dimanche 6 mars 2016

"Etre roi est idiot; ce qui compte, c'est de faire un royaume"

C'était une drôle d'époque. Celle où un homme avait hypnotisé tout un pays. Il était si beau, si grand, si fin qu'il avait réussi un tour de force : faire d'une nation, une armée de fanatiques. Des gens doués de raison s'étaient épris de sa fragrance et, par nuées, adoptèrent la nouvelle religion d'antan, le séidisme. Ses sermons valaient leur pesant d'or et ses cauchemars équivalaient à des contes de fées. Eût-il décrété un pillage généralisé contre ses ennemis que les foules s'en seraient mises en branle, sans le moindre scrupule... 

Oh, chacun avait bien son gourou, chacun menait bien sa pauvre existence, le nez dans le guidon, les oreilles hermétiquement rabattues et méthodiquement rebattues, mais la différence résidait dans l'idéal. L'un promettait de dévaster, de dégommer, de déboulonner, l'autre d'édifier, d'ériger, d'élever. Et, comme dirait Dostoïevski, quand "vous êtes un monstre, tout en vous doit être monstrueux, vos rêves et vos espoirs". C'était là le drame, les sombres rêveries des uns foudroyaient les paisibles existences des autres...

Le pays était un énorme chantier, la nation une énorme mosquée. Il construisait des ponts, des routes, des chaussées et, en échange, s'était octroyé un droit : celui de parler à tort et à travers et de régir les âmes. L'admiration gonflait à mesure qu'il déblatérait. C'est que, celui qui avait longtemps pâli sur la démocratisation de son pays, avait tout renié. Tout ruiné. Il lança une guerre herculéenne d'Indépendance contre des fantômes. Il les avait appelés "sorcières". Des zigotos brevetés avaient immédiatement joui...

"Rien n'est plus grave, au fond, qu'une pensée qui n'embraye plus sur l'événement lorsque l'événement, lui, se déroule en dehors de la pensée", avait écrit je ne sais plus qui. Sans coup férir, il confisquait et accaparait. Mais il avait toujours raison. Un jour, il conspuait un "Etat terroriste", le lendemain, il avait "besoin" de lui. Un jour, il se dressait contre les putschs, le lendemain, il invoquait un "complot contre l'armée". Un jour, il louait un "savant", le lendemain, il dénigrait un "brouillon". Ainsi en allait-il...

Et un jour, ses sbires avaient allongé des torgnoles à des femmes voilées. Cette espèce de citoyennes qui lui avait, pourtant, tenu particulièrement à cœur lorsque des gauchistes leur pissaient dessus. Et les doigts de pied en éventail, des nunuches détournaient le regard. "Salağa yatmak", comme nous l'enseigne l'expression turque. "Faire le dos rond". Les batteurs de pavé avaient leur excuse, ils s'ennuyaient et n'avaient aucunement l'intention de penser. Ils étaient musulmans pourtant, mais la justice ne leur évoquait rien...



Le chef, lui, avait affirmé, toute honte bue, que son pays était un parangon de démocratie. Ça méritait une dissertation mais bon, personne n'eut le temps de réfléchir, à l'époque. Il fallait impérieusement s'insulter et se disqualifier. Il avait eu l'insigne honneur d'entrer ainsi dans les livres d'histoire, discipline qui nous apprend que "la vertu rencontre toujours des écueils sur le très dur chemin de la perfection, mais le péché et le vice sont choyés par la fortune" (Saramago, L'aveuglement). Au royaume des aveugles, le borgne était donc bel et bien... 

dimanche 3 janvier 2016

Reductio ad Hitlerum...

Il ne manquait plus que ça. On aurait presque envie d'en rire, mais le sujet est sérieux, on s'en abstiendra. Le raïs turc qui distribue le label "terroriste" à qui l'empêche de dormir la nuit, se retrouve lui-même associé, volens nolens, à tout ce qui condense l'abjection : Daesh et Hitler. Et avec sa dernière étreinte, on doit ajouter Israël, un "Etat terroriste dont la brutalité a dépassé celle d'Hitler", comme il l'avait jadis décrété. Pour celui qui avait "corrigé" un citoyen qui le conspuait à Soma en l'accablant d'un "semence d'Israël", c'est un grand pas. Désormais, "la Turquie a besoin d'Israël". Eh ben avec ça, même le barbu broussailleux, celui qui n'a jamais eu le temps de devenir curieux et de réfléchir deux secondes, ne sait plus quoi dire, Erdogan l'a engorgé...



