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mardi 7 février 2017

Révérence parler...

Qu'on s'ennuie ferme dans une république, alors. Surtout quand on n'a même pas de First Lady. Bernadette, elle, savait faire les choses. Elle avait fait une de ces révérences devant Elisabeth II qu'on se rappela qu'elle se prétendait aristo. Sans l'être, évidemment. Comme Dominique de Villepin ou Valéry Giscard d'Estaing. Alors que Sarkozy, lui, était un vrai noble hongrois, de Nagy-Bocsa, s'il vous plaît...

Et les incartades "présumées", comme dirait un journaliste inculte, de la future Première Dame nous barbifient encore davantage. Comme si le "souci de se mettre à l'aise aux dépens du Trésor public" quand on se dit chrétien pratiquant relève de l'exotisme. Christine aussi, qui croyait en Dieu et donc à ses carnets d'outre-tombe, avait réfléchi jadis sur les "effets de la mondialisation" avec quatre collaborateurs, un chauffeur, un bureau et un salaire de 9 500 euros... "Pénéloper" entrera à coup sûr dans la 10e édition du dictionnaire de l'Académie, vers 2060, en tant que synonyme de "boutiner", euh pardon, "butiner"...

Dans une monarchie, l'ambiance eût été autre, n'est-ce pas. Qui dit royauté, dit esthétique. Qui dit royauté, dit raffinement. Qui dit royauté, dit têtes blondes. La magnificence vaut bien une part d'inégalité. Et quand on vole dans un royaume, ça a de l'allure. Ces gens qui n'ont jamais connu les rangs serrés dans un métro, la queue pour acheter une baguette, la résiliation de la ligne téléphonique, les ronchonnements dans une salle d'attente ou simplement la réplique "excusez-moi". Il n'en reste pas moins qu'une famille qui sort du fin fond de l'Histoire est le symbole de la concorde nationale, de la permanence. C'est comme ça...

"Qu'avons nous [sic] besoin de parler un dialecte arabe, alors que le [sic] plupart des jeunes ne savent ni lire ni écrire le français en sixième ? Et l'on se rend compte que le multiculturalisme est un leurre dangereux, dont le résultat serait une 'bouillabaisse' sans espoir et l'éradication des racines de notre civilisation". Dixit, Monseigneur le comte de Paris, duc de France. Avec deux fautes de français pour retranscrire ses propos, s'il vous plaît. Un goujat aurait dit que Son Altesse Royale est un coquecigrue mais nous détestons les malappris, n'est-ce pas...

Nous autres royalistes turcs (ou plus exactement "impérialistes") sommes orphelins depuis 1922. Le pacha en avait décidé ainsi. Depuis, la famille est divisée en deux : la branche occidentale et la branche orientale. Et jusqu'alors, une règle non écrite voulait que ses membres se tussent. Dorénavant, c'en est fini. C'est que Son Altesse Impériale la princesse Nilhan Osmanoglu, "Devletlû İsmetlû Nilhan Sultan Âliyyetüş'şân Hazretleri" pour les plus rigoureux, s'est lancée dans la campagne référendaire pour faire de son "sujet" Recep Tayyip Erdogan un "président exécutif". "On en a assez du régime parlementaire", a-t-elle soupiré. Son arrière-arrière-grand-père, Abdülhamid II, n'en pensait pas moins, il avait tout bonnement suspendu la première assemblée de l'histoire turque...





Madame est l'une des 17 "sultanes" vivantes. Sultane, c'est-à-dire princesse impériale. Descendante de Mehmed II le Conquérant, de Hürrem, de Kösem, de Soliman le Magnifique, etc. etc. Autant dire, une perle rare. Et le frère de son grand-père est désormais le chef de la Maison impériale. Osman Bayazid Efendi vient de rejoindre ses illustres aïeux dans l'au-delà et le flambeau est passé à la branche orientale. Celle qui n'a connu que les régimes autocratiques du Proche-Orient. La Turquie devient pour le coup un summum dans leur univers un brin étriqué... Que peuvent bien se dire par exemple Nilüfer sultane et Nilhan sultane dans les réunions de famille ? Rien puisqu'elles n'ont même pas en commun une langue pour jaser. De là à se lancer dans des ferrailleries politiques...

"Le parlementarisme a entravé l'action de tous les grands leaders turcs", a-t-elle également analysé. "Napoléon avait dit qu'il y avait deux monarques riches : lui et Abdülhamid II", a-t-elle aussi pondu. Napoléon Ier a vécu de 1769 à 1821. Napoléon III a régné de 1852 à 1873. Abdülhamid II est monté sur le trône en 1876. Hum hum... "Heureusement que l'empire n'existe plus, on aurait dû verser un salaire à cette cervelle et lui montrer en plus du respect", s'est emportée une politologue... "Quand on pense que son grand-père parlait plusieurs langues, avait 30 000 livres dans sa bibliothèque et jouait du piano", s'est désolé un autre, kémaliste pur sucre... "Elle a perdu une occasion de se taire", avait éructé un goujat qui passait par-là. Mais nous détestons les malappris, n'est-ce pas...

lundi 21 avril 2014

Sociologie de l'entre-jambe

La scène se passe je ne sais plus quand. Monsieur mon père était encore dans ses airs de comte d'Ossétie. Nous étions chez des "amis"; amis entre guillemets puisque Monsieur avait une cordiale mésestime pour les ploucs. Mais que faire, il tenait à ses obligations, alors, il fallut consentir à les voir pour leur présenter les condoléances. Bah oui mais les hôtes n'étaient pas du genre à se formaliser de la familiarité ambiante. Mon daron, si. L'étiquette, que veux-tu. Un Caucasien. Il faut dire qu'il avait un don particulier pour pourchasser la messéance, qui, comble du hasard, venait toujours le trouver, lui. Alors, des jambes qui s'écartaient à perte de vue ne pouvaient que délier sa langue. "C'est bon, vous pouvez remballer la marchandise !"...

La "nature masculine" fait qu'on a, nous les gonzes, une propension à ouvrir les jambes en compas. Les femmes ou les honnêtes gens préféreront croiser les jambes; c'est plus chic mais encore faut-il savoir le faire. Pas comme Sarkozy, par exemple. La semelle ne doit pas être dirigée vers l'interlocuteur. C'est une insulte; la jambe droite doit être presque parallèle à la jambe gauche et non perpendiculaire. Autrement dit, seuls les sveltes peuvent s'y exercer avec brio. Car qui dit gros, dit ipso facto inconvenant. Avec des bourrelets jusqu'aux dents, on n'est bon qu'à transpirer l'inélégance... Liberté d'expression, coco...



Les jambes en éventail, donc. L'angoisse de castration, aurait sans doute pondu Freud. D'ailleurs, l'expression "avoir des c..." n'est pas anodine. Et je ne voudrais dénigrer personne n'est-ce pas, mais on est bien forcé de le constater : les Orientaux ont beaucoup plus tendance à étaler ainsi leur virilité que les Occidentaux. Calme, calme, je ne fais pas d'essentialisation. Je reprends seulement ma grande "sottise" : là où il y a frustration, il y a nécessairement jeu avec le corps. Un truc, une signature, une démarche qui révèlent un manque. Qui se dandine bizarrement, qui fume dans le train, qui mâche des mots étranges. Tout cela pour marquer un territoire car leur vie est faite d'ennuis, de vacuité, ils ont besoin d'exister dans et par le regard de l'autre...

La chasse aux blédards, voilà à quoi se sont résolues les féministes de Turquie. Fi des hommes qui grappillent la place des demoiselles pour une histoire de fanfaronnade ! Alors elles ont lancé des campagnes sur Twitter pour dénoncer ça :



Source de colère pour les féministes, source de fantasme pour les uranistes. Car je dois dire, et je suis rouge comme une pivoine, que le "bulge" a une cote auprès de ces derniers. Un homme, ça doit être un phallocrate, n'est-ce pas ? Point du tout, nous ont hurlé les féministes. Des nonnes à l'envers; elles veulent effacer leur féminité en l'exhibant librement, ce que ne saisit pas le mâle. Alors il roucoule à sa manière. C'est connu, lorsque la femelle esquisse un sourire, l'homme comprend une invite à..., bref.  Et je parie ma tête que c'est ce type de gus qui fait vibrer Madame, parce-que le bon chic bon genre, l'aristo, ça va un temps, après on s'ennuie...

Les islamistes en ont profité pour soumettre une solution des plus radicales : la séparation des moyens de transport pour les hommes et les femmes... Un "bus rose". Séparés mais égaux, comme dirait la Cour suprême américaine du 19è siècle. Ou comme l'appliquent les ultra-orthodoxes en Israël. Après tout, il y a une plainte. Alors que fait-on en bon malin, on éradique le problème ? Non, on renverse la table ! Comme pour les LGBT; ils sont harcelés dans les prisons ? Bah, on construit des camps, euh pardon, des établissements pénitentiaires spécialement pour eux ! Pour échapper au viol. "Allez allez, arrêtez de broncher, vous en bavez d'envie, hein !"...

Et les mosquées dans tout ça ! Que des hommes, que des ego. "L'impudique aisance". Déjà serrés comme des sardines, ils n'hésitent pas à écarter tout ce qu'ils peuvent écarter. Les malékites, surtout. Le pied doit toucher le pied du voisin. Alors vas-y pour les V à l'envers. Et les épaules aussi doivent se frôler, histoire d'augmenter la ferveur. "Le paradis des mignons, quoi !" a osé l'ami Muhayyel. "Mais non, mais non" ai-je rétorqué. "Et ce n'est pas une posture qui a partie liée avec les besoins de l'entre-cuisses !", ai-je ajouté. "Mais si, mais si" a-t-il pouffé. "L'islam impose la bienséance et la bienséance impose l'art de s'asseoir les jambes serrées. Mais les démons savent parfaitement nous tenir par les...". Oui, oui, c'est ça. Allez, encore Zola : "quand on a été bien élevé, ça se voit toujours"...  

vendredi 17 février 2012

Les moines répondent comme l'abbé chante...

"J'aimerais tellement que dans la vie politique, à gauche comme à droite, on arrête avec ces propos blessants". Ceux de Vanneste sur la déportation des homosexuels. Dixit le Président de la République. Celui qui déclarait une semaine auparavant : "des propos de bon sens" pour ceux de Guéant sur la hiérarchie des civilisations... Il y a donc une évolution. On ne va plus blesser. Les homosexuels, s'entend. Parole présidentielle. Pour les musulmans, on attendra encore un petit bout de temps. Comme je l'ai formidablement théorisé, la France s'en prend tous les 100 ans à une communauté particulière; les protestants, les catholiques, les juifs. Aujourd'hui, ce sont les musulmans qui trinquent. En 2112, quand j'aurai très exactement 128 ans et serai un ambassadeur de France en retraite voire un ancien ministre des affaires étrangères, nous taquinerons les mormons. J'écrirai un livre du type "Indignez-vous !", nan je blague...

