mardi 6 mai 2008

Le droit à l'alimentation, la relève.

Le rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation a changé: un juriste succède à un sociologue. A entendre mon prof de droit qui côtoie les deux, ils sont brillants. On regrette le tonitruant Jean Ziegler, on adore déjà le "prof" Olivier de Schutter. Celui-ci envisage de demander une session extraordinaire au Conseil des droits de l'Homme pour se pencher, spécialement, sur un droit économique et social. Bonne idée.
On parle actuellement d'une crise alimentaire, de l'augmentation du prix des matières premières, de l'apparition indue des biocarburants ("crime contre l'humanité" selon Ziegler), de la famine, du désordre planétaire, des appels lancés par le secrétaire Moon, etc. Bref, on a faim ou on aura faim. L'appel de Schutter tombe donc bien à propos. Jean Ziegler avait fait ses comptes: on est capable de nourrir, actuellement, 12 milliards de personnes. Or, le tiers de nos semblables sont invités à dormir; qui dort dîne. Ziegler a lâché en bonne logique: "ce sont des assassinats". Nous sommes des assassins.
Chirac disait que le premier des droits de l'Homme, "c'est de manger, d'être soigné, de recevoir une éducation et d'avoir un habitat". Cette déclaration avait été très critiquée en son temps; elle contrevient à la théorie qui veut que les droits de l'Homme soient indivisibles et interdépendants; elle visait aussi à promouvoir l'excellence du Sieur Ben Ali en ce domaine. Trêve d'idéologie. Il a un peu raison. Un "new deal" s'ompose, nous dit Robert Zoellick. Olivier de Schutter semble être une bonne épaule. Ce n'est pas moi qui le dis, oh que non, mais les observateurs. On ne va pas tout de même parler latin devant les clercs. Point de pas de clerc.

jeudi 1 mai 2008

Bouddhisme et soufisme, même combat ?

Un petit moment de déprime (la rédaction du mémoire m'étouffe) m'a poussé à "essayer" de comprendre la philosophie bouddhiste. A peine ai-je trouvé un bouquin sur la "Sagesse du bouddhisme tibétain" (de sa Sainteté) que mon frère m'a glissé une brochure sur "Rûmî et le Chemin soufi de l'Amour". Belle coïncidence. Courte épopée, malheureusement, l'autre "bouquin", le mien, me regardait avidement dans les yeux. Pourrais-je supporter la thèse ? Je me pose des questions.
Ces questions, je ne pouvais pas me les poser auparavant; plan d'avenir tiré au cordeau, nature bilieuse, ambition à couper au couteau, préparation studieuse à un hypothétique grand poste, etc. ; bref, creuser sa fosse avec sa tête. Le mysticisme était loin de moi, ça me la coupe.
Voilà donc deux orfèvres en la matière. Comment rester insensible quand Bouddha et Rûmî vous font aigle ? Le but est simple: obtenir la paix intérieure. Comment ? En éliminant la souffrance. Qui dit mieux ! En réalité, le but est presque subversif: faire peau neuve, donner un coup de peigne à l'âme. Le bouddhisme est un soufisme sans dieu; une "philosophie" orientée vers l'humanité d'où le rôle majeur de la compassion, "l'étreinte universelle" chez Rûmî.
Les deux parlent de la "libération", parvenir à l'Eveil pour l'un (le très fameux "nirvana"), devenir Insan-i Kâmil (l'homme parfait) pour l'autre.
Le bouddhisme vise à éliminer les "perceptions erronées" de la réalité (ce que le Dalaï-Lama appelle "la souffrance omniprésente") pour écarter, in fine, les "émotions perturbatrices". En gros, comme on a du mal à percevoir la nature profonde de la réalité du fait de nos préjugés, on tombe dans la colère, le désir, la haine, etc. Solution: le nirvana c'est-à-dire la connaissance; une sorte de jetée dans le gouffre pour tenter de "prendre conscience de l'absence de fondement total de nos points de vue erronés" qui passe par la compréhension de la "vacuité", de la "nature illusoire de la réalité". Tout est affaire de perception sujective puisque rien n'est doté d'une existence intrinsèque, c'est "l'absence de soi". Bref, méditation, entraînement et transformation mentale.
Le mevlevisme (ou soufisme) prône la libération à travers la rencontre avec Dieu : "depuis le jour où tu arrivas dans ce monde de l'existence, une échelle a été placée devant toi afin que tu puisses t'échapper". Comme dans le bouddhisme, la souffrance ne peut être surmontée que par la connaissance; il s'agit de la connaissance de Dieu. Entretemps, il pratique le "sema", le tournoiement accompagné du "ney", la flûte en roseau, le soupir de l'amour. Derechef, méditation, entraînement et purification.
J'avoue que lire à la source vous transporte; le hic, c'est la descente. La réalité est si morne. Je l'ai toujours pensé, la vie est dans les livres, je tire mon chapeau aux Eveillés, le chemin des écoliers, c'est connu, c'est le chemin le plus long.
Bout de chemin avec, chemin de boue sans, il n'y a pas photo. Il faut chiader, "les humains sont des créatures dotées d'ailes d'anges attachées à la queue d'un âne", dixit Mevlâna.

vendredi 25 avril 2008

Conservatisme et opposition à la polygamie

Le propriétaire d'une chaîne de magasins spécialisés dans la vente de vêtements islamiques a reconnu qu'il vivait, heureux, avec ses trois femmes et sa marmaille. Le miracle du mariage religieux. Le Coran ne permet-il pas la polygamie ? Cette autorisation est suivie par pas mal de gens notamment au sud-est de la Turquie; résultat: on interdit le mariage religieux pour éviter les abus. Nombreuses sont les femmes forcées d'épouser de vieux croûtons; victimes des règlements obscurs des hommes. A l'ouest, rien de différent, mais ils ne passent pas par l'imam; ils se la coulent donc douce; il n'est pas interdit d'avoir des maîtresses.
"Exploitation" des femmes dans les deux cas; quand elle a un fondement religieux, c'est insupportable. En réalité, personne ne lutte pour ces femmes; on lutte contre la religion, elles tombent juste bien à propos. Encore une fois victimes.
L'interdiction des mariages multiples dans un monde qui commence à se dérègler peut ne plus se justifier. La fidélité n'existe presque plus. Les couples sont eux-mêmes demandeurs pour tenter des "expériences". Comment, dès lors, condamner la polygamie ou la polyandrie ? Comment éradiquer le "poly" ? Il est inscrit dans les moeurs.
Les enfants naturels et les enfants légitimes ont les mêmes droits; c'est du juridique. Les enfants adultérins ne sont plus les malvenus; l'adultère ne relève plus du pénal. Double standard dans le libertinage ? Entretenir en bonne et due forme une deuxième voire une troisième famille, c'est répréhensible. Vivre en catimini avec plusieurs, c'est répréhensible aussi. Dans les pays musulmans, le premier cas l'est juridiquement, le second moralement; comme dans les pays occidentaux. Personne ne s'est retrouvé sous les verrous du chef d' incartade sentimentale. Le non-droit appelle un respect de la vie privée. Si Mitterrand avait regroupé ces deux familles dans une même maison, il aurait été fustigé. Vivre séparemment l'a sauvé de l'opprobre; mieux: il a fait pleurer les chaumières.
Je suis contre la polygamie. Moralement. Juridiquement, la question ne se pose pas; la réalité des faits sait se débrouiller pour contourner les règles de droit. Interdire juridiquement n'a jamais été mon dada. Je préfère l'explication, la prise de conscience. Contre un droit à la Potemkine; dans une logique parfaite mais éhontément ignorée. Sur le plan théologal, j'ai la faiblesse de penser que le verset en question est, de facto, abrogé ou inapplicable; la protection de la veuve et de l'orphelin n'est plus à l'air du temps. Même si elle l'est, le droit positif n'autorise plus cette méthode. Les hommes "sincères" doivent trouver d'autres moyens; demokrasilerde çagre tükenmez...
L'indignation s'arrête aux portes de la sincérité et de la cohérence. Le doyen Carbonnier disait: "Les savants d'il y a cent ans se demandaient d’où la famille venait ; ceux d'aujourd'hui se demandent plutôt ou elle va." Si des vierges restent effarouchées, il est pressant de les déniaiser.