C'est que le beau parleur, à peine le prompteur retiré, dit ce qu'il pense. Et comme son verbe, tonitruant mais souvent inconsistant, n'arrive pas à la cheville de celui de son mentor Erbakan (capable de décimer ses adversaires en moins de deux), les ministères et le secrétariat général de la présidence de la République doivent publier des communiqués pour nous apprendre ce que le chef a voulu dire sans avoir eu l'air de le dire tout en voulant le dire.  Et on comprend, Erdogan a beau être un parfait harangueur, il n'est pas une "foudre d'éloquence". Des phrases sans complément d'objet aux verbes sans sujet, la vie politique n'a pas connu pire président en matière linguistique. Même le "paysan" Demirel avait fini par s'imposer en as de la langue turque...

Gaffer est une chose, merdoyer en est une autre. La Première ministre Tansu Ciller, par exemple, dégorgeait à tel point de billevesées qu'elle avait réussi à lancer à une foule conservatrice : "je vous confie Dieu" au lieu de "je vous confie à Dieu"... Avec tout le respect qui s'impose, disons que le président Erdogan est un peu fatigué ces temps-ci. Les traitements, les "guerres d'Indépendance", les "insomnies", c'est humain. Il ne dort pas 7 heures d'affilée comme vous et moi, n'est-ce pas. Alors, à un journaliste qui lui demandait si le système présidentiel pouvait être compatible avec un Etat unitaire, il a dit le plus sérieusement du monde qu'il y avait de tels exemples dans le monde entier et même dans l'histoire, "dans l'Allemagne d'Hitler", par exemple...

Et patatras ! Tout le monde s'est évidemment fourvoyé puisque le palais présidentiel a "recomposé" le discours du raïs. Mais une fois n'est pas coutume, ils ont raison, cette fois-ci. Car, quand on écoute le chef de l'Etat, il ne faut pas se concentrer sur la lettre de ce qu'il dit mais sur l'esprit. Et quand on relit le passage incriminé, on comprend bien qu'il veut dire quelque chose de sensé mais il formule tellement mal que la presse internationale le lance immédiatement comme celui qui veut "prendre pour exemple le régime d'Hitler" ! Un emballement qui s'explique en partie par les préjugés et l'incompétence. Il n'a débité qu'une lapalissade : on retrouve des systèmes présidentiels partout et tout le temps, "le plus important, c'est que dans son fonctionnement, il ne porte pas préjudice au peuple et à la justice"...

Le présidentialisme, la grande passion d'Erdogan. Son conseiller-constitutionnaliste Burhan Kuzu a beau jurer que ce système va enchanter les adversaires du raïs tant il va grignoter ses pouvoirs (!), on se demande si, là-bas, tout le monde comprend la même chose. Il aura fait le tour du monde, le Sieur Erdogan. Des Etats-Unis à la France en passant par le Mexique et le Royaume-Uni (sic !). Pour aboutir in fine au "système à la turque". Et c'est là que le bât blesse : on ignore les modalités du régime qui le hante. "Hitlérien !", disent quelques cornichons, adeptes de la loi de Godwin. Erdogan, hitlérien ? Pfff. "Pas encore", disent ceux qui ont la pétoche. Un leader qui n'apprécie pas l'avis contraire, qui n'hésite pas à traiter à la schlague ses ennemis, certes. Mais il ne tue pas. Et c'est déjà ça dans une région qui regorge d' "excellences-assassins". Une "démocratie hégémonique", plutôt. Un bon sujet de thèse quand j'y pense...

dimanche 27 décembre 2015

Top 40 des Turques les plus belles...

