dimanche 21 juin 2015

"Baba" et baba...

"Baba", aussi, s'est éteint. Süleyman Demirel. Le 9è président turc (1993-2000). 91 balais. Le mômichon que j'étais admirait ce gros Monsieur chauve au feutre vissé sur la tête et au bagou irrésistible. Sa femme, Nazmiye, une paysanne maquillée, était une autre légende. "Baba", c'est-à-dire papa. C'est que le couple n'avait pas d'enfant. Officiellement, en tout cas. Comme Bülent Ecevit. Comme Devlet Bahçeli. Pis (ou mieux), ce dernier n'a même pas une mie, dit en passant... Du coup, la nation turque l'avait honoré en l'appelant père. Il le lui rendit bien : "bon père de famille", il ne pilla pas les caisses de l'Etat...



Un ingénieur d'extraction modeste qui devient chef de l'Etat. La méritocratie républicaine à la turque. Et ça ne rigolait pas hein, imaginez-le gouverner un Etat dont les dirigeants restaient avant tout les descendants des grandes familles ottomanes. Le socialiste Bülent Ecevit (1925-2006) et l'islamiste Necmettin Erbakan (1926-2011), par exemple, deux autres dinosaures, étaient issus de la bourgeoisie. Lui, fils de paysans. Même le légendaire Turgut Özal (1927-1993) appartenait à la classe moyenne supérieure. 


Evidemment, il doit sa longue carrière ("parti 6 fois, revenu 7 fois") à son... "pragmatisme", restons poli. C'est une tradition en Turquie : celui qui vient des marges et se hisse au sommet de l'Etat se métamorphose en gardien sourcilleux de l'ordre établi. Ce que les politologues appellent "ankaralaşma", "ankaraïsation". C'est connu, quand on n'a plus de suffrages à solliciter, on commence à transpirer la sincérité. Alors, le Demirel du centre-droit (il est le premier dirigeant à mettre les pieds dans une mosquée) est devenu, en fin de carrière, celui qui invite les filles voilées, interdites d'université, à étudier en Arabie Saoudite si elles y tiennent beaucoup...



Oh que non, il n'est pas parti en odeur de sainteté, comme un Özal dont le cercueil glissait sur les épaules des citoyens. Mais le mômichon s'en fout, passez l'expression. Le dernier des Mohicans s'en est allé. Une page de l'histoire s'est tournée. N'a-t-on pas le droit de se désoler tout simplement, sans s'interroger sur le sort du défunt dans l'au-delà ? Entre lui et Lui. Que Dieu l'absolve.    


Les Turcs ont enterré deux présidents en moins d'un mois. La momie Kenan Evren, le putschiste de 1980, a été entombé comme un lépreux, en mai dernier. Celui qui avait, précisément, renversé le Premier ministre Demirel. Et "Sülü" a été porté par les militaires, ceux qui l'ont chassé par deux fois du pouvoir. Ironie de l'histoire, son successeur, Ahmet Necdet Sezer, faisait une crise cardiaque au même moment... "N'eût-il pas eu ce malaise, il ne se serait pas déplacé à la cérémonie, j'parie !". Effectivement. Il est bizarre ce Sezer quand j'y pense...



Et Demirel était aussi un grand expert des manœuvres politiques. Il a tout connu, la majorité absolue, les coalitions, le gouvernement minoritaire, l'opposition, la résidence surveillée, l'air libre, l'administration, le parlement et finalement, le palais présidentiel. Encore ironie de l'histoire, la Turquie d'aujourd'hui se cherche un gouvernement et assiste à des pourparlers, comme au bon vieux temps. Sauf que. Le nationaliste Bahçeli, le sans-enfant, n'a pas été tendre. "Tu me donnes ton fils Bilal, je te file le gouvernement !", a-t-il lancé à Erdogan. Bilal, accusé de corruption. Bilal, le fils à papa qui a échappé à la justice. Bilal, monnaie d'échange pour former une alliance. On se croirait dans un film de gangs. Erdogan père, un autre "baba". Ah oui, ce mot signifie aussi "parrain" en turc. Tomber à ce niveau...

dimanche 14 juin 2015

Le Siècle de DSK

Jadis, on avait la pétoche. Madame Bovary, par exemple. Elle trompait autant qu'elle pouvait un mari subjugué. Les gens pépères, ça allait un temps. Un époux bien rangé, trop bon, trop convenu, trop popote, ça tuait le désir, n'est-ce pas. La femme a besoin d'un vis-à-vis qui est toujours prêt à la tromper. Elle doit avoir cette impression, sinon, elle lâche l'affaire et largue le type. C'est contraire à sa nature. Eh bien, Emma allait bichonner des Léon et compagnie mais elle avait peur d'être prise la main dans le truc. Et quand elle fut coincée, elle se donna la mort. C'était comme ça, avant, l'indécence avait de l'allure...

