçdaroglu, fut à nouveau condamné à une amende pour diffamation. Il prétendit que le Sultan-Calife et la famille impériale cachaient des milliards dans l’île de Man. La justice lui envoya une facture d’un million de livres à payer à Son Immensité. 

Le procureur de l’affaire dite Ergenekon lut son réquisitoire et reconnut que l’existence d’une organisation terroriste Ergenekon n’avait pu être démontrée. Onze ans après son lancement, l’affaire qui décima la vie de dizaines de personnes était sur le point d'être envoyée dans les poubelles de l'histoire. 


En ce dernier jour du mois de novembre, l’explosion du prix de l’oignon poussa le maire de Seyhan, à Adana, à distribuer gratuitement des kilos de cette plante à ses administrés. Les Kurdes, eux, pleurèrent sans avoir épluché d'oignons. Un tribunal refusa la libération de leur guide, Selahattin Demirtas, malgré l'arrêt de la Cour européenne. “Nous prendrons une contre-mesure”, avait annoncé l’Empereur en son temps. Il avait eu raison. Comme toujours...

mercredi 6 février 2019

Vir ill

C'était au Moyen-Âge. Chez les musulmans. Sous Omar (634-644), l'argent coulait à flots. L'État engloutissait des terres et remplissait ses caisses. La classe moyenne s'embourgeoisait. Les femmes, en bonnes commerçantes, commencèrent à exiger des dots ("mahr") plus conséquentes. Soucieux d'entraver une inflation des "tarifs", l'émir des croyants osa fixer ex cathedra un plafond. Alors qu'il venait d'annoncer sa résolution, une femme de l'assistance se leva et, hérissée, lança à celui qui dirigeait au nom de Dieu : "Comment oses-tu limiter ce que ni Allah ni son Messager n'ont limité ! N'as-tu pas entendu le verset 'Si vous voulez changer d'épouse, ne reprenez pas les tonnes de biens que vous avez données à la première' !". Acculé, le calife, d'ordinaire sanguin, indomptable, impétueux, battit en retraite : "Omar a tort, cette femme a raison !"...

Nul n'eut l'idée de déverser des gardes du corps dans l'enceinte pour déloger la redresseuse de torts. Nul ne fut ébahi par l'audace de "l'opposante". Ni ne fut offusqué de cet "outrage au chef de l'État". La Révélation était passée par là. Le Coran avait restauré la dignité et nul rescapé de l'ancien monde n'avait l'intention d'abdiquer la liberté que Dieu en personne avait octroyée à chacune de ses créatures. Personne n'aurait imaginé que des siècles de poussière plus tard, leurs descendants pussent à ce point se fourvoyer...

Au XXIè siècle, l'Orient est infesté de despotes. Là où le soleil se lève, l'oriens, la liberté est prise entre deux feux, la violence et la vilenie. L'autocrate qui tient le knout n'est autre qu'un primus inter pares. Un phallocrate retors juché sur les épaules des phallocrates butors. Chaque strate reproduit le même schéma : un homme soumis face au plus fort, un homme viril face aux siens. À l'école, à l'usine, à l'armée, il reçoit des baffes. À la maison, il répercute. Il doit faire étalage de ses testicules. Et chaque humiliation de ses supérieurs devient un supplice de plus pour ses subordonnés...

"L’accueil du féminin peut contribuer à dissoudre l’injonction viriliste, à faire que le masculin s’enrichisse loin du bruit et des turbulences surmâles, et que l’homme se libère du fardeau qu’il s’est imposé à lui-même", dixit la philosophe. Avec une mère qui donne toujours raison à son bout de chou brutal ? En réalité, le vir oriental est à plaindre. Sa génitrice le croit dieu, elle l'élève monstre. Cette "ana", "mader", "oum", la grande bâtisseuse de l'ordre viriliste. Cette descendante de Aïcha qui restaure le patriarcat, naguère renversé par l'Envoyé. Cette mal mariée qui adore le fruit de ses entrailles au point de sacrifier l'exigence de justice. Cette soumise qui façonne de futurs vainqueurs, de futurs mâles, de futurs despotes. Cette dévote qui, inconsciente, milite pour un fiqh obsolète qui pérennise sa servitude...


Quand Erdogan confisque les paquets de cigarettes, quand Bourguiba ôte le voile des vieilles femmes qui l'entourent, quand Atatürk impose le chapeau, aucun mâle ne bronche. C'est un soliveau. Un ectoplasme. Une chose. Le caractère, la personnalité, l'individualité sont broyés par l'autorité. A ce stade, ce n'est plus du respect. C'est de l'obséquiosité. De la dépersonnalisation. De la trouille. Un abus de virilité qui dénote, comme le disait Romain Gary, une "dévirilisation profonde, une angoisse qui se manifeste à l'extérieur par le machisme, et par des fanfaronnades de virilité, une recherche de substituts virils"...

"Allah est doux et il aime la douceur en toute chose", nous apprend le Prophète. "Doux", "yumuşak", en turc. Une "tapette", dans son sens familier. On s'apitoie tous sur la "question des femmes" en terre d'islam, n'est-ce pas ? Or, c'est celle des "chochottes", des "eunuques" qui est prégnante. Une psyché qui a dévasté et dévastera des générations... Le Prophète a sans doute fourni la clé de compréhension : "Vos dirigeants sont à l'image de ce que vous êtes". Des âmes serviles, des esprits claniques, des réflexes tribaux, des attitudes primitives, il ne sortira jamais de "démocratie", mais seulement des "régimes". De la Constitution de Médine aux autocraties actuelles, que de chemin parcouru...

dimanche 4 février 2018

Le Saint-Suaire

"La couleur du drapeau est celle du sang qui est dessus. Quand des hommes meurent pour la terre, elle devient la patrie ". Ainsi avait pris l'habitude de discourir le raïs. La patrie était égale à la mort. En 2018, dans un coin du Proche-Orient, un chef d'Etat en était encore à vouloir bâtir sa grandeur sur des ossements. La foule qu'il avait réussi à chloroformer était aux anges...