Je pensais à Christine, aussi. Boutin, celle qui se croit catholique en profitant des deniers publics. Et à l'ancien ministre de la Défense. Non, il faut bien renarder pour obtenir des places pour les législatives, d'accord, il faut "faire style", annoncer sa candidature, faire quelques déplacements, mobiliser un appareil, même rachitique, pour trouver les parrainages. Et quand les négociations aboutissent quelque part là-haut, dans les bureaux du Palais, il faut trouver dans le programme de celui qu'on faisait semblant de narguer jusqu'alors, des mots, des morceaux de phrases, des points-virgules qui correspondent à ses propres valeurs. Si bien que des Guéant, Boutin et Morin arrivent à défendre un même corpus. On ne s'en étonne pas, évidemment, car on comprend : les législatives, les listes, les financements. Celle qui écrivait un rapport avec des chauffeurs, collaborateurs et une dizaine de milliers d'euros par mois, a vendu la mèche; évidemment, les convictions sont primordiales mais les 100 candidats ne sont pas non plus si adventices. Mais comme le Seigneur est Tout-Puissant, on avait dans la même phrase, les fameuses convictions et le résultat du marchandage :"Nicolas Sarkozy reprend à son compte ces valeurs que je porte et qui ont toujours été celles de la droite : il a clairement affirmé sa volonté de préserver la famille, de respecter toute personne en fin de vie, de refonder l’école et d’assumer notre histoire et nos racines judéo-chrétiennes. (...) Nicolas Sarkozy est d'accord pour que le Parti chrétien-démocrate ait une place dans la vie politique française et il y aura donc 100 candidats portant les couleurs du Parti chrétien-démocrate aux prochaines législatives".

Et puis Rama Yade de déclarer : "C'est la proximité avec Vanneste qui m'a fait quitter l'UMP". Que lui ! Je ne sais pas moi, il doit y avoir d'autres UMPistes, non ? Enfin, moi, je n'en sais rien, n'est-ce pas, je n'ai pas de conscience politique. Je sais seulement que pendant cinq ans, le musulman a été trop souvent blessé. Et Rama Yade est une "musulmane pratiquante", mais c'est spécifiquement Christian Vanneste qui l'a dérangée. Bon. D'autant plus que ce Sieur a obtenu gain de cause à la Cour de cassation alors qu'un autre avait été tancé pour injure raciale par une cour d'appel qui avait dû le déclarer "hors de cause" pour une question de procédure...

Un autre "musulman pratiquant" s'il en est, recevait pour sa part, les "insignes de chevalier de la Légion d'honneur". Et les musulmans de France... s'en foutaient, passez l'expression. Asta'firoullah. Car, avec tout le respect que nous avons pour ce maître de conférences en mathématiques élu ou nommé par on ne veut plus savoir qui, son "Conseil" ne représente rien du tout. Alors, qu'il soit comparé à Averroès (qu'aucun musulman normalement constitué n'a jamais lu), n'enthousiasme personne. On prend note et c'est bien tout. Les musulmans de ce pays mnémonisent tout ce qu'ils ont subi depuis un lustre et leur auto-proclamé représentant reçoit des rubans; précisément parce-qu'il joue l'amnésique. "La polémique est close". D'accord. Nan t'inquiète, valla.

Non, on ne rêve toujours pas; oui, l'archevêque de Paris, Monseigneur Trente-et-Un, tout beau avec son Jésus au cou et son insigne d'officier de la Légion juste au-dessus, était tout sourire. Le Président venait de souligner les "vieilles racines chrétiennes" de la France et cela se fêtait. Et tant pis pour l'épisode des Roms et le "climat malsain". L'Église ne boude personne, sûrement pas un Président plutôt conservateur. Et c'est un honneur que d'être décoré, n'est-ce pas. Ce ne sont pas les rubans qui manquent pour un ecclésiastique. Jésus Christ, à la droite du Père, doit être comblé. Nan, sans rire. Valla.


Quand j'y repense, le grand maître de l'Ordre de la Légion d'honneur, a loué un Mathématicien qui incarne un islam "ancré dans la société, respectueux de nos usages et de nos lois, respecté par tous les Français". Moi je trouve que c'est poétique, personnellement; il y a un rythme, une cadence, une allitération en [r], une assonance en [e]. Et j'ai bien aimé les possessifs, "nos usages", "nos lois". Et que dire de l'hyperbole, "respecté par tous les Français" ! J'écrase une larme. Nan, c'est vrai. Valla.

Et puis, le futur président socialiste n'est pas en reste. Il promet de copier-coller la loi de 1905 dans la Constitution. Mais comme tout le monde sait que la France est encore concordataire dans certains départements, le président nous apaise, enfin ceux qui ont besoin de cela là-bas, en Alsace : "je suis très attentif à ce qui se pratique en Alsace-Moselle dans le cadre du dialogue interreligieux, y compris avec les religions non concordataires (notamment l’islam et le bouddhisme), car la République laïque se doit de toujours veiller à ce que chacun puisse pratiquer sa religion dans un esprit de concorde, de tolérance et de compréhension mutuelle. C’est la force de la laïcité, non seulement de respecter la liberté de conscience et de croyance, mais aussi de garantir son plein épanouissement". Moi je n'ai pas spécialement compris la démonstration; il a plutôt l'air de dire que ce qui se passe en Alsace-Moselle est conforme à l'esprit de la laïcité qui garantit l'épanouissement de la liberté de conscience. On a envie de demander l'application du Concordat à toute la France pour le coup. Peut-être que les mères enturbannées, les femmes niqabées, les assistantes maternelles voilées, les scientologues respireront un peu... allais-je dire qu'une mouche m'a piqué.

Comme Mitterrand savait bien dire les choses ! On peut donc pasticher : "plutôt que de présenter leur candidature, ils auraient mieux fait de présenter leurs excuses". Comme je suis un type très protocolaire, j'irai quand même voter. Pour qui, je ne sais point. Peut-être pour cette phrase; faire une mini-dissertation dans l'isoloir, par exemple. C'est que j'ai pris ma résolution : en avril, je vais voter en Français de religion musulmane. Et non en Français d'origine turque, comme nous l'ont demandé officieusement les représentants de la diaspora turque après le fameux épisode. Comme on l'a remarqué, les "pratiquants" susvisés ont fait leur choix et pioché dans le sac des honneurs. Et comme on le sait également, la gauche n'aime pas forcément tout ce qui est "pratiquant". Rationalisme oblige. Ça nous fait une belle jambe; eh bien on obviera, hein ? C'est qu'on y croit, à brebis tondue, Dieu mesure le vent...

lundi 26 décembre 2011

"En attendant Godot"...

Non non, je ne voudrais sûrement pas donné un avis. Je n'en ai pas les capacités intellectuelles, je suis simple, moi. Et maintenant qu'il va être interdit de dire le "contraire de la Vérité", ça ne servira à rien. Quoique. Un an de prison, encore ça passe. Je profiterai de l'occasion pour commencer ma thèse mais payer une amende de 45 000 euros, c'est trop. Je demanderai à l'ambassade tiens, elle qui épaule toujours ses concitoyens dans la panade. N'est-ce pas...

Après je m'emballe. En attendant que la Vérité descende du ciel, on pourrait, les 450 000 Turcs et Franco-Turcs, tous sauter au même moment. Ca provoquera un tremblement de terre, peut-être. Et nous serons tous, devant un juge, dans le palais de justice. 450 000 procès ! Tous contre la liberté d'expression ! Chez Voltaire, en personne ! Ca aura de la gueule à la Cour européenne de Trucmuche. Robert Badinter sera notre avocat. Et moi, je serai le premier sur la liste des requérants, l'affaire s'appellera Sami Kiliç et autres contre France, contre Turquie j'allais écrire, que veux-tu l'habitude... Je le note, je ferai convoquer Gilles Veinstein. Lui-même aura besoin du prétoire de la Cour pour "reparler" sur la question...

"-Allons-nous-en.
-On ne peut pas.
-Pourquoi ?
-On attend Godot.
-C'est vrai"
.

Il y a comme quelque chose qui cloche, pardonnez-moi, je vais quand même formuler un p'tit raisonnement entre-temps. En 1912, le gouvernement ottoman qui a donc commis ce fameux génocide que la future loi nous impose de reconnaître, comportait un Arménien. Le ministre des affaires étrangères, Gabriel Noradunkyan. Certes, les Jeunes-Turcs n'étaient pas au pouvoir mais ils étaient majoritaires au Parlement. Et n'ont pipé mot. Mieux, ils se sont alliés à la Fédération révolutionnaire arménienne ! Et que veux-dire Ittihad d'ailleurs, le nom de leur parti ? "Union". Aaahhh, Union ? Union des Turcs entre eux ?

Ouf, j'ai une migraine. Je me dis, toujours entre-temps, que le plan d'extermination venait de loin, dis donc ! Imagine Hitler faire semblant de ne pas s'opposer à la nomination d'un ministre juif, qui plus est des affaires étrangères, pour mieux... mieux quoi d'ailleurs ? je perds le fil de mon illustre raisonnement... Moi, je ne sais pas. Rien de rien. 45 000 euros, c'est trop. Vaut mieux pas savoir. "Allons-nous-en. On ne peut pas. Pourquoi ? On attend Godot. C'est vrai."

Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de faire le faux cultivé. Personne n'a jamais lu jusqu'au bout l'histoire de l'année 1915, alors pourquoi moi ? Je me suis donc adossé sur Wikipédia, hihi. Un bon résumé. Objectif, on dirait. Que de l'histoire. Avec des dates, en plus. Alors qu'on s'en fichait bien jusqu'à maintenant. Il fallait voir, nous dit-on. Les contingents. En chiens de faïence. Les Turcs hâbleurs, les Arméniens nargueurs. Des pancartes, des cris, ici ou là. Une Turquie et une Arménie, nations soeurs, en haleine devant un poste de télévision pour suivre les débats de quarante personnes dans la chambre basse d'un pays tiers. Je trouvais cela absurde, moi. Se déplacer pour criailler devant le Parlement français ? Quel rapport ? Et moi, franchement, qui déteste les protestations, manifestations et tout autre défilé bruyant ! Je suis peut-être agoraphobe quand j'y pense, il va falloir consulter...

"-On attend.
-Oui, mais en attendant ?
-Si on se pendait ?
-Ce serait un moyen de bander"
.

Et puis, y en a marre à la fin. On inonde nos boites de courriels. Les officiels envoient tout ce qui leur passe sous la main. Tout sauf les informations sur 1915. Du coup, on crie. Avec des pancartes. On les a rafistolées. Le barbu et le kémaliste étaient côte à côte, parait-il. Je regardai avec des jumelles. J'en ai vu des imbéciles, i-ni-ma-gi-na-ble. Enfin, j'insulte personne, je parle de ceux que je connais, des écervelés. Ah il sait comprendre, lui ? On s'en fout, il faut crier...

Quand j'y pense, avant d'oublier, j'ai trouvé un autre négationniste, moi. Dans la revue Histoire (avril 2009, n° 341), l'historien Fuat Dündar faisait le distinguo : "la question n'est donc pas celle de l'intentionnalité, mais celle de la conscience qu'avait Talat pacha du caractère meurtrier de la déportation" (p.16). Ca tombe bien, le droit demande l'intention et non la connaissance. J'ai l'air malin, je sais. Keh keh keh... En tout cas, on en reçoit des cartons, dis donc. Tous les Arméniens ont des greniers. On n'a plus de place dans nos caves, quand j'y repense...

"Mon grand-père a été assassiné par les Turcs !", "oust ! C'est le mien qui a été égorgé par les Arméniens !". Des centaines de milliers de victimes musulmanes et arméniennes ont été accablées pour les uns et vengées pour les autres par une quarantaine de députés français, c'est logique... Et le premier d'entre eux aussi est un négationniste. Je l'ai lu, quand même, j'hallucine pas. Le journaliste, un autre vendu, demande : "vous reconnaissez que c'est un génocide ?". Face à l'évidence, le président des députés nie : "il y a eu des exactions massives à caractère ethnique. Maintenant, il faut laisser faire les historiens. A partir du moment où vous instaurez un contrôle pénal des mots, cela pose problème. Les grandes démocraties n'ont pas à définir l'Histoire par la loi".

