Affichage des articles dont le libellé est Pakistan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pakistan. Afficher tous les articles

lundi 23 octobre 2017

A la va-comme-je-te-pousse

Il est des régimes où il fait bon être diplomate. On défend un pays relativement distingué, une culture enviée et des valeurs élevées. On se chamaille certes dans les enceintes internationales, mais la fonction a un côté charmeur. L'ambassadeur de Sa Sainteté, par exemple; c'est le doyen du corps diplomatique et son air débonnaire apaise d'emblée. On connait déjà sa réplique à la moindre question : "peace and love". L'ambassadeur de la Gaule, aussi, est sollicité et scruté. Celui de l'Amérique, lui, est la Pythie incarnée. Qu'on l'aime ou qu'on l'abhorre, on doit lire sur ses lèvres...

Et puis il y en a d'autres qui sont franchement moins bien lotis. Les envoyés de la Corée du Nord, notamment, doivent laisser un membre de la famille au pays. Au cas où. Si Son Excellence se réfugie quelque part, on a au moins un corps à torturer. En Iran et en Russie, les enfants les plus malins de la famille humaine, on défend avant tout une civilisation et une tradition. On ne se fâche pas, on prend des notes. Monsieur l'ambassadeur assure sans ciller que son pays est un parangon dans tous les domaines et que, lui, évidemment n'est pas un portier...

Et il y a le pays des Turcs. Là où les diplomates ressemblaient un peu aux deux sus-cités. Jusqu'à récemment. Désormais, on sait qu'il sont... en dépression. Oui, abattus. Car, contrairement à leurs collègues russes et iraniens, ils ne croient plus à ce qu'ils disent... C'est que, avec un chef de l'Etat qui parle comme au café du commerce, un ministre des affaires étrangères qui parle comme un ministre de la défense et un premier ministre qui ne saurait citer, allez, au moins deux pays voisins, les représentants de la République sont gênés aux entournures. Ils ne savent plus où se trouve l'axe...

Ils ont bien conscience de devoir relayer les sornettes, les revirements, la prose d'un "régime" et non de l'Etat. Cet Etat millénaire, qui avait en son temps empaumé l'Orient et caressé l'Occident. Cet Etat millénaire, qui avait ensuite délaissé l'Orient pour étreindre l'Occident. Les diplomaties ottomane et kémaliste avaient un mérite : elles avaient l'ambition de leurs moyens. "Paix dans la patrie. Paix dans le monde", un slogan certes nunuche mais hautement réaliste. C'était l'ère des fameux "monşer", ces diplomates falots qui avaient peur de prendre des initiatives. Qui géraient surtout les crises...

Et en 2002, un professeur de relations internationales polyglotte, islamiste, conservateur, ottomaniste, enfourcha une lubie : "rendre à la Turquie sa grandeur d'antan". Armé d'un livre-programme indigeste, il secoua le cocotier et prôna la "diplomatie pro-active". L'axe était désormais mouvant. On était en Occident ET en Orient. La Turquie était un "grand pays" et son chef, un "leader mondial". Haute technologie ? Néant. Influence culturelle ? Néant. Marques universelles ? Néant. En plantant un palais kitsch au milieu de nulle part, en exhumant d'anciennes tenues ottomanes et seldjoukides, en marchant comme un empereur, on devint magnanime...

Et un beau jour de printemps, on se lança à corps perdus dans la guerre civile syrienne au nom des "valeurs". On était la voix des opprimés. On garantissait la dignité. La doctrine avait évolué : de la "diplomatie pro-active" qui postulait "zéro problème avec les voisins", on passa à la "précieuse solitude" qui se résumait au "zéro voisin et les problèmes en plus"...

Israël ? Un "Etat terroriste" mais... "incontournable". Mavi Marmara ? On s'en fout, passez l'expression, fallait pas s'aventurer à Gaza. Avait-on demandé au raïs ! Les procès contre les militaires ayant tué dix Turcs ? On les a enterrés contre 20 millions de dollars. Les rescapés de l'assaut ? On a endossé la responsabilité. Les Turcs doivent désormais intenter des actions contre leur propre Etat, une blague...

La Russie  ? Un "Etat voyou" dont les avions violent sans arrêt notre espace aérien mais qui achète aussi... nos tomates. Le bombardier russe visé ? Les excuses de la République arrondiront les angles. Depuis, on s'adore. On achète leurs S-400 mais on oublie de préciser qu'on veut également un transfert de technologie. Moscou fait la sourde oreille. La Turquie se retrouve avec une facture de deux milliards à honorer...

La Syrie ? Un pays dirigé par un "président cruel et sanguinaire". Davutoglu avait déroulé les plans pour aller "prier dans la mosquée des Omeyyades". Un vendredi, si possible. Avant de braquer la loupe sur la carte : ah mince, il y a des Kurdes ! Résultat des courses : la Triple alliance avec Moscou et Téhéran pour sauver la peau d'Assad, 3 millions de Syriens dans les rues d'Istanbul et de l'Anatolie, un embryon d'Etat kurde à notre frontière méridionale...

Les Etats-Unis ? "Partenaire stratégique" qui... ne délivre plus de visas. Et qui nous enquiquine avec le procès Reza Zarrab. On avait si bien enterré et enseveli sous mille épaisseurs les affaires de corruption et voilà qu'elles rejaillissent là-bas, aux pieds de l'ennemi, Fethullah Gülen... Et leur ambassadeur est d'ailleurs un type "effronté", il jacasse sans fin...

Barzani ? Un pote qui... nous a planté un coup de poignard dans le dos. Kirkouk tombe ? On fait la fête. On a chassé les peshmergas et installé les séides du "Daesh chiite", Hachd al-Chaabi. Mais on est content. Résultat : on a contourné Bagdad (Al Abadi n'était pas de son "carat") pour fraterniser avec Erbil, qu'on a bâtie de A à Z et, maintenant, Abadi est notre allié... Aucun fonctionnaire, même de catégorie C, n'avait prévu que Barzani pût rêvasser d'indépendance... L'Iran ? Un voisin qui prône un "expansionnisme chiite" mais dont a besoin en Syrie pour... approfondir cet expansionnisme... 

