dimanche 26 septembre 2010

Mort en Occident, mort en Orient...

C'est tout lui, que voulez-vous. Mahmoud. Toujours aussi benoît. Il criait encore du haut de la tribune de l'ONU. Le président islamiste qui a volé les élections. Cohérent n'est-ce pas ! Islam et vol ! Islam et violence ! Islam et sang ! C'est qu'il y avait eu des protestations à l'époque. Des tabassages, des gourdins par-ci, des gaz lacrymogènes par-là. D'ailleurs, Mehdi Karoubi reçoit toujours de temps à autre, quelques menaces, fait l'objet de bousculades ici ou là.


Il faut au moins lui rendre l'hommage d'avoir "mis à sa place" le journal ultra-conservateur qui s'en prenait aux moeurs de notre chère First Lady. Faut-il le rappeler, dans l'islam, le fait d'attenter à la pudeur d'une femme sans preuve mérite quelques coups de fouet. Pas de bol, le journal en question est une antenne du Guide suprême. La charia ne s'applique pas dans ce cas. Car quand le Guide se mêle de quelque chose, la Loi de Dieu saute... Dit en passant, Sa Majesté le Guide parle très bien le turc; c'est un Azéri. "C'est quoi le rapport ?", "aucun, c'est pour meubler"...


Il est sensé parfois; la question a l'air pertinente : "pourquoi tant de pleurs pour Sakinah et rien pour Teresa ?". Bonne question. Teresa, cette femme qui serait mentalement peu développée mais suffisamment alerte pour vouloir la mort de son mari et de son beau-fils; histoire d'empocher les assurances-vies. Sakinah, elle, était moins diabolique : faire tuer son mari par son amant. Ça défouraille mieux lorsque l'amant n'a plus le souffle du mari sur le dos, c'est connu. Histoire d'amour. L'autre, histoire de fric. Plus crapuleux...


Mais non, en réalité. Teresa était hébétée par ses substances, elle n'avait pas pu planifier tout cela; c'était son amant qui avait tout concocté. Celui qui devait éliminer les deux hommes. Et ce sicaire a profité charnellement de Teresa, aussi. Teresa est devenue une Sakinah. Un amant qui tue, un mari qui dérange, un avenir meilleur. Et il l'a avoué au tribunal, le salaud. Dit en passant, c'est un assassin qui garde quand même un peu de conscience car beaucoup, à sa place, se seraient déchargés sur Teresa. Mais l'assassin était son amant. Du Sakinah pur jus.


Évidemment, dénoncer une lapidation, c'est toujours plus bandant que dénoncer une mort "par injection létale". Non c'est gentil de leur part. Mille mercis. Car il faut être sec comme une tripe pour passer à côté. Mais on ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas de double standard. Pas pour les beaux yeux de Sakinah, non. Pour ceux de Teresa. Ne méritait-elle pas non plus les évanouissements d'usage des "humanistes" ? Une résolution du Parlement européen ? Des protestations de Kouchner ? de Madame le Président ? N'était-elle pas assez orientale pour mériter le regard de ces bonnes âmes ? Les condamnés à mort de l'Occident ne rehausseraient-ils pas le prestige de celui qui les défend ?


Teresa a été tuée par la justice. Il faut bien faire pleurer les chaumières : on lit : "Au cours de la journée, la condamnée à mort, installée dans une cellule sans fenêtre, avait reçu la visite de son fils, de son avocat et d'un prêtre. Peu de temps avant l'injection, elle a pris une douche, puis son dernier repas : «poulet, haricots verts, gâteau au chocolat et tarte aux pommes»" . Telle est cette "justice" : paradoxalement, on a pitié pour l'assassine.


Il nous reste plus qu'à admirer l'objectivité des médias occidentaux. En Occident, on tue dans une salle perdue d'une prison. Avec un liquide. Devant un dernier témoin obstiné. En Orient, on lapide à force de pierres "ni trop grandes ni trop petites". Devant une foule baveuse. C'est donc juste le degré de raffinement de la scène qui change. Teresa est morte. Passed away. Sakinah a grappillé, semble-t-il, quelques mois voire obtenu une commutation. Victor Hugo, aboulez-vous très cher ! Donnez donc cette leçon d'humanité : "Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l'homme qu'ils retranchent il y a une intelligence; une intelligence qui avait compté sur la vie, une âme qui ne s'est point disposée pour la mort ?" (Le dernier jour d'un condamné). Bon pour l'Orient et l'Occident...

mardi 21 septembre 2010

La quille-3

Alors que Kivanç Tatlitug vient de se séparer de sa "poupée" Idil Firat et de trouver refuge dans les bras d'un chien, Beren Saat, sa tante-maîtresse dans l'autre série, s'est lancée dans un nouveau projet. Et toute la Turquie a attendu avec impatience la nouvelle aventure. Car, il faut le dire, on nous avait susurré une "très belle" scène de viol qui prouverait qu'une actrice est vraiment une actrice et que la société turque n'est plus aussi ringarde qu'avant.


Eh bien, pied de nez au RTÜK, le CSA turc. Beren Saat, Fatmagül dans son nouveau rôle, s'est fait violer en grande pompe, si l'on peut dire. Les journaux ont immédiatement préparé des florilèges de "scènes chaudes" pour bien montrer que la Turquie moderne n'était pas en reste quant aux standards internationaux... La quille, encore une fois. Les bienfaits de la sécularisation.


Et la réalisatrice de la série a su aguicher, aussi; ne vient-elle pas de mettre l'eau à la bouche en déclarant qu'ils avaient travaillé jusqu'au petit matin pour cette scène ! Chacun, dans sa bulle, s'est concocté un scénario. Les acteurs ont-ils fait exprès d'échouer à chaque fois pour rester coller à Beren ? "T'es vraiment un cochon, ce sont des professionnels pfff ! ". En tout cas, pour les coucheries de Tatlitug (Behlül) et de Saat (Bihter), la Turquie entière avait jasé; y avait-il un coussin entre eux ? Saat avait-elle été contrariée par l'haleine tabagique de Tatlitug ? Son petit ami de l'époque l'avait-il plaquée à cause de ces "pétasseries" ? Ah les méninges ! A plein régime...


Cette série est, en réalité, une reprise d'un film des années 80. Hülya Avsar campait le rôle de Fatmagül. On lui a naturellement demandé son avis; "franchement, mon viol était meilleur". Tout Hülya Avsar. La femme la plus olé olé de Turquie. Évidemment tout le monde s'est précipité pour voir "sa" scène; elle avait raison...


Ça désaxe, ça désaxe. Autre "révolution" :

Ne te frotte pas les yeux, jeannot. Si si. En Turquie. Une série en "prime time", mon cher. Certes une scène perdue dans un série qui a une autre thématique, mais quand même. Bizarre mais presque pas de protestations. Seul le réalisateur, en guise de prophylaxie, a dû préciser les choses : "nous ne provoquons pas; pour montrer la bonté dans toute sa splendeur, on doit d'abord montrer les ténèbres dans leur nudité; nous avons montré l'immoralité de ces gens en restant dans un cadre très soft" ! Eh ben ! L'on croyait à une ouverture; non non, c'est plutôt pour les dégrader encore plus ! Encore du chemin à faire...


Tout ça avec un gouvernement islamo-terroriste. Viols, homosexualité, nudité à longueur d'émissions. La Turquie, très chers. Huzurlarınızda... Je n'y suis absolument pas contre. C'est juste pour "démontrer" que les laïcistes qui disent avoir peur exagèrent ou sont aveugles. L'islamisation, le pipeau du siècle. La Turquie papillonne... Pır pır pır...

vendredi 17 septembre 2010

Vous avez dit nauséeux ? Pécaïre !

Évidemment avoir un ministre de l'Intérieur qui a été condamné pour "injures raciales" n'arrange pas les choses. On se croirait dans un État moyennement démocratique : on expulse des Roms parce-qu'ils sont précisément Roms (le ministère de l'Intérieur prend le plus sérieusement du monde une circulaire dans ce sens), l'exécutif s'en prend aux journalistes et n'en démord pas, le Parlement lèse la liberté de religion de certaines musulmanes et avoue éhontément qu'il s'aventure, les gouvernants se vautrent dans une frénésie de passe-droits alors que l'affiche "République irréprochable" n'a pas encore eu le temps de jaunir, etc. Ce n'est pas la Turquie non, la France. FRANCE.

C'est vrai qu'être tancé à la fois par le Saint-Père, l'ONU, le Conseil de l'Europe et l'Union européenne demande un effort singulier. Surtout quand il s'agit de "la patrie des droits de l'Homme". Même le Lider Maximo fait partie du chorus. Il faut dire que plus la fin approche plus il découvre Jésus, Fidel. Du coup, les sorties de bon sens s'accélèrent. N'a-t-on pas recueilli récemment son mea culpa sur la persécution des homosexuels... Aujourd'hui, il dénonce un "holocauste racial" qui se serait abattu sur les Roms.

Ayant fini de rédiger un mémoire sur l'Organisation de la Conférence islamique et les droits de l'Homme, ça me fait évidemment quelque chose de voir confirmer ce que je déclarais dans mon introduction : "Il n’y a ni Occident ni Orient en matière d’atteintes aux droits fondamentaux de l’Homme. Nul espace géographique ne saurait être accablé plus que les autres ; il existe certes, des différences quant à l’inclination ou à la bonne foi mais nul lieu ne saurait être érigé en modèle dans ce domaine. Les rapports des organisations telles qu’Amnesty International ou Human Rights Watch le montrent très clairement". Un talent fou, il faut, n'est-ce pas, pour rendre ce mémoire au moment où le pays des droits de l'Homme est condamné par une foultitude d'organes ?

De son côté, la Belgique, qui essaie de coller les morceaux, se démène comme un diable dans un bénitier, si l'on peut se permettre; un problème qui n'en est presque plus un : la pédophilie en plein coeur de l'Europe, tue par une Église "humaniste, fraternelle, qui prône l'Amour et blabla". Le pape d'une Église qui a pour "mère de Dieu" une vierge et pour "Fils de Dieu" un célibataire, n'en finit pas de se dire "choqué" par la concupiscence de ses troupes. Le stupre dégouline de partout...


Les musulmans continuent à déranger aussi. Aux Etats-Unis, on veut brûler leur livre sacré; en Allemagne, un Sarrazin (comme une blague !) s'en prend aux musulmans et au "gène juif"; en Autriche, un autre propose un référendum sur les minarets, etc. Si si, c'est de l'Occident dont nous parlons, pas d'un Orient déjà brumeux, évidemment. Là-bas, c'est la routine. N'a-t-on pas assisté au mitraillage d'un bateau de pêche italien par des reîtres libyens; ils les auraient pris pour des migrants. Voilà bien une excuse encore plus écoeurante : mitrailler des migrants ! Il faut vraiment avoir une cervelle "inachevée" pour avancer une telle excuse ! "P'tain, on a pas de bol, Arkoun vient de mourir en plus, on est orphelin dans ces contrées"...