Ou je ne sais pas, moi, Oscar Wilde. Condamné pour ce fameux "amour qui n'ose pas dire son nom". Le pauvre. On te traite de "sodomite", tu flanques un procès pour diffamation et au bout du compte, c'est toi qu'on embarque... C'est que le code pénal suivait le code moral, il fallait avoir honte de cet "acte outrageant les mœurs". Aujourd'hui, c'est de la rigolade, on ne comprend même plus. Les "mœurs", c'est quoi d'abord ? A l'ère du "dérèglement", les moraleries ne sont l'affaire que des envieux... 

Ca, c'est le XXIe siècle ! Au Japon, une dame accourt au tribunal parce que son mari l'a trompée avec une serveuse. C'est que l'adultère est, là-bas, une "cause péremptoire de divorce", comme dirait le juriste. Contrairement à la France post-1975. Ici, par exemple, l'adultère ne fait plus partie de la moralité publique, le juge ne prononce pas automatiquement la séparation, il va fouiller dans ta propre conception de la moralité et essayer de se demander si ça te gêne tant que ça ! Et comme..., bref. Ma biche, donc, crie au scandale. Et là, paf. "Allez, arrête tes conneries", lui a rétorqué le juge. "Il ne t'a pas trompée, il est allé voir une prostituée". Ouah ! Sentence : une relation tarifée n'est pas un cas d'adultère. C'est du commerce...

Et chez nous, les députés en sont toujours à essayer de "pénaliser le client". Nos élus veulent nous rendre bien élevés. "A une époque où tout priapise, où tout est lascif, on devrait interdire la conjonction tarifée des voluptés ? Non. Que celui qui souhaite maudire la prostitution et son client, le fasse. Que le législateur qui souhaite bannir la prostitution et blâmer son client, rengaine son sermon. En matière de mœurs, dès lors qu'il n'y a pas de tiers lésé, aucun principe juridique ne doit pouvoir interférer dans l'autonomie personnelle. Que celui qui s'entête à corriger un penchant laisse le droit à sa place", avais-je naguère éructé...

DSK, entre-temps, a été blanchi. On l'accusait de proxénétisme aggravé. Il n'en est rien. On a appris à l'occasion qu'il aimait les p..., les s..., etc. Comme vous et moi, quoi. Le problème, c'est que, quand on le voit dorénavant, on l'imagine dans l'une de ces scènes. Et on n'arrive plus à le prendre au sérieux. Un peu comme le vieux sage du quartier dont on apprend l'orientation sexuelle sur le tard. Le point d'honneur, euh... C'est la chute, même si on a nous-mêmes une conscience large comme la manche d'un cordelier. Wilde, encore. "Tout procès est celui de notre vie entière, de même que toutes les condamnations sont des condamnations à mort". Tout ce qui nous reste du XIXe siècle...

samedi 16 mai 2015

La voiture de Saint-Görmez...

"Que puis-je pour toi?", avait maugréé le gratte-papier, tête baissée, binocle bien disposée, plume pressée. "Tu accélères la procédure !", avait martelé l'autre, la mine renfrognée. Des yeux en boules de loto, un front plissé, un langage orné, un salut obséquieux, je vis. C'était grave comme la fonction de l'un pilonnait la personnalité de l'autre. Le gratte-papier, c'était le fonctionnaire; l'autre, mon oncle maternel directeur régional. C'est que Monsieur mon père avait rejoint ses ancêtres et je me démenais pour m'occuper de la paperasse post-mortem. Et lassé de me faire sans cesse rabrouer, j'avais convoqué, toute honte bue, le piston. En Turquie, il arrive avec fanion...

J'avais pourtant supplié mon oncle paternel, le directeur régional d'une autre administration, de passer le message, "un simple coup de fil suffit". Et ben non, il fallait que Monsieur le directeur s'engouffrât dans sa berline. Le paternel m'avait averti, "le maternel vient avec sa voiture de fonction, hein !". Venir avec sa voiture de fonction. Le directeur régional de l'une des 81 provinces de Turquie allait faire étalage de son autorité avec sa bagnole maquillée d'un petit drapeau. Et la "populace", étonnée de cette "descente", nous avait maudit in petto, nous, des chanceux, la portée d'on ne sait quelle grande famille, bref des salauds...