Last but not least. On exige des diplomates qu'ils fassent le service après-vente des rapts de gülenistes dans le monde entier. Et il faut aussi fermer des écoles en Afrique. Il faut expliquer à un interlocuteur doué d'une raison élémentaire que des "partisans Bac+5 d'un imam vivant en Pennsylvanie ont patiemment noyauté les administrations publiques turques grâce à des djinns et des billets de 1 dollar en guise de régiments supplétifs et d'amulettes pour imposer à terme la charia grâce au soutien de la CIA protestante et du Mossad juif". Un conte à dormir debout. Mais un pilier de la politique étrangère...

G 20. Conseil de l'Europe. Union européenne. Organisation de la coopération islamique. Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Organisation de coopération de Shanghai. Alliance des civilisations. "Ey Batı !", "Eh l'Occident !". "Hans a dit ceci, Georges a dit cela, ça rentre d'une oreille pour en sortir de l'autre"...

Incontrôlable, impulsif, le raïs instrumentalise les ressentiments populaires envers des fantômes bien connus : "les sionistes", "l'intelligence supérieure", "les forces obscures". Résultat : la Turquie est devenue un des rares pays au monde à ne pas avoir de politique étrangère. Mais la photo de l'ancien Premier ministre Bülent Ecevit face à un Bill Clinton, le postérieur adossé sur la banquette, reste le symbole répulsif de l' "ancienne Turquie". Celle qui avait au moins un cap...



L'étoile polaire de la politique étrangère ? Les obsessions du raïs, le sauvetage de Zarrab et le coffrage de Gülen, et, surtout, son humeur primesautière. Il hurle, renverse la table, claque les portes. Et les diplomates s'éreintent à revenir au statu quo ante "engueuladum". "Diplomatie pro-active", "précieuse solitude", "damage control". "Nous, nous sommes la République de Turquie, nous ne sommes pas un Etat tribal", aime à répéter le sieur Erdogan. S'est-on seulement demandé pourquoi le président de cette République était affublé d'une référence tribale, "reis"...

mardi 24 septembre 2013

"Et l'ange jeta sa faucille sur la terre et vendangea la vigne de la terre et il en jeta les grappes dans la grande cuve de la colère de Dieu" (Apocalypse 14, 19)

Naguère, lorsque nous étions à l'amphi de l'Inalco, un de nos professeurs avait l'habitude de ponctuer son cours de grammaire arabe de "yâ chabâb !". Le bien nommé Abdelghani Benali. Le mot, innocent dans sa pauvre existence lexicologique, signifie "les jeunes". Du "chabâb" par un "Benali", ça avait de l'allure, à n'en pas douter...

Personne ne sursautait, évidemment; même pas la doyenne, une septuagénaire qui compulsait les journaux tous les jours et qui aimait dire ses quatre vérités au musulman à bavette qui s'aventurait à la "raisonner" ab inconvenienti. Aujourd'hui, le terme fait partie des "mots bannis", de ceux qui puent le sang, qui suent le péché, comme la "Führung" des Allemands, la pestiférée...

Torches et glaives à la main, des musulmans, ici au Kenya, là au Nigéria, là-bas au Pakistan, ont encore massacré. Musulmans, oui; l'auto-définition est libre dans l'islam. Musulmans qui se repaissent de carnage. Une minorité qui éclabousse plus qu'elle ne définit, certes. Mais une minorité qui brise des existences au nom d'un prétendu dogme, une minorité qui force la majorité à tenir les lampes sépulcrales...

"Qu'Allah donne la victoire à Al-Qaïda partout où il se trouve, n'en déplaise aux hypocrites, aux défaitistes, aux efféminés, aux blâmeurs, aux complotistes, aux apostats, aux traîtres et aux mécréants en général" a bien pondu l'autre bâté, "l'émir" de je ne sais quel site odieux. Celui qui touche sans s'en formaliser le RSA, argent d'un État "mécréant". L'inauguration de la nouvelle loi contre "l'apologie d'actes de terrorisme" devait bien revenir à un musulman, n'est-ce pas...

Islamisme, islam rigoriste, islam radical. Ces verrues qui visent des innocents, qui abattent et qui jouissent. Camps d'entraînement, kamikazes, bombes, voitures piégées, le maximum de dommages humains. Le vocabulaire des Assassins imposé à la "religion de la paix" ! Les cris d'épouvante sont unanimes. Mais on entend surtout la tonitruance de ceux "qui ne croient en rien". Et ceux qui croient aux comptes d'outre-tombe croupissent sur place...

Maudire l'Etat qui lui permet de vivre avec madame. Il est tentant de penser que là où il y a musulman, il y a désir de vivre aux dépens de l'argent public. Des types qui obtiennent à l'usure des "droits" à la Sécu ou ailleurs, ça existe. Dans une religion qui impose dans l'au-delà la fameuse "quittance" (helallik en turc), c'est un contre-sens. Reverser ses quelques bonnes œuvres à 65 millions de Français en guise de "répétition de l'indu", ça devrait donner des frissons à un "émir"...

Tout cela pour la charia. Un droit pénal qui fouette, qui coupe, qui lapide; un droit familial qui distingue, qui cloisonne, qui inquiète. Et la morale ? Surtout pas. La formule que le Prophète avait délivré à un bédouin peu enclin au formalisme, par-dessus bord : "crois en un seul Dieu et sois le plus juste possible !". Une religion qui interdit, en cas de conflit armé, d'arracher les arbres, de détruire les moissons et le bétail, de tuer les civils et les prisonniers. Être le plus juste possible, pff...