Accoudé sur un cercueil, il haranguait les zombis. La famille du défunt, pardon du "martyr", pouvait pleurer mais sans broncher. Jadis, lorsqu'un père avait osé rouspéter, le raïs avait tempêté : "bozuk karakter". "Caractère corrompu". Quoi alors ! Etait-il un païen ! Ne savait-il pas que son bout de chou avait été expédié à la droite du Seigneur ! Que voulait-il de plus...

C'est que le calife exigeait des sacrifices. Peu avant, l'imam avait parlé du paradis. Les zombis, alignés de manière protocolaire, avaient envié le "cadavre exquis". Fort heureusement, ce n'était pas leur fils qui gisait là, c'était celui d'un autre. L'exultation s'en trouvait évidemment plus sourdante. Les princes Burak et Bilal n'avaient jamais frôlé la mort, elhamdulillah. C'est qu'ils avaient été exemptés du service militaire...

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"Les mères ne doivent plus pleurer", avait-il décrété, en son temps. "Je piétine le nationalisme", avait-il clamé. Une autre ère. Dorénavant, il n'espérait qu'une chose : faire des meetings dans les cimetières. Ça rapportait. Et ça tombait bien; des hordes de fidèles l'accueillaient souvent avec des linceuls pour bien montrer que la Turquie était ancrée au XXIe siècle... 

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"Quelqu’un a fait une prétendue marche pour la justice, en s’asseyant de temps à autre dans sa caravane, mangeant en portant un débardeur (...). C’est une insulte à mes citoyens", avait raillé le chef lorsque le père Kiliçdaroglu s'était affiché avec son marcel. "Atlet". Un mot français devenu la quintessence de la culture turque. La vraie. Pas de la nouvelle, celle du "kefen", le Saint-Suaire...


Le postulat avait été vite trouvé ou plutôt réexhumé : le monde entier voulait la perte de la Turquie. Le fameux "yedi düvel". Retour aux sources, au syndrome de Sèvres, à l'imaginaire de la citadelle assiégée; comme les kémalistes, les islamo-nationalistes perroquetaient "le Turc n'a d'autre ami que le Turc". La "brutalisation" de la société, chère à George Mosse, avait été amplement réalisée... 

Membre de l'OTAN, du Conseil de l'Europe, alliée des Etats-Unis, partenaire de la Russie, membre influent de l'Organisation de la Coopération islamique, la Turquie prônait officiellement la peur. "Le 15 juillet, on a combattu les ennemis de 1071", avait même "déconné" le nouveau père de la nation. Il faut dire qu'avec son concept d' "intelligence supérieure", il avait arnaqué tout le monde. Lui-même n'y croyait pas une seconde mais il avait besoin d'inventer des histoires pour éperonner la piétaille... 

C'était le drame de la Turquie. On était beau, on était gentil quand on était dans l'opposition. Mais quand on ceignait la couronne, le réflexe pavlovien reprenait le dessus. On avait abouti au plus grand gâchis de l'histoire turque : Erdogan, la voix dans sans-voix, l'athlète de la justice, le père de la prospérité, le promoteur de la démocratisation, l'ami des Kurdes, l'humble, le pieux, le conservateur-démocrate, avait fini par rimer avec autocratie et hubris. Un croque-mort dirigeait le pays. Et personne ne bougeait...

mercredi 13 décembre 2017

Âme bâtée

"On espère. Mais on déchantera", avait phosphoré l'ami Muhayyel, avant de lancer "et si on grillait une cigarette au cimetière ?". Dans les caves de l'univers, au milieu des carcasses humaines, les "choses" les plus nobles que le Créateur ait conçues, leurs esprits fumaient de projets. Crânement. Le pétuneur et le fumaillon dissertaient sur les mirages et la vérité était là, sous leurs pieds, poussière. Ils y étaient allés comme on va au musée, admirer des vestiges et s'émerveiller de la déchéance. La sentence de la mort au cou...

On a beau jeter le regard vers l'horizon le plus lointain, les nuages, les arbres, le bâti. On a beau penser tout ce qu'on peut. On finira dans un trou. Qu'est-ce qu'un grand homme, après tout ? Le cadavre d'une intelligence. Le support d'un esprit qui braque sur la vie des vues d'outre-tombe. Cette créature qui, comme le décrivait Sartre, "réalise un certain concept qui est dans l'entendement divin". L'existence qui dévoile l'essence à pleine bouche. Une chair en transe, une âme en détresse, une ossature en branle...

Saviez-vous que Cioran et Dostoïevski étaient des soufis ? Tout comme Schopenhauer, Mahler, Dvorak, Satie. "Astaghfiroullah", éructa le mollah. "Païen !". "L'archange Gabriel, au chômage technique depuis 1400 ans, fait désormais la navette entre Dieu et ses favoris", avait poursuivi, sans ciller, Muhayyel. Le cheikh, un homme sage mais un être "normal", s'étrangla devant cette sentence. Il essayait de comprendre là où il fallait saisir. "On comprend ce qu'on peut, de ça non plus on ne peut pas en vouloir à quelqu'un", comme dirait Duras...

A quoi se résume l'histoire de l'humanité, au fond ? A l'ensemble des péripéties de la lutte acharnée que se mènent "ceux qui aiment la vie" et "ceux qui aiment le sens de la vie". Les premiers forment le contingent le plus dense car l'erreur a toujours tort en grande pompe. Les seconds forment une pauvre communauté, celle des insomniaques. "Quand on n'a dormi que quatre heures, on n'est pas sentimental. On voit les choses comme elles sont, c'est-à-dire qu'on les voit selon la justice, la hideuse et dérisoire justice", comme dirait Camus... 