C'est un pays étrange, la France. Ses dirigeants sont tellement obsédés par l'opinion publique, craignent tellement ce peuple régicide qu'ils radotent à qui mieux mieux. Quand Eric Raoult avait avoué que pour lui, Israël, c'était plus important que les retraites, personne ne se fâcha. Un ancien ministre de cette République d'ordinaire si jalouse, déclara sa flamme pour un pays étranger, "voyou" par-dessus le marché. Le rapport Goldstone disait la même chose mais en termes plus feutrés... Mais il s'agissait d'obtenir les voix des juifs. Aujourd'hui, c'est le Président Sarkozy qui reconnaît qu'il s'aligne sur les sentiments du peuple et qu'il n'est pas là pour les corriger. Il dit, en somme, qu'il n'a nullement envie de devenir un homme d'Etat. Il s'agit d'obtenir les voix des racistes. C'est drôle mais son Premier ministre a aussi reconnu que la stature d'homme d'Etat n'était pas ce qu'il désirait le plus; la République se devait de violer la liberté de religion car la société l'exigeait. Il s'agit d'obtenir les voix des intolérants.


Évidemment il ne faut pas confondre le désir de servir son pays et le désir de se maintenir au pouvoir; quand le second devient aiguillon, les politiciens battent la breloque. Ils disent n'importe quoi, pour rester trivial. En matière de droits de l'Homme, quand des "faits de société" contestables trouvent écho dans la législation, eh bien, il nous reste plus qu'une chose à faire : avoir peur... Occident ou Orient, il est sain d'avoir peur.

lundi 13 septembre 2010

Charroi et balayure

Un référendum, c'est toujours risqué comme on le sait; car le peuple, empêtré dans ses misères, court exprimer son mécontentement et non se prononcer sur le texte qu'on lui tend. Car le texte est assez épais, aussi. Et technique. Juridique. Comme quand on nous avait envoyé le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Personne n'avait rien compris; et lorsque le Président Chirac s'était présenté devant les jeunes Français pour répondre à leurs questions, on croyait regarder une comédie. Un agriculteur, une caissière, une infirmière puéricultrice, etc. avaient questionné le Président sur leurs avenirs respectifs. Et M. Chirac avait passé la soirée à être "étonné de ce sentiment de peur" et à répéter "ça n'a rien à voir avec la Constitution". On avait même décelé un "foutage de gueule présidentiel" lorsqu'il avait répondu à une avocate qui demandait la reconnaissance de son diplôme à l'étranger : "Je vais tout vous avouer, je ne connais pas exactement le système de reconnaissance européenne concernant les certificats d'aptitude à la profession d'avocat. Je le regrette, mais je ne le connais pas"...

La même attitude a prévalu en Turquie. Un référendum constitutionnel a été organisé. Grâce au CHP, parti kémaliste, on a appris qu'on pouvait basculer vers un régime dictatorial parce-que le ministre de la justice préside le Haut Conseil des juges et des procureurs (HSYK). Il fallait affoler. Qui, d'ailleurs, a déjà vu le CHP respirer l'optimisme ? Il y a toujours une catastrophe en vue, selon eux. Depuis 1950, année où le parti a quitté définitivement le pouvoir, la Turquie empirerait, suffoquerait, dépérirait. Et depuis 2002, année où l'AKP a pris les commandes, on aurait dû basculer vers un régime type iranien ou indonésien ou saoudien ou encore vénézuélien. Les kémalistes aiment vivre avec des conditionnels. L'AKP aurait un "agenda caché" qu'il va bientôt mettre en oeuvre. Sauf que ce bientôt, personne ne le voit arriver; l'AKP ne sera plus au pouvoir qu'ils continueront, mécaniquement, de clamer que ce parti veut instaurer la charia. Dit en passant, depuis huit ans déjà, le ministre de la justice préside le HYSK...

C'est clair, pourtant; translucide : le HSYK sera dorénavant composé de 22 membres : 4 nommés directement par le Président de la République, 3 par la Cour de cassation, 2 par le Conseil d'Etat, 1 par l'Académie de la Justice et 10 par les magistrats des cours inférieures de tout le pays. Le ministre et son directeur de cabinet seront membres de droit. Le hic : le HSYK se libère de la tutelle des juges des cours suprêmes; 5 sur 22 alors qu'actuellement ils sont 5 sur 7. C'est tout simple. "J'te jure que c'est pour ça !"... Une peur "adamantine"; le mot-clé de la vie politique turque est celui-ci : peur d'un basculement. Mais les nonistes sont malins, aussi; ils étouffent un détail primordial : le projet constitutionnel a été avalisé par la Cour constitutionnelle elle-même, organe kémaliste s'il en est. Elle aurait donc ouvert la voie au sabotage de la République. Suicide, donc.

On a, malheureusement, été témoin d'une immaturité démocratique sans pareil, durant le processus : le Premier ministre a tout bonnement menacé de ne plus recevoir les organisations civiles qui refuseraient de se prononcer sur la révision constitutionnelle ! L'organisation patronale qui, d'ordinaire, aime publier des déclarations sur tout et n'importe quoi, avait décidé de ne pas appeler à voter dans un sens ou un autre. Et Erdogan a explosé : "celui qui reste neutre sera anéanti". Voilà une culture démocratique... Le petit père Kiliçdaroglu n'était pas en reste, évidemment : il s'en est pris de son côté aux artistes qui avaient décidé de voter oui; "dégage de là, pauv' con, un artiste, c'est un dissident, tu peux pas dire oui ! Conteste !", "bah depuis quand un artiste est celui qui dit toujours non !", "chut ! Dis non j'te dis !"...

Évidemment quand on voue des noms à la vindicte populaire, eh bien ces "noms" reçoivent ensuite des oeufs, crachats et insultes... Le Nobel Orhan Pamuk a été conspué en maintes occasions. La chanteuse Sezen Aksu a été rebaptisée "sazan" (= carpe). C'est tendre, tout cela, évidemment. Et quand on pense que les nonistes se plaignent d'être réduits au silence par ce gouvernement fasciste-terroriste-chaveziste... Les journalistes plutôt critiques à l'égard de l'AKP aussi, se sont excusés d'avoir dit oui, c'est incroyable : Balçiçek Pamir, Yigit Bulut, Okay Gönensin. Même Toktamis Ates a dit oui !

On nous a bourrés d'articles de Constitution, d'analyses ardues; certains ont ouvertement menti sur les propositions afin de les discréditer, d'autres étaient dans le cosmétique : "le gouvernement n'a pas sollicité l'avis de toutes les institutions nationales !", "on s'en fout, dites-nous ce que vous pensez du contenu", "bah nan, le gouvernement n'a pas séparé les articles soumis au vote !", "mais on s'en bat, le contenu ?", "oust ! Le gouvernement ne peut pas rédiger une nouvelle Constitution, il est fasciste !", "et le contenu ?"... On note également un scandale autour de la question du voile, encore : une affiche du CHP demandait de voter non pour ne pas voir augmenter les "femmes voilées comme des bonnes soeurs" ! Le dédain, encore et toujours ! Le bon Kiliçdaroglu a immédiatement accusé le gouvernement d'avoir placardé ces affiches et a appelé le ministre de l'Intérieur à faire toute la lumière sur cet épisode; celui-ci a illico acquiescé; résultat : c'est le président d'une section locale d'Istanbul du CHP qui les a placardées. Comme à son habitude, le président du CHP s'est platement excusé...

Résultat : on a déshabillé la République-missionnaire pour habiller la démocratie et on a bien fait. Les Turcs ont récupéré la houlette. 58 % des Turcs ont dit oui. L'essentiel, dans la vie, c'est d'être couvert d'une noble poussière; les nonistes atterriront dans les poubelles de l'histoire, les ouistes pourront se targuer d'avoir apporter ce qui manquait cruellement à cette république béquillante : une pincée de démocratie. Car le chemin est encore long...

jeudi 9 septembre 2010

Joyeuse Fête

Voilà. Terminé. Fin du Ramadan. On est bien contents. Ou déçus. Ou même indifférents. Certains pleurent. "Arrête de déconner !". Si si. Les exaltés. Ceux qui aimeraient bien jeûner tout le temps. Ils ressentent des choses profondes et désirent naturellement faire du rabiot. Un droit, cela dit. D'autres sont soulagés de finir un jeûne dont ils n'ont jamais essayé de comprendre le sens, le ramadan étant perçu plus comme une "coutume" qu'un acte réfléchi de dévotion.

La mère demandait gentiment à son enfant, envahi par une courtepointe censée faire office d'isolant phonique, de se lever pour le repas du matin alors que le père en était déjà au pincement. "Höst, hadi lan...". Ah ces pères, qu'ils peuvent être brutaux; n'est-ce pas ? Les yeux bouffis, la tête brinqueballante, l'estomac déjà rempli, chacun essayait de bâiller comme il pouvait. Le moment idéal pour choper les fameuses "faces de carême". Le plus pieux était déjà en train de moudre, dans son coin, l' "intention" d'usage par laquelle le jeûneur prévient Dieu qu'il va bien jeûner et non entamer une grève de la faim : "Niyet ettim Allah rizasi için bugünki orucu tutmaya". Et tous, en cohue, se dirigeaient vers la salle de bain pour se brosser les dents; une bousculade due au temps. Car à 5 h 34 pétantes, on devait avoir scellé notre bouche jusqu'au coucher du soleil. Plus d'eau, plus de chewing-gum, plus de dentifrice.



Le but, comme on le sait, est de ressentir la détresse du pauvre et de mortifier ses sens. Pas de nourriture, pas de sexe, pas de cigarette. Et donc beaucoup de nervosité. A Yozgat précisément, on avait appris qu'un procureur avait été tabassé par la population affamée parce-qu'il avait osé allumé une cigarette en public. Il "a affiché ostensiblement ses croyances religieuses dans l'espace public", il a donc eu droit à une volée de bois vert. Scandale, évidemment. Comme le Lyonnais roué de coups par d'autres guignols zélés. Voilà à quoi on aboutit quand on vit son islam...


Les discussions théologiques sont allées bon train, aussi. On a appris par exemple que l'heure à laquelle on arrête de manger avait fait l'objet d'un mauvais calcul. Par exemple, hier à Paris, on devait avoir terminé de manger, de boire et de se tripoter à 5h34 selon la Direction turque des affaires religieuses et à 5h37 pour la Mosquée de Paris. Non, nous a dit un théologien turc, Abdulaziz Bayındır. Selon lui, le monde islamique s'est trompé dans le calcul du "fajr"; fajr c'est-à-dire "l'aube naissante", le point de départ du jeûne. En effet, nous a-t-il dit, on prend classiquement pour base le fait que le soleil doit former un angle de 18 ° au-dessous du soleil. Or le fajr, c'est ça :


Et ça, c'est quand on prend pour base 10 ° et non 18 °. Le verbe "fajara" en arabe signifie faire jaillir l'eau; par extension, "fajr" signifie aube, point du jour (donc ni aurore ni lever du soleil). Or à 5h34, rien ne point. Et c'est vrai d'ailleurs. Je me suis "amusé" à le constater de mes propres yeux. Tenez-vous bien : le fajr n'est intervenu qu'à 6h15 ! Soit 45 minutes de jeûne en plus... Elhamdulillah...