Saperlipopette, alors ! Ma pauvre abeille, Shaïma Qassem ! A peine a-t-elle été élue reine de beauté que le calife de Rakka lui a envoyé un télégramme. "Félicitations ma sœur, maintenant, tu baises ma main et tu nous rejoins !". Rien que d'y penser, on a envie de dégorger, n'est-ce pas. On imagine cette chair soyeuse, cette nature chétive enfiévrer des brutes en rut, prêts à l'assaisonner à coups de fouets. Nausée. Ah oui alors, des hordes de violeurs, ces barbus. De "reine" à "concubine", il n'y a qu'un pas : l'enlèvement...



La première Miss, 43 ans après. Elle compte presque pour du beurre, la beauté kurde. Tant de concurrentes n'ont pu concourir. Après tout, il y a, dans chaque chaumière, un daron qui mugit à la moindre coquetterie et une daronne qui enrobe la moindre folâtrerie. Bah oui, c'est comme ça, coco. Tant mieux ou tant pis, je n'en sais fichtre rien. Et des c... au c..., elle a : "Je suis très heureuse de voir que l'Irak va de l'avant, grâce à Dieu. Cette cérémonie a redonné le sourire aux Irakiens". Grâce à Dieu ! Doucement, petite...

Et la dernière Miss, celle de 1972, elle est où celle-là ? Qui sait... Mais dernière reine, la vraie, nous la connaissons, nous autres Turcs. Enfin, disons fiancée du dernier roi d'Irak. Eh ben si, elle est princesse ottomane et, "subsidiairement", égyptienne. "Bouhhh, l'ottomaniste !". Non, vraiment. Un jour que je papotais avec un prince ottoman, n'est-ce pas, il m'avait confié le plus sérieusement du monde, je jure, "c'est quoi la dynastie égyptienne ? 2 siècles ! La nôtre a 700 ans !". Et vlan ! Ca balance dru chez les seigneurs...

Fazile Ibrahim Hanimsultan, donc. Ottomane par la mère, égyptienne par le père. Fille de la princesse impériale Hanzade (elle-même fille du Sehzade Ömer Faruk Efendi et de la princesse impériale Sabiha). La pauvre, aussi. Son fiancé a été assassiné après le coup d'Etat et l'ex-future Majesté ne s'en est jamais remise. Enfin presque. Remariée deux fois, elle est la mère de l'historien Ali Suat Ürgüplü (oui oui, un aristo de première qui a pondu ce gros bouquin) et l'épouse d'un certain Jean Alphonse Bernard...

Et puis quand on dit "reine de beauté", on pense évidemment à... Hülya Avsar. La Miss mille neuf cent je ne sais plus combien. Kurde, aussi. Belle, évidemment. "La fille", comme on l'appelle toujours en Turquie pour narguer ses censeurs qui lui avaient arraché sa couronne un jour après. Motif : elle avait caché au jury qu'elle s'était mariée. C'était l'époque où on consacrait des "niaises", si tu vois ce que je veux dire... Et elle ameute toujours les millions avec une autre vénus, Beren Saat. Safiye sultan et Kösem sultan, dans la suite de la série Muhtesem Yüzyil...

Mais bon, dans un pays où les prêtresses mamelues et lippues d'Adnan Hoca crèvent l'écran, la grâce, l'éclat et l'élégance sont, elhamdülillah, bien diffus. Après les 40 mâles, voyons donc les déesses de la République turque...

1) Beren Saat

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2) Damla Sönmez

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3) Tuba Büyüküstün

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4) Meryem Uzerli

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5) Fahriye Evcen

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6) Bergüzar Korel

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7) Pelin Karahan

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8) Özlem Yilmaz

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9) Sera Tokdemir

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10) Merve Bolugur

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11) Canan Ergüder

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12) Özgü Namal

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13) Ceyda Ates 

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14) Sinem Kobal

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15) Burcu Esmersoy 

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16) Sevtap Özaltun

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17) Amine Gülse

TÜRKİYE GÜZELİ AMİNE GÜLŞE

18) Yasemin Allen

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19) Basak Dasman

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20) Begüm Kütük

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21) Cansu Dere

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22) Hatice Sendil 

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23) Elifcan Ongurlar

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24) Hülya Avsar

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25) Songül Öden

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26) Hazal Kaya

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27) Serenay Sarikaya 

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28) Birce Akalay

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29) Öykü Celik

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30) Özge Özpirinçci

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31) Elçin Sangu

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32) Neslihan Atagül 

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33) Hazar Ergüçlü 

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34) Azra Akin 

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35) Tuba Ünsal

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36) Leyla Lydia Tugutlu 

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37) Candan Erçetin

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38) Nurgül Yesilçay

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39) Vahide Gördüm

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40) Ebru Cündübeyoglu

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mardi 3 novembre 2015

Er-do-gan, Er-do-gan, Er-do-gan...