"Mon Dieu, pardonne-nous !", avait coutume de prier feu Madame Erbakan. La "Second Lady", morte en 2005. L'épouse du premier ministre islamiste Necmettin Erbakan. A chaque fois qu'elle posait le pied dans la voiture de fonction, elle s'en excusait auprès de son Seigneur. "Sécurité oblige", lui avait-on répondu. Les gardes du corps mobilisés, les sirènes ronflantes, le peuple écarté. C'est le grand dilemme. Etre musulman, suivre l'exemple du Prophète en toute occasion ou être musulman et suivre les exigences protocolaires de l'époque moderne. Un peu comme quand le Sieur Erdogan avait érigé un palais à 1000 chambres. Islamique ou pas ? Autant que l'étaient les palais somptueux des califes...

"Franchement, combien ça coûte ton pousse-pousse !", a éructé le maître du Palais blanc. C'est que Mehmet Görmez, le grand mufti de Turquie, fatigué de son vieux tacot, a demandé une voiture de fonction flambant neuve, histoire de se déplacer comme vous et moi. Et l'Etat lui a filé une Mercedes à quelques centaines de milliers d'euros. Tout de suite, les méchants ont crié au scandale. "Ah bah nan alors, comment se fait-ce ! Le Prophète serait-il monté dans cette automobile ! Parpaillot, vendu, nabab !"... Un peu comme le conventionnel qui disait à Monseigneur Bienvenu, "vous êtes un évêque, c'est-à-dire un prince de l'église, un de ces hommes dorés, armoriés, rentés, qui roulent carrosse au nom de Jésus-Christ qui allait pieds nus !" (Les Misérables)...



Empoté qu'il était, par exemple le raïs Mujica d'Uruguay avait pourtant fait le pauvre lorsqu'il avait été porté à la magistrature suprême. Le nôtre a critiqué le mufti qui s'est aventuré à rendre son joujou. Et il l'a appelé. "A quoi tu joues mon brave ! Pourquoi as-tu rendu ta charrette ! Ta fonction mérite une telle voiture". "Non non, je la restitue pour donner l'exemple", s'est excusé celui-ci. "Ibret-i âlem için", en bon turc. Après tout, ne sommes-nous pas les suiveurs d'un Envoyé de Dieu qui mangeait quelques dattes pour tromper sa faim... Et histoire de faire pleurer les électeurs, le chef de l'Etat n'a pas manqué d'apporter une précision. "Mon pauvre mufti, dès qu'il a entendu ces polémiques, il est descendu de sa brouette et il s'est rendu chez lui à pied !". "Pedibus" comme dirait le lettré. "Avec la voiture de Saint-Crépin" comme disait le vulgum pecus du 19e siècle...

Quand je pense que le pape était porté jusqu'à une date récente sur un trône mobile, la sedia gestatoria, il y a une marge pour un mufti. Alors, une fausse conscience ? Bah non, voyons. C'est un homme de Dieu, le professeur Görmez. Il a commis une erreur, ça peut arriver, n'est-ce pas. Mais quand on a la conscience d'être rien, le luxe nous brûle d'emblée; on n'a pas besoin d'entendre des protestations pour "se rendre compte" de la situation. Et celui-ci n'en démord pas : "je me suis tu pour ménager la majesté de cette fonction et la réputation de l'institution". J'ai fait le modeste parce que je suis éminent... Soit dit en passant, Monseigneur Bienvenu "baissa la tête et répondit : Vermis sum". "Je suis un ver de terre". Ca suffit amplement, parfois...

mercredi 29 avril 2015

Top 40 des Turcs les plus beaux...

"Moi, mon frère, je me vois père de famille à 45 ans, et d'ailleurs j'arrête les séries !". Et les foules... s'effondrèrent. Kivanç Tatlitug, l'Adonis turc, va arrêter de jouer dans les séries. Vay başıma ! Notre plus puissant "soft power" jette l'éponge, il a décidé de se caser, comme les hommes moches. Epouse, marmaille, foyer. Le même refuge que Monsieur Tout le monde. Et il n'a que 31 ans. Et il n'est que trop beau. Au sommet de sa carrière. Dans les cœurs des femelles, la langue des mâles. Oyez ! Oyez ! Vague d'assaut, mesdemoiselles, mesdames, messieurs, mamelues, membrus, chevelues, moustachus, le type s'en va...



"Le mâle, quand il est canon, a des devoirs envers la nation", a osé l'ami Muhayyel. Les Turcs sont déjà craquants et les Turques, affriolantes, un fait, n'est-ce pas. "Il a de la gueule, oui, mais il a droit de mener une vie normale", ai-je introduit, l'air détaché comme si, une fois établi, je me débarrassais d'un concurrent. Moi... "Un blond en terre turque, c'est un joyau, très cher, c'est un article d'exportation !". Ah oui alors, quand j'y pense, les Beurettes s'enflammaient, le Brad Pitt du Moyen-Orient faisait sursauter jusqu'à la coquine mariée qui accourait divorcer de son mari pansu. 