Ce même théologien nous a également enseigné qu'il n'y avait pas, dans l'islam, la prière de "tarâwîh". Que ce n'était en réalité que la "prière de nuit" que le Prophète avait l'habitude d'accomplir et non une prière spécifique au Ramadan. Ou encore que les femmes en règle devaient quand même jeûner alors que la jurisprudence classique les en défendait. "J'ai rien bitté, notre jeûne a été accepté ou pas, du coup ?", "oui selon la moitié des théologiens, non selon l'autre moitié; pour Dieu, il faut attendre coco"...

Et aujourd'hui, nous "fêtons" la fin du Ramadan. Les Arabes, c'est demain, eux. Encore une histoire de nouvelle lune mal perçue... Les Turcs se fondent sur la sourate 10, verset 5 : "C'est Lui qui a fait du soleil une lumière et de la lune une clarté. C'est Lui qui a déterminé les phases de celle-ci, afin que vous puissiez dénombrer les années et calculer la durée du temps. Ce n'est pas sans but sérieux que Dieu a créé tout cela. C'est ainsi qu'Il expose Ses signes pour ceux qui comprennent". Les Turcs en déduisent qu'il faut se fier aux scientifiques ("ceux qui comprennent") qui peuvent déterminer exactement le moment de l'apparition de la nouvelle lune ("Il a déterminé les phases de la lune"). Pas donc besoin de voir à l'oeil nu la nouvelle lune puisque Dieu reconnaît que c'est une mécanique. Certes le Prophète a demandé aux musulmans de guetter la nouvelle lune mais à son époque il n'y avait pas encore "ceux qui comprennent"; ce qui, évidemment, n'est plus le cas, aujourd'hui. Voilà bien une explication convaincante.


On va bombancer, donc. On va s'étreindre. On va se réconcilier. Entre Turcs. Car quand nous ferons tout cela, nos voisins arabes, nos frères musulmans, seront en train de jeûner un dernier jour. Bonne fête à toutes les oummas ethniques qui composent la oumma islamique. Car nous sommes musulmans, à la base, donc fièrement divisés. Comme d'habitude...

vendredi 3 septembre 2010

Guingois

Ca commence bien. Quatre morts, deux blessés et un appel à l'extermination. Tout ça pour accompagner le "processus de paix". L'énième. Des papotages sont organisés à Washington. Car c'est une coutume, les dirigeants israéliens et palestiniens ont besoin de l'étreinte américaine. Ils ont besoin de traverser mille terres pour s'adresser la parole. Un arbitre qui ne cache pas, cependant, sa "passion" pour Israël. Tant pis; c'est le seul saint auquel on doit se vouer. Les négociations durent depuis des décennies, tout le monde se connaît, tout le monde a appris par coeur les doléances des uns et des autres, seul le Président des Etats-Unis change de temps en temps mais il reste quand même la seule personne capable de faire avancer le schmilblick. Etrange, quand même. Les peuples concernés, les croyants concernés, les humanistes de tous bords n'ont d'yeux que pour lui, l'Empereur.


Appel à l'extermination, donc. Ou plutôt au génocide divin. C'est l'éminent théologien ultra-orthodoxe juif qui priait ainsi. Le petit père Ovadia Yosef. Avec ses lunettes roses. Abdullah Youssef pour ses compatriotes iraquiens. Un "rabbi". Un maître, quoi. "Heureusement que tu précises, je faisais une crise cardiaque !", "calme calme, rabbi en hébreu voudrait dire mon maître, rien d'autre". C'est que chez nous, musulmans, rabbi signifie littéralement "mon dieu". "Yâ Rabbi" dit-on à longueur de journée. Tiens, prenons le chapelet en ce jour de ramadan : Mon Dieu, my God, mein Gott, Allah'ım ou Tanrım en turc ou мае хчыцау en ossète. Il faut savoir empocher les مثوبة "mathwaba" (sg. ثواب "thawâb"), les "récompenses divines", keh keh keh...

Abdullah donc. Il envoyait au diable Mahmoud Abbas et son peuple. L'anathème, ce que sait faire le mieux un théologien. Le curé lillois, par exemple, qui priait Dieu de foudroyer le président Sarkozy. Une crise cardiaque, par exemple, serait tombée à propos. Khamenei, aussi, aime rappeler son souhait le plus tendre : la destruction d'Israël. Seul le Saint-Père sait faire des louanges, on dirait... Abdullah, "le serviteur d'Allah", a préféré pointé les habitants, les Palestiniens. Car, il faut le dire, ces derniers sont grossiers : ils occupent une terre que la Bible a donné aux juifs; ils refusent de disparaître de la circulation; ils enquiquinent sans arrêt les maîtres. Ils parlent de droits, par-dessus le marché, allez comprendre. On est en 2010 et ils n'ont toujours pas vidé les lieux. "Scandalistique", vraiment...

Et quand on pense que certains se fatiguent les méninges pour le disculper. "Ah oui, regarde, il a dit 'ces' palestiniens, en hébreu ça donne ça : האלה . Ils parlaient donc que de ceux qui haïssent les juifs et toc !" Une analyse grammaticale, donc. Pourquoi pas; tant mieux, d'ailleurs, si Abdullah n'est pas un boutefeu. On s'en réjouirait. On a juste l'impression de l'avoir déjà entendu, cet "esprit élevé". Il parlait d' "anéantir les Arabes", la dernière fois... Et quand on pense que Lieberman s'était dit intéressé par cette rhétorique; le ministre des affaires étrangères, censé être la colombe par excellence de tout gouvernement, avait pris possession de son ministère après avoir déroulé des plans sur la table pour fixer les points de largage de la bombe atomique... "Mais c'est un taré, il faut pas'l prendre au sérieux, pfff, on peut plus rien dire !". Taré ou pas, ministre chargé de la diplomatie; analyse du vocabulaire : diplomatie = habileté à mener avec tact une affaire délicate. CQFD...


C'est que les discussions ont repris. "Directes", cette fois-ci. Les subtilités du monde diplomatique. C'est le "président" déconsidéré d'un "Etat" occupé, assiégé et amputé qui va serrer des mains. Une table a été posée : Hussein Obama va s'y asseoir de "tout son poids", Moubarak va y être installé (c'est qu'il est souffrant), Sa Majesté Abdallah va également chiper une chaise. Et Nétanyahou, évidemment. Le chef d'un gouvernement rempli de ministres bien intentionnés, comme on le sait. Et Abbas a été convoqué pour l'occasion. Et tout commença très bien : à peine, Abbas dit "réfug..." que le Président Obama enchaîna : "Israël est un Etat juif"... C'est comme dire "la Turquie appartient aux Turcs" en ignorant les Kurdes; un responsable turc aurait dit cela, les plus grands défenseurs des droits de l'Homme seraient tombés sur lui. Mais l'Israélien a ce privilège : il peut associer un qualificatif discriminant à son Etat. Et c'est le Président des Etats-Unis d'Amérique en personne qui le proclame; celui-là même qui, en présentant ses voeux, évoque un Etat palestinien "indépendant, démocratique et viable". Démocratique, surtout, lorsqu'il s'agit de qualifier l'Etat des Palestiniens. Et si Abbas insistait pour qu'il soit plutôt un "Etat islamique" ? "Allez allez, si c'est comme ça, rentre chez toi, exile-toi à Gaza, tiens !"... "Etat islamique" déplaît, "Etat juif" séduit. C'est comme ça, jeannot.


Négociation, donc. Sans débarrer porte ni fenêtre. C'est une plaisanterie, en réalité; Abbas crie du seuil de la porte tout comme Nétanyahou. Les extrémistes d'Abbas le poussent, histoire de mieux le qualifier de "traître", les extrémistes de Nétanyahou le retiennent, eux. Abdullah, par exemple. Ou celui qui occupe le ministère des affaires étrangères mais qui aime parler comme un ministre de la défense. Ironie du sort, le ministre de la défense en titre parle, lui, d'une possible division de Jérusalem au profit du futur Etat palestinien ! En même temps, le vice-ministre des affaires étrangères Ayalon (celui qui avait humilié l'ambassadeur turc) dit des choses qu'on a du mal à saisir : il n'y aurait pas que les réfugiés palestiniens dont il faudrait parler mais également des réfugiés juifs qui ont été éjectés des pays arabes où ils résidaient depuis des siècles. Il a raison. On pleurera pour eux aussi, d'accord. Promis. Mais pourquoi ce sont les Palestiniens qui répondent de la bêtise des régimes arabes d'antan ? Mélanger les deux questions, voilà une épine de plus savamment posée sur le chemin de la paix... Monsieur le Vice-ministre, en direct : "It is vital that this issue return to the international agenda, so we don’t once again see an asymmetrical and distorted treatment of Arabs and Jews in the Israeli-Arab conflict". C'est qu'il n'a rien compris au processus, le Sieur : "Israeli-Arab conflict" ! No my dear ! Israeli-Palestinian conflict ! "Ah ouais tiens, tu peux ajouter le conflit turco-chypriote aussi et les masses de réfugiés qu'il a générées", "c'est quoi le rapport ?", "bah j'sais pas, j'tente"...


Les négociations dans les têtes n'ayant pas encore débutées, toutes ces gesticulations n'ont aucun sens. Même si elles prospèrent, l'essentiel reste à faire : faire germer la non-violence et le respect de l'autre. Sarcler la haine. Or, chacun attend vitriol en main. Les colons ont déjà commencé à endosser les sacs de ciment. Les extrémistes palestiniens font tout pour gâter le terrain. C'est quand les musulmans ne se rangeront plus mécaniquement derrière les Palestiniens et les juifs derrière les Israéliens qu'on aura le droit d'espérer. Car l'étalon sera alors la Justice. Le mot est là, prêt : la convivance. Inchallah.

vendredi 27 août 2010

Aheurtement

La Haute-Botte a changé de visage. Le chef d'état-major vient de partir en retraite; il est content, il va s'installer à Bodrum; une ville du sud, très ensoleillée. Durant ses deux ans de mandat, l'armée a été contestée de toutes parts, des plans de coup d'Etat ont été mis à jour, l'incurie professionnelle des militaires, incapables de protéger des casernes situées bizarrement au nez des terroristes kurdes, a été pointée du doigt, des soupçons de collusion entre officiers et terroristes ont durablement plané mais tant pis; le flandrin Başbuğ va finir ses jours dans une villa. A Bodrum.

Un fonctionnaire part en retraite après une désastreuse carrière. La responsabilité n'existant pas pour les officiers, il ne répondra de rien. Il sirotera sa liqueur. A Bodrum. "Ah il la mérite sa retraite hein !"... C'est une coutume : les généraux en retraite "tiennent garnison" au Sud. A croire qu'ils sont éreintés après une carrière de renoncement et d'acharnement. Les terroristes sont là, eux; depuis trente ans. Les généraux ont tous démérité, eux. Tant pis, la carrière est terminée. "La retraite est un droit, coco !", "je sais, je ne dis rien...".