Le maître Cioran le dit mieux. "Ceux qui vivent l'irruption de l'esprit mènent une vie dénuée d'attrait, de naïveté et de spontanéité (...). Tout ce qui part vers l'extérieur, ou qui en vient, reste un murmure monocorde et lointain, incapable d'éveiller l'intérêt ou la curiosité. Il vous semble alors inutile de donner votre avis, de prendre position ou d'impressionner quiconque". En somme, les "ivres d'éternité". Les "suspendus". Les "transfigurés". "Saviez-vous qu'un athée peut être un fidèle calife de Dieu ?", susurra Muhayyel à l'oreille du mollah, qui s'était mis à jurer comme un païen...

vendredi 16 décembre 2016

Dost dediğin...

"Ölümden önce hayat var mıdır ?" sorusuna, erenler, dört kere "hayır" diye cevap verirlermiş. Ölüm, öncelik, hayat, var olmak, ne ola ki ? Pekiyi, dertler, belâlar, buhranlar, sıkıntılar, ne diye can yakar o vakit ? Adem-i mevcûdiyet yegâne hakikat ise, gam neden mevcuttur ? Hııı. Işte burası, zurnanın zırt dediği yerdir, derler. Çünkü gam, dost tâyin etme vesilesiymiş. 

Çığlığın gideceği yer neresidir diye sormuşlar, gözünü yumduğun andaki karanlıktır demişler. Ondan sonra da, dostunun yüreğidir. Muhayyel de işte böyle dertlenirken, dost arayışına koyulmuş. Sen, o, öteki, hepsini listelemiş. El Vedûd'un tecellisini taharri eylerken, ne kadar şeytancık, menfaatçı, zırzop, zevzek bulmuş. Onları eledikten sonra da, kala kala, bir kaç kişi sayabilmiş.

Hüsnü mesela. Ahiret odaklı yaşayan bir muhterem. Muhayyel'in resmî "confesseur"'ü. Bu anlatır, o dinler. Hâmil-i esrârı. Veya Behlül. Zaman geçtikçe, his dünyası boş, zihni boş bir insanı andıran zât. Derdi, sadece spor ve cima olan, insanlarla irtibatını sadece faydalanmak üzerine kurmuş olan hodgam. Veya Vardar. Semâ ve arzla cebelleşen, hayat ile âhiret, enâniyet ile diğerkâmlık arasında gidip gelen serseri ruh. Veya Cihan. O da dürüstlük üzerine inşa etmek istediği hayattan dâima sille yiyen cân-ı latîf.

Bir de Dost-u Âlâ var tabii. E O da, mâlum, sessiz. "Sükût olmasa idi, sabır olmaz idi, sabır olmasa idi, sülûk olmaz idi, sülûk olmasa idi, salah olmaz idi", demiş erenler. E, o vakit, "isteyin ki vereyim" sözünü nereye yerleştireceğiz diye hınzırca sormuş Muhayyel. "Ne istedin ki ?", diye cevâp eylemişler. "Onu", demiş. "O, onu sana verirse, ne olacak ki ?", diye üstelemişler. "Haz duyacağım", demiş. "Haz ha ! Şeytanın okuna mı tutuldun ?", deyü suâl etmişler...



"Tutuldum ulan !", diye içinden geçirirken, berikiler şöyle devam etmiş : "Nûn'un anlamını bilir misin ey divâne ? Seni hilkat garibesi olarak dünyaya yollamış olan Ulu Zât'a hücûm etme niyetindeysen, e buyur, arşı sen de titret. Yok, çıldırmak üzereyim ama günaha da bulaşma irâdesinde değilim, diyorsan, nûn'a sığın. Isyândan nisyân çıkaran, Yunus'u felâha erdiren, nûn'a ! Dünyada ve dünyadan dost olmaz, dost, nûn'dadır". 

Kendi yaratılış gâyesini bir türlü kavrayamamış olan Muhayyel, bu cümleden de hiç birşey fehmetmedi. Kavrasa imiş, zuhûrât ale-l zuhûrât olacak imiş. "Ben usanmam gözümün nûru cefâdan amma/ ne kadar olsa cefâdan usanır cândır bu" demek varken, "Değildim ben sana mâil sen ettin aklımı zâil/Mana ta'n eyleyen gâfil seni görgeç utanmaz mı", deyivermişti. Hevesiyle, şehvetiyle, arzusuyla başbaşa kalmış bedbaht bir cisim olmayı tercih etmişti. Erenler, buna "nûnkörlük" adını koymuşlar imiş...  

mercredi 23 novembre 2016

François III le très islamique...

Le futur François III parle tel un calife mais c'est l'ex-futur Alain Ier qui se trouve affublé du très embarrassant "Ali Juppé". Contre l'avortement, contre le mariage gay, contre la débauche, contre la GPA, se déclare le premier. Le second, un vieux de la vieille, se la joue paradoxalement plus "moderne". Voilà donc en perspective une résurrection des "valeurs familiales" qui ne devrait pas déplaire au hajj du coin. Et, sauf votre respect, au cheikh Qaradawi. "Provocation" ? Point du tout. Simple constat. Après tout, que sont les fameuses "valeurs bourgeoises" si ce n'est la quintessence même de l'islam...


C'est quoi d'abord un chrétien conservateur ? Celui qui vote pour un FN dont la présidente vit dans le "péché" avec son "compagnon" ? Ou pour un Jörg Haider et un Gerald Grosz qui vivaient dans "l'abomination" avec leurs "petits amis" ? Ou pour un Geert Wilders, favorable au "mariage pour tous" ? Ou encore un Nigel Farage qui se trouve être un "divorcé-remarié" ? Même le pape a fini par délivrer l'absolution pour l'avortement. En gros, il efface l'ardoise. "Je peux et je dois affirmer avec la même force qu'il n'existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit", dixit Sa Sainteté...