Et la ménagère turque, qui enfile des perles à longueur de journée, l'aime bien ce type. La fille, aussi. Le père et le frère, moins. Dans la vie, tout est esthétique, ma sœur. La Turquie, c'est comme le Brésil, les statues marmoréennes courent les rues. Mais comme l'avait dit Serdar Gökhan, un dinosaure du cinéma turc, "chez nous, on aime plus les bruns que les blonds !". Blond, "sarı", le type inodore, sans relief, sans charisme, et caetera pantoufle. Le brun, "esmer", transpire, lui, c'est un mâle. Ouh là là, c'est la théorie. Je n'en sais fichtre rien... 

Et puis c'est faux, en réalité. Il suffit de jeter un coup d’œil au "classement". C'est que récemment, un site Internet a fait un sondage pour sacrer le Turc le plus beau. Kivanç, premier, keh keh keh... Son équivalent "foncé" est arrivé second. Après tout, chacun ses critères. "J'aime mes yeux, seulement", avait lâché un jour le Blond. La modestie chez un apollon, c'est comme la suffisance chez un gueux, ça ne colle pas. Ca sent. Ca dégouline.

Et ces fameuses Beurettes. Un jour que je me demandais comment sauver la Turquie, une Égyptienne me contacta. "Je regarde la série Gümüş. Mon mari est à côté de moi, les pieds en éventail, en train de torturer des pipasses. Et le cheikh du coin a délivré une fatwa contre les feuilletons turcs. Comment je fais pour divorcer ?". Ouahhh... Même les diplomates s'étaient mis à les suivre. Histoire de glisser un bon mot entre deux bises. Ankara, le siège, maudissait, lui, ces attentats à la pudeur. Comme le CSA turc qui n'en ratait pas une. L'ambassadeur,  un homme chafouin qui se la joue chic, avait perçu l'aubaine, on lui rétorqua que la beauté ne sauverait pas le monde...

Allez, assez de théorie bâclée. Le pays de cocagne, le voici :

1) Kivanç Tatlitug


2) Burak Özçivit



3) Onur Tuna



4) Berk Cankat



5) Caglar Ertugrul



6) Engin Öztürk



7) Kenan Imirzalioglu



8) Burak Celik



9) Ali Yörenç


10) Alican Yücesoy


11) Savas Kiran


12) Kerem Bursin



13) Anil Tetik



14) Burak Yamantürk



15) Berk Oktay



16) Mert Günok



17) Volkan Demirel


18) Ismail Balaban




19) Ufuk Deger




20) Erman Burmali



21) Tarkan




22) Ümit Ibrahim Kantarcilar



23) Sarp Levendoglu




24) Baris Kiliç



25) Mehmet Aslan



26) Yigit Kirazci




27) Berk Hakman




28) Burak Hakki



29) Nihat Altinkaya



30) Ugur Pektas



31) Kenan Ece




32) Firat Celik



33) Tolga Saritas



34) Seçkin Özdemir



35) Ibrahim Celikkol




36) Kivanç Kasabali




37) Cagatay Ulusoy




38) Bugra Gürsoy




39) Engin Altan Düzyatan


40) Gökhan Zan



dimanche 22 mars 2015

Sexologique

"Sur Google, les deux recherches en arabe les plus fréquentes sont 'scandale sexuel' et 'danse orientale hot'. Notre obsession pour le sexe n'a d'égale que l'hypocrisie qui environne le sujet", nous a appris Mohammed Aqua, le créateur de Sheno Ya3ni. Eh ben avec ça ! Arabe, sexe, danse, obsession, hot, hypocrisie. Il a tout compris, voudrais-je avancer tout penaud mais n'étant pas arabe, je ne voudrais vexer personne. Sûrement pas la "race noble". Je sais seulement qu'une amie avait coutume de dire, "un Nordique ferait un bon mari, un Arabe un bon amant". C'est qu'il "priapiserait". "Ah ouais, ça veut dire quoi ?", avais-je osé, érubescent... 

"Sexuel", je comprends. Le gaillard a besoin de se défouler mais sa société lui plaque des règles. "Fais pas ci, fais pas ça !". Et, franchement, va trouver des filles qui courent les rues, qui sortent après les cours, qui embrassent sans obtenir au préalable une promesse de mariage ! "Mon esprit cabriole et chahute, comme dirait Paul Léautaud", "arrrrêeeete !"... C'est comme ça. Le mâle ne penserait qu'à elle, elle ne penserait qu'au foyer. Le mâle arabe, ou allez disons oriental, lui, ne penserait qu'à la bagatelle. Nous autres Occidentaux sommes habitués à nous rincer l’œil du matin jusqu'au soir, al hamdoulillah. Regarde l'affiche du métro de la ligne 14; une donzelle place sa main sur le galbe fessier de son ami. "Quelle paillardise !", a lâché un blédard qui passait par là... 