Célèbre épisode : le Prophète envoya Khâlid ibn al Walîd auprès de la tribu des Bânu Jadhima en vue de leur conversion. Ce qu'ils firent mais le bouillant Khâlid, le "Glaive de Dieu", voulut venger la mort de l'oncle du Prophète due à cette tribu, il "les fit lier et les fit mettre à mort l'un après l'autre. Le Prophète, informé de l'action de Khâlid, fut très affligé; il se tourna vers la Ka'ba et s'écria : "Ô Dieu ! Je suis innocent de ce qu'a fait Khâlid !" (Tabari, Histoire des Prophètes et des rois, éditions de la Ruche, 2006, p. 569).

Dieu dit dans le Coran : "Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste" (Sourate 5, verset 8). Et "n'injuriez pas ceux qu'ils invoquent en dehors d'Allah car par agressivité, ils injurieraient Allah dans leur ignorance" (sourate 6, verset 108). Une sourate qui résume bien l'erreur, la misère et la faute de ces va-t-en-guerre baveux car fielleux. Ah oui, et sourate qui porte bien son nom : "les bestiaux"...

mercredi 4 mai 2011

Goutte de sang dans la mer...

Voilà que le "monde entier" cavalait derrière lui dans les montagnes et les grottes; eh bien, on l'a trouvé dans une villa. Saddam Hussein émergea d'un trou, lui; barbe broussailleuse, tignasse ébouriffée et mine déconfite. On s'en souvient, il n'avait même pas eu l'audace de se suicider. Soi-disant, Osama aurait ordonné à ses gardes de le tuer en cas de pépin. Même lui donc, n'avait pas "osé" faire hara-kiri. Et ses gorilles ont, semble-t-il, rendu l'âme avant de le "saborder"... Résultat : il a été liquidé. Oui c'est bien ça; liquidé. Les Américains, dans un étrange moment de vérité, l'ont concédé : il ne portait pas d'arme. Et vas-y pour un instant d'attendrissement...

Le Président Obama a tenu à rappeler (aux musulmans, sans doute) que le "terroriste en chef" n'était pas "un dirigeant musulman". Un dirigeant, c'est sûr. Musulman, seul Dieu le sait. En islam, la règle est simple : il n'y a pas d'excommunication. Et, a-t-il continué, "sa mort devrait être bien accueillie par tous ceux qui croient en la paix et la dignité humaine". Certes. Mais de là à se réjouir de la mort d'un être humain, il y a un fossé. Il s'avère que je suis opposé à la peine de mort et comme l'a dit Jospin, "je ne suis pas dans la logique du Talion".

"Justice est rendue" nous apprennent les Américains. Sans doute. Nous autres Français et hommes civilisés, n'approuvons pas la méthode; nous avons une conception plus procédurale de la justice. "Les droits de la défense" dit-on, par ici. Là-bas, c'est plus simple : on noie des accusés, on extorque des noms (en l'occurrence le nom du coursier de Ben Laden) et on se réjouit de l'efficacité de la torture... Ça reste donc une "exécution extrajudiciaire" pour un juriste...

Des théories ont immédiatement été mises sur la table : il n'aurait jamais existé (!), il n'aurait pas été tué pardon assassiné, les Américains n'auraient jamais envisagé de lui faire un procès, etc. etc. Comme l'a même écrit un malin, "Ben Laden ne pourra plus nier son implication dans le 11-Septembre". Ouaaawww ! Évidemment, un être simple d'esprit comme moi, benêt, quoi ? d'accord idiot si tu veux, ne hume aucune saveur particulière en lisant ce genre d' "analyses". Il note seulement qu'il y a une "ambivalence musulmane".
On se le rappelle; le Premier ministre turc, Erdogan, avait pondu, dans un de ses moments d'égarement, la sentence que voici : "un musulman ne saurait commettre un génocide". Ah ouais ? Il répondait ainsi à ceux qui dénonçaient le voyage de Bachir en Turquie. Chose étrange, c'est ce même Erdogan qui a sermonné le Raïs égyptien en lui rappelant le Jugement dernier; comme quoi les musulmans pouvaient également être cruels... L'amaurose, dit-on. La cécité mentale. Le défilé : "Il l'a pas fait !", "il n'a pas pu le faire !", "c'est pas lui !", "oui mais il a ses raisons !", "c'est un complot sioniste !", etc.

Comme il fallait bien que les musulmans eussent quelque chose à reprocher aux méchants Américains, la Providence a fait trébucher les grands cerveaux de la Maison Blanche sur un point : l' immersion (ou l'"emmerrissement" ?) du corps. Ces malappris ont tout bonnement jeté le cercueil au fin fond de la mer. "Après avoir respecté les exigences du rite musulman", s'il vous plaît. Mais en bravant la première d'entre elles, le droit à une sépulture... On le sait, en Turquie, le cadavre du plus grand théologien du XXè siècle, Said-i Nursî (le leader spirituel de Fethullah Gülen, imam le plus adulé en même temps que le plus craint de Turquie), avait été balancé d'un hélicoptère, de peur qu'une nouvelle "Kaaba" se constitue autour de son tombeau...

L'article 25 de la Déclaration des droits de l'Homme de l'Organisation de la Conférence islamique, qui est en soi un texte très pauvre, apporte ici une touche particulière : "Dans le cas de guerre, il n’est pas permis de tuer les femmes, les enfants et les vieillards parmi ceux qui ne participent pas à la guerre. Il n’est également pas permis de couper les arbres ou de détruire les bâtiments civils de l’ennemi. Le blessé a droit à la nourriture et à l’asile. Le corps du mort doit être sauvegardé". Osama donc, avec son linceul immaculé, gît quelque part en mer d'Oman. Et si la mer rejetait son corps tel celui de Pharaon (Coran 10 : 92) ?