Le haut commandement a changé, aussi. Du coup, des "séances" sont organisées dans les casernes : le partant et l'arrivant font des discours. Le Chef de l'Etat ou les préfets et autres officiels civils sont là. Ils écoutent. Et les généraux, qui se sentent galvanisés par tant de sollicitude, en profitent pour déclamer leurs vues en matière de politique générale et surtout pour répandre les semences de la laïcité. Leur pertinacité est connue. Car personne n'est choqué d'assister, en réalité, à une conférence sur la politique turque; personne ne s'attend, par exemple, à entendre le partant faire un bilan de l'état de ses forces, du ravitaillement, du déploiement, de la haute technologie achetée durant son mandat, etc. Écoutons le nouveau commandant de la première armée basée à Istanbul : "je voudrais spécialement préciser que si les commandants changent, il n'en reste pas moins qu'il n'y a aucun changement dans la position ferme de l'armée de protéger les attributs de notre République que sont l'Etat unitaire, la laïcité, l'Etat social et l'Etat de droit".

Bien. Si le Général se contentait de rappeler que son rôle était de défendre le territoire de la République (et plus précisément la zone de défense d'Istanbul), on aurait compris. Lui veut "protéger la République". L'Etat social, par exemple. Il s'estime compétent pour le protéger. Quel peut être le rapport entre le général qui défend Istanbul et l'Etat social ? Aucun. Pas plus que l'Etat social ou la laïcité ou encore moins l'Etat de droit sont des sujets relevant du chef d'état-major des armées. Imaginons le général Benoît Puga (chef d'état-major particulier du Président Sarkozy) succédant à l'amiral Guillaud (chef d'état-major des armées) nous déclamer une telle prose. Au-delà d'être un scandale, ça serait ridicule. Le Général nous parler par exemple de la laïcité et de l'interdiction du niqab en France ! Eh bien c'est ce qu'il se passe chaque année en Turquie. Un fonctionnaire donne des instructions politiques aux élus. Car un général est un fonctionnaire, au même titre que le directeur général de la police nationale ou de l'office national des forêts ou de la santé. A-t-on déjà croisé un Directeur général de la police nationale parler de laïcité !

La laïcité est un sujet dont tout le monde parle mais dont personne ne comprend l'esprit. On entendait encore hier le CHP clamer sur tous les toits avoir trouvé une solution au problème des filles voilées interdites d'université. Le rapporteur du CHP qui travaille sur cette question, le professeur Sencer Ayata, enseignant à la prestigieuse ODTÜ s'il-vous-plaît, nous donne la recette : on sait que la laïcité turque interdit aux filles voilées d'accéder à l'université; comme on ne peut pas changer cette conception de la laïcité, eh bien on va s'en prendre aux filles voilées. Le Professeur Ayata est content de sa trouvaille : les filles qui montrent un bout de leur chevelure pourront occuper les bancs de la fac ! Voilà l'astuce, donc : défroque-toi et entre...

"Quelques mèches, valla, c'est tout". Mais le Professeur Ayata a bien affûté son plan : pour contrecarrer toute éventuelle dissidence, il a décidé de s'armer de l'avis des oulémas. Il faudra négocier avec eux pour leur "arracher" une fatwa sur le port "partiel" du voile ! Jadis, quand la Cour européenne avait qualifié le voile de signe politique, le Premier ministre Erdogan avait justement gémi : "t'es qui toi pour qualifier le voile ? Seuls les oulémas peuvent le faire !". Et pendant des semaines, le CHP l'avait attaqué bille en tête; le mot "oulémas" faisait peur; la charia était là; on basculait... Et le Professeur Ayata s'en remit également aux oulémas. On se marre, c'est tout... Soit dit en passant, les courants minoritaires au sein des religions ont également droit de cité dans un système démocratique; même si tous les oulémas du monde entier tombent d'accord pour nier la prescription du voile, une croyante, s'appuyant sur sa lecture du Texte sacré, a droit au respect de sa liberté de religion.

Les fascistes restent fascistes; il eut été plus simple d'être intelligent et de lever tout simplement cette interdiction. Les fascistes ont un problème avec Dieu et s'apaisent en s'en prenant à ses ouailles. Les plus grands défenseurs de la laïcité (leur laïcité) sont ceux qui ont un péché à se faire pardonner. Ils veulent donc noyer leurs remords dans le détachement général. Je suis fautif pourquoi tu ne l'es donc pas non plus ? C'est connu, quand quelqu'un, par son comportement ou ses paroles, insinue qu'on vit dans le péché, on se braque. Analysez les tenants de la laïcité-mode de vie, ce sont toujours des personnes qui ont un problème avec la religion.

Les fascistes restent des fascistes; ils veulent soit libérer les femmes voilées malgré elles car, dans leur petite tête, au XXIè siècle, on ne se soumet pas à Dieu soit modeler une partie de la population selon leurs propres goûts esthétiques. Or la laïcité nous impose la sérénité : même si 95 % des femmes vivant en Turquie portaient le niqab, ça serait encore une fois une question de liberté de conscience et non d' "image de la Turquie" ou d' "esthétique en vigueur" ou de "mode contraire à la tradition turque". Car avec l'avènement des droits de l'Homme, la souveraineté des traditions n'a plus cours; l'épanouissement individuel est le seul impératif qui vaille.

On s'en souvient, le président du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, avait lui aussi émis une proposition : attendre que la race des filles voilées s'éteigne un jour ! Quand le CHP se penche sur un problème pour le régler, il complique encore plus la donne. D'un côté un leader, de l'autre un professeur d'université. Du barbotage à profusion. "Allez allez, restez comme vous êtes, plus vous prenez les airs d'un parti démocrate, plus les problèmes ont l'air insolubles". Quand le CHP s'emploie à trouver une solution, il crée davantage de problèmes. Allez, merci; ça va aller...

vendredi 20 août 2010

Ülke müsveddesi ?

Biz, yabancı ülkelerde yetişmiş Türkler için, genel intiba, Türkiye'de "şapşal" olduğumuzdur. Türkiye gençlerinin, bana göre, has bir yetişme tarzları vardır. Hayat ile mücadeleye alışkın olduklarından mıdır yoksa kültürün bir parçası mıdır bilemiyorum ama bizlerden daha uyanık, daha cingöz ve daha hitabetli oldukları açıktır. "Hadi be abi", "sağolasın abim", "ama olmaz ki abicim", vs. gibi laflarla doludur beynim. Mağazada, bankada, takside, otobüsde, heryerde.

Bir gün, oturuyorum durakta; elimde Taraf gazetesi. Adamın biri yaklaştı ve dedi ki : "güzel gaste, gardaş okuduysan, bana ver gasteyi". Şasırdım. "Daha okumadım, kusura bakmayın" dedim. Sonra düşündüm de, "kusura bakmayın"ı niye dediğimi anlayamadım. Daha okumadığım bir gazeteyi vermemem bir kusur değil ki ! Fransızlık içimize işlemiş. Fransızlar neredeyse her cümlenin sonunda "excusez-moi", "pardon" derler. Hapşırır özür diler, hafif itekler özür diler, öksürür özür diler, kapıyı tutmayı unutur özür diler; oradan kalma herhalde. Fransızlığın nüvesi...

Biraz laubali bir toplum mudur acaba, türk toplumu ? Bu bapta, baştan savma davranışlarla sürüyle karsılaştım. Bir bankaya girdiğimde, insanları veznede yığılmış görmek, sırası kendine geldiğinde herkesin insanın özel olması gereken hesap işlerine burunlarını sokmaları, banka çalışanının hiç yardımcı olmak gibi bir derdinin olmaması, vs. Hayatlarından usanmış, işlerinden bıkmış, kendilerinden ve insanlardan ikrah etmiş bireylerden oluşan bir topluma benziyoruz.

Aynı zamanda sert mizaçlı bir cemiyet. Ezilmiş kişilikler ülkesinde olduğumuz için, herkes kabadayılık yaparak tatmin oluyor. Eş kocasından zevk alamıyor, erkek ise herkesin karısana yan bakmakla meşgul olduğunu zannediyor. Aslında Türkiye protokoller ülkesidir : aman fazla sırıtma yanlış anlaşılır (gay filan), aman sözünü ölçerek söyle yanındaki alevi olabilir, aman otobüste kadının yanına oturma yanlış anlar (sapık), aman nazik davranma snop olursun falan filan. Genç bir kadının yanındaki delikanlıyı babasının yanına yollayıp annesini çağırmasına denk düşmüştüm şehirlerarası bir otobüste. Allah'ım, görende Angelina Jolie zanneder. Neymiş, içimize işlemiş işte o kurallara tersmiş. Allah bilir ya, o kadın, koyu bir laikçidir. Hani şu kadın-erkek eşitliği için kendini paralayan takımdan. Tuhaf takıntılar diyarı...

Vasati Türk böyledir, maalesef. Bir de kaçınılmaz "torpil" meselesi var, tabii. Kendimden biliyorum. Ayıptır söylemesi, uluslararası hukuk okuduğum için, yakın bir akrabam beni Dışişleri bakanlığına danışman olarak aldırmak istedi. "Yazılıyı geç, mülakat işi tamam". Bende reddettim, tabii. Çünki ne yazılıyı geçecek isteğim var ne de böyle bir sisteme pabuç bırakacak zihniyet. Prensip olarak karşı olduğumu kimseye anlatamadım. "Salaksın vesselam" hükmünü duya duya tatil yaptım... Birde tapu müdürlüğündeki memur çerkez çıkmaz mı ? Işlerimi hızlandırdı sağolsun. Hani aslında zaten yapması gereken işi yaptı da, güler yüzüyle ilgilenmesi kâr oldu.

Dışarda ise, Türkler civelek bir topluluk olarak bilinir. Doğrudur. O ilk andaki soğukluğu kırabildikten sonra gerçektende derviş-nihâd insanlar oldukları doğrudur. Ama seviyesizliği şirinlikle veya cana yakınlıkla karıştırmamak lazım. Lüzumsuz insanlar çok. Hani "göbeğini kaşıyan adam" demişti Bekir Coşkun da, herkes çullanmıştı. Konsept doğru bir konsept ama içini yanlış tasvir etmişti. Vatandaşlığın ne olduğunu anlamayan, Devlet denen kurumun neye yaradığını bilmeyen, sadece sömürülmesi gereken bir aygıt olarak telakki eden, uluslaşma diye hiç bir derdi olmayan insanlardır göbeklerini kaşıyan adamlar. Ve maalesef, bunlar az buz değil...

Türkiye'yi, rakik insanların ülkesine ifrağ için çok uğraşmak gerekiyor. Işte o zaman Türkiye'ye gelmekten kâm alırız. Gelişi güzel yapılan işler, birbirine düşman kitleler, çıldırtan bir bürokrasi. Hissî ve fikrî tezelzüle mübrem. Buna bir ülke denmiyor, çünki. Fransız kaldım...

lundi 9 août 2010

Karşılaştırmalı gazetecilik kültürü

Gazetecilik güzel bir meslektir aslında. Hani okul bitti ya, bende kendime iş arıyorum. Geçen bir program izliyorum. Sadece basın mensupları toplanmış, sanki her alanda ihtisas yapmış gibi, döktürüyorlar : gazze olayı, anayasa hukuku, iç politika, falan filan. Helal be diyorum, ne cüret !


Aslında iki tür gazeteci vardır : haber peşinde koşan haberciler (ki bunun zirve adı, Günter Walbraff'tır) ve gazete okuyan haberciler. Bu ikinci şıktan olanlar ne şanslıdır, var ya ! Sabah kalk, git gazeteye, bütün gün gazete köşe yazarlarını oku, akşama doğru yaz yazını, akşamları da geç televizyon stüdyolarına, oradan buradan öğrendiklerinle mantık yürüt ve fikir sun. Oh. Ay sonunda da, dolgun bir maaş. Hafta sonları da, operaya gittin mi tamam. Oluyorsun bir kanaat önderi.