Donc "sexuel", d'accord. Mais "scandale", comprends pas. Chez nous, le type "affamé" tapote, j'chais pas moi, Tinder par exemple. Et il court s'ébattre au coin de la rue. Car il a beau être mineur, à partir de 15 ans, il est majeur sexuel. L'autre, l'Arabe donc, tapote "scandale sexuel" ! Comme si la "chose" devait être forcément épicée de brutalité, d'obscénité. Ca se fait parce-que ça doit se faire. "Et l'affection, la tendresse, les sérénades, pépère ?". "Des trucs de tapette, pff !". Ah, je comprends maintenant, l'histoire du Nordique et de l'Arabe. Le blond serait trop lisse, carré, rangé, velouté. On s'ennuie vite. Le Rebeu, lui, serait un mâle, un phallocrate, il déconnerait, il défouraillerait dru. Ca fait vibrer, à n'en pas douter... Ce n'est pas pour rien qu'il "enlève" les belles Françaises..

Et pourquoi ce sont les Orientaux qui ont inventé la "danse du ventre", d'ailleurs ? Sortir en bonne et due forme, interdit. Baver devant un écran, un "sport" national ! Et le gus écrit bien danse orientale "hot". Comme si on gambille avec des robes à fanfreluches qui n'en finissent pas de se déployer. "Oh le polisson, il s'y connait !". Oh que non, c'est qu'en Turquie aussi, avant l'arrivée au pouvoir de l'islamo-réactionnaro-fascisto-chariatiste AKP, toutes les chaînes misaient sur les "oryantal" Asena, Didem et compagnie. Aujourd'hui, c'est autre chose, mon cher. On s'offusque lorsqu'un jouvenceau s'attarde à se tripoter sous la couverture dans une émission de télé-réalité...

Alors quand la Société de langue turque (Türk Dil Kurumu), une sorte d'Académie française avec le prestige en moins, ajoute à la définition de l'adjectif "müsait" (littéralement, "disponible"), "se dit d'une femme qui flirte facilement", ça fait sursauter les foules. Le pauvre mot qui menait une existence paisible depuis des décennies, devient le porte-étendard de la cause féministe. Une femme turque müsait ! Mon diyö ! Alors que dans cette contrée, lorsqu'une fille se fait violer, elle reçoit, la première, une baffe. C'est qu'elle a dû "remuer la queue" selon l'expression populaire... Et dire qu'en France, des féministes ont saisi LE ministre de l'Education pour mettre fin à la vieille règle grammaticale, définie par le jésuite Dominique Bouhours au 17è, selon laquelle "lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte"...

En Suisse, on se demande sérieusement s'il ne faut pas diffuser des "films interdits aux moins de 18 ans" à des moins de 18 ans, justement. Histoire de former des générations saines. En Turquie, par exemple, des étudiants en photo-vidéo avaient décidé de "monter" un film porno en guise de "thèse de fin d'études". Ah oui alors, un scandale à l'époque. En 2011. Les profs du jury avaient été virés, les étudiants traînés devant les tribunaux pour obscénité. Eh ben, ce n'est qu'en janvier 2015 que les pauvres taquins ont été relaxés... "Ce procès n'aurait jamais dû avoir lieu", a avancé l'avocat l'air grave "car il s'agissait d'une étude savante". Mieux vaut tard que jamais. Ah oui, en Turquie, les deux recherches les plus fréquentes sont Facebook et Youtube. Comme en Europe. Coquine Turquie...

dimanche 8 mars 2015

Ravel Bolero for cello quartet (full length) - The 4cellists

"Une biographie, ça s'invente !"...

"C'est un ventre que j'épouse", avait dit Napoléon lorsqu'il s'astreignit à convoler en justes noces avec Marie-Louise d'Autriche. Il fallait bien que la terre tournât, que l'empire se raffermît. Après tout, chacun sa croix. Une "bombasse" pourtant elle fut, l'archiduchesse. La preuve en est que l'oeuvre de chair offrit au monde l'Aiglon, un adonis. Mais que veux-tu, la beauté ne fait pas tout, même pour un homme, il faut un plus, histoire de roucouler...