Certains chroniqueurs turcs prient pour son âme, non pas par sympathie mais par réflexe islamique : "Allah Teala ecrini arttırsın ve taksiratını affeylesin"; en clair que Dieu l'absolve. C'est facile à dire, ça prend quelques secondes, ça n'enlève rien au priant. Mais ça écorche certaines bouches sensibles car viennent à l'esprit, des milliers de victimes (dont des musulmans) et un verset : "quiconque tue un innocent est considéré avoir tué l'humanité tout entière" (5 : 32). Un De Profundis ? Je ne crois pas, non...

dimanche 16 janvier 2011

Men daqqa douqqa مَنْ دَقَّ دُقَّ


On l'avait croisé à Bodrum, le Raïs. En Turquie. L'été dernier. Avec sa légendaire femme. Un yacht loué à 20 000 dollars la journée. Ah oui, hein; puisqu'il faut dire du mal des sortants. Aujourd'hui, le clan a explosé, chacun essayant de trouver un point de chute. Les Tunisiens sont ingrats, mon cher. Ben Ali avait "déposé" Bourguiba, le "père de l'indépendance", pourtant. Le fameux article 57 de la Constitution. Celui qui a permis, avant-hier, au président de l'assemblée d'être "président par intérim". Le pauvre premier ministre n'a pu être président que pendant 24 heures. Il s'était rabattu sur l'article 56, lui. Moins massif. Ça ne fait rien, une petite place dans les livres d'histoire honorera son nom et sa famille. Il sera le "Abdülhalik Renda" de la Tunisie; ce dernier fut président de la République de Turquie par intérim, un jour durant, du 10 novembre au 11 novembre 1938, à la mort d'Atatürk.

Déposer le "père de la Tunisie", ç'aurait été comme chasser le "père des Turcs". Inimaginable. Astagfirullah, d'ailleurs. Que Dieu nous préserve d'avoir de telles pensées. Ils sont ingrats, on l'a dit. Alors que le père Bourguiba était celui qui avait interdit la polygamie et la répudiation. Bon, il était lui-même bigame un certain temps et avait répudié sa seconde épouse mais ça ne faisait rien, le peuple devait suivre ses réformes, pas sa "sunna". Dit en passant, la femme répudiée s'appelait Wassila Ben Ammar, arrière-grand-mère de Madame Besson. Bourguiba avait apporté la modernité; il buvait de l'eau en plein ramadan, il arrachait les voiles, il déconseillait le jeûne. Mais il se targuait en même temps de l'islamité de sa première femme, une française. Il l'avait récompensé pour "tout ce que tu as fait pour faire de mon fils un Tunisien et un musulman". Émotion...

Le père Ben Ali a fini comme le Chah d'Iran. Mais personne n'était là pour le supplier de rester. La figure du fameux pilote qui s'était jeté aux pieds du Chah a été supplantée, ici, par celle d'un pilote qui a refusé d'embarquer la famille Trabelsi qui s'affairait à s'enfuir. Les mauvaises langues disent, en effet, que Madame la Présidente et sa tribu, pompaient avec entrain, les ressources du pays.

Il avait parlé en dialectal, pourtant, Ben Ali. Histoire de communiquer avec son peuple. Après tout, il se devait de descendre à leur niveau; nécessairement bas. Car la masse ignore l'arabe littéraire. Elle l'écoute au journal télévisé et essaie de la lire dans la presse écrite. Mais ça serait tout. C'est bien pour ça qu'ils ne se comprennent pas. La faute au téléphone arabe. Le bouche-à-oreille. La phrase initiale n'a rien à voir avec la phrase d'arrivée. Et on appelle cela une nation. On a envie de hurler, évidemment. Le franco-arabe est devenu le dialecte tunisien. Encore un effet néfaste de la colonisation. N'a-t-on pas vu des pancartes en français ? Un peuple qui s'exprime dans une langue étrangère dans un moment si national, si historique, si mémorable, si intime...

On s'en souvient; en France, un député socialiste avait demandé au ministre de l'éducation de tout faire pour que le président Sarkozy ne parle plus en français "dialectal". "L'actuel président de la République française semble éprouver maintes difficultés à pratiquer la langue française. Il multiplie les fautes de langage, ignorant trop souvent la grammaire, malmenant le vocabulaire et la syntaxe, omettant les accords. Afin de remédier sans délai à ces atteintes à la culture de notre pays et à sa réputation dans le monde", M. le député demandait au ministre "de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires pour permettre au président de la République de s'exprimer au niveau de dignité et de correction qu'exige sa fonction".

Et Monsieur le ministre de l'éducation lui répondit en "français littéraire" : "En ces temps de complexité et de difficulté, le président de la République parle clair et vrai, refusant un style amphigourique et les circonvolutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen. Juger de son expression en puriste, c'est donc non seulement lui intenter un injuste procès, mais aussi ignorer son sens de la proximité. Ses paroles relèvent de la spontanéité et, au contraire d'un calcul, sont le signe d'une grande sincérité".

Eh ben dis-donc ! Merdoyer devient un mérite, maintenant. Car le peuple mériterait un tel langage; sincérité oblige. Et c'est spontané, coco. C'est un peu le Georges Marchais qui faisait sciemment des fautes de français pour exprimer sa "proximité" avec les Français. Merci pour nous... Même Chirac faisait exprès de parler correctement en public afin d'épater la masse. Et il réussissait. Laissons de côté de Gaulle et surtout Mitterrand, les dieux de la langue française. Et soyons juste : Jean-Marie Le Pen est le dernier dinosaure qui sait encore manier le bon français...

En réalité, Ben Ali souhaitait partir en 2014. Il l'avait dit, à son peuple : "je vous ai compris mais vous aussi, comprenez-moi !". Un rab de trois ans pour amasser plus, sans doute. Le temps idoine pour s'octroyer un article de la Constitution, peut-être. Ou le temps que sa promesse s'oublie. Eh non ! Une manoeuvre donc, il a déguerpi le jour d'après. Ultime paradoxe : le président du pays le plus sécularisé et le plus laïcisé du monde arabe a trouvé refuge en Arabie Saoudite... Un vendredi, en plus, un jour saint...