Ah ouais alors, il a maravé les gülenistes sionistico-américano-arméniens, ces fils de Soros. Le raïs leur a flanqué une de ces taloches qu'on qualifie, et ça tombe évidemment bien, d'ottomanes. On respire tellement mieux. Car, je voudrais le dire, nous, la nation souveraine, étions malades à l'idée de le voir déchu voire décapité. On a prié comme des fous ma parole, la Palestine, la Bosnie, l'Egypte, la Syrie, il y avait aussi le Soudan, j'crois. Dieu est grand, Allahu ekber...

Calife, mon frère, calife, il doit être. J'sais pas moi du genre... pas calife ottoman. Le dernier, c'était presque un impie. Il jouait du piano, il composait, pis, il brossait des tableaux. Comme les païens de la Renaissance, s'taghfiroullah. Le nôtre est allé à la squémo Eyüp Sultan pour remercier Dieu. Les vendus laïco-kémalistes ont pété un câble. Fallait voir. On les a enterrés, alhamdulillah...



Et un autre zigoto nous annonce le chaos. On serait le premier pays au monde à voter pour le parti au pouvoir quand tout va mal, wesh. Quoi alors ! On aurait dû voter pour les terroristes du HDP ? Ils veulent quoi ces crypto-Arméniens ? Une égale dignité, qu'ils disent. Pfff. Vas-y, et ta grand-mère, elle fait de la planche à voile ?  

Les traîtres gülenistes aussi, ils pleurent. Ils ont la rage, ma daronne ! Style, "on veut justice !" et gnangnan. On est assiégé par les sionistes, leurs suppôts américains et le New York Times et compagnie. Comme ils l'ont fait au sultan Abdülhamid Han. On mène une lutte d'indépendance et l'autre dit "droits de l'homme". Droits des pédés pendant qu't'y es. Un autre bouffon pond, "les préoccupations du citoyen lambda l'ont emporté sur les considérations abstraites de libertés". Wesh. Qu'est-ce j'en ai à secouer de ses libertés ! Il a pas qu'à dire du mal de la Turquie...

Non wallah, il condense les attributs de Dieu, le raïs. La galiba illallah, c'est le Coran qui le dit. Regarde comment il a psalmodié. Et j'aime bien sa démarche. C'est pas comme la tapette Kemal. C'est un frère qui m'l'a dit, le 2 novembre 1922, les mécréants, ils ont renversé le sultan. Au 1er novembre 2015, on l'a rétabli. Machallah...

Il a fait des chaussés pour nos carrosses.  Il a dit à Peres que c'était un assassin. Il a payé notre dette au FMI. Il a ouvert les portes des cliniques aux pauvres. C'est bon, laissez-le travailler, lâchez nos basquettes. On va le faire président et sultan, vous allez voir. Recep Tayyip Erdoğan, salli ala Muhammed. Megri megri...

dimanche 25 octobre 2015

Sarmal

"Bu çığlık, bir gün başımı yakacak", dediğinde Muhayyel, etraftaki kalabalık sinirli sinirli çay yudumluyordu. O alımlı bardağın, yontulmamış bir beyne takviye yollaması da garabetin zirvesiydi. "Bunlara dert anlatılmaz yahu", diye içinden geçirirken, üzerine üzerine gelen perîde çekirdek kabukları, sarmalamıştı cüretini. Bacak arası kokunun, duman ve tere karıştığı ortamdan ne hayır gelmişti ki bugüne kadar...