"-Alors, on y va ?
-Allons-y.

(Ils ne bougent pas).

samedi 15 octobre 2011

"Notre Messi, c'est Özil" (Horst Hrubesch)

Les origines des uns et des autres. C'est irrationnel sans doute, peut-être fautif, mais on s'y intéresse. Instinctivement. Il faut dire que les occasions ne manquent pas. Lorsque le Président Sarkozy déclara qu'il était un "Français de sang mêlé", on s'emballa. Les Turcs rappelèrent qu'il était d'origine ottomane par sa mère comme ils l'avaient fait en son temps pour Balladur(ian) qui, heureusement, ne s'en cacha pas, 16:10 ("Balla dur" signifiant littéralement en turc, "ne cesse de mieller !", à l'impératif). Ou encore Marc Lévy et Françoise Giroud. Bon, c'est vrai que parfois, c'est "capilotracté" mais bon; ainsi, le Prophète Muhammed s'est vu inventer des origines turques puisque descendant d'Abraham, lui-même Sumérien donc Turc. Le "grand Sinan" aussi avait été d'origine turque un instant, le temps qu'Afet Inan, fille adoptive de Mustafa Kemal, soit comblée. Après, on s'était ravisé. Et quand certains se sont mis à discuter de la turcité d'Atatürk (les Turcs blonds n'étant malheureusement pas légion), on s'est indigné; "arrête de broncher, c'est un Turcoman pur sucre ! Alévi par-dessus le marché". Bon bon...


Les Turcs sont d'ordinaire nationalistes; nombrilistes. De l'homme de gauche, théoriquement internationaliste, à l'islamiste, théoriquement oummatiste. Le monde entier leur veut du mal, l'univers les envie. C'est vrai que leur histoire a de la branche, il serait grotesque de ne pas s'en targuer. Ce n'est pas l'Islande ni l'île de Crète ni même l'Indonésie ou le Brésil. C'est la Turquie. "Ce n'est pas rien que d'être Français" avait dit Chirac en 1995. Et "ce n'est pas rien que d'être Turc", vais-je ajouter comme les grands hommes. Alors quand on est Français et Turc, on s'exalte à tire d'aile. Ya Rabbi şükür... Il faut dire que la légitime fierté prend parfois des allures de butorderie. N'est-ce pas une "certaine" jeunesse qui avait déplié la pancarte "Istanbul since 1453" lors d'un match Fenerbahçe-Panathinaïkos. Le message était clair, on a chouravé votre ville, VOTRE ville et on s'en gausse. Étrange aveu : on "occupe" votre ville...




Steeve Jobs meurt, on se bouscule ; on s'attendrit puisque son père biologique est un Syrien, on pleure puisque sa mère adoptive est une Arménienne "échappée" de l'empire ottoman. Arnaud Montebourg parle de son grand-père "Arabe" (et non "pied noir" s'il vous plaît) pour défendre l'Etat palestinien, Manuel Valls préférant justifier son attachement éternel à Israël par la religion de sa femme. Chacun, se fondant sur ce bout d'identité et de "sang", monte sur ses grands chevaux pour avoir une conception des choses et la défendre coûte que coûte. Et le menu citoyen respire, il a découvert de nouvelles origines, de celles qui justifient un engagement bien ancré. Après tout, il faut également des tripes pour faire de la politique, les raisonnements froids, bien construits, par trop cérébraux vont un temps... Et Valéry Gergiev et Tugan Sokhiev sont des chefs d'orchestre d'origine ossète aussi, je voudrais le dire, n'est-ce pas. Suis-je pour autant un abonné des salles de concert ? Non. Ça coûte cher. Mais j'en suis fier et c'est comme ça...


Évidemment, on aime nos co-originaires que quand ils sont reconnaissants. Il faut bien qu'ils soutiennent un peu le bled. Les "vendus" du type Mesut Özil sont voués aux gémonies. Non mais ! Ce footballeur allemand d'origine turque, on s'en souvient, avait préféré l'équipe nationale allemande, mon dieu qu'on l'avait hué, sifflé, insulté ! Et il est talentueux en plus, ça m'éneeeeerve ! On pleurait de rage, il marquait des buts contre la Turquie. Sa pauvre mère, devenue millionnaire du jour au lendemain avec sa mentalité du village, n'habitait sûrement plus le quartier mais elle devait souffrir, la pauvre ! Et le père, il devait en engranger des affronts ! Vah vah, leur fils, quel ingrat était-il ! Un vendu, oui oui. Les potinières n'avaient sans doute pas failli à leur mission, écraser, humilier la famille. Elle avait forfait aux devoirs envers la patrie, la seule, la turque. Après tout, ils n'étaient en Allemagne que pour gagner de l'argent, toucher le chômage, profiter des prestations sociales, apprendre un peu sa langue mais diantre, pas pour s'y intégrer et perdre son âme !


C'est tragi-comique, toutes les familles turques que je connais et qui votent MHP en Turquie, le parti nationaliste, ont accueilli bon gré mal gré des brus françaises. Ça n'a pas suffi à les fléchir, à les humaniser surtout. C'est toute la problématique qui s'est abattue sur les primo-arrivants : comment embrasser la francité sans perdre un bout de son identité, pis, de sa religion. "Oğlun gavur mu oldu !" disait-on, jadis. "Ton fils est devenu impie, hein !". Raison : avoir adopté la nationalité française ! Le stade suprême serait d'adopter des prénoms français mais vraiment français, pas hybrides du genre "Mikail", "Suzan", "Jame", "Césaire", "Adam", "Céline", "Myriam" ou encore "Cybèle". Quand les Français tombent amoureux de Franco-Turques, ils se convertissent à la turcité et donc à l'islam, ils changent souvent de prénom même s'ils portent des prénoms islamo-compatibles comme Gabriel, Marie, Joseph, Abraham, Michel, etc. De là à espérer qu'un jour les Franco-Turcs franchiront le pas ! Et moi je ne promets rien non plus, mes prénoms sont déjà prêts, pas touche : "Serfiraz" et "Dürrüşehvar". La théorie, c'est pour les autres...


La double appartenance n'est pas facile, ah oui alors. Le service militaire, un casse-tête. La Turquie ne reconnaît malheureusement pas la journée d'appel de la préparation à la défense; on a beau prouver qu'on a fait notre "service" en France, ils nous rabrouent, "höst, s...tir lan !". Du coup, on doit se caserner là-bas aussi, oh c'est rien, c'est juste 21 jours. Mais il faut débourser également la bagatelle de 5000 euros. Pardon, il faut d'abord se rendre au consulat turc, croquer le marmot, faire 25 photocopies de tous les papiers qu'un adulte aura vus dans sa vie, 10 photos, obtenir des signatures infinies, etc. etc. Un jour que j'attendais paisiblement depuis 30 minutes dans la queue avec ma paperasse, un type se mit à déverser sa bile, "c'est qui ce vieux ! Trois heures pour signer !". Intrigué, j'allongeai le pas et la tête et que ne vis-je ? Le Consul en personne faisait de la calligraphie, "chut ayol ! C'est le Consul !"...


Pourquoi des réserves ? Nous sommes nés ici, nous sommes Français non ? "Ouaich". C'est vrai que j'ai ma petite théorie, moi. Nous ne sommes, au fond, pas plus Turcs que Français. Car pour appartenir à un groupe, il faut en apprendre les codes et la langue. Les malheureux ne parlent ni français ni turc, convenablement. "Je mangea", "ils croivent", "je te fais montrer !". Of ! Özil nous a "dépucelés". Personne au monde ne souffre plus que les fils d'immigrés, oui, eux, ceux de la deuxième génération; la main gauche là-bas, la main droite ici, la sépulture là-bas, le berceau ici, un prénom de là-bas, un mode de vie d'ici. Nous, deuxième génération, ayons le "privilège" du déchirement, de la schizophrénie, de l'indécision. Le messie, c'est Özil. Le messie de la troisième génération. Nous, nous ne pourrions être ni francs ni massifs... Au fait, mon caveau de famille se trouve très exactement à Poyrazli, Yozgat/Turquie. Oui oui, c'est mon testament; je l'ai dit, la théorie, c'est pour les suivants.

vendredi 5 août 2011

Mains au képi. Tout simplement.

En France, je l'avoue, je n'en sais pas grand-chose. Contexte oblige, en Turquie, même l'épicier du coin en est un expert. Des promotions et nominations dans l'armée, je parle. En France, j'ai cru comprendre que le chef d'état-major particulier du Président de la République avait le pied à l'étrier pour occuper le poste de chef d'état-major des armées. C'est l'homme de confiance du chef de l'Etat qui est également chef des armées et tout le monde trouve normal ce "piston". Et même si les terriens sont surreprésentés, les marins y sont arrivés par deux fois. Rien n'est donc réglé comme du papier à musique. En Turquie, on sait au moins qu'il n'y a pas de suspense pour le chef d'état-major particulier du Président. Car celui-ci (Başyaver) est, par tradition, un colonel; il est donc impossible, techniquement, qu'il grimpe rapidement au sommet. Là où il faut être général d'armée.

Du papier à musique, oui. Car l'avancement n'est pas fonction des mérites professionnels. Aucun officier ne récolte directement son rang du champ de bataille. Les hauts gradés, sous couvert de tradition militaire, concoctent eux-mêmes leur liste et toujours selon l'usage, l'autorité civile, à savoir le Premier ministre et le Président de la République (chef des armées), signe les yeux fermés. En France, il y a au moins un semblant d'attente, on fait des pronostics. Exemple : après le départ du général Georgelin en 2010, on s'est sérieusement demandé si le chef d'état-major de l'armée de l'air pouvait prendre la relève. Ou si le commandant de l'armée de terre était mieux à même. Ou s'il fallait encore confier le poste au chef d'état-major particulier du Président. Finalement, c'est ce dernier qui l'a emporté. Un amiral, en plus.

En Turquie, les militaires attendent avec impatience le mois d'août, celui des promotions. Pour le commandement, il n'y avait pas jusqu'ici une "tension". Le tableau était clair, il suffit de lire les biographies : le gouverneur de la région militaire d'Izmir (armée égéenne) ou de Malatya (IIè armée) ou d'Erzincan (IIIè armée) devenait major-général des armées, le major-général des armées devenait gouverneur de la région militaire d'Istanbul (la Ière armée), le gouverneur de la région militaire d'Istanbul devenait chef d'état-major de l'armée de terre et le chef d'état-major de l'armée de terre devenait chef d'état-major des armées. Et jamais rien pour le chef d'état-major de la marine alors même que le pays est entouré de quatre mers; le chef d'état-major de l'armée de l'air, on n'en parle même pas... L'ordre est tellement sacré que le chef d'état-major qui vient d'être nommé hier, a dû patienter quelques heures à la fonction de chef d'état-major de l'armée de terre avant d'être consacré au poste suprême. Histoire de respecter les formes. C'est qu'il était chef de la gendarmerie et ce poste ne sert malheureusement pas à bondir. "Ouf, j'ai mal à la tête !"...

Toutes ces histoires de grades se discutent théoriquement au Conseil supérieur militaire, le fameux Yüksek Askeri Şura alias YAŞ. Le Premier ministre est censé le présider mais comme on le devine, il ne préside en réalité rien du tout puisque les militaires arrivent avec leur liste déjà bouclée au nom de la "coutume militaire" et le chef d'état-major s'assied au même niveau que le chef du gouvernement. Arrivaient et s'asseyait, désormais. On s'en souvient, l'an dernier la résistance militaire avait tourné court, Erdogan refusant la promotion pourtant assurée de certains généraux. Rebelote, cette année. Acte II. Le gouvernement s'habitue à siffloter les mains dans les poches. Et les militaires sont au garde-à-vous ! Fini le respect des conventions...