Fransa'da yazılı basının gazetecileri, la crème de la crème'dir. Bir konuya vakıf olur ve köşe yazısı değil, haberi yazar. Yani tam anlamıyla muhabirlik yapar. Aç Le Monde'u, dini konuları yazan hep aynı insandır, uluslararası konuları yazan da hakeza, iç politika, bilim, vs. Televizyonda gazetecilik yapanda, ancak lafı ağzına tıkar, neymiş, zaman su gibi akıyormuş ! Ee bir saatlik oturum için, sekiz kişiyi dâvet edersen böyle olur... Önemli bir fark vardır : Türkiye'de tartışma programlarının ucu açıktır, anlat babam anlat; Tarihin arka odası misal, beş, altı, yediye kadar sürer. Fransa'da öyle bulamassın, her şey planlıdır. Zaten gazeteci pek konudan anlamaz, süs püsle ilgilidir. Derinliğine bir şey anlattırmazlar. Onun için yazılı basın daha önemlidir; bilgiyi oradan kaparsın. Türkiye'de tam tersidir : gazeteyi aç, bomboş. Kocaman bir resim ve altına, aynı şeyi söyleyen cümleler. Aynı kelimeler, analiz sıfır. Mecbur gene düştün köşe yazarının eline.


Bir ara, laiklik üzerine bir makale yazıyordum; baktım ki bütün hocalar kapmış bir köşe, döktürüyorlar doktrini. "Ulan arkadaş bu ne ?" diye sordum bir Türk öğrenciye. Makalemin dipnotları gazete referanslarıyla doldu. "Ee, dedi, bizde nerede öyle Fransa'daki gibi ihtisas dergileri ! Hocalar makale bâbında ancak köşelerde yazıyorlar". Bir bakıma da iyi, halkta yararlanmış oluyor ama sanki ciddiyetten uzak gibi duruyor. Düşünsene dipnotları : Le Monde, 8/12/2006, sayfa 7; Liberation, 17/02/2010, s. 23; Le Figaro, 3/01/2005, s. 2, vs. Olsa olsa, L'Esprit'den, Les Temps modernes'den, L'Histoire'dan, Le Débat'dan filan referans verirsin Fransa'da. Daha alımlıdır.


Bende bir ara, kaptırdım kendimi, "abi, dedim bir arkadaşa, beni de köşe yazarı yapsana", "höst, dedi, oraya gelmek için kırk fırın ekmek yemen lazım", "gözünü sevim, dedim, Nazlı Ilıcak'ın, Bekir Coskun'un, Tufan Türenç'in neresinde bu ekmekler ?", "sen öyle san, üstadlık öyle çatkapı olunmuyor". Benden de muhabir olmaz ki ! Ben koltuğuma iyice oturayım, aklımdan geçeni yazayım istiyordum. Neyse ki, düzeltti arkadaş, "gazeteci dediğin, aslında bir üniversite hocası gibi çalışır, durmadan araştırır, düşünür, yazar; var mı öyle hemen ordinaryüs olmak, hadi canım, çalış Allah verir...". Bende amin dedim. O gün bu gün, telefonun çalmasını bekliyorum...

lundi 2 août 2010

Tatil...

Türkiye'ye giden bilir. Inersin havaalanına, hemen Istanbul'un nemli havası şap diye yüzüne yapışır. Cehennem anacım cehennem. Sıcaktan nefret ederim. Annem şanslıdır; hep üşür o. Bende sol elimde mendil, sağ elimde pervâne, canımı kurtarmaya çalısırım. Istanbul'u ben kitaplarda seviyorum galiba. Hep yazları görmüşümdür; bunaltıcı güneşin altında dolaşana aşk olsun. Ben tatilde evden dışarı çıkmam...


Eh işte geliyorsun. Eş doşt kuyrukta seni bekliyor. Aynı konuşmalar, aynı istihzalar, aynı yapaylık. Akrabalıktan hulûsiyet çıkmaz azizim. Senede bir kere gördüğüm insanla ne paylaşıp samimiyet kurabilirsin ki. "O kadarcıkta rol yap canım sende" diyebilirsin. Mecbur yapıyoruz. "Ay canım canım, halasının yakışıklısı, ne de hoş olmuşsun böyle, muah muah". Külliyen palavra tabii. Redd-i kelâm yapamıyacağına göre, sende şiştikçe şişiyorsun, "senide iyi gördüm ha, maşallah iyisin, özlemişim be !". Sûâlât faslından sonra hedâyâ, tabii. Pazardan aldığın "koton" gömlek, çay, kahve, çorap. Alan râzı, veren râzı. Hoş şeyler. Ondan sonra mekûlât. Ye, iç, yat.


Istanbul'da evim olmadığı için, orada kalmayı sevmem. Köyü severim, ben. Yozgat'ta, üfül üfül poyraz esen köyüm. Babam, annem, ablam, iki abim, dedelerimizin istirahatgahı. 2007'de ölmüştü babam. O üç senede, iki amcamı ve bir halamı kaybettim. Köye ilk kez geliyorum 2007'den beri. Aynı olmaz tabii. Imdat amcam vardı mesela. Çok komikti, sülalemizin köşe taşlarından. Derin üzüntü duymuştuk ölüm haberini aldığımız zaman. Daha 50 yaşlarındaydı. En çok hatıram olan insanlardandır : camiide, evde, adliye sarayında, belediyede, kahvede, hastanede. Sebeb-i muhabbet işte şana...


Niye yalan söyleyim, çok az insan özlerim ben. Gariptir ama öyledir. Imdat amca özleyebildiğim nadir kişilerdendir. Nur içinde yatsın. Bir gün, namaz kılarken gördüğümde şaşırmıştım. "Aman amca, marksisliğe ihanet ediyorsun" dedim, sanki benim gençlik ülküdaşımmış gibi. "Sen ki eczacılık fakültesinde devrimciydin". "Ee öyle yavrum, öyle..." demişti de gülmüştüm. Tabii çerkezlerde öyle laubalilik olmaz, hemen bir "Allah kabul etsin canım" ekledim. "Canım" kelimesi fazlaydı galiba...


Hani bizim de Gaulle derdi ya "köye geldiğim zaman onarımdan geçerim ben"; veya Agatha Christie ablamazın "şehirlerde var olunur, köyde yaşanır" lafı. Hepsi doğrudur. Şöyle bir Fransa'ya gittim; Paris'te metro stasyonunun içine. Koştur Allah koştur. O kadar ki, kapılar kapanacak diye, heyecandan çantamı metronun içine atmak üzereydim. Ne akıl diye son anda düşündüm. Ulan çantanın ne işi var metroda sen dışarıda kaldıktan sonra. Yok anam, yaşanmıyor. Şaşırıyorum üstâdım, beni bile heyecanlı, stresli, aceleci yaptı bu şehir hayatı. "Aman git" dedim, "istikâmet köy"...


Bir de, hani sanki bizim köy, hayalet yatağı. Efendim, tuvalete destur demeden girme, şurası cin sokağıdır, şurada bir veli yatıyormuş, ay sesler duyuyorum, köpekler ezanla birlikte havlamış, rüya gördüm, falan filan. Heyecan içinde yatarız. Cuma gecesi ruhlar gelirmiş diye, camda beklediğimi bilirim ben. Hani şu "ruh hali" (deyim yerindeyse) varya : korku filmini izlersin ama gözlerini kapatırsın. Bu da öyle : gelecek mi biri acaba. Metafizikle oldum olası aram iyidir. Ruhlar, cinler, ölüler, ölüm, ilgi alanımdır. Ama aynı zamanda ödüm patlar.


Köyde, en sevdiğim yer, mezarlıktır. Öyle fetiş anlamda değil. Sevdiklerim orda olduğu için. Ebeveynim karşımda yatıyor. E duygulanıyorsun haliyle. Babamda öyle bir insandı ki sorma gitsin. Hani derler ya "babam olduğu için söylemiyorum ama...". Hani hapşırdığımız zaman, "çok yaşa" deriz ya, bende tik olmuş, "tövbe de aslanım" diye hemen düzeltiyorum. Ne işim var benim uzun yaşamla. Gerçi kimin ne işi var şu hayatla, hiç anlamam. "Herif sende, Mevlana kesildin" diyebilirsin. Karşımda yatanları görsen, sende pûyân olurdun. Pür-şer arkamda, pür-huzûr karşımda. Daha ne diyeyim...

lundi 26 juillet 2010

Brassage

"Tout un aria j'te jure ! Le salaud ! " avait lâché une amie. "Mais de quoi tu parles, tu déprimes en direct ?" m'étais-je empressé de l'interroger, "j'vais m'sevrer d'amour, tiens !", "t'es pintée ou quoi, c'est pas bien de boire, c'est haram en plus !", "il m'a épuisé, il m'épuise encore et toujours", "pourquoi ? Il se rase tous les jours ?", "mais qu'est-ce tu racontes !", "un charabia, comme toi"...


Quand on assiste à une déflagration de colère en direct, il faut, pour calmer son vis-à-vis, charabiater. C'est comme un coup de massue. Ca marche toujours. La personne n'ayant rien compris à la réplique, s'arrête net. Comme on le sait, celui qui fait une crise d'humeur a toujours besoin soit d'un contradicteur qui va essayer de le raisonner et qui va donc, ipso facto, l'exalter encore plus soit d'un aiguillonneur qui, comme son nom l'indique, va aggraver la situation en versant du fuel. Une sorte de comédie tirée au cordeau : l'un raisonne ou excite, l'autre hurle, dévide son chapelet, suffoque et se calme. Mais quand l'ami ne fait ni l'un ni l'autre, c'est la catastrophe. Car on ne passe pas à l'artificiel, on reste dans le naturel; or, l'esprit s'était préparé à affronter les conseils barbants de l'ami ou son discours encourageant. Confronté à l'indifférence, n'ayant pu mettre en scène son scénario, il cesse de continuer dans le rebiffement. On gagne un temps fou... Ay j'suis malin...


Elle était amoureuse, elle s'était disputée avec lui, elle lui en voulait, elle le détestait mais elle l'aimait et c'était le problème. Le classique du classique. Elle, une française, lui, un "rebeu". C'est d'elle que j'avais entendu cette phrase si bizarre : "un Arabe, lorsqu'il est chrétien, a l'air plus raffiné". C'est que chrétien dans une société musulmane, on aurait l'air plus chic. Un Libanais chrétien, par exemple, quelle allure n'est-ce pas ?


