vendredi 28 mars 2008

They are not Muslim !

J'avoue que le film de Geert Wilders (http://www.liveleak.com/view?i=7d9_1206624103) m'a terriblement dérangé. Non parce-que j'ai découvert la "réalité" de la religion à laquelle j'appartiens mais parce-que j'ai peur que ceux qui se contentent de juger l'islam à partir de ce film soient légion.
Je condamne toutes les atrocités perpétrées au nom de l'islam; c'est un non-sens. Les scènes diffusées sont effrayantes, épouvantables, monstrueuses. Je condamne leurs auteurs; je ne les ai jamais considérés comme des coreligionnaires. Ils me font honte, ils me lassent, ils me dérangent. Ce ne sont pas des Musulmans. Je vais jusqu'à là; j'affirme qu'ils ne peuvent pas être des Musulmans. S'ils le sont, je ne le suis pas.
En outre, le lien rapide fait entre le Coran et le terrorisme m'a également dérangé. J'ai toujours eu une approche critique, une lecture renouvelée des passages du Coran; mais j'ai toujours essayé de contextualiser. C'est l'essence de l'exégèse coranique. Prendre les données brutes sans le cadre dans lequel elles s'inscrivent et les exposer sans préciser leur genèse sont constitutifs d'une mauvaise foi établie.
Un musulman qui a vu ce film ne peut que combattre les extrémistes et non son auteur. Mais un non-musulman qui a vu ce film ne doit pas tomber dans l'erreur de combattre l'islam. Ils ne sont pas de nous, nous ne sommes pas avec eux.

mercredi 26 mars 2008

Tours d'ivoire ou apologie de la versatilité

Loin de moi l'idée de disserter sur un sujet qui m'avait, jadis en terminale, assez troublé. Mais la réflexion imposée me paraît en réalité au fondement de l'existence intellectuelle, politique et juridique.
"Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereuses que les mensonges.". Voici cette fameuse phrase qui représente sans doute une de mes rares convictions. Par principe, je ne m'interdis jamais de réfléchir sur n'importe quel sujet. Lorsque j'en ai les moyens. Donc modérément.
Je déteste ceux qui, par intérêt, idolâtrie, inconscience, faiblesse, etc, se gargarisent de défendre une idée, une idéologie, une théorie ou un dogme sans changer un iota dans leurs convictions. Se mettre au service d'un autre pour le plaisir de courber l'échine. Jamais mon cas. C'est de nature.
Les convictions sont tolérables lorsqu'elles sont temporaires; jusqu'à ce qu'elles trouvent un miroir. On les appelle alors "opinions". Toujours dociles. Une personne se doit d'être une cire molle, mais pas seulement, elle doit également être pensante. J'ai un mépris pour les "par-coeuristes", dans tous les domaines, politique, théologie, droit, etc. La réflexion est un don pour nous; la laisser en veille est une abjuration. Les théologiens sont souvent gênés lorsque leurs ouailles se mettent à réfléchir. Non qu'ils n'aient pas la réponse mais parce-qu'ils n'ont jamais réfléchi à la réponse, aseptisée, qu'ils fournissent toujours dans ce cas de figure.
Je m'intéresse à la politique car j'ai des intérêts en jeu. Mais je n'ai jamais eu l'idée de me lancer dans l'arène; je l'ai dit, je déteste les convaincus. Je ne sais plus qui disait: "je n'ai pas fait de la politique parce-que je n'ai jamais cru que mon adversaire avait toujours tort". Tout est dit. Je me lasse vite de la pseudo-réflexion. Ecoutez toutes les émissions politiques, chacun lance ses théories, on discute, on s'insulte, on fait comme si et au final, chacun rejoint le bercail intellectuel. Tracasseries, pertes de temps, gâchis.
Je ne crois plus aux dialogues; pourtant j'ai tenté: Dieu dit dans le Coran, à longueur de temps "Ne réflechissez-vous jamais ?"; Dieu nous pousse à penser, les théologiens nous convainquent du contraire. En politique, c'est connu. En droit, on ne sait plus tenir un raisonnement purement juridique, il faut toujours un coup de canif, etc.
Woody Allen le dit si bien: "j'ai des questions à toutes vos réponses". Encore faut-il savoir les formuler...

dimanche 23 mars 2008

L'impartialité et l'indépendance de la justice

J'avoue qu'une justice qui n'est pas organiquement indépendante ne me gêne pas; pour la bonne raison que l'on ne connaît pas un système contraire dans un seul pays au monde. Le pouvoir politique aime nommer les juges. De la démocratie dans la justice disent certains; je n'arrive toujours pas à comprendre ce que vient faire la démocratie dans le droit (comme je n'arrive pas à comprendre ce que vient faire un jury dans un procès pénal). Mais passons, ce n'est pas si grave puisque tout le monde s'en gausse.
Ce qui m'importe surtout, c'est l'impartialité de la justice. On peut penser que l'un ne va pas sans l'autre; dans ce cas là, il faudrait convenir qu'aucune justice au monde n'est impartiale, ce qui est fort gênant et sans doute faux. En Turquie, on n'arrive toujours pas à comprendre ce que peut bien être une justice impartiale ("tarafsiz yargi"). C'est presque une insulte; une justice qui ne serait pas porteuse de l'idéal kémaliste, lèse-laïcité ! Lorsque le "proc" Yalçinkaya, celui qui a offert sa collection d'articles de presse à la Cour constitutionnelle afin qu'elle délibère sur une bonne base, s'en est pris à l'AKP (parti au pouvoir, voyons !), l'opposition laïcarde n'a ni dénoncé ni applaudi; on entendait la phrase du Professeur Baykal clinquer : "Il nous incombe de nous taire, l'affaire est désormais dans les mains de la justice turque impartiale". Un "coeur qui bat dans la bouche" aurait dit Henri Troyat.
Lorsque, quelques heures plus tard, un autre juge, le Juge d'instruction Öz, a décidé de placer en garde à vue le soi-disant très respecté journaliste Ilhan Selçuk du chef d'accusation d'avoir frayé avec une engeance putschiste, les mêmes s'en sont pris à "l'Etat profond" censé avoir investi les postes importants de la justice. Encore une fois, rire ou pleurer ?
Il ya quelques mois de cela, un juge d'instruction (Ferhat Sarikaya, un vrai martyr de l'Etat profond) avait été chassé de son métier pour avoir cité, dans une ordonnance de renvoi, le nom du Chef d'Etat-major de l'armée de terre (aujourd'hui chef des armées, belle promotion) susceptible de pouvoir éclairer la justice dans une affaire d'explosion d'une bombe dans une librairie; bombe posée par... les forces de sécurité turques. Pas très grave, on sacrifie un juge. Lorsque le juge Chaudhry avait été évincé au Pakistan de son prestigieux fauteuil, les avocats, les intellectuels et la communauté internationale s'en étaient émus et avaient énergiquement protesté. Rien de tel dans le cas Sarikaya.
Aujourd'hui, les laïcistes qui n'arrivent pas à comprendre ce que l'on pourrait reprocher au saint Ilhan Selçuk (pour lequel je n'ai, personnellement, aucune estime) ont donc le réflexe de demander une enquête sur l'enquêteur Öz; il a dû fauter puisque Selçuk est vieux donc innocent (ceux qui le défendent mettent plus en avant son âge, 83 ans, que les griefs qui lui sont repochés, ce n'est pas à cet âge qu'il va entamer une carrière de fasciste n'est-ce pas ?).
Il va falloir jongler dans les raisonnements; si Selçuk est lavé de tout soupçon, la justice aurait prouvé qu'elle résiste aux pressions gouvernemtales, si la Cour constitutionnelle lave de tout soupçon l'AKP, elle aurait prouvé qu'elle n'arrive pas à être impartiale, si les deux affaires se terminent mal, on ne saurait plus qui doit penser quoi, etc. Un dédale. Alors que tout est si simple: la justice turque est partiale (les juges le disent eux-mêmes), gerisi teferruat...

vendredi 21 mars 2008

Une Chine olympique

Alors que la Chine "bousculait" les quelques affidés du Dalaï-Lama, accusés de soulèvement factieux (donc par destination répréhensibles dans toute démocratie "normalement constituée"), les gouvernants du monde fermèrent les yeux et la bouche. Même si il faut reconnaître le courage de certains: Nancy Pelosi s'est jetée dans les mains collées du Tibétain le plus illustre; Gordon Brown a rappelé qu'il était disposé à papoter avec lui et la Merkel des lupanars de la Coupe du Monde de 2006 promet de suspendre les relations bilatérales dans un domaine obscur. La France ignore, sans doute, ce qui s'y passe; on entendait un responsable défendre la levée de l'embargo sur la vente d'armes... Il faut dire que la France, ces temps-ci, ne supporte plus ceux qui disent vrai; Bockel a été renvoyé à sa passion...les Anciens Combattants.
Comme tout hôte qui se respecte, la Chine veut nettoyer avant d'accueillir; l'occasion se présente bien, on en profite donc pour noyer la dissidence dans l'océan d'indifférence. On va donc faire comme si rien ne s'était passé; on va lancer les javelots, courir, fêter, jouer, etc. sans cas de conscience. Le boycottage est un mot strictement banni, bien sûr; il ne faut pas frustrer les sportifs. L'indignation s'arrête aux portes de Pékin, il ne faut pas charrier.
Le discours officiel est pathétique: on a mis tant de temps à les apprivoiser, à les intégrer dans un système, impossible de rompre l'équilibre pour les beaux yeux de Sa Sainteté. Profil bas s'impose.
Pour avoir saisi quelque peu le sens de la "diplomatie des droits de l'Homme", je ne m'attendais pas à des protestations bruyantes, mais faut-il vraiment participer à des Jeux dont la philosophie originelle consistait aussi à respecter une trêve des luttes. C'est vrai qu'on recommencait ensuite mais c'était une normalité. Aujourd'hui, c'est l'ère des crocodiles et des mouches dans le coche. Realpolitik, d'accord; mais ce dont on parle a tout de même une importance: la vie. Un don, un vol. Une corrélation qui ne devrait plus passer...

dimanche 16 mars 2008

Les perles du réquisitoire: Etat de droit, Droit de l'Etat

Ca discutaille partout; certains lancent des formules: "l'Etat contre le gouvernement", "interdire le peuple", "suspendre la démocratie", "importer un nouveau peuple", etc. ; à qui mieux mieux.