L'Arabie a l'honneur d'être un havre pour les dictateurs, comme on le sait. C'est commode : il n'y a pas de presse susceptible d'enquiquiner, ni une société civile qui appellerait à leur couper la main. Condamné à la prison à vie, Nawaz Sharif, était en exil en Arabie. Idi Amin Dada, dictateur ougandais, également. Khaleda Zia, la première ministre bangladaise, qui devait bien avoir quelque chose à se reprocher, de même. D'autres pays arabes démocratiques s'étaient également bousculés pour honorer le droit d'asile. Les Émirats arabes unis avaient accueilli Pervez Musharraf et Bénazir Bhutto en son temps, le Qatar, l'ancien putschiste mauritanien Ould Taya, le Sénégal, Hissène Habré, l'Egypte, Nimeiry (celui qui avait pendu le réformiste musulman Mahmoud Mouhammed Taha).

La France fait son coq, dorénavant. Elle a "lâché" Ben Ali; sa famille, en vacances à Paris, a été soigneusement expédiée. C'est pathétique; la France prend les mesures pour "bloquer les mouvements financiers suspects". Il y a encore un jour, la ministre des affaires étrangères insistait pour envoyer les forces françaises de sécurité dont le professionnalisme pouvait aider les forces de l'ordre tunisiennes à mater dans la dentelle...

Tous les exilés tunisiens se mettent à rêver sur le dos des "fauteurs de trouble", aussi. Les "opposants historiques" commencent à faire entendre leur programme politique et leurs recettes de là où ils sont. Les "nouveaux résistants" de l'intérieur se découvrent des c... . Les médias ne savent pas comment évoquer ce qui se passe; c'est qu'ils étaient habitués à faire des ronds de jambes. N'est pas résistant qui veut... On se souvient du fils du chah d'Iran lorsque les manifestations faisaient craindre une chute de la République islamique en 2009. Reza Pahlavi, pas l'autre, le cadet, celui qui s'est suicidé dernièrement. Reza espérait un retour. Il déclarait être en réserve; au cas où. Comme si le mot République était souillé pour un bon moment et qu'il fallait une monarchie. Cela dit, les Pahlavi ne sont qu'une dynastie toute récente. Et je pense que les Kadjars ou mieux, les Safavides ont beaucoup plus de légitimité pour monter sur le trône. "Un roi doit avoir les mêmes souvenirs que ses sujets" (Jean-Paul Sartre, Les Mouches). C'est mon côté royaliste qui s'agite...

Car vouloir la restauration de la monarchie n'a rien de répréhensible, c'est un régime politique. Et il n'a aucune raison de "puer". La famille ottomane, par exemple. Elle serait bien à la tête de la Turquie, non ? Quoique ses membres sont trop modernes pour la société qu'ils seront chargés de diriger. Tant pis; on préfèrerait la sultane Neslişah aux kémalistes complexés (un pléonasme, d'ailleurs)...

La Tunisie méritait ce changement; comme tout pays "occupé" par un autocrate, évidemment. J'avais eu quelques professeurs tunisiens à la fac. Et j'avais énormément lu la doctrine tunisienne. Ce qui m'a toujours frappé, c'est cette très belle écriture qui caractérise les francophones d'Afrique. Par exemple, lire le Sénégalais Kéba Mbaye (paix à son âme) est un vrai délice. Écouter un intellectuel africain est un des plus beaux exercices au monde. Mes professeurs parlaient peu de politique, évidemment. On les comprenait. Et on avait pitié pour eux; de si grands juristes, avait donné la Tunisie. Mais elle leur faisait peur. Il y a aussi, les Charfi, les Ben Achour, les Djaït; les grandes familles intellectuelles du pays. Yadh ben Achour, je l'ai déjà dit, est une sommité, pour moi.

Tous les dictateurs des pays arabes, qui ont tous, à y regarder de près, la même teinture de cheveux, ne pourront plus ronfler tranquillement, dorénavant. Ils ne dormaient déjà que d'un oeil. Dictature oblige : "la puissance qui s'acquiert par la violence n'est qu'une usurpation et ne dure qu'autant que la force de celui qui commande l'emporte sur celle de ceux qui obéissent" (Diderot, Encyclopédie, article "autorité publique"). C'est une jurisprudence quasi-constante : ça finit mal. Saddam, Ceaucescu, Ben Ali, Dadis Camara, Mengistu, Mobutu, etc. etc. Si bien que la seule question que tout le monde se pose quand un dictateur s'installe, c'est : "comment va-t-il finir ?". Hein Moubarak ? Hein Bachir ? Hein Khaddafi ? De son côté, le secrétaire général de l'OCI, qui doit sûrement siroter un diabolo fraise avec Ben Ali, à Djedda, affirme "sa solidarité avec le peuple tunisien". Merci bien.

Il faut avoir une pensée pour Mohammed Bouazizi qui, un beau jour, avec son étal, a renversé un régime qui a su tenir moins d'un mois. Il s'est sacrifié, que dire de plus. Ce n'est pas rien que de faire basculer tout un peuple du soliloque à la "causerie nationale". La Tunisie est malade. "Il y a plusieurs médecins à son chevet, modernes, traditionnels, chacun propose ses remèdes, l'avenir est à celui qui obtiendra la guérison. Si cette révolution triomphe, les mollahs devront se transformer en démocrates; si elle échoue, les démocrates devront se transformer en mollahs" (Amin Maalouf, Samarcande). Ce n'est peut-être pas si simple, si tranché. C'est pourquoi, ceux qui ont des entrailles pour la Tunisie n'ont qu'une simple prière à la bouche : bon courage.

samedi 11 avril 2009

Poncivité

Le Président Obama a bien fait de passer en Turquie; il a replongé la Nation turque dans les débats interminables sur la laïcité. Un sujet que tout Turc doit maîtriser. Sa déclaration était laudative, pourtant : "la Turquie est un modèle car elle se trouve au confluent de l'Est et de l'Ouest". "Turkey is in the middle of everything". Applaudissements. "Et oui, vous avez ce formidable sésame : la laïcité". L'on a bien compris qu'il n'a pas suffisamment planché sur la question avant d'atterrir en Turquie; ou plutôt, comme personne ne comprend rien au système laïque "à la turque", il ne fait que répéter un cliché. Comme une épithète homérique : la République turque laïque. A tout bout de champ.