Ouais. Evidemment, c'est son "délire"; dire "rebeu" à son ami Libanais chrétien donc, c'est la provoquer. "Rebeu", c'est pour l'Arabe musulman. Ca disqualifie mieux. Saad Hariri est un "rebeu", Michel Sleimane, un "Arabe chrétien". Housni Moubarak, un "rebeu", Boutros Boutros-Ghali, un "Arabe chrétien". Mahmoud Abbas, un "rebeu", Fouad Tawil, un "Arabe chrétien". Elle n'est pas raciste, la pauvre, non, elle est sous influence, c'est tout. Car présenter un "rebeu" à ses parents, ce n'était pas négociable. Il fallait lui trouver une identité plus alléchante. Bon il était orthodoxe, mais ça ne faisait rien. Il fallait qu'il fût "comme nous". Oui, "comme nous". On avait donc mis en avant son côté "Libanais chrétien". Le père, athée, et la mère, catholique, s'étaient assagis. Ca faisait donc un athée, une catholique, un orthodoxe et une fille pyrrhonienne. Une belle famille, ça s'appelle. "Ah bah t'en as des amis !". Au collège, au lycée et à la faculté d'histoire, mes amis les plus proches étaient des juifs, des socialistes et des gays. Des gens avec qui, a priori, je n'avais aucune raison d'avoir des "connexions". C'est sans doute banal de le dire, mais on apprend la tolérance...


Une amie musulmane qui épouse un juif, un ami musulman qui épouse une chrétienne, une amie alévite qui épouse un sunnite, etc. Des cas de figure qui, d'emblée, sonnent faux. L'entourage s'inquiète, les parents s'affolent, les amis doutent, les camarades essaient de comprendre, les invités serrent les dents. Il faut toujours que ça commence par le mécontentement du père et la désolation de la mère. Musulmans et chrétiens, c'est devenu courant, ça ne choque plus car il n'y a plus de chrétiens. Ca n'existe plus, un chrétien. C'est soit un sceptique soit un athée soit un indifférent. Mais musulmans et juifs ou alévis et sunnites, c'est rare. Or ce sont deux corps, au fond. Deux êtres humains. Mais les valises sont lourdes. Chacun débarque avec ses peurs, ses défis, sa volonté.


Dans une étude réalisée en février 2010, Pew Global Attitudes Project montrait que plus de 90 % des Jordaniens, des Egyptiens, des Palestiniens, des Libanais (musulmans et chrétiens) et plus de 70 % des Pakistanais, des Indonésiens et des Turcs avaient une opinion négative sur les juifs. L'opinion défavorable des chrétiens tourne autour de 40 % en Jordanie, Egypte, Palestine, Indonésie mais bizarrement, ce sont les Turcs qui sont en tête de liste (68 %). Comme quoi, la Turquie, héritière de l'empire ottoman, est devenu un pays hypernationaliste, infidèle à l'esprit de son ancêtre. Voilà à quoi on aboutit quand on devient un Etat-Nation à marche forcée...

Les Turcs, les juifs et les chrétiens, comment ils ont pu arriver à se méfier les uns des autres ! Quand j'y pense, tous les Arméniens, tous les Grecs, tous les Caucasiens, tous les émigrés balkaniques, tous les Arabes ont un lien très fort avec les Turcs. La diaspora arménienne, dit-on, mais c'est la diaspora de l'anatolie ! Des "gens de la Turquie" ! Il y a un paquet de gens célèbres qui ont des liens avec la Turquie : les Carasso, les Camondo (famille éteinte à cause de Vichy), Madame la Mère de Sarkozy, Marc Lévy, le maire de Londres (petit-fils d'un ministre ottoman), Balladur, Françoise Giroud, Paul Misraki, Mehmet Öz, Helmut Kohl et sa bru, même Robbie Williams et sa petite-amie. Etc. etc.



On apprend en réalité une chose toute simple : seulement 35 % des Arabes israéliens ont une opinion négative des juifs et 12 % des Libanais ont une opinion négative des chrétiens. Autrement dit, ceux qui vivent ensemble sont les moins hostiles. Car ils se connaissent; ils ne fantasment pas, ils ne rêvent pas, ils ne s'illusionnent pas. C'est la nature humaine : on a peur de ce qu'on ne connait pas. Les cantons suisses qui avaient voté massivement pour l'interdiction des minarets étaient les plus ignares sur l'islam.



Un de ceux qui occupent mon panthéon, Yadh Ben Achour, écrivait : "les civilisations souffrent d'ignorance. L'accélération des modes de communications nous a rendu plus sourds, plus ignorants, plus étrangers les uns aux autres que jamais. L'Europe, par exemple, vit quotidiennement avec l'islam, mais la majorité de ses sujets ignorent l'histoire, les principes, les sensibilités de l'islam, sinon par des clichés faux, incongrus et parfois haineux. Les musulmans d'Europe et d'ailleurs se cloîtrent, quant à eux, dans une autarcie culturelle et religieuse étroite, entêtée, propice au développement de la haine. Proximité sans convivialité : tel est notre présent" (Le rôle des civilisations dans le système international (droit et relations internationales), p. 313).



Quand on ne sait pas pourquoi on déteste quelqu'un, c'est qu'on est malade. En Turquie, par exemple, certains Turcs considèrent les Kurdes comme des ploucs. "Kıro", dit-on; c'est-à-dire "croquant". Les Tcherkesses, et j'en sais quelque chose, se méfient des autres ethnies. Les minorités ethniques vivent déjà dans leur bulle. En France, c'est la même chose; les clichés sur les Arabes, les Noirs, les juifs vont bon train.



Ces deux pays sont pourtant les deux endroits de la planète où le vivre-ensemble est un principe cardinal qui régit la société. Un principe vide de sens. Et inutile. La Fraternité ne se décrète pas. Or elle l'est en France. C'est un qualificatif de la République. Moi la dernière fois que je l'ai croisée, elle s'en prenait aux musulmanes. Elle leur demandait de déchirer leur voile. Au nom du vivre-ensemble. Elle est là ma définition du vivre-ensemble, pour ma part : "Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer". C'est un "daron" qui l'a dit; "eh bien garde-le ton daron, nous, nous sommes rousseauistes, coco ! Nanik"... Une loi va leur imposer de vivre comme les vraies françaises. Et il n'y aura plus de problèmes. Comme on avait fait en 2004. Les députés n'ont pas eu honte d'employer un tel argument : la loi a réglé le problème ! Je me demande vraiment ce qu'il va se passer dans ce pays quand le boisseau commencera à bougeotter...

dimanche 18 juillet 2010

Nécrologie

Encore un qui s'en va. Le "sultanzade" Osman Nami Osmanoğlu. Petit-fils du Sultan-Calife Abdulhamid II, fils de la Sultane Ayşe et d'Ahmed Nami (ancien président syrien). Mort à 92 ans. Il vivait en Turquie depuis 1974. En septembre, c'est son cousin, le chef de la maison impériale, qui rendait l'âme. Şehzade Ertuğrul Osman Efendi.


Un "Beyefendi", il fut. C'est que dans le système ottoman, la titulature est précise : Şehzade veut dire prince. Si vous êtes un homme ayant pour père un Şehzade, vous êtes également Şehzade et on vous nomme Şehzade X Efendi comme Şehzade Ertuğrul Osman Efendi. Si vous êtes fille de Şehzade, vous êtes Sultane c'est-à-dire princesse. Et si vous êtes fils d'une Sultane, vous n'êtes pas Şehzade mais Sultanzade. Et votre appellation complète est Sultanzade X Beyefendi comme le défunt Sultanzade Osman Nami Beyefendi. Si vous êtes fille de Sultane, vous devenez Hanımsultan. Enfin, si vous êtes enfant de Sultanzade ou Hanımsultan, vous n'avez pas de titre. Vous faites partie de la famille ottomane mais pas de la dynastie... Ainsi, Kénizé Mourad qui est la fille de Selma Hanımsultan, la petite-fille de Hatice Sultane et l'arrière-petite-fille du Sultan Murad V, n'est pas une princesse ottomane. C'est une cousine, au plus.

Le Sultanzade Osman Nami Beyefendi a été inhumé hier en présence des hautes autorités de l'Etat, comme le veut désormais la coutume. Et de la population, surtout. Car les Turcs en général, les conservateurs en particulier, ont un profond respect pour la famille. C'est étrange d'ailleurs que les conservateurs prennent la tête du cortège. Car, faut-il le rappeler, la famille ottomane est loi, très loin, de vivre selon les canons de l'islam. C'est un fait, pas un jugement.


D'ailleurs j'ai la faiblesse de croire que c'est parce-qu'elle est déchue qu'elle émeut... En réalité, il y a deux clans dans la famille : ceux qui se sont installés en Occident et ceux qui ont vécu dans les pays arabes. Car après l'exil, ce fut la débandade. Certains membres se sont arrêtés en Bulgarie, d'autres ont continué en Suisse puis en France, une partie a atterri au Liban alors qu'une autre s'envolait aux Etats-Unis. Résultat : on ne parle plus le turc. Correctement en tout cas. Comme il se doit, plus précisément.

Pour ma part, j'ai noté que les membres de la famille qui se sont échoué sur le continent européen sont aussi solennels, aussi figés sinon aussi arrogants (pardon Monseigneur) que les pontifiards des aristocraties européennes. Alors que ceux qui ont grandi dans un espace culturellement plus proche, sont plus terre-à-terre. Sans chichi, sans hiératisme; pas du genre à tenir le menton bien élevé, l'échine bien droite et les lèvres bien collées...


Tiens, les Şehzade père et fils qui avaient participé à une émission de télévision; Orhan Osmanoğlu et son fils Yavuz Osmanoğlu (en haut, à droite, on voit le père du Şehzade Orhan Efendi, Harun Efendi, un exilé oriental comme on l'a compris); il boudait un peu le jeune prince, sa copine venait de le plaquer. "Elle est sotte, pfff ! T'imagines, coucher avec un empire !", "chut ma chère ! Quel langage !", "bah quoi c'est vrai, se faire troncher par le prince Yavuz, c'est comme coïter avec le grand Fatih Sultan Mehmed !","quelle bouche effrontée, vous avez là, ma petite ! Rezil ettin bizi, Allah canını almasın, hala konuşuyor...". Et que dire du prince Orhan Efendi ! On aurait dit une racaille, le torse bien ouvert "à la turque", un langage mal ficelé, une bonhomie trop exagérée... "Tu crois qu'ils mangent avec quinze cuillères et fourchettes, eux ? Qu'ils savent baiser une main ? Ou qu'ils portent des vêtements assortis ?", "bah on dirait pas mais bon, comme on le sait, un roi n'est jamais vulgaire, ses incartades deviennent immédiatement une mode", "ah ouais !", "en plus, ils sont simples, ma petite, ça fait modeste et comment vous dites déjà, ah oui, peuple"...

Il est des gens qui portent bien le titre de noblesse. L'élégance, le raffinement, la délicatesse sont naturels. La Sultane Neslişah, par exemple. C'est une merveille. D'autres donnent l'impression de faire des efforts pour paraître "noble". Du coup, ça ne colle pas. "Des noms ! Des noms ! Des noms !...", "ah non alors !". C'est navrant tout de même d'être réellement noble mais de dégager une attitude de nouveau riche... Il y a donc au final trois catégories de nobles : les naturels, les artificiels et les gueux qui s'assument. A chacun de remplir ses listes...