Quel peut être le sens de vouloir interdire un parti qui a obtenu, il y a tout juste sept mois, 47 % des voix ? Une résistance au souverain ? Un défi ? Un affront ? Une obligation ? Tout le monde réfléchit; certains se frottent les mains, d'autres les yeux, d'autres le menton.
Si le réquisitoire du "proc" suscite une indignation politique, une incompréhension sociétale et un respect naturel qui sied à toute action qui vient tout droit d'un organe juridictionnel dans un Etat de droit, sa lecture fait rire tout le monde; certains en pleurent: ne pouvait-il pas ficeler un "truc" plus juridique tant qu'à faire ? Lisons: constituent une menace pour la laïcité, les positions suivantes:
- défendre la levée de l'interdiction du foulard dans les universités et dans les administrations publiques (ce dernier élément enrage les laïcistes),
- défendre la levée du critère de l'âge nécessaire pour étudier le Coran (eh oui, en Turquie, les parents peuvent inscrire leurs enfants dans tous les clubs de toutes sortes dès l'enfance mais il faut attendre l'âge de 12 ans pour l'envoyer dans les écoles coraniques !)
- distribuer des Corans dans les rues,
- citer le Coran dans des discours publics,
- critiquer la décision de la Cour européenne des droits de l'homme confirmant l'interdiction du port du foulard dans les universités turques (vivent les profs de droit, ils passent leur vie à faire ça !)
- croire en Dieu (le Premier ministre déclara un jour: "Pourquoi tant de séparations ? Nous sommes tous des créatures de Dieu"),etc.
Le "proc" ajoute: tout ce que je dis là n'a rien de répréhensible dans notre code pénal mais on s'en fout. Il faut interdire. Nul besoin d'avoir fauté (pénalement) car risque de fauter. Et basta.
Et les preuves lui demande la Cour constitutionnelle ? Le "proc" lui envoie une brouette de journaux: tiens lis-les ! La plupart des articles (c'est-à-dire, ce que l'on appelle, en droit, des "preuves") datent d' il y a cinq voire dix ans; autrement dit, le peuple, en s'exprimant en faveur du gouvernement à hauteur de 47 % en juillet 2007, a confirmé cette voie anti-laïque; là est le problème le plus grave: on avait cru que les électeurs avaient absous ces "islamistes" (histoire de la légitimité fraîche) mais, non, on se rend compte que les 16 millions sont appelés à la barre. Reproche: avoir mal voté.
Dernière note: dans un sondage réalisé auprès des juges turcs, plus de 60 % ont répondu à une question qui leur était posée de cette manière: lorsqu'il s'agit de défendre les droits de l'Etat, le juge peut se passer de la justice; autrement dit, défendre les intérêts de l'Etat prévaut sur le fait de rendre la justice. C'est dans ce contexte que s'ouvre le procès...

vendredi 14 mars 2008

Vers la dissolution de l'AKP...une resucée: un plat

On vient d'apprendre que le Procureur général près la Cour de cassation turque a lancé une procédure d'interdiction de l'AKP, parti gouvernemental depuis 2002. Hayirli olsun.
Les griefs sont, bien évidemment, graves: le parti serait devenu "le centre d'activités contraires au principe de laïcité". En réalité, rien, dans une démocratie, n'interdit d'interdire; la démocratie doit se défendre. Mais encore faut-il qu'il y ait démocratie au sens plein du terme. Le tort majeur qui figure à la tête du réquisitoire, c'est peut-être même son titre: la liberté pour le foulard.
Les opposants sont heureux, les juristes respirent, les recteurs gambadent, le CHP fait semblant de s'inquiéter pour la démocratie, le MHP s'en remet à la sagesse de la justice, etc. Le Président de la République, dont le nom figure également dans la liste de ceux pour lesquels le procureur a demandé une interdiction de briguer des mandats pendant cinq ans, tient des propos lénifiants depuis Dakar, le Premier ministre, toujours hors de lui dans ces moments là, demande à la justice de ne pas être trop partiale pendant le déroulement du "procès". Une vraie mascarade.
Seuls les Kurdes se sont dressés énergiquement contre cette procédure; il faut dire que leur parti DTP est également en instance de dissolution devant la Cour constitutionnelle. C'est une simple cohérence, mêlée à leur conception sincère de la démocratie !
Point important: le procureur a fait cette sortie dans la dentelle. Soucieux du bien-être économique de son pays, il a attendu la fermeture de la séance de la bourse d'Istanbul pour ébruiter l'information. D'ailleurs, c'est devenu une coutume: les déclarations gênantes tombent désormais dans la soirée ou en fin de semaine. L'Armée publie la nuit, certains officiels préfèrent l'après-midi après le "mesai" (heures de bureaux des administrations publiques). Rire ou pleurer !
La balle est désormais dans le camp de la Cour constitutionnelle, bourreau particulièrement enthousiaste en la matière; plus de trente partis ont été dissous depuis la République (c'est-à-dire 85 ans) dont quatre de la mouvance conservatrice musulmane: l ' AKP, nous le savons, est un parti de dissidence, une branche du tronc islamiste; ce qui me paraît incompréhensible, c'est que ces juristes de haut rang aiment élaguer de temps en temps; mais ils restent trop "juristes": on interdit le parti et après on avisera. Le hic, c'est que ce "après" est toujours le même: encore plus de voix pour les persécutés. Comme le disait Mitterrand, les juristes ne comprennent jamais rien à la politique; c'est vrai qu'on leur apprend que dissolution équivaut à disparition; or, la politique nous enseigne que dissolution signifie toujours victoire...une victoire sur un plat d'or car le peuple repasse toujours les plats aux victimes.

mardi 11 mars 2008

La nouvelle "fatwa" vaticane sur les péchés capitaux: réflexion sur le renouveau théologique

Alors qu'il ne se presse jamais pour actualiser certaines de ses positions universellement contestées, le Vatican s'apprête à revisiter sa liste des péchés capitaux; voilà une belle modernisation des critères d'accessibilité à la Géhenne. On passe d'une dimension individuelle à une dimension plus sociale, collective; des péchés de "la troisième génération".
Dorénavant, les drogues, la pollution, la manipulation génétique, les injustices économiques et sociales et l'avortement sont passibles de la damnation éternelle. Il faut donc courir se confesser chez le curé le plus proche ou plutôt dormir à ses côtés, les comportements prohibés étant abondamment pratiqués de nos jours. On pèche comme on respire.
Cet effort d'adaptation aux conditions actuelles mérite approbation même s'il vise, avant tout, à élargir le champ de responsabilité de l'homme. Dans les religions, le critère de la "légalité des délits et des peines" n'existe pas. On adapte même sans base textuelle.
L'islam suit le même raisonnement; le "kiyas" (la comparaison) est un principe matriciel du droit islamique; il s'applique également à son volet pénal. Il est donc permis de "créer" de nouveaux délits mais ceux-là doivent s'inscrire dans "l'esprit" d'une réprobation semblable. Exemple: l'alcool est interdit car il affecte l'esprit donc tout ce qui affecte l'esprit est également interdit; ainsi, pour certains théologiens, le tabac et la drogue sont "haram". D'autres partent du principe selon lequel ce qui n'est pas expressément interdit par Dieu ne peut l' être par ses créatures. Le problème de cette conception (qui est implacable sur le plan logique puisqu'elle postule l'omniscience du Créateur, il serait insultant de penser qu'Il n'a pas été visionnaire !), c'est qu'elle est trop théorique car ça fait bien longtemps que Dieu n'intervient plus sur la scène théologale. On est donc poussé à deviner ce qu'Il aurait disposé dans telle ou telle circonstance.
Comme le dit l'adage du droit islamique superbement ignoré: "La fatwa change avec le temps qui change", soyons apostolique:
"zamanin tagayyuru ile ahkam dahi tebeddül eder" (turc),
"taghayyur al-fatwa bi taghayyur al-azman" (arabe),
"the fatwa changes with changing times" (anglais).

vendredi 7 mars 2008

Une "belle" guerre, une mauvaise polémique

Depuis quelques jours, le monde politico-militaire turc est en ébullition; les faits sont simples: la coïncidence du retrait de l'armée turque du nord de l'Iraq avec les injonctions de Robert Gates allant dans ce sens. L'armée et le gouvernement ont précisé que ce plan de retrait était déjà arrêté et qu'il n'y a eu aucune influence de Gates.
Les nationalistes et les partis d'opposition pensent le contraire. Il faut dire que le contexte prête à discussion: le retrait s'est fait le lendemain de la visite de Gates. Mais le Chef d'état-major supplie de le croire; l'opposition estime qu'il s'agit d'un retrait commandé par les américains.
L'acmé du problème: l'armée, par une déclaration écrite, a estimé que les propos de l'opposition démoralisaient les soldats et nuisaient plus que les "traîtres"; le mot est lâché. Déchaînement: l'opposition, pour la première fois dans l'histoire, a fustigé l'armée et comble de la singularité, celle-ci s'est retrouvée en train de défendre le gouvernement. Deniz Baykal, leader aguerri de l'opposition social-démocrate nationaliste, a lancé au chef d'état-major: vous n'êtes pas notre interlocuteur; le MHP, parti authentiquement nationaliste, boude (c'est vrai que être taxé de traître, pour un parti nationaliste, c'est quelque peu déstabilisant).
Bref, l'armée se désole: personne parle de notre bravoure, on nous mêle dans la polémique politicienne. Tout le monde demande au chef d'état-major de ne pas prendre la défense du gouvernement et de ne pas s'enferrer dans des prises de position politiques: expliquer la stratégie militaire aurait suffi, point n'est besoin d'apporter de l'eau au moulin du gouvernement. L'opposition voulant critiquer le gouvernement sur un bon plan d'attaque s'est retrouvée rabrouer par l'armée.
Ce qui est marrant, c'est que ceux qui applaudissaisent les interventions politiques du chef d'état-major lors des élections présidentielles ou sur le foulard lui demandent maintenant de la boucler...histoire de les laisser tranquilles dans leur jeu politique. Le chef d'état-major n'a voulu que rétablir une vérité (ça touche quand même à l'honneur de l'armée que de dire qu'elle est à la solde des américains) mais visiblement il a dérangé des calculs politiques.
Il fait bon vivre en Turquie: le cordon ombilical entre le CHP et l'armée est coupé; un petit pas pour le CHP mais un grand pas pour la démocratie turque.

jeudi 6 mars 2008

Le Conseil des droits de l'homme et les mots: la comédie humaine

Alors que le Conseil des droits de l'homme entamait une nouvelle session, l'Organisation de la Conférence islamique et la Ligue des Etats arabes eurent l'idée de présenter un projet "original" de résolution condamnant Israël pour son massacre de Gaza. Cédant à la complainte traditionnelle (qui consiste à condamner seulement Israël), le projet appelle également la cessation « des tirs de roquettes par les combattants palestiniens, qui ont entraîné la perte de deux civils et plusieurs blessés en Israël ». Réelle avancée paperassière.
On a trouvé judicieux d'envoyer Monseigneur Desmond Tutu en mission pour essayer de comprendre la situation; un Chrétien respecté dans les bras des Juifs et des Musulmans, on ne pouvait penser mieux. Les Israéliens l'ont invité à transiter par l'Egypte pour se rendre à Beit Hanoun et pas par Israël. Ca commence bien, d'autant plus que ce Tutu n'avait pas pu entamer sa mission en janvier du fait de l'opposition israélienne. Donc, nouvelle avancée.
La France s'est, bien évidemment, abstenue comme ses soeurs européennes (Allemagne, Italie, Pays-Bas, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie): il faut privilégier le dialogue et l'apaisement; le projet de résolution "contient un certain nombre de paragraphes et concepts inacceptables".
On bute encore une fois sur le sens des mots; tout en sachant que ces résolutions ne servent à rien ou presque. Une trace dans l'histoire onusienne mais un vide dans la réalité des faits.

mercredi 5 mars 2008

Trois poids, une mesure: un terrorisme un et indivisible

Lorsque la communauté internationale remue (à raison) ciel et terre pour sauver les otages des FARC cadenassés à une mort à petit feu et lorsque certains milieux extrémistes turcs tirent fierté du nombre de morts du côté des terroristes kurdes, les militaires israéliens ne s'excusent pas. Ayant eu " l'intelligence" de déclarer tout un peuple, terroriste, les autorités d'Israël invoquent, dans une logique macabre implacable, la lutte contre le terrorisme.
Lorsque le controversé Vergès déclara qu' " un poseur de bombes est un poseur de questions", il n'avait sans doute pas tort, non qu'il faille soutenir les moyens employés mais s'interroger sur les causes. L'injustice est un levier puissant. C'est connu.
Mon propos n'est pas de proposer de séparer le bon grain de l'ivraie en matière de terrorisme mais de secouer une idée fixe à laquelle, en réalité, personne ne croit. La cause du terrorisme mérite réflexion et non condamnation automatique. Lorsque le chef d'état-major de l' armée turque avait reconnu qu'ils avaient sciemment "oublié" qu'il y avait un problème kurde en Turquie, il fournissait, de fait, un argument à cette thèse. On ne naît pas terroriste, on le devient. Et on ne le devient pas par sadisme (sauf pathologie avérée); il y a un motif.
Lorsque le peuple turc se rince l'oeil quand il découvre que son armée sait mener une guerre en plein hiver, lorsque le peuple colombien applaudit son président dans sa lutte contre les "séparatistes" et lorsque le peuple israélien soutient, indéfectiblement, son gouvernement dans une lutte justifiée, les causes de leurs malheurs demeurent. Tout le monde sait que l'éradication du terrorisme passe par autre chose que la mort; par une politique; certes une politique qui dérange et qui va remettre en cause pas mal de situations fossilisées, mais une solution d'envergure, réponse complète, utile et nécessaire aux questions qui se posent. Est-il plus sage de se jeter à l'eau pour éviter d'être mouillé ou d' assécher un problème à sa source ?