Behlül'ü çok sevmişti. Şapşallığını, vurdum duymazlığını, saç-sakalını. Bir beyin hiç mi yorulmazdı ayol ! Herkesin selam verip geçtiği o eller ve o gözler için, ne kadar dua etmişti. Secdede bütün cesaretini toplayıp, "sübhane rabbiyel âlâ" nın ardından hemencecik onun ismini zikretmişti. Utana, sıkıla. Bir iki göz damlası da serpiştirmişti halıya. Fıkıh ne der, ona neydi ki. Allah'a hamd olsun, umurunda değildi... 



Aşıkların her daim tek derdi olmuştur, mâşuğun yakınlarda bir yerlerde kırıştırması. O cenâbet don bile bakiyye derecesine yükselir. Behlül, Ayşeler'in zebûnuydu. Ama birgün, Fıtnat çıkıvermişti karşısına. Günde beş kez namaz kılıp, haftada iki kere zenpârelik yapan o cakalı adam, Muhayyel'i çıldırtacak şekilde, set çekmişti hovardalığa. Merd-i cemîlin usanması başka bir dertti. Teri, çarşaflarda olmalıydı. Hiç doymamalıydı O...  

Hani derler ya, dal rüzgarı affetse bile, dal kırılmış bir kere. Öyleydi işte artık. Değildi de, öyleymiş gibi yapıyordu. Secdeden rükuya geçmişti ismi. Tekbire ulaşması yakındı. Ne ev, ne kira, ne mezar. "Ah Ökkeş, saniyelerin beynimde yarattığı o yumağı bir görsen, saatlerine lânet edersin" demişti dostuna. Behlül'ün koltuğu olmuştu bir mâbed. Kendi de, bir "hacerül-müzehhep". Makedonya'lı üstâdın dediği gibi, "o ihtisâs ile bir inbisât olur peyda"...

"Valla hiç birşey anlamadım", deyiverdi Ökkeş. "Zaten anlasaydın, ölüm fermânımı imzalamış olurdun" dedi Muhayyel. Sigarasına yapıştı hemen. Iki parmağı arasında alevlenen o meret, dudağına öyle sarılmıştı ki, duman, edebinden, soluk almaktan vazgeçmişti. O anda, zıpır geçivermişti. Sevmesi zaten mümkün değildi. Bari nazar eyleseydi, yeter de artardı bile. Olmamıştı. Küller, boyunları bükük, okşadılar elini. O kör, bu kor. "Ben sensiz bin gece kan ağladım, sen bir gece bile sensiz kalmadın, mâzursun" çığlığı işitilmişti semâda...

mercredi 14 octobre 2015

Ode au démon...

Le souffle coupé. Encore une fois. La mèche qui embrase le coeur. Une chevelure dorée qui passe par là et un corps qui s'écroule. Un oeil vert, le drame d'une vie. Et cette frivolité, cette allure, cette senteur, pourquoi diable faut-il que tu sois l'être le plus beau...
C'est d'une odeur qu'on devient fou. L'un traîne la beauté de son espèce, l'autre renifle les pissotières. Même la goutte la plus vile devient une histoire. Un conte. Une grosse bulle au-dessus de la tête. On y range l'arôme du corps et certaines des cochoncetés...
La respiration et le souffle nous offrent un avant-goût de l'Eden. "Le dedans des statues sent déjà le paradis". Le menton dressé, on croit narguer. Alors qu'on est en pleine extase et c'est tellement lâche. Pourquoi faut-il toujours qu'on souffre de la vénusté de cette race...
Et le "bonsoir" tombe. Qu'on s'en fout alors des obligations et des convenances. Bien pâle est la personnalité de celui qui n'envisage pas de démissionner pour suivre une fragrance, n'est-ce pas. La chaise et la paillasse deviennent reliques; le vide laissé, un temple...
Le démon s'en va et on va pleurer dans le giron de son adversaire, Dieu. Toujours aussi bavard. Païen j'eûs été, j'aurais dévidé mon chapelet et arraché la calotte du mollah. Et quand on pense que la sueur sera saveur pour X, Y ou Z, on dérobe un dernier regard. Histoire de résister...

lundi 7 septembre 2015

Au nom du père...