"Et toi alors, c'est quand qu'tu t'maries ?". "J'attends un ventre", avait coutume de dire l'ami Muhayyel, si bien cultivé. Sitôt dit, la matriarche s'était mise à compulser les listes. Celles qui circulent dans les assemblées de daronnes-imprésarios. Ah oui alors, chez nous, on attend patiemment que les "grands" nous susurrent des noms. C'est connu, le bonheur est second, il faut des brus bon chic bon genre, de futurs mères bien "intègres", si tu vois ce que je veux dire...

C'est qu'on lui avait murmuré qu'il pouvait troncher qui il voulait, autant qu'il le voulait, c'était un homme après tout, mais qu'arrivé à un certain âge, il devait s'assagir. Car, il fallait désormais dévirginer. La femme de sa vie restante, la mère de ses enfants, la belle-fille de la maison. Son "honneur" comme qui dirait. Voilà un mâle digne. Le "bon père de famille".

Du coup, il avait beau passé sa jeunesse à séduire, il se maria avec une chair, flairée, soupesée, arrangée par la mère. Celle qui ne vit que "pour le bien de son fils", n'est-ce pas. Et voilà un champ labourable à volonté. Dieu merci, un hadîth de son Prophète, qui est forcément authentique puisqu'il l'arrange, décrète : "lorsque la femme refuse de répondre à l'invitation de son mari, les anges la maudissent jusqu'à l'aube". Même si un plat mijote sur la cuisinière, ont ajouté les oulémas...

L'événement qui chamboule tout, c'est quand le rejeton bronche. Comme dirait Henriette dans Les Femmes savantes, "Cette amoureuse ardeur qui dans les cœurs s'excite,/N'est point, comme l'on sait, un effet du mérite :/Le caprice y prend part, et quand quelqu'un nous plaît,/Souvent nous avons peine à dire pourquoi c'est". Tout bête, l'amour. Cette camisole qui vous enrobe d'une lueur gaie en même temps qu'elle vous éreinte en chuchotements vilains. Bah oui, l'idéal serait d'être casé. Bah oui mais la vie, ce n'est pas que ça. 

Le patriarche Louis-Ferdinand Céline l'avait si bien dit, "il faut choisir, mourir ou mentir". Muhayyel, qui n'éprouvait que de l'incuriosité pour la gent féminine, avait choisi la seconde option. Le mensonge, avait-il lâché, est la forme suprême de politesse. Car il invente, il cèle, il apaise, et, partant, il respecte les valeurs dominantes. Une enfance affligée, une adolescence ruinée, une jeunesse dévastée. Des maux, sans arrêt. Le Ciel a pris soin d'accabler à outrance. Mais une peine bien promenée mène au Paradis...

jeudi 26 février 2015

...

Hasenim ve de kerîhim
Haramım ve de haremim

Afitâbım ve de kuytum
Arazım ve dahi arzum

Sırdaşım ve de sınırım
Seng-i sabrım ve dermanım

Aklım, zikrim ve kelîmem
Aşkım, zevâlim, velvelem

Nâr olsan, yeminle, bakmam
Nûr olsan, isterim gulam.

                                     Lâ Edrî

dimanche 25 janvier 2015

"J'étais Ahmed"

"Il est vrai qu'il ne faut pas réagir violemment mais si M. Gasbarri - l'organisateur du voyage en Asie au Vatican, présent à côté de lui - parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision !". Bouhhh ! Le chef du "monde chrétien" n'était pas un Charlie. Le "mufti" de France, Dalil Boubakeur, lui, était en tête du cortège. Celui qui se démenait jadis pour faire condamner Charlie Hebdo était là, en fauteuil roulant, devant la pancarte "Nous sommes Charlie". A tel point qu'il débordait de la procession, devant les élus... 



Des musulmans avaient tué des athées ou agnostiques. La raison ? Ils avaient caricaturé le Prophète. A l'occasion, des juifs furent assassinés. La raison ? Ils étaient... juifs. Evidemment, tout être doué de raison condamna sans réserve. Comme qui dirait, l'offense commise contre le Prophète était l'affaire de Dieu. On ne tuait pas un être humain qui l'insultait. "La règle générale est que le citoyen dont la sensibilité est blessée par une expression politique ou religieuse voire raciste n'a aucun droit à être protégé dans ses émotions; en matière de tort psychologique, c'est à lui de se protéger lui-même en n'y prêtant pas attention et en restant indifférent" (Elisabeth Zoller). Belle conception américaine de la liberté d'expression...