mercredi 23 avril 2008

Effronterie

Une journaliste de renom avait affirmé que lors du contentieux constitutionnel relatif à l'élection du Président de la République turque, l'armée avait fait pression sur les juges pour qu'ils lisent, exceptionnellement, le code militaire à la place de la Constitution, et que ces derniers avaient rétorqué: "mais comment pourrions-nous expliquer cette décision à nos petits-enfants ?" S'expliquer devant l'histoire aurait suffi, mais bon passons. Un registre étranger.
L'amiral et la présidente de la Cour constitutionnelle ont démenti cette nouvelle. Pas immédiatement. Une semaine après. Très rare pour l'état-major. L'amiral en retraite a même feint la rigolade: "Un coup d'Etat ne se fait pas tambour battant, il y a un code à respecter". Alors que les journalistes s'interrogeaient seulement sur cette pression, l'officier leur a donné des leçons de "putschment". Personne ne s'en est offusqué; les militaires turques sont rodés dans ce domaine.
Il fut un temps où tout le monde (le monde de l'extérieur s'entend) se demandait comment faisait l'ancien putschiste Kenan Evren ("Chef de l'Etat" de 1980 à 1982 et "Président de la République" de 1982 à 1989) pour se promener tranquillement dans les rues à cet âge (plus de 90 ans) mais surtout avec ce passé. Respecté en plus; titre d'ancien président oblige. C'est que les militaires ne craignent jamais rien en Turquie. Les lois sont suspendues lors de leur passage. On les respecte. Beaucoup à mon goût.
Lorsque la justice a saisi le disque dur de l'ancien chef d'état-major de la marine qui recelait, nous dit-on, des énormités, le juge s'en est presque excusé... Les journalistes font tout pour oublier dans ces cas-là. Certains s'offusquent, se dressent, contestent mais rien ne change. L'état-major se mure dans le silence. C'est l'avantage, au moins, on ne les entend pas. Ils le savent: si le général en chef Yasar Büyükanit prend la parole, il a peur que ça dérape. Alors que les journalistes turcs sont polis. C'est connu.
Les relents stratocratiques envahissent le nez de tous les démocrates; certains républicains s'en émeuvent... Mais l'arôme ne pue pas ? Changez de nez !

lundi 21 avril 2008

Un évêque-président

Enfin, on a un nouveau Président de la République-évêque. Au Paraguay; il s'appelle Mgr Fernando Lugo. Un "évêque des pauvres" nous dit-on, sans oser relever qu'il devrait s'agir là d'un pléonasme.
On a désormais deux évêques-présidents: lui et son ex-supérieur hiérarchique, le Pape. Deux homologues. Mais la différence est majeure: l'un gouverne des âmes, l'autre des êtres humains; l'un est à la tête d'un Palais, l'autre à la tête d'un Etat. Les préoccupations diffèrent logiquement: l'un jongle avec des calculs économiques, financiers, diplomatiques, etc., l'autre rêve, sans plus, d'un monde meilleur. Deux hommes de foi. D'un côté, un serviteur de Dieu, de l'autre un Serviteur des serviteurs de Dieu. Le second a toujours la primauté, c'est comme ça.
Son excellente Eminence ou éminente Excellence (comme on veut) promet tout ce que l'on promet depuis déjà des siècles: du pain, des terres, un confort, etc. Un bouleversement n'est pas attendu mais d'aucuns le voient comme un communiste, un affidé de Morales ou de Chavez. Un certain Makarios III qui régnait sur Chypre jadis avait été pris pour un complice de Castro. Drôle de postures pour des ecclésiastiques.
Au passage, réitérons notre proposition pour le Cardinal Sfeir; le Liban vous attend.
On lui souhaite sincèrement de recevoir une collaboration d'En-Haut; il est temps de montrer que le gouvernement d'un évêque ne saurait être semblable à celui d'un politicien ordinaire. Le Saint-Esprit ou l'ange Gabriel devra sortir des conclaves. La réalité est ailleurs... Ca fait bien longtemps que les cardinaux savent se débrouiller entre eux.