Ca, c'est pour le "programme religieux". Le reste relève de l'identitaire. L'histoire de France, "une épopée de 2000 ans"; la colonisation, "une volonté de partager notre culture"; le réfugié, un type qu'il "faut reconduire à la frontière"; le métèque, un chiffre qu'il faudra caser tous les ans dans une loi qui fixe un quota; le chômeur, un fainéant qui mérite la dégressivité au bout de six mois, etc. etc. Autrement dit, le contraire de la doctrine sociale de l'Eglise. François se tue pour les migrants, pour les défavorisés, les miséreux mais le futur François III, "l'ultra-catholique", lui fait un pied de nez...

Le christianisme ? La religion, donc, où chacun vit comme n'aurait jamais vécu leur prophète-Dieu. D'ailleurs, seulement 2% des catholiques vont à la messe. Autrement dit, on se trouve confronté à une religion du "faisons comme si". Qui, d'ailleurs, a véritablement compris la Trinité ? Personne. Mais "l'esprit village" n'en reste pas moins tenace. Et le futur François III vilipende le "totalitarisme islamique" (et non "islamiste") alors que ses prônes sont de nature à être lus du haut de la chaire d'une mosquée...

Les musulmans, jadis "cinquième colonne", deviendraient-ils le "contingent d'appoint" ? Que nenni. Car la bizarrerie de la sociologie politique veut que les musulmans conservateurs votent à gauche en France et à droite dans leurs pays d'origine. Socialiste ici, AKPiste là-bas, par exemple. Peu importe la cohérence, c'est l'intérêt matériel qui compte ici, l'affiliation idéologique là-bas. Et ces "mahométans" sont tous des intégristes et des goujats, n'est-ce pas ? Des barbus; des voilées; des resquilleurs; des fraudeurs; des malappris; une race inauthentique, quoi...

Donc les musulmans, out mais l'islam, in. Les premiers, synonymes d'insécurité et d'incivilité, le second, synonyme de quiétude. Et une religion contre l'avortement, contre le mariage gay, contre la débauche, contre la GPA. Fillon-compatible. France profonde-compatible. Ah oui, dans la tradition musulmane, l'islam est non seulement la dernière religion révélée mais également, sur un plan phénoménologique, "l'expérience existentielle du monothéisme". Autrement dit, en plébiscitant la "branche chrétienne" de la patrie, la "province" a voté pour la "racine islamique" de la France. Ca mérite amplement un "haha"...

mercredi 16 novembre 2016

Nurullah dans le pays des Turcs...

Nurullah et Solmaz. Un bon gaillard turc, brun ténébreux comme il faut, et une coquette bohémienne, seins et hanches prêts à se mobiliser comme il se doit. Deux célèbres inconnus qui se chamaillent, s'enlacent, se maudissent dans une émission de mariage. Jadis, les marieurs s'entremettaient pour trouver une laide à un malbâti. D'ores, la beauté du soupirant gémine de loin celle de la convoitée. Alors que rien qu'en remuant leurs mains, ils auraient 50 prétendant(e)s à leurs trousses... 

Bref. Donc monsieur, un brin phallocrate, aime la demoiselle; mais celle-ci est une danseuse. Un tendron qui adore les mouvements de bassin et de poitrine et qui refuse les diktats de son futur ex ou ex-futur, on ne sait plus trop. Alors, vas-y pour les remontrances du mâle qui craint la concupiscence de ses pairs sexuels. Et Solmaz, "celle qui ne fane jamais" en turc, le veut, ce type, Nurullah, "la lumière d'Allah", celui dont l'allure priapise mais la mentalité rebute. "Qu'on s'en fout, alors !". Eh bien non, justement...   


Car, je voudrais le dire, qui veut connaître les Turcs doit se focaliser sur le tour de force qu'ils ont réussi. Non pas celui d'être la seule nation démocrate dans l'aire arabo-musulmane (que veux-tu) mais celui d'être la seule nation musulmane à suivre avec respect les dogmes de l'islam et avec passion les canons de la modernité. Autrement dit, un pays qui glisse vers la charia ? Sociologiquement impossible...

Alors, on regarde le télé-théologien Nihat Hatipoglu pour savoir si le doigt mouillé qu'on enfonce, révérence parler, dans le fion pour se nettoyer après la grosse commission est de nature à briser le jeûne. Mais le matin, on avait suivi, sur pas moins de trois chaînes, les aventures sentimentales des gens qui se croient ordinaires. Et le soir, on se délassera devant les séries échauffantes, thé et pipasses en guise de pousse-café...

En Anatolie profonde, une bru qui s'aventure à minauder devant son mari en plein salon, ça n'existe évidemment pas. Elhamdulillah, comme qui dirait. Respect dû d'abord au daron puis à la daronne. La fameuse "structure familiale turque" avait, un temps, presque condamné les séries Muhtesem Yüzyil et Ask-i Memnu, l'un peignant un empereur tronchant les gazelles de son harem, l'autre célébrant le cocuage quasi incestueux. Qu'il embrassait bien Behlül, valla... 😘 

Dieu n'avait pas puni ses créatures mais le régime avait cru trembler dans ses fondements. On avait alors entendu tonner le raïs qui criait à la débauche et à la falsification de l'histoire. Heureusement, les Turcs s'étaient accrochés à leur seul luxe. Et là est le hic : on se prétend conservateur, on se voit pieux mais on zyeute le stupre autant qu'on peut. Du genre, le père en train d'appeler le CSA turc, le regard torve. Après tout, Atatürk était passé par là...