La semaine dernière, le chef d'état-major, Işık Koşaner, avait jeté l'éponge; c'est qu'il insistait pour que les "promotions d'usage" ne soient pas bousculées. Il voulait au juste que ses 14 amiraux et généraux et 58 colonels détenus dans le cadre des affaires de complot contre la sûreté de l'Etat, ne fussent pas lésés. Car présumés innocents. Il a fait son "boulot", défendre les intérêts de son personnel; de là à démissionner, c'est regrettable. Il s'avère que la loi bloque toute promotion dans ce cas. "La tradition militaire serait négligée", a voulu introduire le général Koşaner. "On s'en fout de la tradition militaire, la loi est claire sur ce point !", auraient rétorqué le Premier ministre et le Président de la République.

Et les trois chefs des armées de terre, de mer et de l'air en ont profité pour rendre l'uniforme avec lui. Au lieu de partir banalement en retraite à la fin du mois d'août, ils ont choisi l'éclat de la démission un mois plus tôt. C'est tellement facile de démissionner quand on a déjà acquis ses droits à la retraite... Et le boutefeu des trois, le commandant de l'armée de terre n'est autre qu'Erdal Ceylanoğlu; celui qui, l'an dernier, avait fait le discret pour prendre la tête de l'armée de terre alors qu'une même crise avait point sur la promotion d'autres généraux et amiraux. Monsieur n'avait pas voulu se solidariser, c'est qu'il lui restait encore un an à cotiser. Aujourd'hui, il se démet au nom de l'honneur. Admire donc ! Oui oui, on a compris; limpide...

Il n'était venu à l'idée de personne de présenter sa démission et ses plus plates excuses pour les fiascos accumulés depuis des années; 13 soldats sont morts, dernièrement. Une occasion honorable (puisqu'il faut en parler de l'honneur) pour se retirer. Pourtant, silence radio. Les généraux ont préféré bouder pour une question de promotion. En pleine recrudescence terroriste, voilà comment marche un cerveau militaire. Au fond, ces commandants ne défendent leur honneur que lorsqu'il s'agit de défendre les droits des hauts gradés, pas des soldats. Quand on vient toujours en retard pour secourir les soldats pris dans le feu des terroristes, quand on plante des postes de gendarmerie au creux des montagnes pour bien attirer l'attention, quand on chasse les mères voilées en temps de paix et on les embrasse en temps de guerre, quand on prépare des plans de coup d'Etat, quand on crée des unités spéciales chargées de liquider des Kurdes trop bavards et trop braillards, c'est là qu'on perd l'honneur. Ce n'est pas en échouant à faire de son ami général de corps d'armée, un général d'armée...

Liquidation, donc. Erdogan a sabré. Par exemple, Saldiray Berk s'attendait légitimement à devenir commandant de l'armée de terre. Pas parce-qu'il a un mérite exceptionnel, non, parce-que c'était le plus ancien à poireauter pour ce poste. Aslan Güner aussi avait droit de rêver et de devenir, je ne sais pas moi, chef de la gendarmerie car deuxième plus ancien. Malheureusement pour eux. Le gouvernement et la présidence ont décidé de les écarter. Et on comprend l'aversion que peut avoir le Président Gül contre le général Güner. Celui-ci commandait la garnison de la capitale et était tenu, à ce titre, d'être présent à l'aéroport à chaque fois que le Président allait à ou venait de l'étranger. Assez bizarrement, aucun journaliste n'avait pu prendre un cliché où le général serrait la main au Président dans le protocole sur le tarmac. C'est que le général était allergique aux femmes voilées; et comme la Première Dame était précisément voilée, on voyait le général sortir du rang afin de ne pas se souiller les mains. Il préférait saluer la chef du protocole qui, elle, était naturellement moderne... Le général qui était encore hier, major-général des armées (c'est-à-dire numéro 2), s'est retrouvé "commandant des académies militaires", autant dire une sinécure. "Rétrogradé", donc. Retour de manivelle. Et c'est bien fait !



L'armée turque étant une "armée mexicaine", on trouve heureusement à chaque coin de porte, un officier prêt à remplacer un démissionnaire. C'est connu. Beaucoup de généraux n'ont rien à faire. Et ils sont incompétents, par-dessus le marché. Depuis 30 ans, aucun chef d'état-major n'a pu mater la "rébellion kurde armée". Mais ils sont tous partis avec les honneurs. On s'en souvient, le chef d'état-major Ilker Başbuğ était parti en retraite en 2010 et avait écrit un livre intitulé "La fin des organisations terroristes" début 2011. Ce n'est qu'en retraite que le général s'était mis à étudier la question. Inactif, ils commencent à s'intéresser à leur coeur de métier, à la polémologie. Un livre qui, d'ailleurs, serait une simple collection d'articles, un plagiat. Il avait mentionné ses propres "réflexions" aussi, ne soyons pas trop sévère. Par exemple, il s'était aventuré à définir ce qu'est un Kurde. Un général anthropologue. Il a fait de l'histoire aussi pour conclure in fine que Saladin n'est absolument pas kurde; il a été linguiste aussi, la langue kurde serait un agrégat d'autres langues, un bordel quoi. Quel est le rapport avec le sujet, je n'en sais rien. Une autre perle, tiens : "le mot Kurdistan n'est pas une référence ethnique mais seulement géographique". Un journaliste malin lui a répliqué : "t'as raison; idem pour la Turquie. Ça n'a rien à voir avec les Turcs, on appelle ce pays ainsi depuis l'âge de glace"...

Et la cerise. La séance du YAŞ est désormais présidée par le seul Premier ministre. Avant, ça donnait cela :

Maintenant :


Que personne ne se méprenne. Le fait est simple : personne ne déteste l'armée. Personne ne veut l'humilier. On a juste envie de la voir dans la place qu'une démocratie normale lui consacre. Envie d'oublier le nom du chef d'état-major. Envie de ne plus le voir accueilli par le chef du cabinet du Premier ministre au bas des escaliers lorsqu'il vient à la résidence du Premier ministre. Envie de ne plus suivre son moindre déplacement. Envie qu'il s'attelle à éviter les "martyrs" dans ses rangs et qu'il cesse de pleurer pour des promotions ratées. On a envie de l'oublier. Car nous sommes dans une démocratie et il n'y a aucune raison pour que les militaires aient une grande visibilité publique. Après tout, peu nous importe de ce qu'il advient au directeur de la sûreté nationale ou au directeur général des forêts. Il a juste à faire son travail. Un militaire ne fait que défendre son pays et ce n'est pas une faveur de sa part; il est payé pour...

Dans ma courte existence, j'aurais été témoin de 1997 et des chars qui grognaient dans les rues d'Ankara pour menacer le gouvernement d'Erbakan et de 2011 et de la démission de l'état-major face à un gouvernement qui a tenu bon; de 1997 et des généraux qui convoquaient les journalistes et les magistrats pour les briefer sur le risque islamiste et de 2011 et de l'indifférence quasi générale pour ce dernier baroud d'honneur; de 1997 et des généraux qui parlaient de faire un "équilibrage de la démocratie" (demokrasiye balans ayari) et de 2011 et des généraux qui tremblent de peur de ne pas obtenir leur galon. On avance vite; et c'est très bien...

lundi 18 juillet 2011

Zutisme au feu des enchères

On sent bien que cela ne colle pas. C'est que le Premier ministre est un des rares du gouvernement moderne et ultra-rapide du Président Sarkozy à passer pour un homme réfléchi; de ceux qui tournent la langue sept fois dans la bouche. De ceux qui ne gesticulent pas pour imiter Monsieur le Président. Et de ceux qui ne versent pas dans un langage populacier pour mimer l'illustre Raïs. Tout l'opposé d'un Frédéric Lefebvre, par exemple. Son haussement d'épaules et son dévissage du cou sont un calque du style présidentiel. Ou d'un Laurent Wauquiez, le "bogosse" du gouvernement, que dis-je, de la classe politique (quoique Philippe Dallier n'est pas non plus négligeable avec son air à la Rob Lowe) qui en fait trop dans la simplicité verbale. Toujours avec son "alors, c'est simple, j'vous explique...". Pourtant, major de l'ENA, major de l'agrégation d'histoire, diplômé de l'Ecole normale supérieure et titulaire d'un DEA en droit... On attend un cran au-dessus. Le carriérisme fait des miracles.

Bref, un Premier ministre terne, sans charisme, sans éloquence, sans pompe d'un côté et une sortie polémique d'un autre côté. Ça ne colle pas; sa "colère" ne rime pas avec son tempérament terre-à-terre. Il n'est pas le seul, évidemment. Il y a aussi François Baroin; celui qui parle avec une voix de robot. Et qui parle grammaticalement trop bien pour qu'on comprenne qu'il n'est pas, au fond, sarkozyste. Valérie Pécresse, également. Celle qui a toujours une mine déconfite, éternellement fatiguée, des yeux tombants et qui semble s'évanouir à chaque fois qu'elle tourne la tête...



C'est assez étrange mais les hommes politiques qui ont une femme d'origine étrangère aiment parader comme de véritables franchouillards. Le Pen marié à une Grecque, Sarkozy marié à une Italienne, Fillon marié à une Galloise. Comme quoi, quand il faut faire du populisme, on s'invente une sensibilité qui, au fond, n'existe pas. C'est comme Marine Le Pen à la tête d'un parti d'extrême droite donc conservateur; une présidente qui est divorcée et qui vit dans le "péché" avec un compagnon. Ou encore Jörg Haider qui dirigeait le parti d'extrême droite autrichien en partageant sa couche avec un homme...

"Cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française". "Cette dame". Et en plus, elle a un accent, euh ! C'est tellement joli à entendre dans la bouche d'un responsable politique. Qui a une femme galloise. Non vraiment, ça me trotte; ça ne colle pas, nom de Dieu ! Heureusement qu'il est le Premier ministre d'un Président qui prône la modernité et la rupture dans chacun de ses discours et gestes... Et heureusement que son propre ministre de l'éducation s'était targué d'avoir défendu le "français dialectal" du Président de la République ! Que disait-il déjà ? "En ces temps de complexité et de difficulté, le Président de la République parle clair et vrai, refusant un style amphigourique et les circonvolutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen".

Mince alors ! Substituer un défilé civil à un défilé militaire, une rupture pourtant ! Saperlipopette ! Faut-il avoir un avis sur cette question ? Peut-être mais je n'en ai pas un pour l'instant. La cavalcade militaire serait l'occasion d'exposer urbi et orbi la soumission des troupes au pouvoir politique. Un argument qui peut se prendre dans tous les sens, ironiquement. "Ouais, j'pense qu'il n'faut plus humilier les soldats devant le monde entier ! Les pauvres, ils enragent de devoir abaisser leur drapeau devant Sarkozy !"... Une manifestation à exporter en Turquie, quand j'y pense. La perspective de voir la face du chef d'état-major en train de se "rabaisser" devant le Président islamo-fascisto-terroriste et sa femme voilée suffit à défendre l'idée...