vendredi 18 avril 2008

Définition juridique de la douleur dans le cadre d'une peine de mort

In abstacto, je suis contre la peine de mort; mais j'essaie de comprendre l'émotion de ceux qui ont souffert du fait d'un crime puni de la peine capitale. Rien ne m'autorise à critiquer leur désir de vengeance extrême. Le désir de proportionnalité est bien connu en matière de vengeance; lorsque l'on tue, la famille du défunt réclame la mort, lorsque l'on viole un enfant, tout le monde réclame la mise à mort. L'atrocité, lorsqu'elle est ressentie comme telle par la quasi-majorité, stimule l'inconscience et dans le monde de l'inconscience, par définition, les verrous sautent. Il faut vraiment vouloir pour que la raison revienne et prenne le dessus. Et ne pas le vouloir n'est pas humainement incompréhensible.
La mort, en soi, n'est pas un châtiment cruel; on ne souffrerait pas puisque l'on ne la subirait pas. Ce que disait jadis Epicure. C'est la position de la Cour suprême des Etats-Unis. La Constitution américaine prohibe les châtiments cruels (8è amendement: "Excessive bail shall not be required, nor excessive fines imposed, nor cruel and inusual punishments inflicted"). Il a donc fallu "négocier" sur les modalités d'exécution; après les électrocutions, pendaisons, pelotons d'exécution voire les "chambres à gaz", on avait trouvé une nouvelle méthode: l'injection létale. On comprend qu'elle nécessite trois phases: l'endormissement, la paralysie et l'arrêt cardiaque. Ni vu ni ressenti; on meurt inconscient.
Bien évidemment, les Etats-Uniens aimant chicaner, on s'est retrouvé devant les "Sages" pour règler le problème. L'injection est-elle un châtiment cruel ? A priori non puisque la Faucheuse ne s'empare, en somme, que d'un épi bringuebalant. Mais on s'est rendu compte que cette méthode avait des travers: on peut passer, par erreur technique, directement à la deuxième phase; résultat: le condamné souffre atrocement. La Mort droit dans les yeux. Les droits-de-l'hommistes s'en désolent car il s'agit bien d'un homme dont on parle. Du coup, on réfléchit. Les "9" se sont donc longuement interrogé et ont pondu un raisonnement implacable: certes la douleur provoquée est un châtiment cruel mais le risque de douleur n'est pas contraire à la Constitution. Autrement dit, tant que l'intention n'est pas de provoquer une douleur, l'injection n'est pas un châtiment cruel; le risque de provoquer une douleur, par exemple par accident ou "comme conséquence inévitable du processus menant à la mort" (je n'ai pas vraiment saisi le sens du mot "processus") n'est pas juridiquement digne d'être retenu. Une petite dose de gêne n'est rien pour le grand voyage.
Lorsque l'on chicane, là-haut on pinaille. Mais c'est le droit. Espérons que John Paul Stevens aura encore quelques années à passer là-bas pour convaincre enfin ses collègues que la peine de mort est anachronique et anticonstitutionnelle.

mardi 15 avril 2008

Baiser de Judas

Je ne fais pas trop cas des propos populistes qui, certes caressent notre prédisposition à l'indignation, mais restent toujours suspicieux. Parfois, je cède. Lors d'une cérémonie célébrant la libération de la ville de Sanliurfa (au sud-est de la Turquie) des forces françaises en 1920, le gouverneur militaire de la zone, un général, s'est senti mal à l'aise, entouré de quelques femmes voilées dans la "tribune" réservée au protocole. L'ordre a donc été donné de les refouler à l'arrière ou de les inciter à ôter leur voile. Il s'agit du voile de Sanliurfa et non du "turban" stambouliote; précision importante car l'un représenterait la femme anatolienne pieuse et donc respectable et l'autre la lutte idéologique contre le régime kémaliste et donc insupportable.
Ce genre de "bizarrerie" ne choque plus trop en Turquie; lorsque les militaires parlent, on courbe le corps. Presque insignifiant. Ils ont réussi à rendre anodine la violation continue d'une liberté individuelle. On avait eu droit à des scènes de théâtre lorsque le Président Gül avait pris ses fonctions; son aide de camp, bon militaire, se félicitait d'avoir réussi à ne pas être filmé une seule fois avec la femme du Président, voilée. Une gloriole qui mérite sans doute une promotion dans leur système d'avancement où il n'est pas nécessaire de casser trois pattes à un canard pour prendre du galon (on en est toujours au système de fiche à la Combes). Si l'obligation protocolaire exigeait un rapprochement entre lui et la "First Lady", la solution coulait de source: se présenter en civil; l'alliance de l'uniforme et du voile, jamais ! On avait aperçu aussi le gouverneur militaire d'Ankara bouder la suite protocolaire qui se met toujours en place lorsque le Président de la République va à l'étranger. Cérémonie pompeuse mais c'est comme ça. Notre gouverneur faisait tout pour ne pas serrer la main de Mme Gül. Il en était fier.
Chez nous, on appelle ça: une pathologie. Voire une connerie. J'en viens au populisme: un journaliste classé à l'extrême-droite religieuse (il écrit dans Vakit, un journal "chariatiste") dit vrai lorsqu'il relève cette absurdité implacable: on le sait, chez les Turcs, les soldats morts pour la Patrie sont des "martyrs" (terme éminemment religieux), même dans le jargon officiel (vive la laïcité !). Les sociologues et historiens ont relevé que les "martyrs" étaient tous d'extraction modeste (aucun fils de diplomate, politique, militaire, entrepreneur, etc.) et donc de familles où les "voilées" sont majoritaires. Or, lors des funérailles, les militaires sont les premiers à se jeter dans les bras des mères, soeurs, épouses (donc toutes voilées) pour les consoler, jurer vengeance, promettre la punition. Et le lendemain, les mêmes demandent à ces futures mères de martyrs de disparaître du décor.
Prendre les femmes du bon Dieu et du bon peuple pour des canards sauvages... Il est grand temps de "déposer du sublime" dans le futur.

samedi 12 avril 2008

Une justice injuste ? Un droit injuste ?

60 % des Turcs estiment que leur justice donne des décisions injustes. La première question qui me vient à l'esprit: comment un citoyen lambda qui ignore les dossiers soumis à cette justice peut-il "estimer" que les Cours jugent injustement ? Evidemment, il ne s'agit pas d'une analyse profonde de la casuistique, on s'en doute; un ressenti donc; une impression. La conviction nécessite un minimum d'approfondissement. L'apparence n'a-t-elle aucune importance ? Si si.
En réalité, le droit et la justice sont deux choses différentes. On parle d'un ministère de la Justice en France et en Turquie (Adalet). La "justice", un terme idoine ? Non. Il vaut mieux parler des "Cours de droit", d'un ministère de la Législation, je tremble tout le temps lorsque j'entame les escaliers d'un palais de "justice". Le terme m'effraie, sa signification est lourde; sacrée. L'exercice est impressionnant: rendre justice. Décider en fonction de ce qui est juste; une gageure, la justice n'est pas de ce monde. Allez osons: elle n'existe pas. Chacun sa justice; l'addition des justicettes ? Non. Un "truc" objectif, partagé par tout le monde mais qui échappe à l'identification. Une abstraction, quoi.
La justice, c'est le grand mot que chacun donne au balai de ses émotions. La passion conceptualisée. Le droit, c'est la conception humaine de la Justice.
Revenons à nos moutons: les "justiciables" se jettent donc, à leur corps défendant, aux mains de la "Justice"; mais ils savent que c'est une comédie. Que faire ? Rien dirons-nous. Par réalisme. Se fier au "Droit", construction rationnelle, influencée par la Justice, la Morale, l'Ethique, la Raison, le Bon sens mais frappée au coin de l'humanité. Les Turcs ne font pas confiance à l'Homme. Tout simplement. Comme tout le monde d'ailleurs. Les juges compris.
"Seriatin kestigi parmak acimaz" disent les Turcs, "le doigt coupé en application de la charia ne cause pas de douleur". Mais le mot "charia" déplait à certains. Il ne reste plus que la justice immanente pour les non au-delàtistes. Mais là encore, l'immanence peut renvoyer à l'irrationnalité; c'est vraiment délirant de vivre avec le sentiment que l'on ne sera jamais comblé en matière de justice. Je les plains...