Les laïcistes sont heureux, évidemment : "t'as vu, il n'a pas dit 'pays musulman' et en plus il a fait une référence appuyée à la laïcité"; déclamer son respect pour Atatürk signifiant mécaniquement "référence appuyée" à la laïcité. Un journaliste s'est mis à compter le nombre de fois où le mot "secular" a été débité par Obama; résultat : une seule fois... Donc "référence appuyée". Ces jours-ci, les néo-conservateurs, constatant que décidément islam et démocratie ne font pas bon ménage au Pakistan et en Afghanistan, ont repris leurs vieux habits de boute-feux. "Bon, c'est terminé, chers amis, chers ennemis, on oublie l'islam modéré; on ne veut plus d'islam tout court !". Ils inondent donc les "papers" de leurs profondes réflexions en fustigeant, cette fois-ci, le risque réel de voir la Turquie basculer; et le "tordant" dans tout cela, c'est que certains journalistes turcs s'appuient sur ces "analyses" pour nous demander de bien croire que vraiment, on bascule vers un régime sharaïque. "Arrête de nous railler, c'est les Américains qui le disent !", "Oui mais leur Président vient de dire que la Turquie était un modèle et vous l'avez applaudi !", "Allez, allez, arrête de dire la vérité !". Des humoristes. "C'est incroyable, cette faculté déconcertante qu'ont les faits à s'aligner dans le même sens pourvu qu'on les éclaire d'un seul côté à la fois" disait André Leroy-Gourhan...



Personne n'a encore osé se désoler publiquement du rôle que joue la Turquie dans l'Alliance des civilisations; la Turquie se fait le porte-voix des pays musulmans; tentation ottomaniste. Cauchemar pour certains; "mais euh, nous ne sommes pas un pays musulman, à la fin ! Tiens, il faudrait que l'on sorte de l'OCI aussi, ça'l fait pas". D'accord.


Et d'ailleurs, ont relevé les spécialistes, Obama a dit "démocratie laïque" et non "république laïque". "Eh ben, vas-y balance, qu'est-ce que tu veux dire ?" Enorme différence : c'est la guéguerre des mots dans l'apparence mais qui cache, en réalité, une très importante dispute conceptuelle en Turquie. La laïcité est perçue comme le principe "biotique" de la République. Les "Républicains" sont donc ceux qui hypertrophient cette seule dimension. Les "démocrates", eux, estiment qu'une seule République laïque ne fait pas l'affaire; il faut une guirlande de plus : la démocratie. On les appelle donc les "ikinci cumhuriyetçiler" ("les partisans de la Seconde République", autrement dit, une République avant tout démocratique et libérale). Et ils ont le soutien du Président Obama. Jadis, Barroso avait parlé d'une "laïcité démocratique" et les "Républicains" avaient mêmement gémi...


Voilà donc une révélation, en tout cas : la Turquie est un modèle. Une frange de la population n'en croit pas une miette : "nous, un modèle ? tu rigoles ! T'as pas vu notre First Lady voilée, un Premier ministre qui est issu d'un lycée religieux pfff!". Les étrangers "arriérés" attendaient ce feu vert; ils se mettent donc à éplucher le système démocratique et laïque turc : "alors, voyons ce que nous allons copié, allez ouvez les livres : alors, interdiction des confréries; interdiction d'apprendre le Coran avant douze ans; tiens, dernière perle en date : interdiction pour une femme voilée d'être la déléguée d'un parti politique pour surveiller les urnes; interdiction pour les voilées de fréquenter l'université; interdiction pour une conseillère municipale de sièger avec son voile, voilà pour les soucis des majoritaires; pour les minoritaires, interdictions et brimades tous azimuts pour les Alévis; interdiction pour les orthodoxes d'ouvrir leur école de formation des popes à Heybeliada; interdiction pour le Patriarche de Constantinople d'accoler à son titre le qualificatif "oecuménique"; interdiction pour les chrétiens d'évangéliser, etc.



Voilà donc pour le modèle. Un modèle que Pakistanais, Afghans et Arabes s'empresseront d'adopter... Et voilà que Kouchner aussi, s'y met; le dernier des pro-Turcs s'en est expliqué : "franchement, après l'épisode de Rasmussen et les critères religieux sur lesquels le choix de la Turquie a reposé, je dois dire que la laïcité recule en Turquie, c'est la raison pour laquelle je ne suis plus favorable à la Turquie dans l'UE". Sage décision. Mais mauvais raisonnement. C'est qu'il n'a pas trop planché non plus sur la question. La Turquie où même les majoritaires sont levraudés, se désengageraient de la laïcité ! Effectivement, mais pas pour glisser vers le "régime craint" mais plutôt vers un régime liberticide sui generis. "Tu mens, regarde le gourou Fethullah Gülen commence à se mêler de politique et le vieil islamiste Erbakan redescend dans l'arène, t'as vu, c'est un projet !"



Un modèle. L'on aimerait bien que ce soit un modèle; mieux, un phare. Mais la Turquie n'est pas elle-même apaisée; comment exporter son système démocratique et laïque inachevé ? Et au nom de quoi exporter ? Le simple respect des droits de l'Homme suffit amplement; ce que la laïcité (au sens "brut" du terme) postule, la démocratie le contient; les nôtres veulent absolument voir le mot "laïcité". Car ils sont républicains et donc porteurs d'une mission; celle de se débarrasser de l'influence religieuse... Légitime comme combat. Mais mené en tapinois. Sinon, ils l'auraient su : un partisan de la laïcité, c'est celui qui défend la cause des voilées vilipendées, des orthodoxes spoliés et privés de théologiens, des Alévis ignorés et proscrits. Ils sont "républicains"; et la démocratie ne ferait que renforcer la "véritable laïcité". Voilà toute leur peur...

dimanche 30 novembre 2008

De ira : nil mirum !