dimanche 2 mars 2008

La guerre et la liberté d'expression: à chacun sa conception des yeux

La Turquie vient de terminer une guerre-éclair dans le Nord de l'Iraq; cette zone qu'il est officiellement interdit d'appeler le "Kurdistan irakien". Les morts, le sang, les pleurs, les "martyrs", tout ce que l'on connaît depuis quelques lustres.
La guerre neutralise tout en Turquie: la pensée, la joie, l'opposition, etc. On doit changer d'état; pleurer, ne pas remettre en cause, se taire, dire "Vatan sagolsun" lorsqu'il y a des pertes humaines (du genre "Vive la patrie", refrain sacrificiel entonné inconsciemment) et surtout écraser les voix discordantes. Dernièrement, Bülent Ersoy, une des grandes chanteuses du pays (transsexuelle respectée, ce qui relève de l'exploit dans une société où ce "genre de chose" ne déclenche pas un respect naturel) a osé s'interroger sur la pertinence d'un combat mené depuis plusieurs années et qui s'avère, à son humble analyse, pas trop reluisant. Mon Dieu, quelle allure ! Quelle impertinence ! Quelle traîtrise ! Quelle bouche ! Quelle baverie ! On excelle dans la dénonciation, le CSA turc se réunit d'urgence pour envisager son excommunication audiovisuelle, les journalistes pleurent à l'idée de disserter sur cette abominable phrase, le pacte tacite qui interdisait ne serait-ce qu'une miette de critique ou une simple interrogation vole en éclats. Catastrophe: les Kurdes donnent libre cours à leurs revendications politiques: le DTP, parti kurde, "présidé" par Ahmet Türk (un Kurde malgré ce joli nom, bel exemple d'assimilation) propose d'édifier un système fédéral où Turcs et Kurdes vivraient le bonheur absolu, sans heurts, sans guerres, sans larmes. La presse lance: Ahmet Türk propose la "sécession" (le mot "bölünme" signifie division, partage mais surtout, dans la phraséologie officielle de lutte contre le terrorisme, sécession); un jeu de mots: il propose un système fédéral, on comprend sécession. On va voir quel procureur va se dépêcher de lancer des poursuites judiciaires. Ouf, il est député donc intouchable. Mince, son parti est en instance de dissolution devant la Cour constitutionnelle, ça fait un chapitre de plus dans le réquisitoire.
Si on pouvait jeter par-dessus bord tous ces dérangeurs, ça serait drôlement bien...un rêve qui pousse les défenseurs des droits de l'Homme à ne dormir que d'un oeil.

vendredi 29 février 2008

Brèves religieuses

Alors que le bras de fer traditionnel entre les démocrates libéraux (auxquels se sont joints pour la circonstance les conservateurs et nationalistes) et les laïcistes et républicains sincères semble se durcir en Turquie, on condamnait à un an de prison un juge italien qui avait refusé de rendre la justice sous les auspices du Christ (un joli crucifix orne les murs des tribunaux italiens depuis 1926).
Alors que les Italiens s'interrogeaient ainsi sur le sens du terme "laïcité", les Danois s'interrogeaient sur la susceptibilité des musulmans à l'encontre des caricatures du Prophète. La Biélorussie répondit par des actes; elle libéra le journaliste qui avait "osé" publier les caricatures et ainsi inciter à la haine raciale ou religieuse. Un député d'extrême-droite s'apprêterait aux Pays-Bas à tourner un film sur le "livre affreux et fasciste" qu'est le Coran. Intéressant.
Alors que ces grands pays dissertaient sur la justice, d'autres réprimaient. Ainsi, l'Arabie Saoudite dut arrêter 57 "dragueurs". L'Egypte interdit à ses infirmières de porter des voiles intégraux pour raison de sécurité. Les Frères Musulmans invoquèrent une violation de la liberté religieuse. Les Algériens sont plus radicaux: ils expulsent l'ancien président de l'Eglise protestante; son tort: il a fait trop de zèle et a donc porté atteinte à la liberté de religion des musulmans. Liberté de religion chérie.
Des bonnes nouvelles: la Russie vit son président bénit par Alexis II. Le Rabbin Sitruk se déclara favorable à un marché commun pour les Juifs et Musulmans concernant la viande "casher"; les règles imposées aux Juifs conviennent aux Musulmans. Belle avancée.
On apprenait aussi que 25 % des Etats-Uniens avaient changé leur religion "d'origine". La plus grande perdante, bien évidemment, l'Eglise catholique. Désormais, 16 % des Américains se déclarent non affiliés à aucune structure religieuse. Mini scandale là-bas.
Toutes ces saintes bouches citent Dieu. Encore et toujours. A dieu vat !

mardi 26 février 2008

Un athéisme qui mène au déisme: critique d'une pseudo-réflexion

Une fois n'est pas coutume: j'ai tenté d'ébranler ma foi. Résultat: le sort s'acharne.
J'ai lu avec intérêt et sans parti pris le "traité d'athéologie" que nous a composé le philosophe Michel Onfray, "pape" si l' on peut dire de l'athéisme intégral (eh oui, encore une fois influence de l'épistémè judéo-chrétienne).
Michel Onfray veut secouer le joug des "fictions apaisantes" pour nous traîner à la suite d'une "raison qui soucie". Un réveil. "Une santé mentale recouvrée".
La mort de Dieu ? "Une fiction ne meurt pas " lâche-t-il en bon logicien. Après avoir reconnu que l'athéisme est condamné à se définir par rapport à Dieu c'est-à-dire à l'objet qu'il combat ("une construction linguistique exacerbant l'amputation"), il opte pour l'athéisme de Nietzsche, celui qui s'est amusé à révéler la "transvaluation" c'est-à-dire, pour aller vite, un athéisme de gouvernement et pas seulement de combat. Comme Deleuze; celui-là parle d' "athéisme tranquille". Joli. Bref, un athéisme qui sort de la chapelle ardente.
Après avoir dévidé son chapelet (origine des religions avec la "pulsion de la mort", maux des religions, résistance du formatage judéo-chrétien dans les mentalités, les gestes, les mots, le droit, etc), il dénonce le tort principal des religions: l'invite à la soumission; une attitude qui entraverait l'activité intellectuelle. La Genèse récuse "le goût de la science" (Notons-le: la Genèse). Fort possible. Or, je n'ai toujours pas compris en quoi la soumission entraverait l' activité intellectuelle. Deux activités qui relèvent de deux niveaux différents. Que la soumission entrave le raisonnement objectif de certains, oui; mais on peut être convaincu d'une chose irrationnelle et continuer à chauffer son cerveau. Construire un raisonnement iconoclaste, oui mais l'important est de renoncer à l'honorer; le pouvoir de renier sa propre construction intellectuelle, c'est tout simplement la "foi". C'est faire un choix. La plus grande liberté.
Onfray fustige également "l'athéisme chrétien" (cher à Comte-Sponville qui parle, lui, d' "athéisme fidèle") et réclame un "athéisme post-moderne", à savoir "une véritable morale post-chrétienne où le corps cesse d'être une punition, la terre une vallée de larmes, la vie une catastrophe, le plaisir un péché, les femmes une malédiction, l'intelligence une présomption, la volonté une damnation".
Dévisser l'épistémè judéo-chrétienne. Voilà, le bonheur auquel on doit s'attacher. Soit. Il s'empresse d'ajouter qu'il ne promet rien, le Paradis n'est pas dans l'autre monde mais il n'est pas de ce monde non plus, ce n'est qu'un "idéal de la raison ici-bas". Donc, déchanter pour le plaisir de raisonner. Une conception...
Ce qui est frappant dans ce traité d' "athéologie", c'est qu' à aucun moment de cet ouvrage qui prétend promouvoir l'athéisme, le concept de Dieu n'est discuté. Il s'en prend aux religions et surtout au christianisme pour déduire l'inexistence de Dieu. Un peu rapide à mon goût. Ce n'est pas de ma faute si le christianisme mène à l'athéisme; en tout cas, ce dernier ne peut pas être la conséquence logique des incartades des religions. Il le reconnaît lui-même: "Dieu ne parle pas". Il s'en prend à son clergé mais c'est l'idée de Dieu qui trinque. Il faudra m'expliquer.
Bref, je reste déiste voire théiste jusqu'à "preuve" plus solide du contraire.
Rien de comestible dans ce qu'il dit ? Si. La critique du christianisme ou plutôt du "paulinisme" mais c'est là une autre histoire. Je laisse découvrir l'apologie de la "boucherie" dans le judaïsme, le penchant du christianisme pour les "exterminations de masse" et les "thématiques fascistes" de l'islam.
Que dire ? Eh bien bon vent... Gazan mubarek olsun comme le disent les Turcs, en bons adeptes de l'épistémè musulmane qu'ils sont.

dimanche 24 février 2008

La voie est ouverte: le voile peut se rabattre

Le Président Gül a, enfin, validé la loi constitutionnelle qui renforce l'égalité des citoyens devant les services publics et qui consacre un droit à poursuivre tranquillement ses études dans l'enseignement supérieur (seule une loi pouvant fixer des limites). Le mot "voile" n'apparaît donc pas. Juridiquement, le voile à la fac serait désormais libre.
En elle-même, la modification de la Constitution n'a rien de répréhensible. L'égalté, la tranquilité, l'enseignement supérieur. Que des concepts sympas. Le CHP, parti d'Atatürk, de centre-gauche (tout ça dans la théorie), a mobilisé toutes ses forces pour rédiger un joli réquisitoire contre cette loi à destination des juges constitutionnels. Evidemment, il a saisi la Cour constitutionnelle. Motif: la modification constitutionnelle ne doit pas être lue naïvement. Elle recèle une autre lecture; une lecture lèse-laïcité. Fidèle à son fonds de commerce, soucieux de garder la palme, le CHP estime que l'égalité et le droit de faire des études supérieures voilent un projet d'envergure, capable de saper les fondements sacrés de la République. Une sorte de voile vocabularique.
Un étudiant de première année de droit sait, bien évidemment, que le juge constitutionnel analyse la conformité d'une loi au texte de la Constitution. Basique. Mais , ce qu'il sait également, c'est que c'est le libellé de la loi qui est confronté à la Constitution. Pas la cervelle de ses rédacteurs. En bon positiviste. Le "pourquoi" de la loi n'entre pas dans les considérations de la Cour. Vous avez proclamé l'égalité, c'est bien mais je sens que c'est une parade et je connais votre dessein: la liberté du voile dans les facs donc la fin de la République (pour ceux qui chercheraient un rapport entre le premier membre de la phrase et le second, ne vous en faîtes pas, personne n'ose une démonstration). Donc, j'annule.
Je connaîs un peu le droit constitutionnel, je connaîs grosso modo le fonctionnement de la Cour constitutionnelle et je sais très bien qu'en Turquie, selon la formule consacrée, rien n'est impossible; si la Cour se permet de "juger" (parfois, elle donne des leçons de sociologie, de morale, de philosophie, ça lui prend de temps à autre), je l'applaudirais; si elle persiste dans un raisonnement pseudo-juridique (affaire du "367"), je l'accepterais; continuant de croire: dura jurisprudentia sed jurisprudentia.