La famille est donc dispersée. Mais, à ma connaissance, ils sont tous musulmans. Même Kénizé Mourad, élevée par une famille catholique, s'est convertie à la religion de ses ancêtres. C'est qu'elle était, le 10 juillet dernier, à cette même émission de télévision; et comme les Turcs étaient fâchés de devoir écouter une Ottomane parler en anglais, ils ont voulu savoir si elle était au moins musulmane. "Pourquoi elle ne parle pas en turc ?", "bah elle ne sait pas parler la langue", "comment !!! Une Ottomane qui ne parle pas le turc, yazıklar olsun ! Bon bah, je vais éteindre alors", "ce n'est pas de sa faute, la pauvre, pfff, bourrique !", "ok, allez ! Elle est musulmane au moins ?"...

La famille se doit d'être musulmane, en réalité. Désolé mais on ne peut être prince ottoman et être catholique. Car la dynastie appartient au peuple; en famille, ils font ce qu'ils veulent. C'est le chef de la maison impériale, à l'époque Şehzade Ertuğrul Osman Efendi, qui a décrété cela. Pas ouvertement; diplomatiquement. "Ah ah, il était si élégant !". Voici donc les circonstances : un beau jour, le Şehzade, qui vit à New York, reçoit un courrier d'un certain George Alexandre Said-Zammit. Celui-ci se prétend descendant du Şehzade Cem, fils de Mehmed II, mort en exil en Italie. En effet, après la mort de Mehmed II (le Conquérant de Constantinople), deux de ses fils ont provoqué une guerre civile. Le prince Cem s'est exilé en Italie et y est mort en 1495. Son fils, le Şehzade Murad, s'est converti au catholicisme et a été "créé" prince par le pape Alexandre VI. Le Sehzade Murad, petit-fils de Mehmed II, était devenu le prince Pierre... Eh bien, ce cher Georges Alexandre qui est, comme on l'a compris, un descendant du Prince Pierre (la branche chrétienne de la famille ottomane !), demandait à son lointain cousin, le Şehzade Ertuğrul Osman Efendi, de le reconnaître comme faisant partie de la famille. Bien embarrassé, le Şehzade décida de lui répondre ce qui suit : "Ce que vous dites est certainement vrai, nous avons bien un ancêtre commun, mais en acceptant d'être prince du Vatican, mon grand oncle, votre aïeul, a de jure renoncé à son titre de Şehzade. En conséquence, je ne peux vous compter parmi les membres de la dynastie"... Cette règle qu'il inventa sur le champ visait tout simplement à ne pas accepter un renégat au sein de la famille. Il avait avoué au journaliste Murat Bardakçi, avoir trouvé cette pirouette...

Eh bien qu'ils reposent tous en paix, ces grands Messieurs. Votre serviteur, le comte de Tchikolae, duc de Digorie, prince d'Ossétie. Ca l'fait... Ay heyecanlandım...

dimanche 11 juillet 2010

Complication

Heureusement qu'on a des Kurdes qui rouspètent. Sinon personne ne se serait intéressé à la Catalogne, en Turquie. Moi ça fait un bout de temps. Formation oblige et surtout parce-que les autres trublions de l'Espagne, les Basques, passent pour avoir des origines caucasiennes. Et quand on s'intéresse aux Basques, il n'y a qu'à bouger un peu la tête pour apprendre l'autre grand problème, la Catalogne. L'Espagne, un roncier, assurément...

Les Catalans, eux, sont à un niveau beaucoup plus enviable que celui des Kurdes. Mais ils ne ratent pas une occasion pour enquiquiner le "gouvernement central". C'est qu'ils avaient obtenu une réforme qui soulignait le "caractère préférentiel" du catalan. La Cour constitutionnelle, saisie par la droite, s'était murée quatre ans pour étudier le dossier. C'est que la Constitution contient des concepts apparemment contradictoires : "nation espagnole", "peuples d'Espagne", "unité indissoluble de la nation espagnole", "peuple espagnol", "autonomie des nationalités et des régions", "communautés autonomes". "Ouf, j'ai mal à la tête"... Résultat : non. Pas de prévalence. On se contentera d'un égard identique pour le catalan et le castillan. Et c'est reparti pour le râlage...

Les Kurdes se lèchent les babines, eux. "Autogouvernement", c'est joli à entendre hein ? "Autonomie", aussi. Mais il s'avère que la Turquie a la fâcheuse tradition d'être jacobine. En Turquie, on voue un culte à l'Etat. On ne vit que pour Lui. La Constitution turque nous dit : "Türkiye devleti, ülkesi ve milletiyle bölünmez bir bütündür" (art. 3) : "l'Etat turc [ou de la Turquie plus précisément puisqu'elle dit "Türkiye devleti" et non "Türk devleti"] est avec son peuple et sa nation, un tout indivisible". Autrement dit, l'Etat est le sujet principal, c'est Lui qui a une nation et un peuple et pas le contraire. D'ailleurs, ne dit-on pas, "Allah devlete ve millete zeval vermesin", "que Dieu nous prémunisse d'un anéantissement de l'Etat et de la nation". Etat et nation, deux choses différentes, encore une fois...

La Turquie kémaliste a un péché originel; celui d'avoir "arnaqué" les groupes qui lui faisaient confiance. Mustafa Kemal avait su galvaniser les Kurdes dévots pour sauver la Couronne et le Califat. Le sultan-calife, "emprisonné à Constantinople", comptait sur ses fidèles sujets kurdes. Mais rapidement, il n'y eut plus ni Sultan ni Calife. Les Kurdes eurent l'air tout chose. Mustafa Kemal s'est alors tourné vers les alévis pour en faire son nouveau bataillon. Ces derniers se sont "enchaînés" à la République. Pas de bol, arnaqués aussi. La République sunnito-laïque les a écartés. Étrangement, ils forment encore aujourd'hui la peuplade la plus jalouse de cette République châtrée. Il faut que quelqu'un leur dessille les yeux... C'est la blague en vogue : les alévis essaient de prouver qu'ils existent, les Kurdes essaient de démontrer qu'ils ont été tués.

L'ancien rédacteur en chef du journal de référence turc, Hürriyet, a eu l'audace de s'interroger à voix haute : "et si on se séparait ?". Tollé immédiat. Ça a démanché l'esprit unanime qui avait imposé une omerta sur cette dangereuse option, la séparation. Les nationalistes ont sorti les sulfateuses, les conservateurs ont fustigé une interrogation tordue, les Kurdes ont dénoncé l'arrogance du "Turc blanc" qui décide d'octroyer une faveur aux Kurdes, les citoyens de seconde zone. Les "Turcs noirs". Depuis il n'insiste plus...

Personne n'insiste d'ailleurs, car personne ne sait encore ce que veulent non pas les Kurdes mais les hommes politiques kurdes. Si on leur demandait de noircir des cahiers de doléances, ils seraient bien incapables de coucher par écrit trois phrases cohérentes et précises sur ce qu'ils veulent. On sait au moins qu'ils ne veulent plus l'indépendance après le revirement d'Abdullah Öcalan dans les années 90. Quoi alors ? L'autonomie, nous dit-on. Comme la Catalogne. Ou une décentralisation poussée. Ou une fédération.

Il est vrai qu'un combat dure depuis trois décennies. Une guerre. Une guérilla. Un terrorisme. Chacun interprète. Mais les militaires turcs y croient toujours; leur chef vient encore de rappeler qu'ils sont sur le point de crever l'abcès. Ça fait trente ans que les chefs d'état-major respectifs nous racontent les mêmes "salades". Or il s'avère, aujourd'hui, que l'armée turque est incapable d'assurer la sécurité de ses propres casernes. Elle prend des pâtres pour des terroristes et les tue, elle prend des terroristes pour des pâtres et les laisse filer. Dramatique. Ils adorent pointer leur index face à la caméra, le balancer gravement et savonner ceux qui osent réfléchir et remettre en cause. Mais rien ne se passe. Des soldats tombent; des rebelles aussi. Des enfants de la même terre. Et certains s'allègrent lorsqu'il y a des morts, allez comprendre...

Le Premier ministre a voulu inviter les chefs de l'opposition pour définir une stratégie nationale; ceux-là ont immédiatement pinaillé sur le protocole. Le Premier ministre ne devrait pas les inviter car ce n'est pas le sultan "ah ouais !", mais il devrait lui-même se déplacer. C'est difficile à croire mais pendant que les bombes explosaient, nos leaders papotaient sur le rituel. Le Président de la République, Abdullah Gül, a dû siffler la fin de la récréation. "Oh Oh ! Alors, vous vous réunissez ?", "donc je disais, tu frappes à ma porte, t'attends 2 minutes, ensuite t'ouvres et tu entres", "bah nan hein ! Toi, tu m'ouvres la porte !", "oust ! Je suis pas ton portier, moi !"...

Le parti de gauche a promis de régler le problème; le parti de droite nationaliste a exprimé la même promesse. Le parti gouvernemental dit déjà s'en occuper. Chaîne kurde, reconnaissance par le Premier ministre en personne des massacres de Kurdes, création d'instituts de langue kurde, restitution des noms originaux aux villes et aux rues. Il ne reste plus que quelques réclamations à satisfaire : l'amnistie générale et l'éducation en kurde. Et, pardon, l'amnistie d'Öcalan, surtout...

Pour ma part, les identités ethniques ou nationales ne me préoccupent pas trop. Un être humain qui recherche le bonheur ici et là-bas. Voilà ma définition. D'autres ne vivent que par leur ethnicité; je suis d'origine ossète mais je ne souffre pas lorsque je dis que je suis Turc et Français. Un Kurde préfère, lui, "Kurde de Turquie" parce-que sa petite tête ne fonctionne que par l'ethnicité. Il a raison d'un côté, on l'a tellement étouffé que c'est devenu sa référence identitaire...

Pourquoi se targuer d'être Kurde ? Turc ? Français ? Ossète ? Serbe ? etc. On peut vouloir respecter son identité, ça se comprend. Mais pourquoi ne vivre que par et pour cette identité ? On se souvient toujours du délire qui consistait à démontrer que les Turcs furent à la base des civilisations chinoise, sumérienne, égyptienne, etc. Les Turcs étaient purs, blonds aux yeux bleus. Ce fut une fille adoptive de Mustafa Kemal qui dirigea les opérations, Afet Inan, une des plus ferventes racialistes turques. On avait même exhumé le corps du "Grand architecte Sinan" pour prouver sa turcité. Comment ? Par la crâniométrie... On revient de loin... Et on se dirige vers on ne sait trop où. "Elle est où ta boussole ?", "je l'ai donnée à Öcalan et la tienne ?", "bah j'l'ai filée au chef d'état-major", "bah reprends-la !", "oust", "sana oust !"... On l'a dit, les Turcs aiment le protocole...

Srebrenica 11.07.2007 part 1

lundi 5 juillet 2010

Protée Kemal...

On avait youyouté, pourtant. Un homme de gauche prenait la tête d'un parti social-démocrate. Il disait "lutte contre la corruption", "pain", "concorde", "emploi". Le vieux de la vieille, Deniz Baykal, rattrapé par une histoire de coucherie, céda le fauteuil de prestige, celui de Mustafa Kemal. Le fougueux Baykal disparaissait (enfin) du décor et le presque rachitique et haillonneux Kiliçdaroglu s'intronisait. La base l'avait porté à la présidence. La presse louait sa sincérité. Les conservateurs de l'AKP pleuraient Baykal, l'éternel perdant, celui dont l'existence était, en soi, signe de victoire pour eux. Les gérontes et viragos du CHP étaient relégués dans l'armoire aux reliques...