Et quand d'autres guettent le prix Goncourt, les Anatoliens attendent, eux, les nouveaux feuilletons. Tiens, Kivanç Tatlitug réapparaît avec la déesse Tuba Büyüküstün, évidemment qu'on se cale dans un fauteuil. Ou le couple Bergüzar Korel et Halit Ergenç dans la même fiction. Comment le sultan Soliman s'est-il transformé en soldat félon ? Voilà une histoire à tenir en haleine. Ce n'est pas pour rien qu'on regarde la télévision 6h par jour et qu'on consacre seulement une minute à la lecture. C'est comme ça... 




Si l'INSEE local savait que chaque Turc est, en soi, un roman, il n'aurait pas pris la peine de mesurer cette donnée. Et dans un pays où on compte trois chroniqueurs littéraires à tout casser (le dinosaure Dogan Hizlan, l'affable Besir Ayvazoglu et le passionné Selim Ileri), c'est quoi, lire, d'abord ? La solitude, le doute, la patience. Nous, on aime l'esprit grégaire, on aime les papotages en famille, on aime les pleurnicheries en meute. La lecture ! Unturkish...  

Et l'ami Muhayyel, toujours aussi nunuche, se raboule en lançant : "J'ai envie de faire une thèse sur les paroles des personnages chez Orhan Pamuk et Ahmet Altan au regard des règles de la ponctuation" ! Ma pauvre abeille. "Les guillemets, les points de suspension, les parenthèses et le discours indirect libre, un régal", qu'il me dit. Keh keh keh... 

J'oubliais, d'après les sondages, 92% des Turcs n'ont jamais lu le... Coran. Et les "écoles coraniques" bourdonnent dans tout le pays. Et les lycées religieux "imam hatip" inondent les quatre coins de la patrie. Et le voile est devenu une véritable marque de turcité. Et les mosquées sont pleines à craquer les vendredis. Et dix siècles qu'ils sont "musulmans". Ah oui, un des noms de leur Livre sacré est précisément la "lumière" de Dieu (4, 174). "Nurullah", quoi. La boucle est bouclée...

dimanche 18 septembre 2016

De-ci, de-là...

Lorsqu'il reçut un faire-part de naissance, l'ami Muhayyel voulut répondre, du haut de sa nébuleuse : "Heureux, l'enfant qui a expiré le jour de sa naissance. Plus heureux celui qui n'est pas venu au monde". "Oha ve çüş !", s'était-il entendu dire. "Un nouvel élan, une nouvelle épaule va porter ce monde, va...", allais-je poursuivre qu'il coupa net : "L'amertume gonfle de jour en jour, on n'a pas besoin d'un névrosé de plus". Et il s'en alla compisser d'outrages la race des noceurs...

C'est dingue comme le bel astre Behlül menait une vie dissolue. Il lui suffisait de décocher un sourire pour qu'un essaim de jouvencelles s'évanouissent à ses pieds. Il avait beau trimbaler un drôle de harem, il jurait qu'il en aimait qu'une seule. Comme M. de Coantré, il voulait épouser "une perruche, parce qu'il avait soupé des soupeuses, et ne voulait plus que quelqu'un de très bien" (Henry de Montherlant, Les Célibataires). Et il respirait la plus pure des sincérités. "Le froid est de retour, je vais engrosser chaque coin de la ville"...

"Celui dont chaque partie du corps est un chef-d'oeuvre ne devrait pas se caser", ne cessait de ruminer Muhayyel. Dont le dédain pour les Eves était inné. "Pfff. Le mariage doit tenter le belître, pas le bellâtre. Un trésor doit se vouer au célibat pour calmer les foules. Son souffle et sa transpiration ne doivent souiller que les imaginations. Et là, en train de disséminer ses gènes dans des explosions de jouissance !". Ou quand la consomption volcanise aisément...


"Tu as beau être 'un homme posé à la surface de la vie', tu ne peux pas détourner le regard", avait conclu l'ami. Sybillinement. "'Laisse jouir les sublunaires', voilà ce que blablate le mollah, c'est facile à dire !". C'est que le barbu lui enseignait l'endurance tout en plongeant lui-même tous les soirs dans la mamelle de madame. A quoi peut bien servir un meneur d'âmes s'il n'a jamais tâté de ce qui est répréhensible ? "A rien", aurait dit un païen. Je déteste les païens...

"Au siècle suivant, on aura les mêmes sentiments mais d'autres mots", avait tranché Mumu. Le monde étant ce qu'il est, il avait testé en faveur de l'épitaphe de Scarron. Le patron des écorchés vifs. "Celui qui ci maintenant dort/Fit plus de pitié que d'envie,/Et souffrit mille fois la mort/Avant que de perdre la vie./ Passant, ne fais ici de bruit,/Prends garde qu'aucun ne l'éveille;/Car voici la première nuit/Que le pauvre Scarron sommeille". "Tout savant est un peu cadavre", avait décrété Hugo. Il avait encore eu raison...

mardi 14 juin 2016

La tapette de Dieu...

Un homo frustré a fauché des homos enjoués. Et, in extremis, il a réussi à ceindre la couronne du "martyre". En se ralliant au charlot de Rakka, qui n'aurait pas hésité à le précipiter d'un toit s'il se trouvait là-bas. Un "habitué de la discothèque". Un "buveur". Un adepte de l'application de rencontres gays "Jack'd". Mais un djihadiste au pourchas des "pédés". Un type adoncques qui vibrait pour la vivacité, qui désirait la "dépravation", qui lorgnait la lascivité de ses victimes. Omar s'est présenté au Pulse et a déchaîné sa furie contre les jouisseurs dont il aurait tant aimé partager la quiétude... 