samedi 23 février 2008

Une prison en deux étapes

Le Conseil constitutionnel a validé la loi Dati sur la rétention de sûreté; cette mesure permet de "retenir" les condamnés dangereux (à une peine au moins égale à 15 ans pour des faits graves comme pédophilie, meurtres, barbarie, etc) dans un centre médico-judiciaire après la purge de leur peine "principale". Le principe est simple: on enferme pendant 15 ans et on enferme derechef mais cette fois-ci le temps nécessaire pour son traitement.
D'ailleurs, les juges constitutionnels ont bien rappelé que si le condamné avait suivi un traitement pendant ses 15 ans, il ne serait pas possible de le placer dans ce centre. En revanche, si le traitement idoine n'a pu être dispensé (ce qui est surtout le cas en France), le malheureux devrait séjourner dans ce centre. Peut-être à vie. Pour son bien. Et surtout pour celui de la société.
Le risque de récidive appelle enfermement; officiellement, pour le soigner. On se demande alors pourquoi on enferme ces gens pendant 15 ans au lieu de les envoyer directement dans un centre spécialisé. C'est vrai qu'après 15 ans, même le sain d'esprit perd la raison, c'est plus facile. On nous l'a dit, il était mentalement faible, il faut l'interner. Peut-être à vie. Crime virtuel, auteur potentiel, défense de la société à tout prix, etc. des concepts que je n'ai jamais croisés pendant mes années de droit. J'étais sans doute nul en droit pénal. Mais certains rétorquent: ne peut-on créer une nouvelle conception de notre droit ? Pourquoi refuser, catégorique, un nouveau système ? Bon questionnement, j'aime les gens qui s'interrogent mais lorsqu'ils sont sincères. Dati et Sarkozy ne sont-ils pas sincères ? Si si. Ils ont promis de punir les pédophiles et de garantir à tout prix la tranquilité publique, par tous les moyens. Mais quand le Président essuie un échec, il se tourne vers le Premier Président de la Cour de cassation. Tiens, lui dit-il, trouves moi une formule juridique pour appliquer la loi rétroactivement (le Conseil constitutionnel ayant retoqué cette partie du dispositif qui s'appliquait même aux condamnés croupissant déjà en prison, les fameux 15 ans !). Les juristes s'indignent. Badinter rougit. Très probe, lui, c'est normal. On reconnaît les honnêtes gens à leur face empourprée; ils rougissent des imbécilités des autres.
Bref, c'est reparti pour des analyses juridiques sur ce qu'est une peine, une mesure de sûreté qui ne peut plus être rétroactive alors que ce n'est pas une peine, la philosophie générale du droit pénal français, peine/responsabilité et mesure de sûreté/dangerosité, etc. Du blabla juridique en perspective. Toujours provoqué par les mêmes. Bir deli kuyuya tas atmis, 40 akilli çikaramamis...

vendredi 22 février 2008

De l'acmé à l'étiage: trajectoire de l'Amour

Lorsque je me plais à raconter à des connaissances ma faiblesse pour les séries argentines, italiennes ou turques, ces zèbres m'affublent, illico presto, du qualificatif qui ne m'a jamais dérangé, "bizarre". Bizarrerie donc qu'un bonhomme de cet acabit s'intéresse à des frivolités de cette espèce. La réponse aux allégations n'étant pas mon sport favori, je les laisse fantasmer.
Comme si regarder une série, qui a pour toile de fond une histoire d'amour, était autre chose que lire différemment. Je n'ai jamais compris les pseudo-esprits de haute volée qui s'enorgueillissent de mépriser les séries ou les téléfilms. Ces mêmes gens raffolent de littérature classique. Ils veulent se montrer "intellectuels"; nous, nous lisons, la télévision corrompt l'intelligence (ce qui est vrai pour beaucoup d'émissions mais pas pour les séries ni les films). Soit. Mais lorsqu'il m'arrive de leur rappeler que ces deux activités ne sont pas exclusives et que l'objet de la lecture et celui de la série sont fondamentalement la même chose, à savoir une histoire, ils persistent. Lire devient une simple fatigue des yeux. Moi, je ne lis pas pour lire ni pour remplir une quelconque liste qui recense fièrement mes lectures. Pauvres hères ! Leur demande-t-on de conter à grands traits l'histoire, ils balbutient. Ils n'ont retenu que le titre et la fin. Et après, ils se targuent d'être grands lecteurs. Et ils ont raison. Mais ils se sont fatigué quelque temps. La gloriole.
Bref, je m'intéresse donc à tout ça. Ce qui me préoccupe, c'est la définition, les modalités, les ressorts de l'Amour. Et je glane à droite à gauche; j'en viens à observer que l'Amour n'est plus de notre ère. C'est devenu un concept, on y range la somme de nos amourettes. L'Amour pur se vit dans les palais, loin des vilénies matérielles. L'Amour pur se vit dans le dénuement; celui de la technologie et de l'idéologie. L'Amour pur est stable. Bref, l'Amour pur (en occident) se vivait jusqu'au 18è siècle. On continue de s'aimer mais différemment. Pourquoi vivre si on n'aime pas ?
La Révolution française a chaviré l'intellect de l'Homme; le coeur en a pâtit. Il a commencé à battre pour plusieurs choses. Le coeur est devenu lunatique, excusez du peu...A mesure que la cervelle de l'humain s'est éclectisée, sa pureté s'est évanouie. Les idéologies ! L'ennemi de tout !

mardi 19 février 2008

nihat hatipoğlu fon müziği

Lorsque le "cadet des soucis" devient le "souci des cadets"

A la question de savoir ce qu'était la ligne officielle de la Géorgie sur l'indépendance du Kosovo, le président Saakachvili a lâché: "c'est le cadet de mes soucis". Pure tromperie intellectuelle. Réponse auto-satisfactrice. Tout le monde sait qu'il fait des cauchemars.
Les "petits" sont satisfaits. Alors que les Ossètes du Sud font de l'oeil aux Russes, que les Russes font les gros yeux aux Kosovars et que ces "sécessionnistes" font des pieds de nez dans tous les sens, que Fidel Castro préfère se reposer définitivement, que Poutine commence à découvrir les larges pouvoirs que la Constitution réserve au Premier ministre, les cadets se mettent à rêver. On le sait, les Ossètes du Sud se démènent pour obtenir la "confirmation" de leur indépendance. Fidel ne voulant plus gouverner formellement (d'ailleurs, précise-t-il, un peu en retard, l'important n'est pas d'occuper un poste, "cadet de ses soucis", mais de rester un bon "soldat des idées"), son cadet se frotte les mains en même temps que la communauté internationale se met à chanter l'abnégation du Lider Maximo. Le petit Medvedev, adoubé potiche présidentiel par son chef Poutine pour qui le poste de président était le "cadet de ses soucis" du moment qu'il pouvait continuer à servir son beau pays par d'autres fonctions, vient de lire la Constitution; il est tombé des nues: il allait avoir beaucoup de pouvoirs. Il s'est empressé de déclarer à la presse qu'il avait toujours été un partisan du régime présidentiel fort.
Si ces tartufes avaient pu se soucier davantage de ces "cadets", ils auraient pu éviter les céphalées; je le sais, l'indifférence rend toujours magnanime...mais à quoi bon paraître héroïque quand tout le monde sait que le vice est une composante de votre personnalité. Pathologique, tout ça.

jeudi 14 février 2008

Saint-Valentin et Saint Coran: la guerre des roses

L'Arabie Saoudite a interdit la vente de fleurs. Les gendarmes de la moralité publique s'en prennent aux rosistes. On a peur que les Saoudiens découvrent l'Amour; ou que les "concepts" de "désir" et de "volupté" envahissent l'esprit des dévots. C'est connu, le risque de l'effervescence des sens préoccupe, depuis toujours, les oulémas. Il faut dire que les Saoudiens ne s'apprêtaient pas à se lancer des fleurs en pleine rue. Ils voulaient juste, comme toute personne bien élevée et les Saoudiens n'ont aucune raison pour ne pas être bien élevés, honorer leurs jules, dulcinées, femmes, maris, partenaires (quoique le mot "partenaire" ne sied pas trop à la sociologie et au droit de "là-bas"). Eh bien, c'est interdit. On doit aimer sans sensualité. C'est bizarre, personne n'arrive à apporter le support textuel de cette interdiction. C'est la lubie de certains "docteurs de la foi".
Doit-on rappeler que le Prophète avait une faiblesse pour les roses...et pour les femmes ("Bana, dünyanızdan koku ve kadın sevdirildi. Gözümün nuru ise namazda kılındı." Kaynak: Nesai, İşretu'n-Nisa 1, (7, 61) même si pour rester intègre, précisons que cette phrase n'est pas considérée comme l'aveu d'une concupiscence débordante par les spécialistes des hadiths). Rien dans ses paroles, dans ses gestes et dans son message ne s'opposent, à mon sens, à l'effusion dans ce domaine. Il n'y a qu'à lire le Coran; les jardins, l'amour, les femmes et surtout le désir sont des thèmes récurrents. Les incultes et les oppresseurs m'énervent terriblement; ils ont gâché la Saint Valentin et gauchi le Coran...une énième fois.

Laïcité, affaire des musulmans "light" ?

Les anti-voilistes continuent de suer. Le foulard entre dans les facs. Il était déjà partout, dans les maisons, les marchés, les bus, les rues, etc. Il a envahi une "institution". D'aucuns, Coran dans la main droite, portrait d'Atatürk dans la main gauche, jurent qu'ils ne sont pas apostats, que leurs grands-pères étaint "hadjs", que leurs grands-tantes portaient le foulard "à l'anatolienne", etc. Comme si on avait dit que leurs aïeux faisaient de la planche à voile.
Je me demande s'il n'y a pas un lien entre le niveau de piété et l'ardeur dans la défense de la laïcité; c'est bizarre, on ne voit jamais des barbus, des voilées (en "turban" bien sûr), des imams défendre la laïcité. C'est qu'il ya problème quelque part. Les laïcistes sont presque tous des musulmans modérés, des agnostiques ou des athées. Ils défendent la survie de leur mode de vie, ce qui, au demeurant, est tout à fait légitime. Mais ce sont les mêmes qui refusent l'ouverture des écoles de formation pour les prêtres orthodoxes. Je ne comprends plus rien à leur défense de la laïcité. On dit souvent que les Turcs ne lisent pas beaucoup. Le Coran avant 12 ans, c'est sûr, c'est interdit. Les écrits d'Atatürk arrosent pourtant tout ce qui est officiel: la Constitution, les lois, les programmes scolaires, les livres d'histoire, de littérature, de dessin, etc. Le hic, c'est que dans le système scolaire turc, on privilégie le par coeur à la réflexion; tout s'explique. Ils citent, récitent et recitent. Comme le dit le slogan, "Atam Atam kalkta ben yatam".

mercredi 13 février 2008

Quand le hasard fait bien les choses...

Badri Patarkatsichvili est mort. Le richissime opposant géorgien s'était présenté à l'élection présidentielle de janvier avant d'être accusé d'un complot contre l'Etat. Quand il y a mort subite, on a toujours des doutes. C'est un réflexe. Surtout quand ça concerne des hommes politiques qui dérangent. C'est même une tradition dans cette contrée. Mais restons droit-de-l'hommistes; présomption d'innocence.
Mevlam görelim neyler, Neylerse güzel eyler...La Grande-Bretagne demeure vivante, comme dirait l'autre, on y meurt souvent.

dimanche 10 février 2008

Entre becs et ailes: la naissance des Etats

Le Kosovo n'en peut plus. Il veut voler de ses propres ailes. Les Russes lui rappellent qu'il n' en a pas. Les Européens les cherchent toujours. Les Kosovars persistent: l'idée même d'indépendance nous donnent des ailes. Les Chypriotes et les Géorgiens sont les plus passionnés par ce sujet. Ils aiguisent leurs becs. Ces deux grandes puissances (!) veulent freiner les ardeurs des indépendantistes. Ils rugissent sur la scène internationale. Pas l'indépendance et pas d'indépendances. Ils hurlent, s'époumonent, supplient. Toute la communauté internationale feint de les écouter, il faut dire que la diplomatie impose de rester galant.
Alors que ces paltoquets crachent dans l'eau, d'autres en mettent un rayon et content fleurette. C'est couru. Les petits peuples ont le droit d'exister. La contagion ne manquera pas de venir: les Palestiniens attendent gentiment, les Chypriotes du Nord sont en passe de déchirer le voile, les Ossètes n'en font qu'à leur tête, les Abkhazes ne connaissent déjà plus leurs hôtes géorgiens, les Transnistriens se gouvernent autant que possible, les Kurdes restent fiers comme un pet...
Ainsi est le sort des petits peuples; ils naissent difficilement. On s'obstine à obtenir l'autorisation de tout le monde alors que de la place dans le globe, il y en a. On ne prend à personne en réalité, on rétrocède. On rend.
Les grands Etats sont des voleurs, les petits des pleurnichards, ceux en passe de le devenir des ingrats. Les sécessionnistes n'ont jamais tort en réalité. C'est même du juridique: le DROIT des peuples à disposer d'eux-mêmes. Un joli "droit" écrit d'une main tremblante. Mais écrit. Personne n'ose le lire correctement. Mais décidément, les Kosovars n'envisagent pas de remettre l'application de ce droit aux calendes chypriotes. On l'a dit c'est couru. On attend le boiteux...