jeudi 10 avril 2008

Une monarchie s'effondre

Au Népal, on aime la monarchie mais on déteste le Roi. Résultat: on dépose la monarchie. Les maoïstes ont eu raison de la vieille institution (quoique 240 ans est loin de constituer ce que nos 221 députés de la Restauration appelaient "l'antiquité de la possession" pour justifier un "trône placé dans une région inaccessible aux orages"; Charles X a dû décamper 4 mois plus tard ! ). Les dés ne sont pas lancés mais les jeux sont faits.
Le raisonnement peut sembler bizarre: on dépose les armes si vous déposez la monarchie. Le Roi Gyanendra, on aurait compris, personne ne le portait dans son coeur, mais l'institution est tellement chérie là-haut que l'on en perd son latin. Un monarque, c'est toujours bien quand le peuple est loin d'être une nation. Comme au Népal, plus d'une centaine d'ethnies et de "groupes linguistiques". Comble de l'incompréhension: les maoïstes veulent, par dessus le marché, instaurer un fédéralisme. Même le fédéralisme, c'est mieux quand il y a un monarque. Le Monarque dans un Etat fédéral, c'est comme une médaille: l'envers révèle la fiction d'une quasi-nation, le revers décèle un quasi-peuple. Un fédéralisme révèle toujours en creux une anormalité sociologique. Et la solution, c'est d'avoir un semblant d'unité; en général, incarné par une institution potiche. Les monarchies, au XXI è siècle, sont formidablement ciselées pour ce genre de "mission". Paradoxe: les maoïstes veulent un régime présidentiel...
Je fais toujours la moue lorsqu'une monarchie s'en va. A une époque de ma vie, j'étais monarchiste. Influence de Stéphane Bern. Un légitimiste, en plus. Du soyeux dans les institutions. Tel était le sens de la monarchie dans ma petite tête, comme si j'avais déjà compris qu'il valait mieux un propriétaire à vie que des corrompus en permanence. Les rois déchus m'ont toujours fait de la peine. Tout ce qui chute m'afflige. Peut-être un vieux réflexe d' aristocrate.

mardi 8 avril 2008

Le chien aboie, la torche passe


On relève les termes "échauffourée", "protestation", "indignation" lorsque l'on relate le parcours de la flamme olympique; on s'attendait plutôt à des applaudissements, des visages radieux, des bousculades festives. Apparemment, ça ne passe pas. Le monde d'en-bas ne suit pas le monde d'en-haut. Des Jeux Olympiques déconnectés de la ferveur populaire, à quoi ça rime ?

Le président du CIO a presque envie de décréter un boycott mais il s'excuse: "il n'y a pas d'élan en faveur d'un boycott général". Bien sûr, l'élan dont il est question n'est pas celui du peuple mondial, c'est celui des dirigeants. En réalité, on sent bien que tout échappe à tout le monde; plus personne ne pourra se dresser contre l'inéluctable. Le CIO envisage seulement d'arrêter la rigolade avec la torche. Un pied de nez des Chinois ! Il ne s'agit plus de parcours, on la transporte dans les bus. Peut-être que le Président Sarkozy ne participera pas à la cérémonie d'ouverture...A ma connaissance, un signal se donne à qui veut bien le comprendre. Une fois n'est pas coutume, je suis "royaliste" dans ce domaine. les brassards, c'est bien, le boycott, c'est mieux.

La Cour européenne qualifie souvent la presse de "chien de garde"; pour aboyer contre les excès de l'Etat. Les Chinois ne sont pas sourds ni muets ni même aveugles; ça doit être dur de vivre dans un régime si fermé, le simple fait de le concevoir m'exaspère. Ils ne savent rien de leur régime; certes, ils ont sans soute conscience que ce n'est pas le meilleur des mondes mais ils ignorent à coup sûr, ce dont est capable leurs gouvernants. S'ils savaient... Il faut vraiment remercier le Sort de nous avoir placés dans cette partie du globe. Les prières surérogatoires nous attendent.

lundi 7 avril 2008

L'opposition politique

Bien sûr, une démocratie sans opposition, c'est comme une "montagne sans crevasses"; elle a un intérêt limité. J'aime bien les opposants; ils m'orientent dans ma réflexion. Ils font leur "boulot": critiquer. Sans proposer. A tout va. A chaque instant. Pour un oui, pour un non, comme on dit. L'objectif: dessiller les yeux aux électeurs qui ont dû se tromper dans les dernières échéances pour remporter la prochaine bataille.

Il est donc normal qu'elle publie un programme alternatif; si elle a le temps d'en former un. On a eu, en France, une invraisemblance dans ce domaine: les socialistes n'auraient pas eu de programme pour les deux élections; simplement des réponses au programme de l'autre. Une sorte de complexe. Je les considère beaucoup ces gens qui arrivent à mener un débat selon leurs propres conditions et dans leurs sujets de préoccupation. Une supériorité quasi avouée par l'opposition.

L'opposition rêve d'une chose: prendre le pouvoir. C'est une lapalissade. En Turquie, pays de pas mal d'absurdités, l'erreur de cette lapalissade est elle-même une lapalissade. L'objectif du CHP (parti soi-disant de gauche, fondé par Mustafa Kemal) est de se maintenir sur la scène politique depuis sa chute en 1950. Deniz Baykal, son leader éternel, n'a jamais eu d'ambition, sinon celle de rester à la tête de son parti. Depuis 40 ans, il est dans l'opposition. C'est le seul homme politique turc d'envergure qui n'ait jamais été Premier Ministre. Son but: provoquer les gouvernements successifs, émoustiller les ardeurs putschistes et invoquer le risque dans lequel se trouve(rait) le "régime", terme chéri du CHP; défendre le régime. Contre qui ? leur demande-t-on. Contre le peuple, nous disent-ils, tout beaux qu'ils sont. Comment ? Tous les moyens sont bons.

Ils se gargarisaient d'être "le" parti d'Atatürk. Ils ne réfléchissent pas trop; si on leur demande: comment se fait-il que "le" parti d'Atatürk est boudé par le peuple ? Ils balbutient. Ils ont oublié de rappeler que le nom du parti est celui d'Atatürk, pas sa doctrine. L'illustre Sauveur éternel n'a jamais été de gauche. Un peuple qui n'aimerait pas son héros ? Impensable ! Le Turkménistan pleure toujours le "Türkmenbasi". Le CHP attend que le peuple turc lui jette enfin le mouchoir.

En réalité, il faut dissoudre les partis; s'ils ne font rien ensemble, si la majorité passe ses projets de loi "parmak hesabi" comme on dit en turc (la levée machinale de mains) et si l'opposition reste atone sur le plan législatif (sans doute pour ne pas donner de bonnes idées aux gouvernants, ils n'auront plus rien à proposer du coup), il faut repenser le système. Il faut des électrons libres; comme sous la III è République. Pas de carcan structurel.