Eva Joly donc, une Française récente. Qui ignore les codes de céans. Qui se fait rappeler à l'ordre par les Français de souche, de l'histoire longue et des sépultures. C'est comme ça. Moi, personnellement, je fais partie d'une famille qui n'a pas de bol. En Ossétie, lorsque mes ancêtres se convertirent à l'islam au début du 19è siècle (on était orthodoxes il y a à peine deux siècles !), ils devinrent des "vendus". En Turquie, ils devinrent une minorité ethnique privilégiée donc nécessairement décriée par la masse (de la "semence russe", nous fûmes). En France, nous sommes une minorité ethnique et religieuse. La Constitution française promet fort heureusement de barrer la route à toute disposition législative qui nous cataloguerait en fonction de notre "origine", "race" ou "religion". Comme la Constitution russe de l'époque. Comme la Constitution turque d'aujourd'hui. Non je ne vais pas pleurer, mais si tout le monde nous renvoyait à notre origine dans ces trois foyers, d'où serions-nous ? "Démerde-toi coco !".

Et on l'est. Accaparé par ces questions d'identité, je veux dire. Fatiguant à force. Et quand on entend nos dirigeants faire des listes de Français, bah ma foi, on attend que ça passe. Car on est habitués. Je ne prends même plus de notes. Il y a encore quelques mois, l'assemblée nationale votait une loi qui "dégradait" (grammaire oblige, l'imparfait du verbe "déchoir" n'existe pas) les meurtriers d'agents dépositaires de l'autorité publique quand ils avaient le malheur d'être des Français tout frais ! Il y a encore quelques jours mon voisin m'interpellait "il doit faire beau ces temps-ci, chez vous ?", "bah non, on habite juste au-dessus de chez vous, ils n'ont pas rallumé le chauffage non plus !", "euh, en Turquie je voulais dire !", "ahhh ! Oui oui. Bien sûr, il fait chaud, oui. Chez moi, oui, c'est bien ça...".

Et ça remonte, cette obsession, dis donc. Potache, je rêvais d'être diplomate. Je m'amusais à envoyer des courriers au ministère dès qu'une question me semblait pertinente, à l'époque internet n'étant pas encore trop actif. La double nationalité est-elle un obstacle pour entrer au ministère des affaires étrangères ? Pour devenir ambassadeur en fin de carrière ? La réponse qui fut rédigée de manière fort diplomatique se résumait in fine à un "non". Mais dans la pratique, il fallait s'attendre à tout, m'avait rapporté un ami diplomate. On ne va tout de même pas me nommer ambassadeur en Turquie, ça serait facile... Quoique Salomé Zourabichvili était ambassadrice de France en Géorgie, la terre de ses ancêtres. Et tu sais quoi ? Quand la Révolution a éclaté, Saakachvili l'a nommée ministre des affaires étrangères de Géorgie. Comme quoi...

Oulala, je me suis égaré. Je ne voudrais pas donner l'air de soutenir Madame Joly. Car je me destine à servir l'Etat français, au final. Et comme le devoir de réserve a tendance à commencer au berceau, il ne faut jamais vendre la mèche. Je dirais simplement "ma chère dame", que votre "zut" n'a pas trouvé écho auprès d'un gouvernement qui est déjà trop zutiste. Zut par-ci, zut par-là. Rupturisme oblige. Mais le vôtre est allé trop loin. Avec une telle origine, en plus... Bref, aucune explication en termes conventionnels n'est possible. Oui je sais, bibi non plus, n'a rien compris mais c'est comme ça. J'ai un concours à passer et une carrière à faire, moi...

jeudi 31 mars 2011

Responsabilité de... se ménager


Nous sommes donc fixés. Les Etats-Uniens sont en Libye, nous a annoncé le Président Obama, pour défendre leurs valeurs. D'accord, il a rajouté "et nos intérêts" mais les experts le jurent, c'était pour apprivoiser les républicains qui n'ont que faire des interventions humanitaires. La vie n'est que recette ou dépense, pour eux. Le Président devait donc absolument avancer un argument beaucoup plus massif, c'est-à-dire ahumain. D'ailleurs, les "craintes" n'ont pas tardé à émerger : "jure-le qu'tu vas pas nous aventurer dans d'autres contrées, y a plus de pognon, guy !".


Dennis McDonough, le conseiller diplomatique de l'Empereur, a mis les points sur les i : "Nous ne prenons pas de décision en fonction d'un précédent ou d'un souci de cohérence, mais sur ce qui avance le mieux nos intérêts". Voilà bien un diplomate qui sait manier la langue du peuple. Tout est clair, aucune nuance, aucune porte de sortie "au cas où". La realpolitik réduite à sa plus simple expression. Le saint patron de cette "conception", n'est autre que le Sieur Kissinger. Celui qui incarne le cynisme complet, flanqué quand même d'un prix Nobel. Celui qui, confronté à la question de la persécution des juifs (ses coreligionnaires) en URSS, disait le plus naturellement du monde, attention pour les estomacs sensibles : "And if they put Jews into gas chambers in the Soviet Union, it is not an American concern. Maybe a humanitarian concern"... Maybe...


Kissinger, un vieux de la vieille, pourtant. Celui que Golda Meir avait calmé en moins de deux; alors que cette dernière demandait à Kissinger d'honorer sa judéité et d'aider Israël, il répondit : "je suis d'abord Américain, ensuite Autrichien, enfin juif". Golda Meir, un cerveau puissant, rétorqua au tac-au-tac : "ça tombe bien, chez nous, on lit de droite à gauche !". Ouahhh ! Ah oui hein, ça existe les répliques célèbres. Mustafa Kemal, par exemple. Alors qu'il recevait un ambassadeur important et qu'il voulait lui démontrer le degré de modernité que son peuple avait atteint, le domestique turc renversa la boisson sur le convive; un geste qui glaça l'ambiance. Le servant, tête baissée, tout penaud, s'attendit à une remontrance publique. L'ambassadeur savourait ce moment de gêne. Atatürk lui lança : "Milletim herşeyi bilir de, bir uşaklığı bilmez", "Excellence, mon peuple est capable de tout sauf la domesticité", en jouant sur les deux sens du mot "uşak" signifiant à la fois "servant" et "laquais"...


On sauve donc des vies humaines. Et on pense à l'avenir, aussi. C'est précisément le métier d'un diplomate. Et nulle honte à retourner sa veste. Les intérêts de la Nation priment sur toute chose. La Turquie, par exemple. Elle a pris la sage habitude d'agencer son discours officiel aux variations du vent. Ben Ali s'est enfui ? Le ministre des affaires étrangères jure qu'il ne demandait que cela. Moubarak vacille ? Le Premier ministre dispense un cours de théologie, rappelant au vieux lion qu'il y a un au-delà et des comptes à rendre. Khaddafi massacre ses sujets ? Le Président de la République se targue de n'avoir jamais invité le Criminel en visite officielle. Heureusement, Ahmadinajad n'avait pas cligné des yeux, la diplomatie turque n'a pas eu à s'adapter... De même pour l'autre "frère", Bachar Al-Asad, occupé à passer l'éponge, mais rien de grave pour le moment. Pas besoin de dégainer les grands principes...


La diplomatie turque pouvait, pourtant, invoquer la "doctrine Sarkozy" et se reposer pour un bon moment. Celle-ci nous enseigne que l'ancien colonisateur ne doit pas se lancer à corps perdu dans la dénonciation des violations des droits de l'Homme dans ses anciennes dépendances. Histoire de ne pas donner des verges pour se faire fouetter, car la pratique démontre que ces dernières s'emparent immédiatement de l'occasion pour fustiger le "néocolonialisme". Eh bien, ça tombait à pic pour le Grand Turc : les révoltes éclatent en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, en Jordanie et au Bahreïn. L'ancienne terre ottomane (les Turcs ne parlent jamais de colonies)...


Encore plus flagrant : la Turquie, comme on le sait, avait horreur du mot "Kurdistan". Non pas pour qualifier sa propre zone géographique (qu'on appelle, depuis la République, le Sud-Est) mais pour parler de l'espace irakien. Alors les diplomates s'éreintaient à imposer une expression précise : "le Nord de l'Iraq". Et sûrement pas, "l'Iraq du Nord". Nuance. Eh bien, on apprend que tout ce pinaillage n'est que du passé. C'est que les intérêts sont passés par-là. On l'a dit, les pépètes n'ont pas d'odeur. Si bien que le Premier ministre de la République de Turquie se rend officiellement au Kurdistan irakien pour inaugurer l'aéroport d'Erbil, construit par les entreprises turques. Barzani qui était, hier, "un coupeur de routes" est devenu entre-temps, "Monsieur le Président"...


On n'oublie point la France, évidemment. Le Président l'a énoncé de manière beaucoup plus relevée : "pour la France, ce qui se joue, ce sont les relations avec les pays arabes pour les décennies qui viennent". Certes, on avait raté le coche en Tunisie et quelques diplomates, usant de "pseudos", comme les adolescents, avaient dénoncé l'amateurisme de la France. Nous eûmes même une ministre des affaires étrangères qui avait honte de sortir à l'étranger. Et pour couronner le tout, notre ambassadeur en Tunisie, le bouillant Boris qui épate tous les arabisants de l'Inalco, avait piétiné tout ce qui faisait les "valeurs tunisiennes" rabrouant journalistes et exposant son magnifique corps. Il avait dû s'excuser.


Bon ça pouvait arriver les dérapages. On avait vu plus grossier. Tzipi Livni, la ministre israélienne, disait fièrement en 2007 : "je suis avocate mais je suis contre le droit, surtout le droit international !". On avait vu plus candide, aussi; le Tunisien, un diplomate de carrière, qui était tombé dans les bras de MAM à sa première visite en France : "c'était le rêve de ma vie de vous voir Madame, je suis comblé". Bah, il avait été remercié à peine le pied posé sur le sol tunisien... Et on vient de voir plus, comment dire, impardonnable : le chef de la diplomatie libyenne vient tout bonnement de fausser compagnie au Guide et de se réfugier au Royaume-Uni; ça ne s'invente pas...


Sous Nasser, l'ambassadeur de Turquie, Fuad Tugay, avait fait parler de lui, aussi. Il était marié à une princesse égyptienne et pas de bol, la famille régnante avait été expédiée en 1952. La presse, exacerbée par les autorités, se mit à colporter des rumeurs de mauvaise vie concernant sa femme, restée en Egypte en tant que Madame l'Ambassadrice. Eh bien Fuad Tugay ne s'est pas démonté, un jour que le corps diplomatique fût invité à une soirée, le Turc, pour protester contre ces insinuations qui pleuvaient sur sa femme-princesse, refusa de serrer la main à Nasser : "je ne serre la main qu'aux seuls gentlemen". Le show fut court, Son Excellence, déclaré illico "persona non grata", dut plier bagage et "payer" : expédié comme un bandit, il fut soigneusement fouillé à l'aéroport en violation de la tradition diplomatique. Il faut dire qu'il l'avait cherché...

Jadis, Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l'ONU, avait fait un rêve : "la question de l'action internationale doit se poser lorsque les États (...) contreviennent aux principes fondamentaux de la Charte et lorsque, loin d'être les protecteurs de la personne humaine, ils en deviennent les bourreaux". Mitterrand avait trouvé une bonne formule, aussi : "aucun Etat ne peut être tenu pour propriétaire des souffrances qu'il engendre ou qu'il abrite". Des prises de position très généreuses, comme on le constate. Tellement surréalistes qu'on a envie de continuer par un "et si nos intérêts en venaient à s'accorder avec ladite action, ça ne serait que pure fortuité"...