vendredi 8 février 2008

Lorsque le bonheur des peuples fait leur infortune

Je m'interroge souvent sur le peuple russe lorsque la presse (occidentale s'entend) dénonce le sort du duo Khodorkovsky-Alexanian. Je m'arrache les quelques cressons qui me restent lorsqu'un peuple, si grand soit-il, est si neutralisé. Un peuple-marbre.
Nilüfer Göle parle du paradoxe de la démocratie turque; plus la Turquie se démocratise, plus le principe de laïcité retrouve son sens authentique (liberté de conscience) et plus l'Armée se lance dans les manoeuvres pour restaurer "sa" définition. Résultat: un pas en avant, deux pas en arrière. Le paramètre "peuple" est hors réflexion. C'est la même chose pour la Russie: les Russes et les Turcs sont des peuples inhibés (malgré les manifestations monstres des défenseurs de la laïcité en Turquie, le peuple turc est relativement docile; mais pas servile).
On peut lire dans La Chronique d'Amnesty International (février 2008 n°255, p.13) que "la corrélation meilleur niveau de vie-autoritarisme s'impose en Russie". Ils sont comme ça les Russes: bouchées et raclées vont de pair. L'estomac et le porte-feuille garnis, la cervelle s'engourdit. Jadis, Anna Politkovskaïa dénonçait le "mutisme" de ses compatriotes.
Rien n'est stable. On mise donc sur le silence du peuple. Ca marche à merveille chez les Russes. Nous, les esprits occidentalisés, nous ne sommes jamais rassasiés. Plus on est riches, plus on vote ailleurs. Ils ont peut-être raison les Russes; plus ils sont riches, plus ils votent pour l'autoritarisme. Il faut dire qu'ils n'ont pas l'habitude d'être libres, de l'empire à l'autoritarisme en passant par le bolchévisme. Ils préfèrent la stabilité aux rêveries comme il est de coutume dans cette région.
C'est connu, rien n'est plus sûr qu'un régime autoritaire...

lundi 4 février 2008

Déchirer le voile: vers la modernité ou vers le fascisme ?

Le monde universitaire turc est en colère; une partie des profs fronde la tentative de rendre les campus plus libéraux; d'autres universitaires font circuler une pétition demandant la levée de l'interdiction du voile.
La famille Nesin se divise; les rejetons du grand Aziz Nesin s'excommunient mutuellement; l'un défend les mesures anti-voiles, l'autre veut plus de libertés.
Les théologiens se crêpent la calotte; certains redécouvrent le Coran et ses versets sur le voile (ou plutôt sur le non-voile), d'autres invoquent une pratique de 1400 ans.
Les journalistes osent diverger sur la question de la laïcité; Cumhuriyet et compagnie pourfendent, Yeni Safak et autres jubilent.
Les juristes s'excitent; toute cette bagarre va se terminer devant les juges constitutionnels, ceux qui avaient si éhontément mal lu la Constitution, jadis (cf. affaire du "367").
Certains parlent de droit, de liberté, d'ouverture, de pluralisme, d'autres invoquent Atatürk, la modernité, l'idéologie: "Söz konusu vatansa, gerisi teferruattir".
Je le dis toujours, lorsque la démocratie pleure en Turquie, les républicains ricanent. Lorsque la République feint la syncope, on punit la démocratie comme si le malheur du premier était directement lié à l'épanouissement de l'autre.
Ceux qui veulent déchirer le voile sont dans leur grande majorité ceux qui voilent leurs intentions; un combat pour la laïcité devient un combat contre les libertés. Et cela s'appelle presque du fascisme... Les Lumières turques descendent d'où ?

jeudi 31 janvier 2008

L'Homme est orphelin

Human Rights Watch a publié son rapport annuel; j'ai lu celui de 2007; le résultat n'a pas vraiment changé: personne n'est plus crédible: il n' y a plus de "leadership": les Etats-Uniens s'entêtent à catapulter la démocratie (comme le disait Mitterrand pour un autre dessein, la méthode est secondaire), les Chinois restent fidèles à leur splendide isolement dans ce domaine, les Russes sont traditionnellement étrangers à ces questions (des "normes artificielles", Raspoutnyi préférant trinquer avec ses amis Karimov, Loukachenko, Niyazov; raspoutie des criminels VIP), les Européens ne veulent pas faire figure de stakhanovistes (ils sont toujours mal vus les premiers de la classe, les Turcs les appellent gentiment des "vaches"; les galapiats sont eux-mêmes taxés de "boeufs", on hésite alors à choisir un camp), les démocrates Latinos, africains et asiatiques font comme si; le système onusien n'a jamais fait des merveilles.
La Chine et la Russie sont devenues des guichets: on se presse, on s'écrase, on s'insulte pour recevoir un peu d'argent (le nouvel abreuvoir des dictateurs africains), un peu de gaz et ce faisant, on vient conscience en berne, on évite prêchi-prêcha, on rigole, on tapote et on encaisse. Très schématique, je sais mais point.
L'Homme souffre, certaines régions saignent, certains peuples sanglotent: Darfour, Iraq, Birmanie, Turkménistan, Ouzbékistan, etc. La planète a mal un peu partout. C'est une réalité. Le rapport est édifiant.
Les Etats-Unis interdisent la torture mais le texte n'est pas envoyé aux forces sur le terrain, les combattants ennemis sont détenus à volonté, certains sont malencontreusement perdus, d'autres rendent l'âme sans s'excuser (du type Stavisky, il " se suicide d'un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant "), les pays de l'Afrique commencent timidement (mais quel commencement n'est pas timide ?) à exhumer les dossiers et à livrer à la justice internationale certains de leurs plus illustres sanguinaires (qui s'amusaient à péter dans la soie à qui mieux mieux); enfin, l'Europe déçoit, se morcelle, se fourvoie et démissionne lorsque ses larmes se transforment en sueur; sauver des contrats, des positions, des privilèges. 27 sensibilités obligent, l'approche globale glisse au minimalisme ("victoire du collectif sur l'effectif").
Bref, dans un monde, pour reprendre le mot insignifiant mais tout de même percutant d'une grande amie, de "beuh", défendre l'Homme demande quelque peu de sincérité et donc d'audace. Espérons que nos Etats sauront porter cet idéal sans nous bercer ni nous berner.

vendredi 25 janvier 2008

Asi - Jenerik/Dizi Müzigi...

Détresse et palabre des droits de l'Homme

Les Gazaouis dînaient par coeur jusqu'à hier. Les portes s'ouvrirent (ou furent plutôt défoncées); ils affluèrent mains dessus mains dessous vers le voisin de cocagne. D'ailleurs celui-ci en a profité; il voulait les bouter hors de sa terre mais les charognards ont supplié. On a donc décidé de qualifier une opération indélicate en opération humanitaire. Officiellement, les Portes restent ouvertes pour leur survie. Mais c'est un vol directement indirect. Les maquignons jubilent. Moubarak reçoit, torse bombé comme à son habitude, les chaleureuses félicitations; il a daigné se préoccuper de leur sort; on le remercie. Il est content. Il a fait oeuvre pie.
Les Israéliens, à raison, persistent; ils en ont marre de recevoir des bombes. Ils veulent punir dirigeants, responsables terroristes et population. Ca leur est égal. Le vase est plein. Naturellement, ça éclabousse un peu partout. La "Haut Commissaire aux droits de l'Homme", la vénérable Louise Arbour dénonce, quant à elle, à raison aussi, une "punition collective". Tout le monde a raison, ça commence à affoler.
Le Conseil des droits de l'Homme, réunis d'urgence sur les instances des pays arabes, va tellement vite qu'il ne dénonce que l'impair d'Israël. Rien n'est dit de ces fameuses bombes (qui, sans doute détail occulté par une approche idéologique, méritaient une condamnation identiquement ferme). C'est la diplomatie des droits de l'Homme, l'art de perdre du temps pour en perdre réellement. Tout le monde se fout complètement de sa résolution !
Bref, les mêmes trinquent, les mêmes sont mis au pilori, les mêmes se réunissent, palabrent, rédigent, publient. Résultat: pas un iota.

dimanche 20 janvier 2008

Les promesses, toujours des promesses

Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a finalement promis de tenir sa promesse: il va tout faire pour lever l'interdiction du port du foulard dans les universités. Immédiatement, le président du MHP (Parti du mouvement nationaliste) a promis de l'aider à tenir sa promesse. Ils vont ajouter une seule phrase dans la Constitution et tout va se régler.
Le corps judiciaire promet de son côté de tout faire pour interpréter le texte contre son propre sens. C'est la situation du droit turc. La présidente du Conseil d'Etat, le Procureur général près la Cour de cassation, les partis de gauche (sauf celui de Ufuk Uras) ont lancé des ultimatums. Le procureur a même menacé d'entamer une procédure judiciaire pour interdire l'AKP. Un rêve pour beaucoup. D'autres rêvent l'intervention de l'armée. Bizarre d'ailleurs, le Chef d'état-major qui, d'ordinaire, n'a pas sa langue dans sa poche, ne l'ouvre pas. Il est sans doute occupé à faire son métier: chasser les terroristes kurdes. Les apparatchiks en retraite ne sont pas en reste: l'ancien président du Conseil constitutionnel met en garde, l'ancien procureur général près la Cour de cassation (celui qui est à l'origine de la fermeture du Refah et du Fazilet) se mord les doigts; il aurait bien voulu occuper ce poste pour ficeler un bon dossier judiciaire.
Le monde journalistique est en ébullition, les artistes de même: Cemil Ipek, grand styliste homosexuel, n'y va pas par quatre chemins: si j'avais été une femme, j'aurais porté le voile; Ozdemir Erdogan, chanteur respecté, en perd son latin: être nu n'a rien de répréhensible dans notre pays mais se voiler, c'est une faute.
Kenan Evren, l'ancien putchiste en retraite, en a ouvertement marre: il n'y a pas de presciption religieuse sur le voile, nous dit-il, c'est du blabla, si Dieu ne voulait pas que les hommes s'émerveillassent des cheveux des dames, il les aurait créées chauves ! Il faut rappeler qu'il est nonagénaire.
Le Président des affaires religieuses, tout penaud, rappelle que c'est un devoir religieux qui s'impose à toutes les femmes mais qu'il ne se prononcera pas sur la querelle politique qui a lieu en ce moment.
Bref, encore une fois, la question du voile surgit. D'aucuns estiment que c'est le symbole du fondamentalisme, le signe de l'obscurantisme, d'autres leur rétorquent que si tel était le cas, il faudrait nous expliquer comment tous les partis politiques (même le CHP) comprennent des membres voilés. Ils seraient tous intégristes ! même le parti de Mustafa Kemal ! Absurde donc. D'autres veulent défendre les droits de la minorité; celle qui refuse de porter le foulard. Respectable. Mais écraser le droit de la majorité pour permettre à la minorité de "rester à l'écart du RISQUE d'attitudes malveillantes et prosélytiques des majoritaires", est-ce bien concevable ? Principe de précaution à mauvais escient.
Si la laïcité, c'est bien d'une part la séparation de l'Etat et des religions et d'autre part la liberté de conscience, j'ai un peu de mal à situer l'interdiction du voile dans cette perspective. La laïcité "à la turque" est autre chose: c'est la conceptualisation de la chasse militante du religieux assimilé à l'obscurantisme par une élite déracinée et complexée, désireuse de sauvegarder un mode de vie qu'elle estime menacé par la base arriérée. Turquie d'en haut versus Ploucs d'en bas. La laïcité, c'est devenu la défense du droit de pécher pour la minorité de la majorité. Légitime. Mais seulement lorsqu'il y a atteinte caractérisée à ce droit. Or, ce n'est qu'une élucubration.
On assiste, pour retourner l'expression de Jean Carbonnier, à la secrète délectation des persécuteurs.

vendredi 18 janvier 2008

censé/sensé: la bravoure de Sarkozy

Même les plus férus en perdent leur arabe: d'un côté, un président français, par destination laïque, qui encense les religions, de l'autre, une politicienne autrichienne qui tire à boulets rouges sur Mouhammed le "pédophile". L'un veut installer les barons spirituels dans le Conseil économique et social, l'autre veut bouter hors de son pays les musulmans (même les plus intègres). L'un fait tout ça par conviction, l'autre s'enquiert des retombées sondagières de ses propos. L'un parle de civilisation, l'autre cite l'épilepsie. Il n'est pas si mal que ça, en fait, notre président. Il est sensé, ça suffit amplement dans un monde de sottise passionnelle.

dimanche 13 janvier 2008

Aimer la France


Les élections municipales arrivent à grands pas. Si le désintérêt des Français d’origine turque à la politique de leur pays est proverbial, leur hésitation à revendiquer l’affiliation à la patrie française continue de m’exaspérer. Rien ne nous interdit d’aimer la France. A l’inverse, le hadith « L’amour de la patrie relève de la foi » fait figure de socle spirituel à notre engagement réel et sincère aux côtés de nos compatriotes. L’islam accorde une importance significative à l’amour de la patrie.