Il faut offrir le Premier ministère à Deniz Baykal; il n'a jamais goûté au gouvernement du pays. Ne connaissant rien aux affaires politiques de haut niveau, il excelle dans la dénonciation systématique. A la limite, la dénonciation est bien quand elle est inaudible, quand elle vient d'un parti marginal d'extrême-droite ou d'extrême-gauche mais lorsqu'elle est le programme du "parti d'Atatürk", il faut craindre pour la santé de la démocratie.

"Taçlanan bas akillanir" disent les Turcs, "la tête qui ceint la couronne devient plus réaliste". Il est temps de nommer Deniz Baykal, Premier Ministre; la méthode passe ensuite, tous les moyens sont bons lorsqu'il y va de l'avenir de la République. Une République sans démocratie, un rêve, un souhait, un fantasme. Une "chose du pouvoir éternel", la Res Aeternae Potestatis. Le "pouvoir éternel", cette clique composée des hauts fonctionnaires, militaires, laïcistes, journalistes putschistes,etc.

Iktidar(celui qui est au pouvoir) ou Muktedir(celui qui a la puissance) , c'est là la question...

vendredi 4 avril 2008

La Géorgie attendra pour affermir son intégrité

Assurément la Géorgie est en colère. Sa candidature à la candidature à l'OTAN a été gentillement refusée. Motif: situation interne difficile. Officieusement, pression de la Russie.

Les Ukrainiens sont assez divisés sur ce sujet; il est donc normal d'attendre un minimum de cohérence et de majorité pour les inviter. Les Géorgiens veulent adhérer à l'OTAN (80 % de oui lors du référendum de janvier); ni par volonté ni par conscience mais pour éviter un éclatement du pays. L'OTAN est la seule structure qui leur permettrait de tenir en laisse les "séparatistes". "Un tel bagage les a privés de billet d'entrée à l'OTAN" assure un analyste. Rappelons également que les Géorgiens, si prompts à rétorquer aux Russes, accueillent une base militaire russe et ce jusqu'en... 2017. Il eut été bizarre de défendre la Géorgie alliée contre la cinquième colonne russe.

Les Russes, fiers qu'ils sont, n'admettent même pas que l'on puisse penser à une possible adhésion de la Russie à l'OTAN. Nous sommes bien comme ça et nous avons les ressources nécessaires pour assurer, seuls, notre défense s'est dépêché de rappeler Poutine. L'OTAN est une "menace directe à sa sécurité". Faut pas rêver.

La Géorgie, pas moins fière, a salué la victoire historique du pays: ils ont reçu l'assurance d'intégrer un jour l'OTAN. Une avancée, c'est une avancée. En réalité, personne n'est contre son adhésion; les Géorgiens ont dû mal comprendre. Ils seront, un jour, membres de l'OTAN. C'est écrit au ciel. La question est de déterminer ce jour: sans doute après le règlement des conflits abkhaze et ossète; mais "Non, non nous disent-ils: c'est l'intégration à l'OTAN qui va nous permettre de règler la situation pas le contraire". Inertie et résistance en perspective.
Une dernière leçon à tirer de ce sommet: les Russes ont obtenu, de facto, un droit de veto sur les adhésions à l'OTAN. Rien d'anormal, car la sécurité en Europe contre la Russie, c'est précisément n'avoir rien compris à la philosophie de l'OTAN. Assurer la paix en provoquant "l'ennemi", c'est tout bonnement trahir la paix.

dimanche 30 mars 2008

L'absurdité de la démocratie fait son charme

Un des célèbres mannequins turcs, Aysun Kayaci, a pondu une réflexion qui fait grand bruit.
Après avoir insulté les électeurs de l'AKP de "piétaille", elle a décrété que sa voix ne devrait pas être identique à celle d'un "berger de montagne". Elle est plus pensante qu'un zèbre de cet acabit. Pauvre bête ! Je m'inscris en faux, les bergers sont les hommes les plus romantiques, les plus poétiques que je connaisse. Une simplicité. Une solitude. Une profonde réflexion. Dans le monde occidental, les mannequins n'arrivent même pas à formuler cette idée; en Turquie, ça crée la polémique. Dans le royaume des aveugles, les borgnes sont les rois...
Il fut un temps, en Turquie, où les universitaires votaient deux fois. Intelligence oblige. Depuis, les universités turques font figure de lanterne rouge dans les listes des meilleures universités au monde; je blague, elles n'en font même pas parties...
C'est ça la démocratie, le pouvoir du démos. Et le démos, c'est moi et les autres. Et les autres, c'est le plouc du coin, le prof d'en face et le type d'en haut. L'idée, c'est de dire à cette multitude, déterminez votre destin. Tourner les pages du grand livre. La "vile multitude" aux commandes. Scrutin universel oblige. On peut critiquer le scrutin universel. C'est permis mais c'est "rétro".
Si on décide de confier les rênes au peuple, il faut s'attendre au pire. C'est la rengaine célèbre: voter le texte non le contexte. Lorsqu'il y a un référendum sur le traité européen, ce sont à ces ignares qu'il est demandé d'apposer leur saint consentement. C'est vrai que personne n'en comprend une miette mais c'est comme ça.
La solution, c'est la technocratie, la monarchie, le roi-philosophe si possible, la théocratie. Mais personne n'en veut. Et comment ! Ce n'est pas pour rien que le mal embouché avait pondu jadis: "la démocratie est le pire des régimes à l'exception de tous les autres". Mais sans doute, Aysun Kayaci, n'étire pas sa réflexion jusqu'à cette sphère. Euh, ma voix ne peut être identique à la sienne...
Emettre un pet plus haut que son derche, ça doit être ça...

vendredi 28 mars 2008

They are not Muslim !

J'avoue que le film de Geert Wilders (http://www.liveleak.com/view?i=7d9_1206624103) m'a terriblement dérangé. Non parce-que j'ai découvert la "réalité" de la religion à laquelle j'appartiens mais parce-que j'ai peur que ceux qui se contentent de juger l'islam à partir de ce film soient légion.
Je condamne toutes les atrocités perpétrées au nom de l'islam; c'est un non-sens. Les scènes diffusées sont effrayantes, épouvantables, monstrueuses. Je condamne leurs auteurs; je ne les ai jamais considérés comme des coreligionnaires. Ils me font honte, ils me lassent, ils me dérangent. Ce ne sont pas des Musulmans. Je vais jusqu'à là; j'affirme qu'ils ne peuvent pas être des Musulmans. S'ils le sont, je ne le suis pas.
En outre, le lien rapide fait entre le Coran et le terrorisme m'a également dérangé. J'ai toujours eu une approche critique, une lecture renouvelée des passages du Coran; mais j'ai toujours essayé de contextualiser. C'est l'essence de l'exégèse coranique. Prendre les données brutes sans le cadre dans lequel elles s'inscrivent et les exposer sans préciser leur genèse sont constitutifs d'une mauvaise foi établie.
Un musulman qui a vu ce film ne peut que combattre les extrémistes et non son auteur. Mais un non-musulman qui a vu ce film ne doit pas tomber dans l'erreur de combattre l'islam. Ils ne sont pas de nous, nous ne sommes pas avec eux.