Et la Cour européenne ne disait pas autre chose : "la liberté d'expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec ferveur ou considérées comme inoffensives, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance ou l'esprit d'ouverture, sans lesquels il n'y a pas de société démocratique"

Voilà pour le droit. On exigea des musulmans qu'ils arborassent des pancartes, histoire de démontrer qu'ils étaient "pleinement intégrés". Unanimisme oblige. Qu'ils pleurassent non seulement pour le massacre d'êtres humains mais également pour la violation du droit de dépriser leur Prophète. Et le chef de l'Etat n'hésita pas à "déconner" : les musulmans doivent se sentir "unis, protégés, respectés comme eux-mêmes doivent respecter la République". Comme eux-mêmes, les musulmans donc, devaient respecter la République ! Avaient-ils l'air de faire le contraire ? Son pote, Julien Dray, en rajouta une couche : "Quand une religion comme l'islam apparaît comme une composante majeure de la République, elle doit s'imprégner de la réalité de la société française". "Réalité" d'une société française dont 42 % pensaient qu'il fallait éviter de publier ce type de caricatures pour ne pas blesser les musulmans...

Assimilation, intégration, francisation, naturalisation, tout ce qu'on voulait. Un Français de religion musulmane aimait son Prophète plus qu'autre chose. Pour reprendre les termes de Waldeck-Rousseau, "le complot matériel" était certes un crime, mais "la conspiration morale", un droit... Le musulman avait le droit mais surtout le DEVOIR de bouder. "Lorsque vous entendez qu'on renie les versets (le Coran) d'Allah et qu'on s'en raille, ne vous asseyez point avec ceux-là jusqu'à ce qu'ils entreprennent une autre conversation. Sinon, vous serez comme eux" (4, 140). Ou : "Quand tu vois ceux qui pataugent dans des discussions à propos de Nos versets, éloigne-toi d'eux jusqu'à ce qu'ils entament une autre discussion" (6, 68). Mais seulement bouder et s'éloigner pour revenir plus tard. Ni tuer, ni insulter, ni couper les ponts... 

"Charlie couvrait le Prophète de brocards. Un droit. Les musulmans pouvaient au plus respecter ce droit, pas défendre son contenu", avait éructé l'ami Muhayyel. Après tout, le blasphème n'était pas une infraction. C'était une simple question de politesse. Quand, dans la vie courante, on manquait de respect à quelqu'un, à un vieillard, à un gros, à un handicapé, l'indignation prévalait mais on ne courait pas devant le tribunal. C'étaient les "exigences minimales de la vie en société". Le vivre-ensemble, quoi. Ce concept qui existe dans toutes les bouches. D'ailleurs, le juge constitutionnel avait créé cette expression qui n'existe nulle part pour valider la violation de la liberté religieuse des femmes niqabées. "En France, c'est comme ça !", version juridique.

En France donc, c'était comme ça. Le niqab ? Une horreur puisque contraire aux "exigences minimales de la vie en société". Une liberté sacrifiée ? Tant pis. La paix sociale devait prévaloir. Le blasphème ? Une liberté. ("On peut tout dessiner, y compris un prophète parce qu'en France, pays de Voltaire et de l'irrévérence, on a le droit de se moquer de toutes les religions" dixit Christiane Taubira alors que l'offense au drapeau et à l'hymne national était punie). Les "exigences minimales de la vie en société" sacrifiées ? Tant pis. Le caprice des Français, des vrais Français, de ceux "qui vivent ensemble entre eux" devait prévaloir. Avec ça, on formait une Nation....

Un musulman n'était pas Charlie, il était Ahmed. Ahmed le policier, Ahmed le défenseur de la légalité. Et Ahmed le Prophète. Mettre mal à l'aise 5 millions d'individus chaque année, rien d'illégal. Mettre mal à l'aise 5 millions de concitoyens auxquels on demandait sans arrêt des marques d'allégeance à la République, une blague. Et Rama Yade d'en profiter : "Il faut commencer par cesser de renoncer à la laïcité. Comment a-t-on pu autoriser le port du voile pour les accompagnatrices des sorties scolaires ?" (sic). Le rapport ? Autant que celui des propos qui dégoulinèrent de la bouche présidentielle...

Les musulman(e)s, encore victimes. L'un des leurs massacra. L'oumma trinqua. Encore au pourchas du voile... "Si j'ai bien compris, avança l'ami Muhayyel, la Nation française, c'est 'ceux qui vivent ensemble entre eux' moins les musulmans". Ils n'étaient bon qu'à produire des fous qui tuaient au nom d'Allah et qui les poussaient, eux les majoritaires, à tenir les lampes sépulcrales de l'islam. En sus, la République s'efforçait à les bouter hors du temple dont Ahmed semblait pourtant être un des piliers...   

Sami Yusuf - Supplication

dimanche 28 décembre 2014

Précieuses pierres...