Il m’est arrivé d’entendre des propos primaires et franchement insensés dans la bouche de personnes qui, nées en France, vivant et travaillant ici, restent perplexes sinon rétives à l’idée de parler de la France, comme de notre patrie. Nous sommes Français. Point. Notre avenir est ici. Personne ne doit se leurrer. Aucun de nous retournera en Turquie. Seuls les liens du cœur seront au plus fidèlement préservés.

La conception française de la nation permet à chacun d’entre nous de se sentir chez lui, avec les siens et de s’investir pleinement et loyalement pour l’ensemble de la communauté. Contrairement à la conception allemande de la nation qui privilégie le sang et la langue, l’approche française donne de l’importance au vouloir vivre ensemble, au désir de mener un bout de l’existence ensemble, librement et sincèrement.

Aimer la France pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a. Voilà un code de conduite qui s’impose à notre conscience. Certes, il est légitime de s’interroger sur sa politique d’intégration, de dénoncer les torts qu’il nous arrive de subir et de se sentir frustrés dans telle ou telle circonstance mais il est absurde de s’enferrer dans une bouderie apostasiante. C’est un non-sens des plus ineptes. Le rejet de certains doit nous conduire à redoubler d’efforts pour imposer notre réalité, notre existence et finalement notre légitimité.

La France est notre patrie. Nous y sommes nés, nous y vivons quotidiennement, elle nous nourrit, nous abrite, nous accorde les conditions matérielles nécessaires à notre subsistance. L’Imam Ali a dit : « Aucun pays n’est pour toi meilleur qu’un autre ; le meilleur pays pour toi est celui qui t’accueille ». Se désintéresser du sort de notre patrie, c’est se renier, c’est démissionner et finalement trahir. A bon entendeur, salut !

lundi 7 janvier 2008

Un président trop normal

Les incartades sentimentales de notre Président font définitivement jaser. Est-il bling-bling pour reprendre l'expression du Monde ? Est-il un frustre ? Un butor ? Un type trop "cool" ?
Il est légitime de s'interroger. Ce n'est pas vraiment le fond de son attitude qui gêne, ça s'est déjà fait (cf. Mitterrand) mais plutôt la manière de le faire. En public. Sans cachotterie. Sans dignité. Au fond, on ne veut pas d'un président "lambdaïsé". Autant l'impassibilité verbale et la guinderie gestuelle du président Chirac m'agaçaient, autant l'aisance provocatrice et l'impertinence revendiquée du président Sarkozy m'ennuient. Je suis conservateur, je l'avais dit.
Il bouleverse le protocole diplomatique. Les chancelleries cherchent des solutions. Il ne faut surtout pas froisser. Comment qualifier officiellement "une petite amie" ? Voilà la question qui donne des sueurs froides aux plus sensibles. Tiens, l'Arabie Saoudite est on ne peut plus claire: pas de Bruni chez nous, disent-ils, c'est interdit. Pourquoi ? Vous n'êtes pas mariés rétorquent-ils. Une relation adultère. Les Saoudiens mettent leur grain de sel théologique. On ne badine pas avec les moeurs et sûrement pas avec la Charia. Bonne question: la Charia s'applique-t-elle aux tiers ?
Sans doute, Benoît XVI ne lui a soufflé mot à ce sujet. A son chanoine. Le pape n'a pas de femme, le roi saoudien en a plusieurs et ils se metteraient à donner des leçons de sagesse familiale à notre Président. Vive les faux-culs !

lundi 31 décembre 2007

L' "adab" et la geste sarkozienne

Les Arabes appellent "adab", l'art du savoir-vivre ou plutôt l'art du savoir-se tenir ou se comporter (plus généralement, la courtoisie, l'urbanité, la pudeur). Il tend vers l'idéalisme comportemental auquel tout individu qui possède un minimum de noblesse aspire. Son observance révèle le degré de dignité de l'âme (et peut-être le niveau de piété aussi). L'adab n'appelle pas de normativité. Son irrespect n'entraîne ni sanction juridique ni sanction administrative mais seulement réprobation morale (voire indignation pour les plus sensibles). L'adab renvoie concrètement à tous les aspects de la vie: se tenir en public, manger, marcher, saluer, etc. C'est, peut-on dire, le don de rougir. Il est donc de bon ton de rougir de temps en temps et d'adapter son comportement dans la perspective d'un rougissement possible. C'est un indice. Alors qu'en Occident, rougir, c'est avouer sa faute (sauf pour les pathologiques), dans le monde arabo-musulman, rougir, c'est avouer la faute de l'autre; c'est être mal à l'aise du fait du comportement du tiers. Une vertu.
On a vu dernièrement notre président s'afficher publiquement mais en privé, avec sa dulcinée, main dans la main, sautillant comme à son habitude, pressé et la main droite toujours prête à déclencher un salut à la foule. Une belle aventure. Je m'en fous mais je n'y arrive pas. C'est un dirigeant, un Chef d'Etat, tout m'intéresse par essence. On l'a croisé par-ci par-là; on l'a surpris dans un avion mis à sa disposition par un bel ami; on l'avait déjà vu se lancer, éhontément, dans des embrassades avec Cécilia lors de sa "séance" d'intronisation. On a un président qui dérègle pas mal de chose. Instinctivement, on est gênés. D'autant que le Président-Chanoine vient tout juste de baiser la sainte main de Benoît XVI. Pas très catholique tout ça.
C'est bien de rougir de temps en temps...

mercredi 26 décembre 2007

Extraordinaire !

Der Spiegel a qualifié le Coran de "Livre le plus influent du monde". La Bible restant le "Livre le plus édité et le plus vendu au monde". Acheter pour orner les étagères, sans aucun doute. Alors que le Coran est l'un des livres qui transforme le plus profondément son lecteur. Il y a d'abord un premier mur à franchir: le déchiffrage de l'alphabet. De 7 à 77 ans, tout le monde se met, comme il peut, à lire l'arabe. C'est toujours émouvant de voir une vieille dame ne sachant ni lire ni écrire sa propre langue, redoubler d'effort pour apprendre à lire un texte. Je dis bien lecture car la compréhension est un autre souci. Tant d'effort pour seulement effleurer le texte sacré, ça mérite des applaudissements. Il y a ensuite la transformation qu'entraîne la découverte du message; dernièrement, on a pu voir ça:

Il me semble tout de même significatif de voir un Chef d'Etat, surtout du type Ahmadinejad, rester là, humble, soumis, dépouillé de toute sa puissance, vêtu comme un croyant lambda. Devenir un "commun des mortels". C'est sans doute ça le miracle du pèlerinage et partant du Coran. La transformation (en bien s'entend).

lundi 24 décembre 2007

Sarkozy révèle que la droite est...conservatrice.

C'est presque une boutade: Sarkozy affirme sa foi, vilipende une conception rigide de la laïcité et déclare qu'il croit "aux forces de l'esprit". Les laïcards souffrent. Pas de référence à Dieu, à la religion, au chanoine, ...C'est la rencontre du Président de la république française et du Monarque du Vatican, veulent-ils croire; ils ont scrupule à parler de "pape". Un scandale.
J'aurais volontiers compris que Ségolène Royal appelât "Sa Sainteté", "M. Benoît XVI" mais attendre une attitude d'indifférence ou de méfiance voire d"animosité vis-à-vis du pape de la part d'un homme de droite était vraiment une bêtise pour ne pas dire une inculture politique. Il est tout de même normal que la droite, dont le conservatisme en matière de moralité et de croyance est constitutif de son idéologie identitaire, soit à l'aise avec les questions métaphysiques. D'ailleurs, la France a un certain rang à tenir dans ses relations avec le monde des religions. C'est la fille aînée de l'Eglise. Ca n'est pas rien. Oui mais c'est aussi et surtout un pays laïc, donc, le président devait faire profil bas, tenir un bon discours aseptisé sur la laïcité à la française, si possible convaincre le pape de partager ses vues, etc. faire du prosélytisme à l'envers.
Ce n'est pas parce-qu'il y a 2 ou 3 athées qui gesticulent qu'il faut renier les racines religieuses d'une société et surtout ne pas souhaiter qu'il y ait un retour sincère à cette métaphysique. Il ne faut pas avoir peur des religions; de la préférence pour une religion ancestrale non plus. Il ne s'agit pas de rétablir une fidéocratie mais simplement de garder un souffle de religiosité dans la société. Les religions ne nuisent pas. Leurs valeurs sont au fondement même de la civilisation. Elles forment le socle formel et solide du sacro-saint principe de dignité de l'être humain.

dimanche 16 décembre 2007

Fazil Say quitte la patrie...il en a marre de la démocratie


Le célèbre pianiste turc, Fazil Say a décidé de réfléchir sur un éventuel départ de la Turquie. La raison est que les femmes de tous les ministres (ce qui est faux) sont voilées. Il a même ajouté qu'ils (c'est-à-dire les anti-voilistes) ne représentent que 30 % de la population. Donc, une bonne raison pour quitter le pays.
D'abord rappelons que ce virtuose (personne ne trouve rien à dire sur son talent) est rarement en Turquie. Il le dit lui-même , il ne dort chez lui que 4-5 jours par mois.
Ensuite, ses propos ont soulevé un tollé chez tous les libéraux et vrais démocrates du pays: il n'invoque aucune atteinte à ses droits fondamentaux, il quitte son pays pour de simples raisons d'intolérance esthétique (l'image de la Turquie voilée ! mon Dieu!). Gülay Göktürk, grande journaliste "non voilée" lui rétorque, à juste titre à mon sens, : "même si la Turquie se trouve divisée en 30%-70%, ce à quoi je n'adhère pas, faut-il quitter le pays lorsque c'est l' "autre" qui l'emporte ? C'est une posture d'antidémocrate qui semble nier la possibilité de vivre ensemble avec nos différences".
Ses propos révèlent une intolérance primaire et mettent à jour une disposition d'esprit qui me semble dangereuse pour la vie d'une nation: celui qui "l'emporte" écrase la minorité; il faut quitter le pays ou rester et mener le combat, comme s'il s'agissait uniquement d'un rapport de force.
C'est vrai que les journaux islamistes en ont profité pour le charrier: "On t'offre le billet d'avion" titrait un journal ultra-islamiste. Ils rappellent d'ailleurs que, eux, n'ont jamais pensé à quitter leur patrie lorsqu'ils étaient harcelés par les autorités pour avoir usé de leur liberté d'expression, lorsqu'ils n'étaient pas accrédités par les autorités pour les conférences de presse, lorsqu'ils n'étaient pas invités aux soirées officielles auxquelles participaient tous les médias, etc.
Ca serait dommage qu'il s'en aille pour une raison si stupide. En réalité, ces gens-là m'énervent profondément. Ils jouent sur une peur factice, hypothétique. Et alors on commence à croire que la Turquie "bascule". Je n'y vis pas mais je suis de très près sa situation politique. Pour être franc, je n'ai jamais pensé qu'il y avait un risque de fondamentalisme. Il y a seulement une aspiration, de la part des "écrasés" ("ezilmis" en turc), à plus de démocratie et de liberté. Ce qui brouille le raisonnement, c'est que ceux qui veulent ces avancées sont presque tous les dévots musulmans (et non les partisans de la charia), les Kurdes, les Alévis, les minorités arméniennes, orthodoxes, juives, etc. c'est-à-dire toute cette peuplade qui est censée menacer l'unité et les valeurs républicaines du pays. Pure connerie !