Point besoin de tirer des plans sur la comète; c'est cruel mais c'est ainsi : dans les relations internationales, les larmes se monnayent. Car les guerres, les mouchoirs, les pansements coûtent chers. Et chaque dirigeant jette d'abord un coup d'oeil sur l'état de ses finances et sur le "revenant-bon" de l'action humanitaire. Les considérations d'humanité sont mécaniquement tempérées par le cadre prosaïque des capacités et des espoirs de pétrole et de gaz de chacun. Car, on veut l'escamoter, mais le président d'un Etat doit penser à sa réélection. Et nous autres, citoyens de cet Etat, ne sommes pas si généreux qu'on voudrait le croire. La responsabilité de protéger et de se ménager. Rarement l'une sans l'autre. Tiens, l'Afrique du Sud par exemple, la locomotive de l'Union africaine, elle a béni l'intervention; alors que l'UA est partagée. C'est qu'elle rêve de chiper un siège de membre permanent au Conseil de sécurité... Et, pardon, pense d'abord aux victimes libyennes. Officiellement...

lundi 7 mars 2011

Quand Jules Ferry rêvait : "Les questions de liberté de conscience ne sont pas des questions de quantité : ce sont des questions de principe"...

C'est donc ainsi. "Héritage chrétien" et "racine juive". Voilà l'ADN de la France. Monsieur le Président de la République l'a dit en personne. Et il a raison. Politiquement, historiquement, économiquement et culturellement. On ne va tout de même pas inventer à la Nation, une branche musulmane. Les musulmans d'Algérie n'étaient pas citoyens, on ne va pas prétendre le contraire. Non non, ça serait pure démagogie. Quoiqu'on ne sait jamais avec le Président. Il aime distribuer des "louanges de circonstances". L' "héritage chrétien", c'était devant les catholiques et la "racine juive" devant le CRIF. Peut-être que devant le CFCM, un jour,...


Le ministre de l'Intérieur allemand y est allé franco, lui : "Der Islam gehört nicht zu Deutschland". Et le représentant des Turcs d'Allemagne a immédiatement sorti les gants de boxe : "Wenn der Innenminister den Streit sucht, wird er ihn bekommen". Un béotien, assurément. Heureusement pour la France, les musulmans de céans sont plus lisses. Le CFCM s'excuse de devoir publier de temps en temps des communiqués pour rappeler le principe de laïcité ou demander de cesser de nous stigmatiser, nous autres citoyens FRANÇAIS mais musulmans. Ça arrive...


Depuis le temps pourtant, on avait compris. D'accord, la "culture" islamique ne fait pas partie de l'identité profonde de notre pays. En France, effectivement, les femmes voilées restent cloîtrées, on les dénomme "soeurs" et on leur voue un très grand respect. Du coup, quand leurs "consoeurs" musulmanes descendent dans les rues pour acheter du pain, les Français, les vrais, ceux de souche, de l'histoire longue et des sépultures, sont choqués. Oui, les Français, les authentiques, ne se perdent pas dans des salamalecs quand ils se croisent dans l'ascenseur; un simple "bonjour" et un hypocrite "au revoir" suffisent. Oui, les Français, les purs, sont des gens polis et ne comprennent pas l'hostilité de certains barbus à la mixité des sexes; les femmes et les hommes vivent en bonne intelligence, en toute égalité, dans les conseils d'administrations des plus grandes sociétés françaises, dans les assemblées parlementaires et surtout dans les foyers. Les études ont beau avancer le terrible chiffre de 80 % pour souligner la proportion des femmes dans les tâches ménagères, c'est du pipeau. Seulement 20 % des femmes occuperaient des postes de direction dans l'administration et 10 % dans les entreprises. C'est une farce. Oui, les Français, les canoniques, ne comprennent pas comment un livre saint peut autoriser la polygamie; car dans le pays, l'adultère est toujours un délit pénal et une cause péremptoire de divorce. Et surtout les Mitterrand et autres célébrités qui entretiennent maîtresses et assimilées ont, sans aucun doute, une ascendance islamique. Et l'assemblée nationale n'a nullement honoré, par une minute de silence, un des siens qui avait tué sa maîtresse...


Et surtout, les Français, les idéaux-typiques, sont pour la plupart athées et agnostiques. Résultat : on vit sous l'empire de la loi de séparation de 1905 mais avec l'état d'esprit de 1904 (cf. Jean Baubérot, L'intégrisme républicain contre la laïcité, pp. 161-174). Car les Français de souche reprochent aux musulmans de croire dur comme fer à cette fameuse laïcité de 1905. Alors que celle de 1904, celle du père Combes, sied plus à l'air du temps. Ce qu'on reproche aux musulmans français, c'est, au fond, de casser cette harmonie née du désenchantement. On doit tous êtres pécheurs, histoire de souder les rangs, face à un probable Dieu. C'est la psychologie du laïciste athée, un croyant comme les autres, en réalité : "je suis un croyant comme toi mais moi je pèche, alors toi aussi pèche, j'ai peur de me retrouver seul devant Dieu !". Combes n'était-il pas un séminariste...


Et on en vient légitimement à s'interroger sur la place de l'islam dans cette configuration, une religion si lointaine aux "moeurs républicaines", la fameuse "religion civile". Des gens se prosternent le fessier en l'air, jeûnent, vont se perdre dans les déserts en Arabie pour tourner autour d'un cube noir avec des millions de blancs, jaunes et noirs et en reviennent requinqués ! Quelle drôle de religion ! Alors que la Raison, fille des Lumières, mère de l'Idée-République, devrait suffire. Ces musulmans sont animés par l'instinct grégaire, par-dessus le marché. Les études ont beau démontré que les mariages mixtes explosent, que le nombre de lycées musulmans est inférieur à celui des lycées catholiques et juifs, que les parents fuient les banlieues pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants et que les listes communautaires n'ont jamais percé lors des élections. Tronquées, assurément.


Un ministre de la République en vient à interdire aux mères voilées de prendre part aux sorties scolaires (décidément, on ne les aime que cloîtrées, dans ce pays). Motif : elles deviennent fonctionnaires pour une poignée de minutes. Donc ? Bah il faut que Madame Al-Hasnaoui, par exemple, "se la joue" fonctionnaire neutre. Elle est sans doute la femme de l'épicier du coin, tout le monde la connaît, toutes les maîtresses, tous les parents d'élèves, toutes les associations de parents la connaissent. Mais le directeur va quand même lui dire, toute honte bue, qu'elle ne pourra plus être "des leurs"; qu'elle ne pourra plus distribuer des boissons et des gâteaux, tenir la main aux écoliers, dont elle a beau connaître les prénoms par coeur puisque du même quartier. Désormais, elle pue. Au nom de la laïcité nouvelle version.


De bons chrétiens ont décidé de tenir des conventions sur l'islam. La deuxième religion de France. Monsieur Copé se fait ses petites fiches : par exemple, imposer les prêches en français, ça serait pas mal. Et les vieux de la première génération qui ont toujours du mal avec cette langue, se demanderont ce qu'ils font dans un édifice religieux où ils ne comprennent plus la "langue de travail". Et on sera contents. Un grand pas, assurément. Jadis, l'abbé Grégoire ne disait pas autre chose pour les juifs : "lorsque pour des affaires indispensables de leur religion, ils seront obligés de tenir conseil et de voter, un commissaire royal surveillera ces assemblées où tout sera traité en langue vulgaire" (Danièle Lochak, Le droit et les Juifs, p. 22). La République continuera à garantir, en théorie, le libre exercice du culte; article 1er de la loi de 1905, excusez du peu. Et à chaque fois qu'on verra le Sieur Copé chiper un micro pour exposer une nouvelle idée phare, on se rappellera cette phrase de Claude Chabrol et on apprendra à ne plus le prendre au sérieux : "Je pense qu'il faudrait instituer pour les hommes politiques une punition appropriée, le châtiment corporel élémentaire, autrement dit la fessée. C'est la seule manière d'empêcher les récidivistes de nuire. C'est pire que la peine de mort. Évidemment, la peine de fessée serait prononcée par la justice et par elle seule. Cela peut paraître complètement futile, mais je crois que cette idée restera comme le principal apport de mon existence à la société"... (Le plus drôle de l'humour de Coluche à Jean Yanne, pp. 109-110).


Il faudrait aussi imposer, à mon humble avis, aux associations cultuelles islamiques d'ouvrir leurs portes aux athées, chrétiens, juifs et je dirais même bouddhistes, histoire d'augmenter le "fun". Les appels à la prière sont déjà interdits, ça tombe bien. Il faudrait interdire les cours coraniques, les soutanes des imams, les calottes, les chapelets. Il faudrait déchirer le Coran, d'ailleurs; et sur la place publique. Je propose de faire lire la Constitution française chaque vendredi sur les quelques minarets de France. Quant à la viande halal, il faut, évidemment, supprimer cette bizarrerie. La circoncision, on attendra un peu. Le jour où les juifs seront d'accord, on la supprimera également. Les cantines scolaires qui tournent également avec les impôts des citoyens musulmans, refuseront de servir des plats halal. Idem dans les hôpitaux.


Et nous autres Français musulmans, nous présenterons une adresse à l'assemblée nationale, copiée sur celle des Juifs du 31 août 1789 : "Messeigneurs, nous venons vous prier de mettre fin à la longue oppression d'un peuple entier, en le rappelant aux droits communs d'humanité et de cité (...). Nous vous supplions de nous maintenir dans le libre exercice de nos rites et usages et de conserver nos mosquées, nos imams et nos associations cultuelles"... Ou devrait-on peut-être réunir une convention islamique et lui poser ces fameuses 12 questions que Napoléon avait posées aux Juifs avant de les prendre pour des êtres humains :

1) Est-il licite aux juifs [musulmans] d'épouser plusieurs femmes ?

2) Le divorce est-il permis par la religion juive [musulmane] ? Le divorce est-il valable sans qu'il soit prononcé par les tribunaux, et en vertu de lois contradictoires à celles du Code français ?

3) Une Juive [musulmane] peut-elle se marier avec un Chrétien, et une Chrétienne avec un juif [musulman] ? Ou la loi veut-elle que les Juifs [musulmans] ne se marient qu'entre eux ?

4) Aux yeux des Juifs [musulmans], les Français sont-ils leurs frères, ou sont-ils des étrangers ?

5) Dans l'un et dans l'autre cas, quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur religion ?

6) Les Juifs [musulmans] nés en France et traités par la loi comme citoyens français, regardent-ils la France comme leur patrie ? Ont-ils l'obligation de la défendre ? Sont-ils obligés d'obéir aux lois et de suivre toutes les dispositions du Code civil ?

7) Qui nomme les Rabbins [imams] ?

8) Quelle juridiction de police exercent les Rabbins [imams] parmi les Juifs [musulmans] ? Quelle police judiciaire exercent-ils parmi eux ?

9) Ces formes d'élection, cette juridiction de police judiciaire, sont-elles voulues par leurs lois, ou seulement consacrées par l'usage ?

10) Est-il des professions que la loi des Juifs [musulmans] leur défende ?

11) La loi des Juifs [musulmans] leur défend-elle de faire l'usure [d'emprêter de l'argent] à leurs frères ?

12) Leur défend-elle ou leur permet-elle de faire l'usure aux étrangers [d'emprêter aux banques] ?

Madame le Président de la République Marine Le Pen devrait s'affairer à cette tâche dès les premiers jours de son mandat en 2012. C'est donc une manie de la "France éternelle" que de convoquer, une par une, à peu près tous les cent ans, les différentes communautés qui essaient de la composer, pour lui arracher des serments de fidélité. D'un côté, c'est apaisant. En 2111, on rigolera comme on le fait aujourd'hui pour Napoléon et son délire. Ce n'est donc qu'un mauvais moment à passer. Dans un siècle, la victime sera une autre communauté. Qui d'ailleurs ? Les Mormons, peut-être. J'aurais 127 ans en 2111. Je ferais partie d'une religion respectable pour l'époque, nanik...