"Il a perdu la boule, ma parole !", a tenté de blasphémer l'ami Muhayyel. "Ton Erdoğan a encore commis une bourde", a-t-il ajouté. "Arrête de laïusser, toto", a rétorqué un camarade arabe qui passait par là. "Il a construit des ponts, des chaussées, des autoroutes, des hôpitaux". Et vlan dans les dents ! Ah que c'était vrai, vu de la "rue arabe"... 

C'est le drame des Franco-turcs : dans notre pays de naissance, on est tellement pétri de certitudes démocratiques, n'est-ce pas, que les libertés politiques comme le droit de pouvoir manifester sans se faire tabasser vaut autant que la construction de routes. Ce qui est moins vrai pour le Turc de base qui, ravi de manger à sa faim et de recevoir des soins approppriés, ferme les yeux sur tout le reste. Et c'est précisément pour cela que notre susceptibilité est perçue, dans notre pays d'origine, comme une profonde ingratitude à l'égard du bâtisseur Erdoğan... 

On l'aimait bien, pourtant, quand il avait les yeux gonflés à force de réformer son pays candidat à l'UE. Et, s'il vous plaît, il avait pris à bras-le-corps le "problème kurde". "Megri, megri" résonne encore dans nos oreilles. Et tous les pontes de l'AKP louer la sagacité du "monstre" Abdullah Öcalan, que c'était un acte de bravoure digne de mériter un Nobel !



Le Lider avait décidé de faire la paix "coûte que coûte" dixit. Un Lit de Procuste, pourtant. Une épine que seul lui pouvait enlever. Cela tombait bien puisque l'Etat négociait avec le PKK à Oslo, à İmralı, à Ankara. Personne n'avait rien compris à la déclaration commune faite par le très cul-serré vice-Premier ministre Yalçın Akdoğan et le boute-en-train HDPiste Sırrı Süreyya Önder mais on s'en foutait, mille pardons, la sérénité était au coin de la rue... 

Et patatras ! L'Etat islamique a mis son grain de sel et tout a périclité. Rebelote la poudrière. Plus d'une cinquantaine de morts depuis le mois de juillet. Pardon, morts non, "martyrs" selon le canon officiel. Expédiés au paradis. Et les Turcs y sont habitués : le plus cruchon crie vengeance avant d'aller torturer ses pipasses alors que le plus meurtri s'en remet à Dieu. Entre-temps, les funérailles se transforment en séances de catharsis. Les jeunes vagissent, les moins jeunes maudissent et les officiels pâlissent.

C'est que la peine se décuple et la colère s'exhume. Non non pas contre l'armée, officiellement 2ème puissance de l'OTAN. Ils ont beau s'être plantés sur toute la ligne depuis 30 ans, les "pachas" restent hors d'atteinte. Ils luttent contre une guérilla et trois décennies ne suffisent pas à développer une stratégie. La preuve en est qu'après chaque attaque, le Premier ministre réunit les mêmes personnes qui foulent le même tapis, déroulent la même carte et profèrent les mêmes menaces contre les mêmes terroristes...

Sauf que de plus en plus, des signes de ras-le-bol commencent à inonder les cérémonies officielles. Erdoğan et compagnie, jadis des "faiseurs de paix", en prennent pour leur grade. Si bien que le raïs a dû accorder une interview pour, en théorie, calmer les esprits. Dans sa version improvisée, le président de la République, également chef des armées, n'y est pas allé par quatre chemins. Il a tout bonnement décrété que certains pères qui gémissaient trop fort lors des cérémonies d'enterrement de leurs fils avaient "un caractère corrompu" (bozuk karakter) !

La chair de sa chair embrasse la terre. Et le père accuse les autorités. Un affront, pour Erdoğan. "D'autres m'ont dit qu'ils étaient prêts à sacrifier leurs autres enfants", a-t-il assuré. Tant mieux pour la patrie. De là à invectiver un "daron" dont le monde vient de s'écrouler... Erdoğan a deux fils. L'aîné est un fantôme, il ne figure jamais sur les photos officielles. L'autre passe pour être un brin zozo. Tant pis pour lui. Ah oui, aucun n'a fait le service militaire. L'un a payé, l'autre est le fils à papa. Un bon père de famille qui tient à ses enfants. Comme celui qui vient de baiser la tendre terre qui a enseveli pour l'éternité son bout de chou...

dimanche 21 juin 2015

"Baba" et baba...