Et voilà un nouveau bain de sang au nom de l'islam. Des attaques, des morts, des blessés, des familles foudroyées, des pleurs, du sang, etc... L'indignation est, évidemment, de mise. Alors, on répète inlassablement que ce terrorisme ne peut avoir le qualificatif musulman, que ces gens-là ont sans doute des motivations religieuses légitimes mais que les moyens et la méthode n'ont rien d'islamiques. "Ca tombe bien, on parle d'islamistes de toute façon !".

Les Indiens tournent mécaniquement la tête vers les Pakistanais; "avoue ou j'te bute !", "mais, ce n'est pas nous, ce sont les terroristes", "c'est ce que je dis"... Au moment où l'on apprend que les services secrets pakistanais vont se calmer, ça ressemble à un baroud d'honneur. Toujours cette ronceraie : le Cachemire; un poison britannique. Le successeur du Général "fired", le "Widower" Asif Ali Zardari jure, on veut le croire mais il n'a jamais été enclin à dire la vérité, on doute. Et on se rappelle ses sorties mielleuses depuis son accession, c'est un homme de la conciliation; il a même proposé de fournir de l'aide aux inspecteurs indiens en leur envoyant son chef des services secrets; ce dernier a admirablement toussé, on n'a plus insisté.

Or, tout le monde connaît la source de ces "tragédies" : le sort des musulmans et le conflit israélo-palestinien. Un autre poison britannique. J'ai l'impression que connaître l'histoire de la Grande-Bretagne suffit amplement à comprendre l'histoire de la planète. Un sentiment. Elle est partout : aux Etats-Unis, au Canada, au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique. De l'esprit jusqu'au bout des ongles.

Tiens, voilà qu'encore une fois, des fanatiques portent atteinte au droit de propriété des Palestiniens. "On veut restaurer l'antique Israël". Les autorités font semblant de s'intéresser à la détresse des Palestiniens, on nous rappelle que c'est une période électorale, qu'il faut modérer, nuancer les propos, qu'il faut patienter encore un peu. La Cour suprême pond des décisions honorables de sorte que les "résistants juifs" redoublent de hargne. Olmert sur le départ se trouve des c... au c... La raison se sent disqualifiée quand l'interlocuteur oppose un argument historique : la persuasion contre la fixité mentale, l'explication contre le dogmatisme. Les Juifs sont divisés, et comment ! Certains sont pro-nazis (la Patrouille 36), d'autres antisionistes (les Haredim), d'autres encore rêvent d'Eretz Israël, on ne s'en sort plus.

Et les musulmans trinquent encore une fois; ce n'est pas une formule de style, on le sent concrètement : un jour, alors que je marchais tranquillement dans la rue, un exploit, un "type" m'accosta et me demanda si j'avais un lien de parenté avec Ben Laden; "comment ?", "vous ressemblez à Ben Laden avec votre barbe, j'chai pas moi, l'habit ne fait pas le moine"... Ayant compris que lui-même n'avait sans doute pas saisi le sens de l'expression qu'il utilisait, je m'éloignai. Etre pris pour un juif ou un Libanais, je ne m'en offusquais plus, mais la possibilité d'être confronté à une telle bêtise, je l'avoue, je n'y avais jamais pensé. Et la barbe que je porte devient alors, instinctivement, un signe de protestation et de solidarité. Je l'ai mauvaise.

Les poudres ont été disséminés par ceux-là mêmes qui s'indignent les premiers; "c'est du passé, vieux, passe à autre chose". Apportez de l'espérance, vous qui entrez; c'est un cercle vicieux : les musulmans pourchassent les terroristes qui salissent la Religion, les terroristes tuent les Occidentaux qui ont semé toutes les discordes imaginables par l'Homme, les Occidentaux se méfient des musulmans qui réclament dignité et respect. Ils les butent, on les rebute, ils nous imputent; il l'avait si bien dit pourtant le Président Chirac en 2004; à fouetter le sang : "La communauté internationale doit se rassembler pour lutter contre le terrorisme de toutes ses forces et sans relâche. Mais soyons lucides. Nous devons aussi nous rassembler pour mettre un terme aux conflits qui alimentent la colère et la frustration des peuples, pour lutter contre la misère, l’humiliation et l’injustice qui sont des terreaux de la violence. Nous devons choisir l’espoir, la solidarité, le dialogue et notamment le dialogue des cultures contre la prétendue fatalité d’un choc des civilisations." On attend, comme une fleur. Fiat Justitia...

mercredi 20 août 2008

Will you kindly leave ?

Ca y est. Le "Président-putschiste malgré lui" Moucharraf décampe tambour battant. Il a tenu à être envoyé dignement. C'est un Président de la République.


Il était modéré, nous dit-on. Dans la foi, s'entend. Les Pakistanais le sont en général. "Ne vous inquiétez pas, amis Américains, il boit de l'alcool, il ne prie pas, il voue un culte à Atatürk, donc fréquentable; le type idéal pour lutter contre l'extrémisme...", "Ah ouais, mais comment il a fait pour passer à travers les mailles de Zia ul-Haq ?", "En se faisant petit, voyons, il n'a même pas joué l'hypocrite, tu t'imagines, une sincérité et une audace devant l'islamiste Zia !".

Les Américains le soutenaient. "Il se bat bien hein, qu'est-ce t'en penses ?". Les Talibans ont le coeur à la danse : ses efforts n'étaient certes pas suffisants, il s'amollissait dans la lutte contre eux, d'accord mais il les détestait. Ca suffisait. Tiens, on apprend que ces terroristes ont martyrisé 10 soldats français, des éphèbes dont le poil de barbe n'a pas encore correctement poussé... Que Dieu les absolve.