Régis Debray, un de ceux qui savent encore manier les bonnes formules (et qui, comble du paradoxe, ne siège toujours pas à l'Académie française !), disait jadis : "La démocratie, c'est ce qui reste d'une république quand on éteint les Lumières". Eh bien, nous, nous disons : éteignons les Lumières et permettons à ceux qui le veulent, à commencer par les religieux et religieuses de l'ordre régulier chrétien, de vivre dans leurs cavernes, leurs caves, leurs ténèbres. Car si la démocratie libérale m'honore en me laissant au milieu du gué, la république m'avilit en me prenant pour du bétail. Le choix est vite fait... Nous n'avons pas de cerveau à vendre. Ni bride ni éperon. Respect !
Ah j'oubliais, les Juifs de Paris avaient encore dit en 1789, "un objet unique domine et presse toutes nos âmes; le bien de la Patrie et le désir de lui consacrer toutes nos forces". Nous, musulmans de France, pensons la même chose. Wallâhi. Il suffit juste de nous en donner l' opportunité. Vive la France ! Vive la Démocratie ! ;)


Signé un troglodyte.

mardi 1 février 2011

Linguistique

On se rappelle la scène : à l'occasion d'une réunion des patrons européens, le baron Seillière, leur chef, se mit à parler en anglais. Pas de bol, Chirac était également dans l'assistance. Monsieur le Président s'en indigna et décampa sans tambour ni trompette. Histoire de se payer, sans doute, un scandale que les annales retiendront. Et elles le retinrent. Le Français Chirac contre le "vendu" Seillière. Il rouscailla quelque temps, le Président. C'est qu'il s'était créé une consigne : dans une enceinte internationale où les traducteurs sont nécessairement présents, un Français doit parler en français. Même s'il maîtrise à merveille l'anglais. Cette consigne découlait d'une politique typiquement française : lutter contre la suprématie de l'anglais et retarder autant que possible le "naufrage". Avec une pointe d'arrogance, évidemment. Nous sommes tous charmés de voir des dirigeants étrangers parler notre langue; les Elisabeth II, Blair, Barroso, Berlusconi, etc. etc. Les nôtres sont beaucoup plus réservés; même s'ils connaissent la langue de Babeth (et il y en a, à commencer par Chirac), ils préfèrent tonitruer en bon patois, euh, pardon, français.

Le français, cette langue dont tout le monde se plaignait jadis. Jean-François de La Harpe, messires, en 1790 : "Il est démontré que nous n'avons point de déclinaisons; que nos conjugaisons sont très incomplètes; que notre construction est surchargée d'auxiliaires, de particules, d'articles et de pronoms; que nous avons peu de prosodie et peu de rythme; que nous ne pouvons faire qu'un usage très borné de l'inversion (...)" (cité par Gilles Philippe, Le français, dernière des langues. Histoire d'un procès littéraire, p. 12). Madame Dacier en 1711 : "toujours prisonnière dans ses usages" (p. 24). Fénelon en 1714 : "Notre langue manque d'un grand nombre de mots et de phrases" (p. 24). Même d'Alembert en 1773 : "Aucune langue sans exception n'est plus sujette à l'obscurité que la nôtre (...)" (p. 54). Et même Voltaire en 1766 : "Je vois en vous lisant la supériorité que la langue italienne a sur la nôtre; elle dit tout ce qu'elle veut, et la langue française ne dit que ce qu'elle peut" (p.80) ou encore la "langue française, cette gueuse pincée et dédaigneuse, qui se complaît dans son indigence" (p. 179). Rousseau devait bien être dans les parages : "(...) il n'y a ni mesure ni mélodie dans la musique française, parce-que la langue n'en est pas susceptible; le chant français n'est qu'un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue" (p. 217). Enfin, Cioran : "le français est une langue arrêtée" (p. 275). Ernest Renan qui aimait à rester poli pour le français, s'en prenait avec enthousiasme à l'arabe, lui : "L'unité, la simplicité qui distinguent la race sémitique, se retrouvent dans les langues sémitiques elles-mêmes. L'abstraction leur est inconnue; la métaphysique, impossible" (cité par Djamel Kouloughli, "Langues sémitiques et traduction. Critique de quelques vieux mythes", in Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l'islamophobie savante, p. 93).

Bref. Chirac avait sans doute raison en tant que président de la République française. Mais sur le plan de la pratique, il fallait absolument que la digue finît par céder. Voilà ce qui est fait. Car dorénavant, les Français apprendront l'anglais à partir de 3 ans. Quoi qu'on dise, l'anglais doit être être enseigné en priorité. Nous ne vivons malheureusement pas dans une bulle. Claude Hagège, lui, préfère commencer par d'autres langues puisque l'apprentissage de l'anglais s'imposera forcément un jour ou l'autre. Par exemple, l'allemand, l'espagnol, le portugais, l'italien. Et il conseille plutôt l'âge de 6 ans et non 3. Il a sans doute raison sur ce dernier point. Il nous apprend en même temps que la date fatidique pour apprendre une langue, sur le plan de la phonétique, c'est 11 ans. Autrement dit, passé cet âge, l'enfant n'est plus capable d'adapter son larynx à la bonne prononciation. Et c'est bien la raison pour laquelle, je pense que c'est l'anglais qui doit être enseigné dès la primaire puisqu'en 6è c'est-à-dire à 12 ans, ça sera phonétiquement trop tard.

Tous ceux qui apprennent ou ont appris des langues le savent; il faut un sacré temps et une bonne méthode. Et la bonne méthode, c'est Claude Hagège qui nous la décrit : "Ainsi, loin qu'il faille enseigner à l'enfant des listes de mots isolés, ce sont, au contraire, des listes de phrases qu'il convient de lui faire apprendre, dès qu'il a atteint le stade de la communication, même élémentaire, dans la langue" (L'Enfant aux deux langues, pp. 66-67). Autrement dit, commencer par des "automatismes lexicaux" et ensuite glisser vers la grammaire et le lexique. On sait qu'il faut à peu près 400 heures pour commencer à parler une langue. Georges Dumézil, lui, le dinosaure, l'ami des Turcs (il parle de Mustafa Kemal, à partir de 5:00), l'ami des Ossètes, l'ami de Tevfik Esenç (dernier oubykh), préférait la méthode intensive (tout comme le polyglotte turc le plus connu, l'historien Ilber Ortayli). Mais il distinguait bien deux choses : le fait de "parler" des langues et le fait de les "manier". On peut lire et comprendre une langue sans forcément la parler. Les Français, par exemple, manient tous tant bien que mal, l'anglais, l'allemand ou l'espagnol puisque tout le monde a étudié une LV1 et une LV2.

Méthode intensive, donc. Prendre, par exemple, un livre en allemand en édition bilingue, et le lire toute la journée. A force, la morphologie saute aux yeux, les mêmes mots reviennent, on transpire, on s'arrache les cheveux mais au final, on "manie" l'allemand... Il faudrait essayer, pas de doute. Libérer tout un dimanche pour apprendre une langue. C'est sans doute vrai puisque Dumézil le dit. Lui qui maniait quelques dizaines de langues. Moi, j'ai plutôt l'impression qu'il fait le modeste; c'est un génie, un cerveau puissant, un stakhanoviste. Car apprendre le vieil islandais, euh, il faut avoir une sacrée motivation...

C'est la définition même de l'intellectuel; par exemple, pour moi, un intellectuel français doit maîtriser le latin et le grec ancien comme l'intellectuel turc doit connaître le vieux turc, l'osmanli. Soit dit en passant, une rareté. On a même vu des historiens ou des professeurs de littérature, patauger. Les "intellectuels" turcs, juristes, professeurs, journalistes, écrivains, sont pour la plupart incapables de lire une lettre que leur grand-père avait écrite à leur grand-mère; de là, à devenir un intellectuel... Car l'osmanli s'écrivait avec l'alphabet arabe version persane et avait emprunté énormément à ces deux langues. Et la République kémaliste ne voulait surtout pas que les jeunes esprits s'embrouillassent avec cette "scorie". Rappelons que l'osmanli n'est même pas enseigné dans les écoles turques, aujourd'hui encore; si bien que les écoliers qui lisent la littérature turque du début du XXè siècle passent par des traductions...

Alors qu'il n'est pas difficile de s'y mettre puisque le Turc ordinaire est déjà en quelque sorte bilingue. Le vieux turc et le turc moderne n'ont rien à voir mais le vieux turc, dans sa version latine désormais, s'écrit et se parle toujours. En tout cas, dans les rares cercles cultivés. Par exemple, un Turc utilise "yüzyıl" pour le siècle mais il se rappelle aussi "asır" qui vient de l'arabe "asr". Toujours en vigueur. Ou encore "etken" (facteur) en même temps que "âmil" (d'origine arabe), "gelenek" (tradition) et "anane" (origine arabe), "ak" (blanc) avec "beyaz" (origine arabe), "zorla" (par la force) avec "cebren" (arabe), "kanıt" (preuve) avec "delil" (arabe), "etkin" (actif) et "faal" (arabe), "yargıç" (juge) et "hâkim" (arabe), "göçmen" (immigré) et "muhacir" (arabe), "öpücük" (bisou) et "buse" (d'origine persane), "kaygı" (inquiétude) et "endişe" (persan), "ay ışığı" (clair de lune) et "mehtap" (persan), etc.

L'anglais, donc. Selon Claude Hagège, c'est une langue complexe. Plus complexe que l'allemand, par exemple. "L'anglais est (...) une langue à très forte dominance de la composante germanique. Il reste que cette triple appartenance celtique, latine et germanique en fait une langue fort composite, et de ce fait assez complexe. D'autre part, la phonétique de l'anglais est très ardue" (Dictionnaire amoureux des langues, p. 177). L'allemand m'a l'air plus difficile, moi, personnellement. Quoique je ne sois pas non plus un as en anglais. Parce-qu'au fond, l'anglais académique ne demande aucun effort de compréhension. C'est du quasi-français. C'est l'anglais littéraire qui pose, effectivement, problème.

En tout cas, je suis bien content d'avoir "reçu" le turc et de ne pas avoir eu à l'apprendre ab initio. Car c'est une langue agglutinante donc très difficile. Je me suis amusé à lire la Méthode de turc de Michel Bozdémir et j'admire vraiment les étudiants de l'INALCO qui s'y collent. Admirez : Parislileştiremediklerimizdensinizdir... Il y a le ı, aussi. Le i sans point. Qui se prononce comme le ы en ossète (et donc en russe). Ca s'appelle, tout simplement, "la voyelle fermée postérieure non arrondie"... Pour la prononcer, il faut "d'une part la légère ouverture des lèvres, d'autre part leur étirement et leur rétraction, enfin la position de la langue à l'arrière du palais" (L'Enfant aux deux langues, p. 172). Très important car le sens change. Michel Bozdémir donne l'exemple de dış (l'extérieur) et diş (la dent) ou encore sınır (la frontière) et sinir (le nerf). Yâ Rabbi şükür...