Mais il était inquiet, lui. Musulman et pédéraste. Le seul terrain d'affrontement qui fait tant jouir Dieu et Satan. Les deux mobilisent les sirènes les plus sublimes pour happer le croyant. Des tractions contraires, un écartèlement, un supplice. Dans l'islam, l'homosexualité est bel et bien un péché. Et, flanqué de cette oukase, le crucifié se nourrit de haine. Un homme montre de l'affection à un autre homme et c'est toute une mécanique qui se met en branle. On opte pour la fureur. Comme dirait le père du taré, si "les victimes font [bien] partie de [sa] famille", "Dieu lui-même se charge[ra] de punir les homosexuels"...



"Les Afghans sont des faux-culs", avait coutume de dire l'ami Muhayyel, déblatérant contre la culture du "garçon jouet", cette fameuse "danse des bacha bazi" que de solides musulmans en rut reluquent, la bave à la bouche. Mais "le Ciel a puni ces pervers", se chuchotent sans doute les mollahs du coin. Comme un bataillon non négligeable de musulmans qui aimeraient bien vagir contre l'attentat mais ont peur de se faire foudroyer par l'ire divine. Et alors, l'autre affirme sans blague que "la défense des droits des pécheurs est en lui-même un péché mais c'est un péché imposé par l'islam"... 

Et attention, nous avertissent les sociologues. Les gays deviennent de plus en plus racistes, de plus en plus anti-musulmans. Ben voyons, ils se trémoussent tous à la vue d'un bulge renoi ou rebeu ou, allez, ketur, cette race de virils exotiques qui priapisent les uranistes. "Je me défoule", avait avoué un mien ami. L'autre, la "lope" qu'il disait, était une tête blonde. Lui, un métèque. Et ma pauvre abeille était tellement amoureux de son homme qu'il voulait se convertir à l'islam ! Sic. L'autre se vengeait de l'Algérie, soi-disant...  

Il était gourmand, Omar, et la volupté des autres l'a enragé. Il était désespéré et l'existence de ses pairs l'a accablé. Il languissait de passion. Le syndrome de Claude Frollo. Son "surmoi" l'a détruit. Il croyait en Dieu. Il a prêté allégeance à son "calife", au dernier moment. Les sbires ont immédiatement labellisé la tuerie. "EI". Nous autres, ceux qui vivent en-dehors de la caverne, nous nous sommes juste posé l'index sur la tempe. Si la main d'un bon gaillard lui avait caressé les cheveux, une quarantaine d'âmes seraient toujours en vie, ma parole...

lundi 30 mai 2016

Vaga libido...

Eh ben avec ça. "Ahmet le Soutanier", alias "Cübbeli Ahmet", traîné devant les tribunaux pour "dénigrement des valeurs religieuses" ! Jadis, on l'avait déjà croisé dans les couloirs du palais pour... proxénétisme ! Le "chariatiste" le plus décrié pour ses vues et son accoutrement, le plus adulé pour son aisance et ses pantalonnades, et le plus envié pour sa mémoire et ses références, ira s'en expliquer à la justice humaine pour avoir discrédité l'islam. Comme une blague, on parle de celui qui a fustigé sa propre fille pour avoir porté, lors de son mariage, une robe et non un niqab...



C'est qu'il a écrit un bouquin, l'imam. Il recense toutes les prières qui, une fois récitées, devraient théoriquement assurer la robustesse du corps. Et, évidemment, il a évoqué la "jambe du milieu". On n'a pas l'acte d'accusation mais il a dû distiller quelconques conseils en matière d'invocations et d'obsécrations. Histoire, pour un gaillard, de dresser ses batteries. Sauf que. Un cornichon qui passait par là a accouru devant le procureur pour dénoncer une manœuvre de nature à faisander notre race. Style ! "Et s'il pensait 'vice rédhibitoire' en disant 'blasphème' ?", étais-je en train de..., bref...

"Peut-être qu'il avait un hoquet, l'autre salaud", s'esclaffait de son côté l'ami Muhayyel. Le primate qui a "offert" sa semence à une demoiselle lors d'un trajet de bus entre Mugla et Istanbul. Ah oui alors, à 5h du matin, le "steward" (ça existe dans les autocars en Turquie) s'échinait à faire des choses devant une passagère, la pauvre fille, qui somnolait comme elle pouvait, s'est réveillée avec "une carte de géographie" sur la figure ! Branle-bas de combat entre celle qui, comme dirait Bloy, "avait l'air de porter sur sa tête tous les incendies qu'elle allumait dans les reins juvéniles" (Le désespéré) et le chauffeur et les passagers...

Résultat, l'un des dirigeants s'est réfugié dans un "complot de la structure parallèle", la patronne de la compagnie a déploré l'incident tout en dénonçant un acharnement contre sa boîte et l'horrible créature s'est tout bonnement défaussée sur le Malin. "J'ai succombé aux murmures du diable". Ah, celui-là ! Il rôde partout. Il saute partout. Il a drôlement raison, le Prophète. "Il vous faut vous marier; que celui qui n'est pas en mesure de le faire multiplie les jeûnes car cela sera pour lui comme une castration". Ou comme le prescrivait al-Ghazâli, "Un autre avantage du mariage est de se protéger du diable en apaisant le désir amoureux et de se préserver des dangers de la concupiscence, de conserver la chasteté du regard et de garder le sexe de commettre une faute"...

C'est qu'en Turquie, le protocole est déjà tiré au cordeau dans les bus, interdiction de placer une fille d'Eve près d'un mâle, interdiction de couler le regard à droite à gauche, interdiction de tailler des bavettes avec le sexe féminin, nécessairement "honneur d'un autre". Tout ça pour ça. C'est le sort tragique des règles morales. Une fois qu'elles sont proclamées, l'être humain monte sur ses grands démons pour les dynamiter. Et entre-temps, comme dirait Zola, la chair aura déjà "plaidé son ordure"...

mardi 5 avril 2016

Kémalisme à la française...