Bien sûr les Américains chérissent souvent, pardonnent toujours les incartades de leurs protégés : il avait décrété l'état d'urgence pour mieux se faire réélire; il avait même remplacé le désormais célèbre Chaudhry. "Tu ne sais même pas lire correctement la Constitution, dégage, bovin". Erdogan a dû être jaloux : "eh les gars, et nous, on a ce droit constituitionnel ? Allez on va débarquer tous ces kémalistes !". Calme, calme. Le juge constitutionnel Paksüt, dont nous avons raconté si souvent les écarts, n'avait même pas daigné baisser le menton pour répondre aux questions des journalistes. "De quoi avez-vous parlé avec le Général, Monsieur le Juge ?", "Allez, allez, ne fantasmez pas".

Certains journalistes l'invitent en Turquie. Même si il a bien négocié son départ, il court toujours un risque. Les hommes sont ingrats, Nawaz Sharif le sait mieux que quiconque. Et puis, il parle le turc couramment, et c'est un kémaliste, il nous faut des renforts, et il soutient l'équipe de Besiktas, et surtout c'est un ancien putschiste. La Turquie en tire une fierté, c'est le seul pays où les généraux turbulents se portent bien. Un de plus... Espérons qu'Omar al-Bachir, qui aime bien fouler le sol turc apparemment, n'en vienne pas à élire exil dans ce pays. "N'en fais pas une jaunisse, on a besoin du soutien de tout le monde pour avoir ce siège au Conseil de sécurité ! C'est important ! En plus, il veut se refaire une virginité, regarde, il entame des pourparlers avec ses opposants politiques dans son pays". "Bon d'accooord". D'ailleurs al-Bachir jette son jus : le crépitement des "flashes" le rend heureux, il sert la main du Président Gül deux fois pour satisfaire tout le monde. Le Turc, raide comme la justice, arbore un rire jaune.

On ne sait pas encore s'il faut faire la noce ou broyer du noir. Le Pakistan détient l'arme atomique et on ne sait jamais. Et il est en froid avec l'Inde à cause du Cachemire. La Chine n'a jamais été non plus désintéressée par la question. Et si l'on prête l'oreille à la légende "tenace", le tombeau de Jésus y serait... Ah Moucharraf, le fossoyeur de la fragile accalmie. Allez va ! on a bien compris que tu n'y es pour rien dans ton départ; les conclaves se font ailleurs...

dimanche 23 mars 2008

L'impartialité et l'indépendance de la justice

J'avoue qu'une justice qui n'est pas organiquement indépendante ne me gêne pas; pour la bonne raison que l'on ne connaît pas un système contraire dans un seul pays au monde. Le pouvoir politique aime nommer les juges. De la démocratie dans la justice disent certains; je n'arrive toujours pas à comprendre ce que vient faire la démocratie dans le droit (comme je n'arrive pas à comprendre ce que vient faire un jury dans un procès pénal). Mais passons, ce n'est pas si grave puisque tout le monde s'en gausse.
Ce qui m'importe surtout, c'est l'impartialité de la justice. On peut penser que l'un ne va pas sans l'autre; dans ce cas là, il faudrait convenir qu'aucune justice au monde n'est impartiale, ce qui est fort gênant et sans doute faux. En Turquie, on n'arrive toujours pas à comprendre ce que peut bien être une justice impartiale ("tarafsiz yargi"). C'est presque une insulte; une justice qui ne serait pas porteuse de l'idéal kémaliste, lèse-laïcité ! Lorsque le "proc" Yalçinkaya, celui qui a offert sa collection d'articles de presse à la Cour constitutionnelle afin qu'elle délibère sur une bonne base, s'en est pris à l'AKP (parti au pouvoir, voyons !), l'opposition laïcarde n'a ni dénoncé ni applaudi; on entendait la phrase du Professeur Baykal clinquer : "Il nous incombe de nous taire, l'affaire est désormais dans les mains de la justice turque impartiale". Un "coeur qui bat dans la bouche" aurait dit Henri Troyat.
Lorsque, quelques heures plus tard, un autre juge, le Juge d'instruction Öz, a décidé de placer en garde à vue le soi-disant très respecté journaliste Ilhan Selçuk du chef d'accusation d'avoir frayé avec une engeance putschiste, les mêmes s'en sont pris à "l'Etat profond" censé avoir investi les postes importants de la justice. Encore une fois, rire ou pleurer ?
Il ya quelques mois de cela, un juge d'instruction (Ferhat Sarikaya, un vrai martyr de l'Etat profond) avait été chassé de son métier pour avoir cité, dans une ordonnance de renvoi, le nom du Chef d'Etat-major de l'armée de terre (aujourd'hui chef des armées, belle promotion) susceptible de pouvoir éclairer la justice dans une affaire d'explosion d'une bombe dans une librairie; bombe posée par... les forces de sécurité turques. Pas très grave, on sacrifie un juge. Lorsque le juge Chaudhry avait été évincé au Pakistan de son prestigieux fauteuil, les avocats, les intellectuels et la communauté internationale s'en étaient émus et avaient énergiquement protesté. Rien de tel dans le cas Sarikaya.
Aujourd'hui, les laïcistes qui n'arrivent pas à comprendre ce que l'on pourrait reprocher au saint Ilhan Selçuk (pour lequel je n'ai, personnellement, aucune estime) ont donc le réflexe de demander une enquête sur l'enquêteur Öz; il a dû fauter puisque Selçuk est vieux donc innocent (ceux qui le défendent mettent plus en avant son âge, 83 ans, que les griefs qui lui sont repochés, ce n'est pas à cet âge qu'il va entamer une carrière de fasciste n'est-ce pas ?).
Il va falloir jongler dans les raisonnements; si Selçuk est lavé de tout soupçon, la justice aurait prouvé qu'elle résiste aux pressions gouvernemtales, si la Cour constitutionnelle lave de tout soupçon l'AKP, elle aurait prouvé qu'elle n'arrive pas à être impartiale, si les deux affaires se terminent mal, on ne saurait plus qui doit penser quoi, etc. Un dédale. Alors que tout est si simple: la justice turque est partiale (les juges le disent eux-mêmes), gerisi teferruat...