Malheureusement, les enfants d'immigrés ne mettent pas à profit ce don. Et ce qui est encore plus regrettable, c'est que la plupart ne maîtrisent correctement ni le français ni leur langue d'origine. Résultat : un pataugis qui les disqualifie des deux sociétés dans lesquelles ils doivent vivre et s'intégrer. La lathophobie les enfonce encore plus. Or, leur bi voire trilinguisme est ce qu'ils ont de plus précieux. La langue ouvre à une autre culture et à une mine d'informations. L'échec de l'intégration n'est rien d'autre, en réalité, qu'un échec linguistique. Surtout en France où le "bien parler" et le "bien écrire" sont, au fond, les seuls marqueurs sociaux. Et l'anglais à 3 ans n'aidera, sans doute, pas. Des trilingues en herbe finiront ainsi semi-lingues. Et rebelote, on revient à la case départ : l'échec des politiques d'intégration et l'indolence des familles immigrées; il faut dire ce qui est...

dimanche 16 janvier 2011

Men daqqa douqqa مَنْ دَقَّ دُقَّ


On l'avait croisé à Bodrum, le Raïs. En Turquie. L'été dernier. Avec sa légendaire femme. Un yacht loué à 20 000 dollars la journée. Ah oui, hein; puisqu'il faut dire du mal des sortants. Aujourd'hui, le clan a explosé, chacun essayant de trouver un point de chute. Les Tunisiens sont ingrats, mon cher. Ben Ali avait "déposé" Bourguiba, le "père de l'indépendance", pourtant. Le fameux article 57 de la Constitution. Celui qui a permis, avant-hier, au président de l'assemblée d'être "président par intérim". Le pauvre premier ministre n'a pu être président que pendant 24 heures. Il s'était rabattu sur l'article 56, lui. Moins massif. Ça ne fait rien, une petite place dans les livres d'histoire honorera son nom et sa famille. Il sera le "Abdülhalik Renda" de la Tunisie; ce dernier fut président de la République de Turquie par intérim, un jour durant, du 10 novembre au 11 novembre 1938, à la mort d'Atatürk.

Déposer le "père de la Tunisie", ç'aurait été comme chasser le "père des Turcs". Inimaginable. Astagfirullah, d'ailleurs. Que Dieu nous préserve d'avoir de telles pensées. Ils sont ingrats, on l'a dit. Alors que le père Bourguiba était celui qui avait interdit la polygamie et la répudiation. Bon, il était lui-même bigame un certain temps et avait répudié sa seconde épouse mais ça ne faisait rien, le peuple devait suivre ses réformes, pas sa "sunna". Dit en passant, la femme répudiée s'appelait Wassila Ben Ammar, arrière-grand-mère de Madame Besson. Bourguiba avait apporté la modernité; il buvait de l'eau en plein ramadan, il arrachait les voiles, il déconseillait le jeûne. Mais il se targuait en même temps de l'islamité de sa première femme, une française. Il l'avait récompensé pour "tout ce que tu as fait pour faire de mon fils un Tunisien et un musulman". Émotion...

Le père Ben Ali a fini comme le Chah d'Iran. Mais personne n'était là pour le supplier de rester. La figure du fameux pilote qui s'était jeté aux pieds du Chah a été supplantée, ici, par celle d'un pilote qui a refusé d'embarquer la famille Trabelsi qui s'affairait à s'enfuir. Les mauvaises langues disent, en effet, que Madame la Présidente et sa tribu, pompaient avec entrain, les ressources du pays.

Il avait parlé en dialectal, pourtant, Ben Ali. Histoire de communiquer avec son peuple. Après tout, il se devait de descendre à leur niveau; nécessairement bas. Car la masse ignore l'arabe littéraire. Elle l'écoute au journal télévisé et essaie de la lire dans la presse écrite. Mais ça serait tout. C'est bien pour ça qu'ils ne se comprennent pas. La faute au téléphone arabe. Le bouche-à-oreille. La phrase initiale n'a rien à voir avec la phrase d'arrivée. Et on appelle cela une nation. On a envie de hurler, évidemment. Le franco-arabe est devenu le dialecte tunisien. Encore un effet néfaste de la colonisation. N'a-t-on pas vu des pancartes en français ? Un peuple qui s'exprime dans une langue étrangère dans un moment si national, si historique, si mémorable, si intime...

On s'en souvient; en France, un député socialiste avait demandé au ministre de l'éducation de tout faire pour que le président Sarkozy ne parle plus en français "dialectal". "L'actuel président de la République française semble éprouver maintes difficultés à pratiquer la langue française. Il multiplie les fautes de langage, ignorant trop souvent la grammaire, malmenant le vocabulaire et la syntaxe, omettant les accords. Afin de remédier sans délai à ces atteintes à la culture de notre pays et à sa réputation dans le monde", M. le député demandait au ministre "de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires pour permettre au président de la République de s'exprimer au niveau de dignité et de correction qu'exige sa fonction".

Et Monsieur le ministre de l'éducation lui répondit en "français littéraire" : "En ces temps de complexité et de difficulté, le président de la République parle clair et vrai, refusant un style amphigourique et les circonvolutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen. Juger de son expression en puriste, c'est donc non seulement lui intenter un injuste procès, mais aussi ignorer son sens de la proximité. Ses paroles relèvent de la spontanéité et, au contraire d'un calcul, sont le signe d'une grande sincérité".

Eh ben dis-donc ! Merdoyer devient un mérite, maintenant. Car le peuple mériterait un tel langage; sincérité oblige. Et c'est spontané, coco. C'est un peu le Georges Marchais qui faisait sciemment des fautes de français pour exprimer sa "proximité" avec les Français. Merci pour nous... Même Chirac faisait exprès de parler correctement en public afin d'épater la masse. Et il réussissait. Laissons de côté de Gaulle et surtout Mitterrand, les dieux de la langue française. Et soyons juste : Jean-Marie Le Pen est le dernier dinosaure qui sait encore manier le bon français...

En réalité, Ben Ali souhaitait partir en 2014. Il l'avait dit, à son peuple : "je vous ai compris mais vous aussi, comprenez-moi !". Un rab de trois ans pour amasser plus, sans doute. Le temps idoine pour s'octroyer un article de la Constitution, peut-être. Ou le temps que sa promesse s'oublie. Eh non ! Une manoeuvre donc, il a déguerpi le jour d'après. Ultime paradoxe : le président du pays le plus sécularisé et le plus laïcisé du monde arabe a trouvé refuge en Arabie Saoudite... Un vendredi, en plus, un jour saint...

L'Arabie a l'honneur d'être un havre pour les dictateurs, comme on le sait. C'est commode : il n'y a pas de presse susceptible d'enquiquiner, ni une société civile qui appellerait à leur couper la main. Condamné à la prison à vie, Nawaz Sharif, était en exil en Arabie. Idi Amin Dada, dictateur ougandais, également. Khaleda Zia, la première ministre bangladaise, qui devait bien avoir quelque chose à se reprocher, de même. D'autres pays arabes démocratiques s'étaient également bousculés pour honorer le droit d'asile. Les Émirats arabes unis avaient accueilli Pervez Musharraf et Bénazir Bhutto en son temps, le Qatar, l'ancien putschiste mauritanien Ould Taya, le Sénégal, Hissène Habré, l'Egypte, Nimeiry (celui qui avait pendu le réformiste musulman Mahmoud Mouhammed Taha).

La France fait son coq, dorénavant. Elle a "lâché" Ben Ali; sa famille, en vacances à Paris, a été soigneusement expédiée. C'est pathétique; la France prend les mesures pour "bloquer les mouvements financiers suspects". Il y a encore un jour, la ministre des affaires étrangères insistait pour envoyer les forces françaises de sécurité dont le professionnalisme pouvait aider les forces de l'ordre tunisiennes à mater dans la dentelle...

Tous les exilés tunisiens se mettent à rêver sur le dos des "fauteurs de trouble", aussi. Les "opposants historiques" commencent à faire entendre leur programme politique et leurs recettes de là où ils sont. Les "nouveaux résistants" de l'intérieur se découvrent des c... . Les médias ne savent pas comment évoquer ce qui se passe; c'est qu'ils étaient habitués à faire des ronds de jambes. N'est pas résistant qui veut... On se souvient du fils du chah d'Iran lorsque les manifestations faisaient craindre une chute de la République islamique en 2009. Reza Pahlavi, pas l'autre, le cadet, celui qui s'est suicidé dernièrement. Reza espérait un retour. Il déclarait être en réserve; au cas où. Comme si le mot République était souillé pour un bon moment et qu'il fallait une monarchie. Cela dit, les Pahlavi ne sont qu'une dynastie toute récente. Et je pense que les Kadjars ou mieux, les Safavides ont beaucoup plus de légitimité pour monter sur le trône. "Un roi doit avoir les mêmes souvenirs que ses sujets" (Jean-Paul Sartre, Les Mouches). C'est mon côté royaliste qui s'agite...

Car vouloir la restauration de la monarchie n'a rien de répréhensible, c'est un régime politique. Et il n'a aucune raison de "puer". La famille ottomane, par exemple. Elle serait bien à la tête de la Turquie, non ? Quoique ses membres sont trop modernes pour la société qu'ils seront chargés de diriger. Tant pis; on préfèrerait la sultane Neslişah aux kémalistes complexés (un pléonasme, d'ailleurs)...

La Tunisie méritait ce changement; comme tout pays "occupé" par un autocrate, évidemment. J'avais eu quelques professeurs tunisiens à la fac. Et j'avais énormément lu la doctrine tunisienne. Ce qui m'a toujours frappé, c'est cette très belle écriture qui caractérise les francophones d'Afrique. Par exemple, lire le Sénégalais Kéba Mbaye (paix à son âme) est un vrai délice. Écouter un intellectuel africain est un des plus beaux exercices au monde. Mes professeurs parlaient peu de politique, évidemment. On les comprenait. Et on avait pitié pour eux; de si grands juristes, avait donné la Tunisie. Mais elle leur faisait peur. Il y a aussi, les Charfi, les Ben Achour, les Djaït; les grandes familles intellectuelles du pays. Yadh ben Achour, je l'ai déjà dit, est une sommité, pour moi.

Tous les dictateurs des pays arabes, qui ont tous, à y regarder de près, la même teinture de cheveux, ne pourront plus ronfler tranquillement, dorénavant. Ils ne dormaient déjà que d'un oeil. Dictature oblige : "la puissance qui s'acquiert par la violence n'est qu'une usurpation et ne dure qu'autant que la force de celui qui commande l'emporte sur celle de ceux qui obéissent" (Diderot, Encyclopédie, article "autorité publique"). C'est une jurisprudence quasi-constante : ça finit mal. Saddam, Ceaucescu, Ben Ali, Dadis Camara, Mengistu, Mobutu, etc. etc. Si bien que la seule question que tout le monde se pose quand un dictateur s'installe, c'est : "comment va-t-il finir ?". Hein Moubarak ? Hein Bachir ? Hein Khaddafi ? De son côté, le secrétaire général de l'OCI, qui doit sûrement siroter un diabolo fraise avec Ben Ali, à Djedda, affirme "sa solidarité avec le peuple tunisien". Merci bien.

Il faut avoir une pensée pour Mohammed Bouazizi qui, un beau jour, avec son étal, a renversé un régime qui a su tenir moins d'un mois. Il s'est sacrifié, que dire de plus. Ce n'est pas rien que de faire basculer tout un peuple du soliloque à la "causerie nationale". La Tunisie est malade. "Il y a plusieurs médecins à son chevet, modernes, traditionnels, chacun propose ses remèdes, l'avenir est à celui qui obtiendra la guérison. Si cette révolution triomphe, les mollahs devront se transformer en démocrates; si elle échoue, les démocrates devront se transformer en mollahs" (Amin Maalouf, Samarcande). Ce n'est peut-être pas si simple, si tranché. C'est pourquoi, ceux qui ont des entrailles pour la Tunisie n'ont qu'une simple prière à la bouche : bon courage.