vendredi 14 décembre 2007

De Kadhafi

Le Guide libyen a planté sa tente en France.
Mais il n'y demeure jamais. C'est pour faire "style".
On le voit trop à la télé: il avance lentement, tel un ambassadeur, coiffé comme un plouc, figure figée, presque cadavérique, une canne dans le dos, serrant la main de son interlocuteur de la main droite et montrant son poing gauche, expression insignifiante et totalement déplacée.
Il a un agenda rempli; tellement rempli qu'il reste 5 jours en France. Ensuite, il s'envolera vers d'autres cieux, tout aussi affables que la France. Sans doute moins droit-de-l'hommistes. Quoique; on commence à se demander si la France, dépositaire des grands textes et des plus nobles traditions humanistes, reste un phare dans ce domaine. Un député grognait: "y en a marre que les dictateurs du monde viennent en pèlerinage au Parlement français". Joli.
Ca me ferait rire à gorge déployée, qu'un capitaine renverse le Colonel dans sa patrie. C'est risqué pour un dictateur de s'absenter aussi longtemps. On ne sait jamais. D'autant qu'il connait ça, lui. Il a suivi ce chemin. La France, "patrie des droits de l'homme", lui offrirait l'asile sans passer par l'OFPRA ou l'enverrait en exil dans une vraie tente dans un vrai désert. Tout ce qu'il aime.
D'un côté, l'image qui est donnée n'est pas mauvaise: on rediscute avec un terroriste contrit. Il s'est amendé, il a renié, il a cessé, etc. Ce genre d'excuses ne vaut qu'entre Etats. On imagine mal la France dépeupler ses cachots parce-que les détenus auraient juré de ne plus faire de conneries. Le malheur des petites gens ! Ils ont beau convoquer Dieu dans leur témoignage, ils ne seront jamais cru. Mais lorsque Kadhafi ouvre la bouche, on le croit à la vue de ses grosses babines. Allez, c'est terminé, il s'était égaré, certes avec quelques victimes mais maintenant, on oublie; il redevient bien en cour. Il a retrouvé le chemin de Paris.
D'ailleurs, il a dispensé un cours de théologie islamique à ses amis Dumas et assimilés. Le pauvre Prophète ! Dès fois, je me demande ce qu'il aurait fait s'il avait pu voir ses (prétendus) fidèles VIP, tous des tortionnaires vivant dans les plus belles demeures du monde, bâties sur les plus lourdes imprécations de leurs sujets meurtris. Ou ce qu'ils auraient fait, eux. Démissionné de l'islam peut-être. Il n'est jamais trop tard. Il faut sauver le Paradis.

samedi 8 décembre 2007

Le Liban cherche un Chrétien

Ils me font vraiment de la peine ces Libanais; en même temps, ils me font rire. Ils n'ont toujours pas trouvé le bon Chrétien pour l'installer au fauteuil présidentiel.
C'est un drôle de pays; un pays absurde; une nation "par la force des choses". On essaie de satisfaire toutes les communautés. Résultat: l'instabilité.
En réalité, je pense qu'il faut déclarer président le cardinal Sfeir. Un président-cardinal. Comme un pape. Et à vie. Quoique. Personne n'y pense. On le presse de publier une liste de présidentiables mais personne ne lui offre directement la magistrature suprême. Alors, on pense, on réfléchit, on discute, on propose, on refuse, on pleure, blabla. Tiens, il y a le général Sleiman. Goupillon ? Sabre ? Dans les deux cas, il y a l'uniforme. Ce n'est pas anormal en soi; mais c'est quand même gênant. On préfèrerait toujours un costume trois-pièces. Malheureusement, ce n'est pas le lot des pays du Moyen-Orient et de l'Afrique.

mardi 4 décembre 2007

Les chats et la Russie

C'est vrai que l'on s'attend presque instinctivement que le président-humaniste Sarkozy appelle un chat un chat. Or, il préfère féliciter et ce, chaleureusement, un dictateur-déshumanisé...au nom du peuple français par-dessus le marché. On a tous serré la main sanglante de Poutine quelques secondes. Les Russes l'aiment; ils sont fous de lui. Il faut dire qu'ils ne le connaissent pas trop; on le leur interdit. Ils savent juste qu'il s'est déclaré le seul démocrate depuis la mort de Gandhi. Joli à entendre. On ne peut donc leur en vouloir, ils ont voté chat en poche. La nuit, tous les chats sont gris. On joue à la démocratie.
Point humoristiquement positif: Jirinovski est encore là; il me fait rire ce type; il est souvent en Turquie (et parle le turc) mais personne ne le prend au sérieux; donc, moi non plus, il amuse la galerie ça suffit.
Les Russes sont un grand peuple, ce sont sans doute mes ancêtres (je dois bien avoir du sang russe quelque part dans l'arbre mais je n'en ai pas la preuve) donc je les considère; j'essaie de les aimer comme on essaie d'aimer une mère tardivement réapparue: tendresse et révolte. D'ailleurs ces deux termes sont faits l'un pour l'autre. On s'irrite contre quelqu'un parce-que l'on lui porte une considération, sinon c'est l'indifférence. Pourquoi tant de vilénie et d'horreur dans la grandeur ? Je n'ai pas consulté les travaux psycho-sociologiques sur cette question; je n'en ai cure; je préfère m'interroger, les réponses sont toujours partielles dans ce cas de figure. Pourquoi mettre la Tchétchénie dans l'oreille d'un chat ? Mes autres grands frères. Je n'arrive pas à comprendre. Je donne ma langue au chat.
Les défenseurs des droits de l'Homme affichent entre-temps et pour un bon moment une mine de chat fâché et dénoncent, à raison, une démocratie à chat. Elle brille de l'extérieur; pas la Russie, la notion "démocratie". On croit souvent que l'Europe regorge de démocrates; c'est vrai dans un sens. Mais l'on oublie souvent que chaque notion, chaque nation a son côté relatif. C'est une quasi-démocratie. Espérons que, un jour, les souris danseront dans cette si noble contrée.

mardi 27 novembre 2007

Faut-il sauver le juge Chirac ?

Comme ceux qui tuent leurs enfants qui souffrent: on perd du temps en justice pour les condamner à quelques mois de prison avec sursis; pourquoi ? parce-que la France, c'est le pays des principes.
On essaie de justifier l'impair: oui mais il n'y a pas eu d' "enrichissement personnel"; presque une abnégation dans le vol. Personnel ou pas, il y a eu d'enrichissement indu de certains. Et d'ailleurs, c'est indirectement "personnel". Pourquoi ces gens-là ont bénéficié de liquidités plein les louches ? C'est bien parce-qu'ils servaient l'ange Chirac. Non ? Ou doit-on parler de philanthropie éhontée ? Une conception mitterrandienne de l'amitié ? Voler pour les autres, sans contrepartie; presque du héroïsme !
Le juge Chirac va-t-il croupir en prison comme un vulgaire lambda ? Assurément non. On demande à la justice d'ôter momentanément son ruban; toute la classe politique s'émeut à l'unisson: ça fait logntemps; c'était un système; c'est un ancien président, l'image de la France, blabla. On en oublie que les citoyens, dans ce pays, demeurent "égaux en droit" et "égaux devant la justice".
Il y a de facto une immunité des hommes politiques qui ont occupé les postes clés de l'Etat. C'est comme ça. Est-ce que ça doit rester comme ça ?

dimanche 25 novembre 2007

Droit et fatigue: réflexion sur la langue des professeurs de droit

J'ai commencé à travailler sur mon mémoire; je suis déjà fatigué; piètre juriste ! piètre lecteur ? C'est vrai qu'après 5 années de plongée juridique, j'aurais dû être à l'aise avec le vocabulaire du droit, si prosaïque soit-il. Déjà des maux de tête au commencement d'un travail de longue haleine, sans doute une espièglerie de mon cerveau.
En réalité, ce qui m'éreinte, c'est moins le vocabulaire désenchantant du droit que le bêchage linguistique de ses professeurs. On peut être un grand intellectuel et avoir une écriture simple, presque miellée. On peut être un "grand professeur de droit" (presque un pléonasme pour beaucoup) et avoir un vocabulaire accueillant. J'aime le droit raconté, narré; le droit expliqué me suffoque. Beaucoup expliquent le droit, sans sève, avec emphase. J'adore lire les feux doyens Carbonnier et Vedel, le regretté professeur Rivero et le professeur Mazeaud (Denis de son prénom). J'aimais écouter Jean-Marie Denquin, Michel Pertué. Les meilleurs !
Les profs de droit nous "racontent" à longueur de temps qu'il faut être simple et clair. Quand la bouche dit oui, la plume dit peut-être. Leurs propres bouquins sont inaccessibles; une seule phrase épouse un paragraphe entier. Ils vilipendent notre style, notre rédaction, nos fautes d'orthographe; or, ils ne se lassent jamais d'introduire ces remontrances par de regrettables "par ailleurs", "par contre", etc. De véritables rodomonts !
Bref, l'important n'est pas de maîtriser les mots; c'est de les marier. Les auteurs que je lis actuellement, que je ne citerai évidemment pas, se forcent à employer des phrases qui sortent tout droit de leur délire intellectuel et qui, à défaut de pouvoir découvrir les conditions dans lesquelles elles ont fusé, nous causent d'incessantes migraines. Presque une pollution. Ils se défient avec le verbe; ils veulent entrer dans la littérature juridique, devenir une référence, produire les citations qui seront reprises dans les livres, les thèses, les conclusions des commissaires du gouvernement, etc. Rien qu'une course. La gloriole. Il y a aussi ceux, donc les Vedel et compagnie, dont la simplicité fait leur naturelle grandeur; ils n'ont rien demandé mais tout le monde les adule; ils deviennent doyens, académiciens, les "préférés" des étudiants. Ce sont eux, les vrais professeurs de droit; les autres restent seulement des "agrégés des facultés de droit". Droit littéraire versus littérature juridique.

samedi 17 novembre 2007

Les meilleurs fidèles de Dieu !



Voici la photo qui secoue le pays depuis quelques jours.
On y voit de gauche à droite, le Président de la République turque, Abdullah Gül, le Roi d'Arabie Saoudite, Abdullah Bin Aziz et le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Rien d'anormal.
La petite histoire: le Roi Abdallah a fait une visite éclaire en Turquie le 10 novembre. Une suite "royale" lui a été réservée dans un grand hôtel d'Ankara.
La suite est scandaleuse pour les laïcards du pays: le Roi a littéralement convoqué le Président Gül dans sa chambre ! Et, pur hasard, le Premier ministre venait à la visite de sa presque Sainteté; ils se sont donc retrouvés dans la chambre du Roi, un 10 novembre (anniversaire de la mort d'Atatürk), sous le portrait du Roi affiché sur le mur et devant le drapeau saoudien (et accessoirement le drapeau turc au bord ) qui n'était pas en berne ! Eh oui, les 10 novembre, tous les drapeaux sont en deuil en Turquie en hommage au "Grand Atatürk". Scandale sur scandale ! Le protocole a été bafoué, l'honneur de la Turquie heurté, l'image de la république laïque abaissée. Les Saoudiens se sont empressés de rappeler qu'ils ne peuvent "berner" leur drapeau puisqu'il comprend la profession de foi musulmane: "Il n'y a de Dieu qu'Allah et Muhammed est son Prophète". Impossible techniquement. Ils ont également rappelé que le Roi ne pouvait visiter le mausolée de Mustafa Kemal Atatürk (exercice obligé de tous les gouvernants en visite officielle en Turquie; seuls les Iraniens et les Saoudites refusent de se plier à cette règle protocolaire) puisque le wahhabisme interdit ce genre de chose: visiter un mort, déjà ! et en plus pour le saluer ! c'est incompréhensible pour eux. Dans la Religion, on ne rend visite à une tombe que pour réfléchir sur la mort, pas pour courber l'échine devant un squelette.
Encore plus scandaleux: la République délivre, ce sacré 10 novembre, la plus haute distinction au Roi.
Les laïcistes, les nationalistes, les juristes, tous ceux qui ont pour métier de protester ont, mécaniquement, grondé. Là, ils ont plutôt raison; mais je me place sur un autre terrain: les règles protocolaires, le souci de se ménager la bienveillance du Roi, etc. c'est bien mais pourquoi honorer un tel homme de la plus prestigieuse distinction ? Quelle est son oeuvre ? Elle m'a l'air plutôt médiocre pour ne pas dire lèse-libertés. C'est comme la légion d'honneur à Poutine.
Les vieilles tentations de l'AKP ? Amadouer le Roi ? En tout cas, certains n'ont pas hésité à justifier cette excessive déférence à la nature même de la personne du Roi: il doit avoir le plus haut respect, c'est un ponte; il doit être choyé comme un pontife. Eh bien, je dis NON à cette raison d'Etat.