mercredi 26 mars 2008

Tours d'ivoire ou apologie de la versatilité

Loin de moi l'idée de disserter sur un sujet qui m'avait, jadis en terminale, assez troublé. Mais la réflexion imposée me paraît en réalité au fondement de l'existence intellectuelle, politique et juridique.
"Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereuses que les mensonges.". Voici cette fameuse phrase qui représente sans doute une de mes rares convictions. Par principe, je ne m'interdis jamais de réfléchir sur n'importe quel sujet. Lorsque j'en ai les moyens. Donc modérément.
Je déteste ceux qui, par intérêt, idolâtrie, inconscience, faiblesse, etc, se gargarisent de défendre une idée, une idéologie, une théorie ou un dogme sans changer un iota dans leurs convictions. Se mettre au service d'un autre pour le plaisir de courber l'échine. Jamais mon cas. C'est de nature.
Les convictions sont tolérables lorsqu'elles sont temporaires; jusqu'à ce qu'elles trouvent un miroir. On les appelle alors "opinions". Toujours dociles. Une personne se doit d'être une cire molle, mais pas seulement, elle doit également être pensante. J'ai un mépris pour les "par-coeuristes", dans tous les domaines, politique, théologie, droit, etc. La réflexion est un don pour nous; la laisser en veille est une abjuration. Les théologiens sont souvent gênés lorsque leurs ouailles se mettent à réfléchir. Non qu'ils n'aient pas la réponse mais parce-qu'ils n'ont jamais réfléchi à la réponse, aseptisée, qu'ils fournissent toujours dans ce cas de figure.
Je m'intéresse à la politique car j'ai des intérêts en jeu. Mais je n'ai jamais eu l'idée de me lancer dans l'arène; je l'ai dit, je déteste les convaincus. Je ne sais plus qui disait: "je n'ai pas fait de la politique parce-que je n'ai jamais cru que mon adversaire avait toujours tort". Tout est dit. Je me lasse vite de la pseudo-réflexion. Ecoutez toutes les émissions politiques, chacun lance ses théories, on discute, on s'insulte, on fait comme si et au final, chacun rejoint le bercail intellectuel. Tracasseries, pertes de temps, gâchis.
Je ne crois plus aux dialogues; pourtant j'ai tenté: Dieu dit dans le Coran, à longueur de temps "Ne réflechissez-vous jamais ?"; Dieu nous pousse à penser, les théologiens nous convainquent du contraire. En politique, c'est connu. En droit, on ne sait plus tenir un raisonnement purement juridique, il faut toujours un coup de canif, etc.
Woody Allen le dit si bien: "j'ai des questions à toutes vos réponses". Encore faut-il savoir les formuler...

dimanche 23 mars 2008

L'impartialité et l'indépendance de la justice

J'avoue qu'une justice qui n'est pas organiquement indépendante ne me gêne pas; pour la bonne raison que l'on ne connaît pas un système contraire dans un seul pays au monde. Le pouvoir politique aime nommer les juges. De la démocratie dans la justice disent certains; je n'arrive toujours pas à comprendre ce que vient faire la démocratie dans le droit (comme je n'arrive pas à comprendre ce que vient faire un jury dans un procès pénal). Mais passons, ce n'est pas si grave puisque tout le monde s'en gausse.
Ce qui m'importe surtout, c'est l'impartialité de la justice. On peut penser que l'un ne va pas sans l'autre; dans ce cas là, il faudrait convenir qu'aucune justice au monde n'est impartiale, ce qui est fort gênant et sans doute faux. En Turquie, on n'arrive toujours pas à comprendre ce que peut bien être une justice impartiale ("tarafsiz yargi"). C'est presque une insulte; une justice qui ne serait pas porteuse de l'idéal kémaliste, lèse-laïcité ! Lorsque le "proc" Yalçinkaya, celui qui a offert sa collection d'articles de presse à la Cour constitutionnelle afin qu'elle délibère sur une bonne base, s'en est pris à l'AKP (parti au pouvoir, voyons !), l'opposition laïcarde n'a ni dénoncé ni applaudi; on entendait la phrase du Professeur Baykal clinquer : "Il nous incombe de nous taire, l'affaire est désormais dans les mains de la justice turque impartiale". Un "coeur qui bat dans la bouche" aurait dit Henri Troyat.
Lorsque, quelques heures plus tard, un autre juge, le Juge d'instruction Öz, a décidé de placer en garde à vue le soi-disant très respecté journaliste Ilhan Selçuk du chef d'accusation d'avoir frayé avec une engeance putschiste, les mêmes s'en sont pris à "l'Etat profond" censé avoir investi les postes importants de la justice. Encore une fois, rire ou pleurer ?
Il ya quelques mois de cela, un juge d'instruction (Ferhat Sarikaya, un vrai martyr de l'Etat profond) avait été chassé de son métier pour avoir cité, dans une ordonnance de renvoi, le nom du Chef d'Etat-major de l'armée de terre (aujourd'hui chef des armées, belle promotion) susceptible de pouvoir éclairer la justice dans une affaire d'explosion d'une bombe dans une librairie; bombe posée par... les forces de sécurité turques. Pas très grave, on sacrifie un juge. Lorsque le juge Chaudhry avait été évincé au Pakistan de son prestigieux fauteuil, les avocats, les intellectuels et la communauté internationale s'en étaient émus et avaient énergiquement protesté. Rien de tel dans le cas Sarikaya.
Aujourd'hui, les laïcistes qui n'arrivent pas à comprendre ce que l'on pourrait reprocher au saint Ilhan Selçuk (pour lequel je n'ai, personnellement, aucune estime) ont donc le réflexe de demander une enquête sur l'enquêteur Öz; il a dû fauter puisque Selçuk est vieux donc innocent (ceux qui le défendent mettent plus en avant son âge, 83 ans, que les griefs qui lui sont repochés, ce n'est pas à cet âge qu'il va entamer une carrière de fasciste n'est-ce pas ?).
Il va falloir jongler dans les raisonnements; si Selçuk est lavé de tout soupçon, la justice aurait prouvé qu'elle résiste aux pressions gouvernemtales, si la Cour constitutionnelle lave de tout soupçon l'AKP, elle aurait prouvé qu'elle n'arrive pas à être impartiale, si les deux affaires se terminent mal, on ne saurait plus qui doit penser quoi, etc. Un dédale. Alors que tout est si simple: la justice turque est partiale (les juges le disent eux-mêmes), gerisi teferruat...