Après tout, sans le latin, les petits Européens se démiellent bien, n'est-ce pas. C'est quoi le latin, d'abord ! L'option que les familles rusées s'arrachent au collège. Histoire de faire partie de la "Cour des grands", de la classe chic, celle des damoiseaux. Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa. Rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis. Que c'est beau et propret ! Et, franchement, qui désire, désormais, lire et comprendre les "trucs" écrits sur les frontons. Du genre, "D.O.M SVB. INVOCAT S. MAR. MAGDALENAE"... Un "gaspillage ostentatoire", comme dirait Bourdieu...

"Oui mais coco, si tu veux devenir historien, il faut maîtriser le latin !", m'avait soufflé M. Hugon, mon prof d'histoire, en 6è. Je l'aimais tellement que j'obtempérai. "Si tu veux devenir intellectuel, aussi", m'avait averti Mme Lamare, ma prof de latin, en 5è. Je l'appréciais tellement que je continuai. "Idem pour être linguiste", en 4è. Rebelote. "Et même juriste", m'avait-elle éperonné, en 3è. Résultat :  18 de moyenne. Et je décidai tranquillement d'arrêter au lycée... La grande erreur de ma vie. Ah oui alors, je fis des études de droit et d'histoire...

Oui mais alors le blédard de base, il n'a pas besoin de connaître cette langue ? Bien sûr que non, a toujours tenté de répondre le ministère. Si bien qu'il fut une époque où on se demandait sérieusement s'il ne fallait pas supprimer cette option. Les savants dégainèrent leurs plumes pour contrer l'attaque et pondirent un livre : Sans le latin... : "ne pas apprendre le latin, c'est tout bonnement désapprendre le français", "langue morte, mais restant éternellement vivant d'avoir été", "la connaissance du latin permet de mieux savoir le français, dont le vocabulaire en est issu dans son écrasante majorité", etc.

Heureusement, on n'a pas besoin de latin quand on veut lire Molière. Un recul de 4 siècles, s'il vous plaît. Paraît-il que l'Anglais lit Shakespeare aussi aisément que l'Allemand lit Goethe. L'Iranien, lui, se pâme encore d'admiration devant Ferdowsî. 10 siècles après ! Et le pauvre Turc, qui n'aime déjà pas bouquiner, n'est pas "foutu" de lire les pierres tombales datant du début du 20è ! C'est ce qui a fait bondir le président Erdogan, un savant. Le décret est tombé : dorénavant, on apprendra l'osmanlica, cette langue écrite en arabo-persan et mâtinée de vocabulaire turco-arabo-persan...

Le "grand Atatürk", dans sa manie de tout dévaster pour reconstruire, se réveilla un beau matin et décida de changer l'alphabet. Ça passe encore. Mais il profita de l'apathie de ses courtisans pour changer aussi le vocabulaire. A tel point que son discours prononcé devant le roi de Suède n'avait été compris par personne, à commencer par son "complice" Ismet Inönü. J'ai beau lire et relire le texte, ça me flanque à chaque fois des migraines... L'Académie de la langue turque (Türk Dil Kurumu) essaie tant bien que mal de la bousiller encore plus pour en faire du "n'importe quoi"... 

Bien sûr que l'osmanlica doit être obligatoire. Il a raison, le raïs. Certes, il croit que tout un chacun serait capable de déchiffrer les monuments funéraires mais passons. "Ah bah, ça'z voit qu'il méconnaît lui-même c'qu'il impose d'apprendre !". Chut malin ! Il ne faut pas le braquer. C'est un omniscient. Regarde, il vient de faire une "thèse honoris causa" et se faire acclamer par les pontes du fameux TÜBITAK (le CNRS turc) en disposant : "on ne saurait faire de la philosophie avec le turc moderne !". Et vlan dans les dents ! "On ne cherche pas un traducteur à la tête de l'Etat !", avait tonné Erdogan contre son adversaire polyglotte Ekmeleddin Ihsanoglu. On a eu un linguiste...

Et voilà qu'on apprend que les os du prince Mehmet Orhan Efendi, mort et enterré à Nice, ont été "jetés" dans une "fosse commune". "Déposés" dans un "ossuaire", quand on veut rester poli. L'ex-futur Sa Majesté Impériale le sultan-calife Mehmed VII repose désormais tel un gueux. La stèle funéraire en bois, qui indiquait au moins S.A.I (Son Altesse Impériale) Prince Mehmed Orhan, n'est plus. La famille ne s'en est pas occupée, la Consule turque non plus. Et la "Nouvelle Turquie" impose de lire les pierres tombales... Tu es une pierre et sur cette pierre, nous bâtirons une nouvelle civilisation ! Inchallah...