"Baba", aussi, s'est éteint. Süleyman Demirel. Le 9è président turc (1993-2000). 91 balais. Le mômichon que j'étais admirait ce gros Monsieur chauve au feutre vissé sur la tête et au bagou irrésistible. Sa femme, Nazmiye, une paysanne maquillée, était une autre légende. "Baba", c'est-à-dire papa. C'est que le couple n'avait pas d'enfant. Officiellement, en tout cas. Comme Bülent Ecevit. Comme Devlet Bahçeli. Pis (ou mieux), ce dernier n'a même pas une mie, dit en passant... Du coup, la nation turque l'avait honoré en l'appelant père. Il le lui rendit bien : "bon père de famille", il ne pilla pas les caisses de l'Etat...



Un ingénieur d'extraction modeste qui devient chef de l'Etat. La méritocratie républicaine à la turque. Et ça ne rigolait pas hein, imaginez-le gouverner un Etat dont les dirigeants restaient avant tout les descendants des grandes familles ottomanes. Le socialiste Bülent Ecevit (1925-2006) et l'islamiste Necmettin Erbakan (1926-2011), par exemple, deux autres dinosaures, étaient issus de la bourgeoisie. Lui, fils de paysans. Même le légendaire Turgut Özal (1927-1993) appartenait à la classe moyenne supérieure. 


Evidemment, il doit sa longue carrière ("parti 6 fois, revenu 7 fois") à son... "pragmatisme", restons poli. C'est une tradition en Turquie : celui qui vient des marges et se hisse au sommet de l'Etat se métamorphose en gardien sourcilleux de l'ordre établi. Ce que les politologues appellent "ankaralaşma", "ankaraïsation". C'est connu, quand on n'a plus de suffrages à solliciter, on commence à transpirer la sincérité. Alors, le Demirel du centre-droit (il est le premier dirigeant à mettre les pieds dans une mosquée) est devenu, en fin de carrière, celui qui invite les filles voilées, interdites d'université, à étudier en Arabie Saoudite si elles y tiennent beaucoup...



Oh que non, il n'est pas parti en odeur de sainteté, comme un Özal dont le cercueil glissait sur les épaules des citoyens. Mais le mômichon s'en fout, passez l'expression. Le dernier des Mohicans s'en est allé. Une page de l'histoire s'est tournée. N'a-t-on pas le droit de se désoler tout simplement, sans s'interroger sur le sort du défunt dans l'au-delà ? Entre lui et Lui. Que Dieu l'absolve.    


Les Turcs ont enterré deux présidents en moins d'un mois. La momie Kenan Evren, le putschiste de 1980, a été entombé comme un lépreux, en mai dernier. Celui qui avait, précisément, renversé le Premier ministre Demirel. Et "Sülü" a été porté par les militaires, ceux qui l'ont chassé par deux fois du pouvoir. Ironie de l'histoire, son successeur, Ahmet Necdet Sezer, faisait une crise cardiaque au même moment... "N'eût-il pas eu ce malaise, il ne se serait pas déplacé à la cérémonie, j'parie !". Effectivement. Il est bizarre ce Sezer quand j'y pense...



Et Demirel était aussi un grand expert des manœuvres politiques. Il a tout connu, la majorité absolue, les coalitions, le gouvernement minoritaire, l'opposition, la résidence surveillée, l'air libre, l'administration, le parlement et finalement, le palais présidentiel. Encore ironie de l'histoire, la Turquie d'aujourd'hui se cherche un gouvernement et assiste à des pourparlers, comme au bon vieux temps. Sauf que. Le nationaliste Bahçeli, le sans-enfant, n'a pas été tendre. "Tu me donnes ton fils Bilal, je te file le gouvernement !", a-t-il lancé à Erdogan. Bilal, accusé de corruption. Bilal, le fils à papa qui a échappé à la justice. Bilal, monnaie d'échange pour former une alliance. On se croirait dans un film de gangs. Erdogan père, un autre "baba". Ah oui, ce mot signifie aussi "parrain" en turc. Tomber à ce niveau...