vendredi 21 mars 2008

Une Chine olympique

Alors que la Chine "bousculait" les quelques affidés du Dalaï-Lama, accusés de soulèvement factieux (donc par destination répréhensibles dans toute démocratie "normalement constituée"), les gouvernants du monde fermèrent les yeux et la bouche. Même si il faut reconnaître le courage de certains: Nancy Pelosi s'est jetée dans les mains collées du Tibétain le plus illustre; Gordon Brown a rappelé qu'il était disposé à papoter avec lui et la Merkel des lupanars de la Coupe du Monde de 2006 promet de suspendre les relations bilatérales dans un domaine obscur. La France ignore, sans doute, ce qui s'y passe; on entendait un responsable défendre la levée de l'embargo sur la vente d'armes... Il faut dire que la France, ces temps-ci, ne supporte plus ceux qui disent vrai; Bockel a été renvoyé à sa passion...les Anciens Combattants.
Comme tout hôte qui se respecte, la Chine veut nettoyer avant d'accueillir; l'occasion se présente bien, on en profite donc pour noyer la dissidence dans l'océan d'indifférence. On va donc faire comme si rien ne s'était passé; on va lancer les javelots, courir, fêter, jouer, etc. sans cas de conscience. Le boycottage est un mot strictement banni, bien sûr; il ne faut pas frustrer les sportifs. L'indignation s'arrête aux portes de Pékin, il ne faut pas charrier.
Le discours officiel est pathétique: on a mis tant de temps à les apprivoiser, à les intégrer dans un système, impossible de rompre l'équilibre pour les beaux yeux de Sa Sainteté. Profil bas s'impose.
Pour avoir saisi quelque peu le sens de la "diplomatie des droits de l'Homme", je ne m'attendais pas à des protestations bruyantes, mais faut-il vraiment participer à des Jeux dont la philosophie originelle consistait aussi à respecter une trêve des luttes. C'est vrai qu'on recommencait ensuite mais c'était une normalité. Aujourd'hui, c'est l'ère des crocodiles et des mouches dans le coche. Realpolitik, d'accord; mais ce dont on parle a tout de même une importance: la vie. Un don, un vol. Une corrélation qui ne devrait plus passer...

dimanche 16 mars 2008

Les perles du réquisitoire: Etat de droit, Droit de l'Etat

Ca discutaille partout; certains lancent des formules: "l'Etat contre le gouvernement", "interdire le peuple", "suspendre la démocratie", "importer un nouveau peuple", etc. ; à qui mieux mieux.

Quel peut être le sens de vouloir interdire un parti qui a obtenu, il y a tout juste sept mois, 47 % des voix ? Une résistance au souverain ? Un défi ? Un affront ? Une obligation ? Tout le monde réfléchit; certains se frottent les mains, d'autres les yeux, d'autres le menton.
Si le réquisitoire du "proc" suscite une indignation politique, une incompréhension sociétale et un respect naturel qui sied à toute action qui vient tout droit d'un organe juridictionnel dans un Etat de droit, sa lecture fait rire tout le monde; certains en pleurent: ne pouvait-il pas ficeler un "truc" plus juridique tant qu'à faire ? Lisons: constituent une menace pour la laïcité, les positions suivantes:
- défendre la levée de l'interdiction du foulard dans les universités et dans les administrations publiques (ce dernier élément enrage les laïcistes),
- défendre la levée du critère de l'âge nécessaire pour étudier le Coran (eh oui, en Turquie, les parents peuvent inscrire leurs enfants dans tous les clubs de toutes sortes dès l'enfance mais il faut attendre l'âge de 12 ans pour l'envoyer dans les écoles coraniques !)
- distribuer des Corans dans les rues,
- citer le Coran dans des discours publics,
- critiquer la décision de la Cour européenne des droits de l'homme confirmant l'interdiction du port du foulard dans les universités turques (vivent les profs de droit, ils passent leur vie à faire ça !)
- croire en Dieu (le Premier ministre déclara un jour: "Pourquoi tant de séparations ? Nous sommes tous des créatures de Dieu"),etc.
Le "proc" ajoute: tout ce que je dis là n'a rien de répréhensible dans notre code pénal mais on s'en fout. Il faut interdire. Nul besoin d'avoir fauté (pénalement) car risque de fauter. Et basta.
Et les preuves lui demande la Cour constitutionnelle ? Le "proc" lui envoie une brouette de journaux: tiens lis-les ! La plupart des articles (c'est-à-dire, ce que l'on appelle, en droit, des "preuves") datent d' il y a cinq voire dix ans; autrement dit, le peuple, en s'exprimant en faveur du gouvernement à hauteur de 47 % en juillet 2007, a confirmé cette voie anti-laïque; là est le problème le plus grave: on avait cru que les électeurs avaient absous ces "islamistes" (histoire de la légitimité fraîche) mais, non, on se rend compte que les 16 millions sont appelés à la barre. Reproche: avoir mal voté.
Dernière note: dans un sondage réalisé auprès des juges turcs, plus de 60 % ont répondu à une question qui leur était posée de cette manière: lorsqu'il s'agit de défendre les droits de l'Etat, le juge peut se passer de la justice; autrement dit, défendre les intérêts de l'Etat prévaut sur le fait de rendre la justice. C'est dans ce contexte que s'ouvre le procès...

vendredi 14 mars 2008

Vers la dissolution de l'AKP...une resucée: un plat

On vient d'apprendre que le Procureur général près la Cour de cassation turque a lancé une procédure d'interdiction de l'AKP, parti gouvernemental depuis 2002. Hayirli olsun.
Les griefs sont, bien évidemment, graves: le parti serait devenu "le centre d'activités contraires au principe de laïcité". En réalité, rien, dans une démocratie, n'interdit d'interdire; la démocratie doit se défendre. Mais encore faut-il qu'il y ait démocratie au sens plein du terme. Le tort majeur qui figure à la tête du réquisitoire, c'est peut-être même son titre: la liberté pour le foulard.
Les opposants sont heureux, les juristes respirent, les recteurs gambadent, le CHP fait semblant de s'inquiéter pour la démocratie, le MHP s'en remet à la sagesse de la justice, etc. Le Président de la République, dont le nom figure également dans la liste de ceux pour lesquels le procureur a demandé une interdiction de briguer des mandats pendant cinq ans, tient des propos lénifiants depuis Dakar, le Premier ministre, toujours hors de lui dans ces moments là, demande à la justice de ne pas être trop partiale pendant le déroulement du "procès". Une vraie mascarade.
Seuls les Kurdes se sont dressés énergiquement contre cette procédure; il faut dire que leur parti DTP est également en instance de dissolution devant la Cour constitutionnelle. C'est une simple cohérence, mêlée à leur conception sincère de la démocratie !
Point important: le procureur a fait cette sortie dans la dentelle. Soucieux du bien-être économique de son pays, il a attendu la fermeture de la séance de la bourse d'Istanbul pour ébruiter l'information. D'ailleurs, c'est devenu une coutume: les déclarations gênantes tombent désormais dans la soirée ou en fin de semaine. L'Armée publie la nuit, certains officiels préfèrent l'après-midi après le "mesai" (heures de bureaux des administrations publiques). Rire ou pleurer !
La balle est désormais dans le camp de la Cour constitutionnelle, bourreau particulièrement enthousiaste en la matière; plus de trente partis ont été dissous depuis la République (c'est-à-dire 85 ans) dont quatre de la mouvance conservatrice musulmane: l ' AKP, nous le savons, est un parti de dissidence, une branche du tronc islamiste; ce qui me paraît incompréhensible, c'est que ces juristes de haut rang aiment élaguer de temps en temps; mais ils restent trop "juristes": on interdit le parti et après on avisera. Le hic, c'est que ce "après" est toujours le même: encore plus de voix pour les persécutés. Comme le disait Mitterrand, les juristes ne comprennent jamais rien à la politique; c'est vrai qu'on leur apprend que dissolution équivaut à disparition; or, la politique nous enseigne que dissolution signifie toujours victoire...une victoire sur un plat d'or car le peuple repasse toujours les plats aux victimes.