jeudi 15 novembre 2007

La justice, dans le monde, tue de moins en moins

Amnesty International traite dans son mensuel de novembre de la peine "suprême" et attire notre attention sur d'heureux événements comme l'abolition de la peine de mort en toutes circonstances en France (due à l'adhésion au 2è protocole du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la ratification du protocole 13 de la CEDH); on apprend aussi que le Gabon a décidé de retirer cette peine de son système judiciaire. En outre, l'Assemblée générale de l'onu s'apprête à adopter une résolution sur un moratoire des exécutions.
90 pays sont abolitionnistes en droit, 43 l'ont abolie pour les crimes de droit commun ou en pratique.
En Europe, seule la Biélorussie s'entête à garder cette peine "inutile, cruelle, inhumaine et dégradante". Dans le monde, les pays arriérés sur cette question sont, entre autres, la Chine, l'Iran, l'Iraq, le Pakistan, le Soudan et les Etats-Unis. Le pays de Washington maintient d'ailleurs une absurdité consternante: l'injection létale utilisée pour les condamnés est interdite pour l'euthanasie des chats et chiens car elle entraîne... de graves souffrances !

mardi 13 novembre 2007

La force de l'iris bleu



Un bleu dans le regard ne laisse jamais indifférent; le ciel est bleu: lorsqu'on le contemple, on s'évade, on se repose. Le bleu du regard est de la même espèce: il nous attire, nous foudroie, nous enlève. C'est sans doute la situation la plus déstabilisante: fixer l'interlocuteur pour de vrai, sans détourner la tête. On a toujours du mal à regarder quelqu'un lors d'une discussion; le regard est souvent furtif, intermittent, éphémère. Mais le bleu nous envoûte, on regarde l'oeil pas l'interlocuteur.
L'oeil bleu est un chef-d'oeuvre de la Nature.

mercredi 7 novembre 2007

Précis d'amour et réflexion (?) sur la chèvre coiffée

Une amie, affolée et visiblement fière de l'être m'a posé une question toute bête et très classique: sexe puis amour ou amour puis sexe ? J'ai fait ça donc je l'aimerai ou j'ai fait ça donc je l'aime ? Sa question m'a semblé incomplète parce-qu'il y a aussi sexe sans amour (ce qu'elle feint de ne pas comprendre et ce qui, au demeurant, ne me surprend pas puisqu'elle prend la posture de la fille attachée aux sentiments, à la noblesse du geste, cherchant une raison à tout même à l'aubade de nuit) et amour sans sexe (le fameux "platonique", le plus pur selon Platon). Comme si ces deux termes étaient liés, comme si l'un cherchait désepéremment l'autre. Comme si j'étais psy ou sexologue ou un vieux de la vieille !
D'ailleurs, elle ne veut pas parler d'elle, ça lui est venu "comme ça". Une brusque réflexion et paf, elle trouvé haleine à mes côtés, le devin de Vénus.
Rouge comme une pivoine, elle veut que l'on s'envole dans le monde sédatif de la théorie. C'est bien la théorie. On se dépouille avant d'aller la voir. On espère toujours qu'elle nous réconfortera ou qu'elle nous consolera ou qu'elle étendra le champ des possibles. Parler de ce sujet si lié aux sens dans une perspective théorique ! Presque risible mais jamais anodin. Sans doute un aveu.

Bref, je ne suis pas psy. Elle me "prend la tête". Je lui jette donc ma réponse à sa tête: sans commentaire. Elle insiste, je l'ignore. Elle lance une nouvelle attaque: le sexe est-il envisageable sans amour pour le complice ? Tac au tac: pratiquement, oui; moralement, non. Elle est dans mes eaux.
A la réflexion, je me rends compte que j'ai mal répondu. Dans tous les cas, oui. Le sexe est envisageable sans amour (pour l'autre participant du "congrès", j'entends) mais il faut être amoureux de quelqu'un d'autre. Sinon, c'est du libertinage. Parce-que aimer, c'est déjà trahir. L'infidélité est consubstantielle à l'amour. Sans elle, l'amour ne serait que vulgaire attirance. L'amour et le sexe ne se situent pas au même niveau. On peut donc les envisager séparément. Si l'amour, c'est regarder ensemble vers la même direction (je crois que c'est de Saint-Exupéry), le sexe, c'est se regarder, c'est tâter, c'est le plaisir immédiat. Le sexe, c'est un échange entre deux corps. Il relève du cerveau, de l'animalité naturelle de l'homme. L'amour, c'est une histoire de coeurs, c'est noble. Le sexe, c'est un besoin naturel. On est tous portés à la chair. C'est comme ça. L'amour, c'est une pause dans la vie. Ca tombe rarement et ça s'évapore rapidement. C'est également naturel mais ce n'est pas un un besoin. C'est compressible. Le désir, quant à lui, c'est la cause du premier et la conséquence du second. L'amour, c'est une connivence, une palpitation, l'inracontable, l'inexplicable, le respect mais sûrement pas un simple enlacement des corps. Le sexe, c'est une modalité de l'amour, non sa cause.
Voilà. J'ai répondu à sa question. J'ai même répondu à sa première question. Toute penaude, elle se retire de...Canossa.
Elle aura compris le fond de ma pensée: le libertinage est une humiliation mais pas l'infidélité et le sexe immodéré n'affermit pas l'amour. Il l'efface à petit feu; trop de sexe tue l'amour puisque l'être aimé devient alors interchangeable. Il faut donc se "défouler" ailleurs...pour la bonne cause: ne pas descendre l'être aimé de son piédestal. Lorsqu'il descend, c'est fini.

jeudi 1 novembre 2007

Les Kurdes et leur droit à disposer d'eux-mêmes: un rêve.

Les Kurdes ont-ils droit à former un Etat ? Sûrement. Ils forment une nation, tout aussi respectable que la nation française, la nation turque, la nation mongole, etc. Mais la nation kurde pose problème: elle n'a jamais eu d'Etat dans l'histoire, elle n'a jamais eu un territoire indépendant, elle a vécu sous le joug des uns et des autres. Les Kurdes sont à la fois Turcs, Syriens, Irakiens et Iraniens. Sont-ils toujours Kudres ? Difficile à dire. Mais qu'importe; le vouloir vivre ensemble est là, ils forment donc une nation. Mais une nation sans terre comme les Palestiniens. Mais les Palestiniens ont un ressort géographique, ils ne demandent aucune récupération injuste à tel ou tel pays. Ils veulent juste reprendre leurs contrées et y dresser un Etat. Les Kurdes, c'est autre chose: leurs terres ne leur ont jamais appartenu. Ils revendiquent donc un peu à la Syrie, pas mal à l'Iraq et à l'Iran et beaucoup à la Turquie. Tout en sachant que ces pays s'époumonent à dire que les Kurdes sont les frères des Turcs, des Syriens, des Iraniens, et des Irakiens. Ce sont des frères. Le hic, c'est c'est qu'ils veulent sortir de ces familles pour devenir une fois dans leur histoire des "autres". Etre un Etat-nation. Est-ce possible ? Je ne pense pas. C'est très difficile de donner des terres. Combien de familles françaises se battent comme des chiffonniers pour grappiller quelques centimètres passés malencontreusement sur le ressort du voisin après que celui-ci a bougé le mur mitoyen. La Cour de cassation ronchonne. Vous imaginez les Etats ! Le droit de propriété, c'est sacré, c'est écrit partout même au ciel. On ne donne pas comme ça ! Que faire ? C'est la question la plus grave qui trotte dans l'esprit des dirigeants du Moyen-orient à l'heure actuelle. Ils s'épient, ils se défient: surtout pas de concessions aux Kurdes sinon c'est le morcellemnt des territoires. C'est triste mais c'est comme ça. Les Kurdes auront sans doute un Etat au nord de l'Iraq mais ça sera l'Etat des Kurdes d'Iraq. Et les autres ? Rien à faire. Ils sont adoptés par les Turcs, les Syriens et les Iraniens. On peut leur offrir des droits particuliers, des droits culturels plus élargis, un bien-être écononique réel mais pas plus. On ne peut pas. Et ils ne doivent pas insister. Tout le monde est contre.
Les Kurdes sont ainsi faits: ils vivent soit chez les autres proches soit chez les autres autres (en exil par exemple). Mais ils restent respectables. Le respect, c'est bien. La reconnaissance, c'est mieux. Mais c'est un château en Espagne. Peut-être qu'un jour l'ONU décidera de leur réserver une place dans cette partie du globe où ils sont chez les autres mais aussi un peu chez eux.

mardi 30 octobre 2007

C'est parti pour le mémoire...et la réflexion

La cinquième année en droit est sans doute la plus difficile; elle veut sans arrêt que l'on s'occupe d'elle, elle ne nous lâche pas; lorsque l'on s'évade, elle reste bien polie dans un coin de notre cervau; je suis là, allez au boulot pour le mémoire !
Hier, j'ai lu au moins 100 arrêts, décisions, jugements; j'ai la cervelle pleine à craquer; mais elle accepte, elle intègre et elle change; elle est obligée de s'adapter mais elle fait ressortir sa réticence puisqu'elle provoque des céphalalgies.
Le travail intellectuel est passionnant, on se sent discuter avec la raison, les livres, leurs auteurs; on est au-dessus de l'ignare multitude; on crée une pensée; lorsque l'on se met à créer des pensées, seul dans sa chambre, seul devant un film, seul devant une femme, on commence à penser différemment; on n'est plus comme avant; la réflexion nous fait autre ou nous mène à nous, tout le nous, celui qui a caché son existence jusqu'à ce que la réflexion le dévoile. Tout le monde est intellectuel; qu'est-ce qu'un intellectuel sinon celui qui prend le temps de réfléchir ? On réfléchit à tout bout de champ.
Le travail intellectuel est aussi éreintant; pourquoi ? je n'en sais rien; plus on réfléchit plus on se fatigue, plus on regarde la télé plus on en veut encore. Qui ne veut pas que l'on réflechisse plus que le nécessaire ? Dieu ? Sans doute ! La réflexion poussée mène à la perte. Tous les intellectuels intégristes sont fous. Fous parce-que loin de nous. Fous parce-que loin de Dieu. Fous parce-que près de l'abstraction.
Un mémoire en droit n'est pas une compilation; on ne nous demande pas d'additionner les réflexions des autres; ce que les autres ont pensé, on doit le penser à notre tour, l'avaler et ensuite ? On formule une nouvelle pensée; celle-ci ne vise pas à bouleverser le système juridique en place; on n'attend pas cela d'un étudiant, les Professeurs eux-mêmes n'arrivent pas à le faire ! On se morfond; et on continue.
Bref, j'ai un sujet à traiter: "les groupes minoritaires au sein des religions devant la Cour européenne des droits de l'Homme".
Un sujet passionnant pour l'initié, intéressant pour le profane, couci-couça pour le commun des mortels. Un mémoire, c'est un passeport. Tout diplôme est un passeport; mais on ignore toujours la destination. On n'a pas pensé au visa ! Quand on l'a, c'est parti; où ? vers d'autres passeports; notre vie, c'est un ensemble de passeports sans destination. Nul ne sait pourquoi il est venu au monde; personne n'a de destination mais tout le monde sait la destination finale car, comme le dit Jean d'Ormesson, "vivre, c'est déjà commencer à mourir".