Le grand mufti de la République française l'a décrété. "Le voile représente l'asservissement de la femme". Un "fichu porté par les vieilles", ça passe encore, a-t-il concédé. Histoire de ne pas se mettre à dos les mamies de la "France profonde". Ou histoire d'enquiquiner encore plus les musulmans de son pays dont le Livre sacré dit le contraire : "Nul grief aux femmes atteintes par la ménopause et n'espèrant plus le mariage à déposer leurs voiles (...)" (24, 60). Voilà donc, pour nous autres Franco-Turcs, un retour aux temps des kémalistes qui pourchassaient les gueuses qui refusaient de se voiler comme "nos grands-mères"...

Babeth était encore dans les parages, évidemment. "En l’espace de dix ans, de nombreuses filles des quartiers se sont mises à porter le voile en France. Révélation divine  ? Non, montée de la pression islamique. Seule la loi peut protéger celles qui le portent sous cette pression. Or, lorsqu’on les soutient, on est considéré comme 'islamophobe'". Celle qui vit dans un quartier populaire connaît mieux que quiconque les détresses qui y sont attachées. Evidemment. "Un voile, c'est une prison", a renchéri l'uraniste du haut du balcon de son HLM. La féministe en chef, dans un enchantement rossignolesque, avait été plus savante, elle, à la Montesquieu : "Il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres américains qui étaient pour l'esclavage"...

Jadis, l'ancien cheikh al-islam de la République avait également émis une fatwa : "le problème de la burqa n'est pas un problème religieux, c'est un problème de liberté, de dignité de la femme. Ce n'est pas un signe religieux, c'est un signe d'asservissement, c'est un signe d'abaissement". Et on s'en souvient, l'an dernier, son successeur n'avait pas, non plus, hésité à déconner, révérence parler : les musulmans devaient se sentir "unis, protégés, respectés comme eux-mêmes [devaient] respecter la République". Comme eux-mêmes, les musulmans donc, devaient respecter la République ! Avaient-ils l'air de faire le contraire...

Son pote, Julien Dray, en rajouta une couche : "Quand une religion comme l'islam apparaît comme une composante majeure de la République, elle doit s'imprégner de la réalité de la société française". Et Rama Yade d'en profiter pour épater la galerie : "Il faut commencer par cesser de renoncer à la laïcité. Comment a-t-on pu autoriser le port du voile pour les accompagnatrices des sorties scolaires ?"... Entre-temps, la mère voilée d'un soldat mort pour la France, "martyr" dirait un barbu bienveillant, était honorée par John Kerry aux Etats-Unis, oui oui, celle qui avait été sifflée à l'Assemblée nationale...



Et puis, en France, on vit comme les Français, d'abord. Conformément à l'héritage judéo-chrétien. On ne va tout de même pas inventer à la Nation, une branche musulmane. Depuis le temps, on avait compris. D'accord, la "culture" islamique ne fait pas partie de l'identité profonde de notre pays. En France, effectivement, les femmes voilées restent cloîtrées, on les dénomme "sœurs" et on leur voue un très grand respect. Du coup, quand leurs "consœurs" musulmanes descendent dans les rues pour acheter du pain, les Français, les vrais, ceux de souche, de l'histoire longue et des sépultures, sont choqués...

Et surtout, les Français, les "idéaux-typiques", sont pour la plupart athées et agnostiques. Résultat : on vit sous l'empire de la loi de séparation de 1905 mais avec l'état d'esprit de 1904 (cf. Jean Baubérot, L'intégrisme républicain contre la laïcité, pp. 161-174). Car les Français de souche reprochent aux musulmans de croire dur comme fer à cette fameuse laïcité de 1905. Alors que celle de 1904, celle du père Combes, sied plus à l'air du temps... 

Et on en vient légitimement à s'interroger sur la place de l'islam dans cette configuration, une religion si éloignée des "mœurs républicaines", la fameuse "religion civile". Des gens se prosternent le fessier en l'air, jeûnent, vont se perdre dans les déserts en Arabie pour tourner autour d'un cube noir avec des millions de blancs, jaunes et noirs et en reviennent requinqués ! Quelle drôle de religion ! Alors que la Raison, fille des Lumières, mère de l'Idée-République, devrait suffire... 

Ces musulmans sont animés par l'instinct grégaire, par-dessus le marché. Les études ont beau démontré que les mariages mixtes explosent, que le nombre de lycées musulmans est inférieur à celui des lycées catholiques et juifs, que les parents fuient les banlieues pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants et que les listes communautaires n'ont jamais percé lors des élections. Tronquées, assurément...

Et puis quand j'y pense, il faudrait également se pencher sur le voile des bonnes soeurs en leur rappelant que tout ça c'est de la farce, le turban des sikhs pour examiner ses répercussions sur l'hygiène publique (d'ailleurs il faudrait auditionner aussi l'ancien Premier ministre indien), le kesa des bouddhistes (le Dalaï lama est souvent en France, ça tombe bien), le kimono des japonaises, histoire de savoir si ce n'est pas difficile à porter et donc constitutif d'une discrimination. Ou encore demander aux Juifs de bien nous expliquer à quoi sert leurs papillotes et pourquoi les femmes portent des perruques. Il faudrait également incriminer le refus de transfusion sanguine, c'est pire que l'asservissement, c'est la mort assurée; atteinte à la dignité humaine. Et il faut s'interroger sur les boubous aussi, on s'y perd... 