Sauf un. Le tombeur de Deniz Baykal, le secrétaire général du parti, le canonique Önder Sav. On comprend petit à petit que ce souffleur qui aurait pu passer pour légitime auprès d'un leader inexpérimenté, est, en fait, le tireur de la marionnette Kiliçdaroglu. Si bien que lorsque ce dernier fait une déclaration, on a pris l'habitude d'attendre le lendemain avant de le prendre au sérieux; c'est qu'il rectifie toujours les propos qu'il a tenus la veille...

Nous avons donc affaire à un Premier ministrable qui maille ses intentions. Plus les jours passent, plus on se rend compte que c'est un homme de paille qui, loin d'avoir un programme, ne sait même pas réfléchir en bonne et due forme. C'est qu'il ne sait même pas défendre un argument. On s'en souvient : le mois dernier, invité sur un plateau de télévision, on avait eu un avant-goût de sa flagrante incompétence. Il s'était retrouvé à devoir expliquer sa position sur le voile à l'université. Lorsque le gouvernement tenta de résoudre le problème, le Sieur, qui n'était alors que simple député du CHP, avait été de ceux qui avaient déféré la loi à la Cour constitutionnelle. Les journalistes ont donc demandé : "est-ce que vous êtes toujours contre le port du voile dans les universités ?", "je pense que ce problème va trouver un dénouement lorsqu'on sera au pouvoir", "c'est-à-dire ? Vous allez voter la même loi que vous avez contribué à faire annuler par la Cour constitutionnelle ?", "non mais cette question ne sera plus une épine", "d'accord, on a compris, mais comment ?", "oh !!! qu'est-ce j'en sais moi ! allons ! il y a une décision de justice, je ne vais quand même pas m'engager à la violer !", "mais vous êtes un homme politique, si un homme politique ne trouve pas de solutions aux problèmes de la société, à quoi bon s'engager en politique ?", "(un peu gêné) rien ne dit que ces filles vont porter le voile ad vitam aeternam, pfff!", "c'est ça votre politique !?", "allez allez une autre question...".

Voilà donc. Sans exagération. Transcription fidèle. Un pauvre type. Tu sais, les voyous disent souvent "tu fais pitié", on avait envie d'être voyou sur le coup... Il croyait réfléchir : si les filles n'insistent plus pour porter ce fichu, il n'y aurait plus de problème ! Un candidat à la direction du pays ! Et cette semaine, lors d'une entrevue, on lui a posé la même question; la réponse fut un peu plus encourageante : "nous allons régler ce problème, je m'y engage !". Le journal a donc, tout naturellement, titré : "les filles voilées auront accès à l'université". La Nation, épatée, fut au bord des larmes. Un homme de gauche parlait de droit de l'homme. La honte qui s'était abattue sur la Turquie allait enfin s'évaporer. Allait. Car Monsieur le Président a envoyé une rectification au journal précisant qu'il ne s'était pas engagé en ces termes. Au XXI è siècle donc, en Turquie, un homme politique qui dirige le parti de Mustafa Kemal, se sent obligé de démentir quand on lui prête des intentions démocrates : "hep hep, je suis toujours fasciste"... Complètement nickelé, le type !


Il avait pirouetté sur Dersim, il a pirouetté sur le voile, il pirouette sur le problème kurde. Il promettait une amnistie générale pour les rebelles du PKK mais a ravalé cette promesse, la seconde d'après. Ah ces Kurdes ! Un peuple sur lequel on s'acharne depuis des décennies et personne n'est "foutu" de trouver une issue honorable. Dit en passant, s'il y a bien une formulation quasi-parfaite en matière de droits de l'Homme, c'est celle de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unies : "We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness". La recherche du bonheur. C'est si simple.

Les idées ne manquent pas, évidemment : établir une zone tampon en Iraq du Nord afin de contenir les attaques du PKK; "et l'Iraq, il est d'accord lui ?", "on s'en fout de l'Iraq !". Ou donner plus de pains, aussi. Les nationalistes de droite et de gauche (et Monsieur est un de ceux-là) insistent : il s'agit là d'un problème purement économique. "Allez ouvre la bouche, attention à la louche !". Le PKK est donc du simple terrorisme; sans profondeur, sans raison, sans raisonnement. Le MHP a trouvé la panacée, lui : rétablir la peine de mort, pendre Öcalan, et décréter l'état d'urgence. Pour les Kurdes de Turquie. Des citoyens. Même les Américains ont compris que ce n'est pas en larguant des bombes qu'on gagne les coeurs...


On l'oublie souvent, mais le bonheur de la personne humaine prime sur les gigantesques principes de l'Etat; ceux qui remplissent bien la bouche mais qui ne dérident personne. Et le nouveau leader du CHP, au lieu de respirer l'espérance, récite les doctrines officielles les plus éculées. Non aux voilées, rien aux Kurdes, niet pour la réforme de la justice. Le programme d'un parti de gauche. "Allez tu m'as convaincu, je lui retire mon soutien, moi", "ouais, c'est que du vent". "Şapşal", disent les Turcs. Benêt, étourdi. On ne devient pas leader, ça nous le confirme au moins; on naît leader... Lui, on le pousse, ça se voit. Ses initiatives sont immédiatement rebutées. De la galerie, en réalité. La nomenklatura kémaliste est droite dans ses bottes; elle commence à sourdre. On a presque pitié pour l'honnête Kiliçdaroglu. Le pif d'Önder Sav apparaît de plus en plus sur les écrans. Un écuyer comme Premier ministre, non merci...

vendredi 25 juin 2010

Récréation...

Voilà. C'est fini. Deux ans. On a passé deux ans de notre vie à suivre cette histoire. Quand je termine un bon roman, un bon film ou une bonne série, j'en suis toujours affecté, moi. J'ai passé du temps avec l'oeuvre, j'ai eu l'occasion de rêver, de pleurer, de me détacher, de m'égayer, de muser et aussi, de me débaucher. Il faut tout connaître, c'est le slogan de ma vie. Tous les sentiments, tous les goûts, toutes les pensées.


Voilà donc. Bihter s'est suicidée, Behlül a pris la fuite, Beşir est mort, Nihal est devenue quasi-folle et la majestueuse Firdevs Hanım est paralysée. Tous dévastés. Adieu la joie, la beauté, le sybaritisme, le luxe, le raffinement, bref la vie. On avait espéré un coup de théâtre jusqu'au dernier moment. Moi, en tout cas. En règle générale, je préfère les histoires où tout se termine mal, nature pessimiste oblige. Une fois, j'avais lu le Nom de la rose, le Crime du Padre Amaro et la Faute de l'abbé Mouret à l'affilée. Que du noir, des dévastations, des vies brisées, des morts.


Dudaktan kalbe aussi s'était terminée ainsi. Un suicide. Là aussi, ça m'avait occupé un instant. J'en faisais encore l'analyse dans le train. Une réussite, assurément. Car réaliste. Ca ne finit pas en beauté où tout le monde se réenchante, s'aime, oublie tout. Les séries-éponges, ce n'est pas mon truc. Il faut des larmes. Des larmes. Mais là, j'aurais voulu une autre fin. La bassesse jusqu'au bout, en somme; la fuite de Bihter et de Behlül pour vivre leur "amour interdit".


Il faut l'avouer, tout de même. L'histoire d' Aşk-ı Memnu était un sujet très grave; dramatique, rare. Un cran en-dessous de la relation incestueuse. La relation incestueuse, par exemple, on ne peut pas la montrer à l'écran en Turquie. Eh bien, on croyait la même chose pour ce genre de relation. Un neveu qui couche (entre autres) avec la femme de son oncle. Ce n'est pas tant cette idée qui dérange puisque cette série avait déjà été adaptée dans les années 1970; c'était le fait de voir des scènes chaudes entre ces deux corps "indignes", "ignobles", "nauséeux". Mais bon, on a tous regardé. Comme quoi...


On ne saura pas ce qui adviendra de la famille Ziyagil après cette tragédie. "Matmazel" (Mademoiselle, la gouvernante) pétillait. Son tour était arrivé, sans doute. On est libre d'imaginer, désormais. C'est Nihal qui me préoccupe le plus, moi. Elle était amoureuse de son cousin (Behlül) depuis sa plus tendre enfance. Celui-ci était un bourreau des coeurs, pourtant. Il multipliait les conquêtes. "Helal olsun, valla". Elle avait patienté. Et elle l'avait obtenu, d'accord grâce aux coups de boutoir de Firdevs Hanım mais au final, elle l'avait; pour elle toute seule. Et patatras ! Après tant d'années passées en cousins, tant de jours en amoureux, paff, le vide. Il faut tout oublier car le dégoût est passé par là. Mais si elle le revoyait des années après, ce serait peut-être négociable, non ? Et Behlül, qu'est-ce qu'il pourrait bien devenir ? Déconsidéré, banni de la haute société, sans un sou. D'ailleurs, il ressemblait à un clochard dans la dernière scène. "Je suis un assassin", il a lâché. Oui, un assassin. Un "briseur" plus exactement. Tant de vies... On peut imaginer, j'avais dit : moi, je le vois comme prostitué aux Etats-Unis, par exemple. Il a le corps pour ça, le désir pour ça, l'absence de repères et surtout le déshonneur pour ce faire. L'homme de la souillure et de l'opprobre jusqu'au bout...


Il ne nous reste plus qu'à prendre position; Behlül a aimé Bihter. On le sentait tout au long de l'histoire. Sur sa tombe, il l'a avoué. Il lui a offert une rose. Il a pleuré, oh que oui, la ménagère et les âmes sensibles avec lui. Il voulait se la jouer résipiscent en épousant sa cousine Nihal. Mais il aimait Bihter. La bouche disait non, le corps brûlait. Ca se voyait tellement; quand un homme ferme les yeux à moitié, colle fermement les lèvres, lève le menton et inhale le parfum de la femme qui se tient près de lui, il ne faut surtout pas le déranger; il est en extase. Or à chaque fois que Bihter se cramponnait à lui, il prenait cette posture. Et sa bouche disait non... On avait compris. Il se nettoyait en épousant Nihal.



Il faut donc prendre position. "Behlüliste-Bihteriste" ou "Nihaliste-Adnaniste". Je suis "behlüliste", pour ma part; on n'arrive pas à lui en vouloir. Il a aimé, au fond. Un lâche, d'accord. Mais il a tellement bien interprété l'amour; et respect pour Bihter. Une "pouffiasse" qu'on a envie de respecter, étrangement. On est dérouté. Tout le monde a ses raisons. Dans l'absolu, on est tous "nihaliste-adnaniste"; mais dans l'absolu. C'est la force de l'art, il nous permet d'être dégueulasse sans mouiller la chemise. On s'est défoulé dans la fiction, la pratique d'une telle relation semble encore plus abjecte. "Tu vois au fond, c'est une oeuvre de salut public et quand j'pense que tout le monde appelait le CSA pour interdire la série, pfff"... Alors ? Nihal toujours amoureuse de Behlül ? Elle aussi, ses yeux disent non... Moi je me suis déjà projeté dans cinq ans dans ma p'tite tête et les scénarios se bousculent... "J'imagine, coco, j'imagine, t'énerve pas"...