Il y a quelques années, on demandait (et ordonnait, puisqu'une loi est passée) aux femmes niqabées de bien vouloir vivre leur religion, au rabais. Celles qui considéraient, à tort ou à raison, que le voile intégral était un commandement de leur croyance, devaient faire plaisir à leurs concitoyens, en disparaissant de la circulation. Car la théorie du visage de Lévinas, la fulgurance de Babeth, le bien de la société, la protection de l'ordre public, l'impératif du "vivre-ensemble" l'imposaient. Le Conseil constitutionnel, dans sa fameuse "décision" du 7 octobre 2010, prêtait son épaule au législateur qui avait estimé que de telles pratiques méconnaissaient "les exigences minimales de la vie en société". "En France, c'est comme ça !", version juridique. Évidemment, quand on voyait les noms des "juges" constitutionnels qui avaient pondu cela, on comprenait le pourquoi du comment; Jacques Chirac, Jean-Louis Debré, Jacques Barrot, Michel Charasse, Valéry Giscard d'Estaing, Claire Bazy Malaurie et Pierre Steinmetz étaient, comme on le devine, des constitutionnalistes de renommée internationale... 

Aujourd'hui, tout le monde use de sa liberté d'expression afin de blesser, spécifiquement ses concitoyens musulmans mais personne n'ose invoquer "les exigences minimales de la vie en société". L'impératif du "vivre-ensemble" passe à la trappe, tout naturellement. Dénigrer les croyances de ses "concitoyens" musulmans s'accommode alors très bien du "vivre-ensemble"; et ceux qui "vivent ensemble" ne condescendent même pas à écouter l'indignation des musulmans. La Nation française, c'est, au fond, "ceux qui vivent ensemble entre eux" moins les musulmans...

La République a tout fait pour interdire aux mères voilées de prendre part aux sorties scolaires (décidément, on ne les aime que cloîtrées, dans ce pays). Motif : elles deviennent fonctionnaires pour une poignée de minutes. Donc ? Bah il faut que Madame Al-Hasnaoui, par exemple, "se la joue" fonctionnaire neutre. Elle est sans doute la femme de l'épicier du coin, tout le monde la connaît, toutes les maîtresses, tous les parents d'élèves, toutes les associations de parents la connaissent. Mais le directeur va quand même lui dire, toute honte bue, qu'elle ne pourra plus être "des leurs"; qu'elle ne pourra plus distribuer des boissons et des gâteaux, tenir la main aux écoliers, dont elle a beau connaître les prénoms par cœur puisque du même quartier. Désormais, elle pue. Au nom de la laïcité nouvelle version...

Nous autres "Français musulmans" (et non "Franco-musulmans"), nous devrions présenter une adresse à l'assemblée nationale, copiée sur celle des Juifs du 31 août 1789 : "Messeigneurs, nous venons vous prier de mettre fin à la longue oppression d'un peuple entier, en le rappelant aux droits communs d'humanité et de cité (...). Nous vous supplions de nous maintenir dans le libre exercice de nos rites et usages et de conserver nos mosquées, nos imams et nos associations cultuelles"... Ou devrait-on peut-être réunir une convention islamique et lui poser ces fameuses 12 questions que Napoléon avait posées aux Juifs avant de les prendre pour des êtres humains :


1) Est-il licite aux juifs [musulmans] d'épouser plusieurs femmes ?


2) Le divorce est-il permis par la religion juive [musulmane] ? Le divorce est-il valable sans qu'il soit prononcé par les tribunaux, et en vertu de lois contradictoires à celles du Code français ?


3) Une Juive [musulmane] peut-elle se marier avec un Chrétien, et une Chrétienne avec un juif [musulman] ? Ou la loi veut-elle que les Juifs [musulmans] ne se marient qu'entre eux ?


4) Aux yeux des Juifs [musulmans], les Français sont-ils leurs frères, ou sont-ils des étrangers ?


5) Dans l'un et dans l'autre cas, quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur religion ?


6) Les Juifs [musulmans] nés en France et traités par la loi comme citoyens français, regardent-ils la France comme leur patrie ? Ont-ils l'obligation de la défendre ? Sont-ils obligés d'obéir aux lois et de suivre toutes les dispositions du Code civil ?


7) Qui nomme les Rabbins [imams] ?


8) Quelle juridiction de police exercent les Rabbins [imams] parmi les Juifs [musulmans] ? Quelle police judiciaire exercent-ils parmi eux ?


9) Ces formes d'élection, cette juridiction de police judiciaire, sont-elles voulues par leurs lois, ou seulement consacrées par l'usage ?


10) Est-il des professions que la loi des Juifs [musulmans] leur défende ?


11) La loi des Juifs [musulmans] leur défend-elle de faire l'usure [de prêter de l'argent] à leurs frères ?


12) Leur défend-elle ou leur permet-elle de faire l'usure aux étrangers [d'emprunter aux banques] ?


Madame le Président de la République Marine Le Pen devrait s'affairer à cette tâche dès les premiers jours de son mandat en 2017. C'est donc une manie de la "France éternelle" que de convoquer, une par une, à peu près tous les cent ans, les différentes communautés qui essaient de la composer, pour lui arracher des serments de fidélité, les protestants, les catholiques, les juifs. Aujourd'hui, ce sont les musulmans qui trinquent. En 2116, quand j'aurai très exactement 132 ans et serai un ambassadeur de France en retraite voire un ancien ministre des affaires étrangères, nous taquinerons les mormons. Moi, je ferai partie d'une religion respectable pour l'époque, keh keh keh... Ah j'oubliais, les Juifs de Paris avaient encore dit en 1789, "un objet unique domine et presse toutes nos âmes; le bien de la Patrie et le désir de lui consacrer toutes nos forces". Nous, musulmans de France, pensons la même chose. Wallâhi. Il suffit juste de nous en donner l'opportunité. Vive la France ! Vive la Démocratie ! ;)