mardi 11 mars 2008

La nouvelle "fatwa" vaticane sur les péchés capitaux: réflexion sur le renouveau théologique

Alors qu'il ne se presse jamais pour actualiser certaines de ses positions universellement contestées, le Vatican s'apprête à revisiter sa liste des péchés capitaux; voilà une belle modernisation des critères d'accessibilité à la Géhenne. On passe d'une dimension individuelle à une dimension plus sociale, collective; des péchés de "la troisième génération".
Dorénavant, les drogues, la pollution, la manipulation génétique, les injustices économiques et sociales et l'avortement sont passibles de la damnation éternelle. Il faut donc courir se confesser chez le curé le plus proche ou plutôt dormir à ses côtés, les comportements prohibés étant abondamment pratiqués de nos jours. On pèche comme on respire.
Cet effort d'adaptation aux conditions actuelles mérite approbation même s'il vise, avant tout, à élargir le champ de responsabilité de l'homme. Dans les religions, le critère de la "légalité des délits et des peines" n'existe pas. On adapte même sans base textuelle.
L'islam suit le même raisonnement; le "kiyas" (la comparaison) est un principe matriciel du droit islamique; il s'applique également à son volet pénal. Il est donc permis de "créer" de nouveaux délits mais ceux-là doivent s'inscrire dans "l'esprit" d'une réprobation semblable. Exemple: l'alcool est interdit car il affecte l'esprit donc tout ce qui affecte l'esprit est également interdit; ainsi, pour certains théologiens, le tabac et la drogue sont "haram". D'autres partent du principe selon lequel ce qui n'est pas expressément interdit par Dieu ne peut l' être par ses créatures. Le problème de cette conception (qui est implacable sur le plan logique puisqu'elle postule l'omniscience du Créateur, il serait insultant de penser qu'Il n'a pas été visionnaire !), c'est qu'elle est trop théorique car ça fait bien longtemps que Dieu n'intervient plus sur la scène théologale. On est donc poussé à deviner ce qu'Il aurait disposé dans telle ou telle circonstance.
Comme le dit l'adage du droit islamique superbement ignoré: "La fatwa change avec le temps qui change", soyons apostolique:
"zamanin tagayyuru ile ahkam dahi tebeddül eder" (turc),
"taghayyur al-fatwa bi taghayyur al-azman" (arabe),
"the fatwa changes with changing times" (anglais).

vendredi 7 mars 2008

Une "belle" guerre, une mauvaise polémique

Depuis quelques jours, le monde politico-militaire turc est en ébullition; les faits sont simples: la coïncidence du retrait de l'armée turque du nord de l'Iraq avec les injonctions de Robert Gates allant dans ce sens. L'armée et le gouvernement ont précisé que ce plan de retrait était déjà arrêté et qu'il n'y a eu aucune influence de Gates.
Les nationalistes et les partis d'opposition pensent le contraire. Il faut dire que le contexte prête à discussion: le retrait s'est fait le lendemain de la visite de Gates. Mais le Chef d'état-major supplie de le croire; l'opposition estime qu'il s'agit d'un retrait commandé par les américains.
L'acmé du problème: l'armée, par une déclaration écrite, a estimé que les propos de l'opposition démoralisaient les soldats et nuisaient plus que les "traîtres"; le mot est lâché. Déchaînement: l'opposition, pour la première fois dans l'histoire, a fustigé l'armée et comble de la singularité, celle-ci s'est retrouvée en train de défendre le gouvernement. Deniz Baykal, leader aguerri de l'opposition social-démocrate nationaliste, a lancé au chef d'état-major: vous n'êtes pas notre interlocuteur; le MHP, parti authentiquement nationaliste, boude (c'est vrai que être taxé de traître, pour un parti nationaliste, c'est quelque peu déstabilisant).
Bref, l'armée se désole: personne parle de notre bravoure, on nous mêle dans la polémique politicienne. Tout le monde demande au chef d'état-major de ne pas prendre la défense du gouvernement et de ne pas s'enferrer dans des prises de position politiques: expliquer la stratégie militaire aurait suffi, point n'est besoin d'apporter de l'eau au moulin du gouvernement. L'opposition voulant critiquer le gouvernement sur un bon plan d'attaque s'est retrouvée rabrouer par l'armée.
Ce qui est marrant, c'est que ceux qui applaudissaisent les interventions politiques du chef d'état-major lors des élections présidentielles ou sur le foulard lui demandent maintenant de la boucler...histoire de les laisser tranquilles dans leur jeu politique. Le chef d'état-major n'a voulu que rétablir une vérité (ça touche quand même à l'honneur de l'armée que de dire qu'elle est à la solde des américains) mais visiblement il a dérangé des calculs politiques.
Il fait bon vivre en Turquie: le cordon ombilical entre le CHP et l'armée est coupé; un petit pas pour le CHP mais un grand pas pour la démocratie turque.

jeudi 6 mars 2008

Le Conseil des droits de l'homme et les mots: la comédie humaine

Alors que le Conseil des droits de l'homme entamait une nouvelle session, l'Organisation de la Conférence islamique et la Ligue des Etats arabes eurent l'idée de présenter un projet "original" de résolution condamnant Israël pour son massacre de Gaza. Cédant à la complainte traditionnelle (qui consiste à condamner seulement Israël), le projet appelle également la cessation « des tirs de roquettes par les combattants palestiniens, qui ont entraîné la perte de deux civils et plusieurs blessés en Israël ». Réelle avancée paperassière.
On a trouvé judicieux d'envoyer Monseigneur Desmond Tutu en mission pour essayer de comprendre la situation; un Chrétien respecté dans les bras des Juifs et des Musulmans, on ne pouvait penser mieux. Les Israéliens l'ont invité à transiter par l'Egypte pour se rendre à Beit Hanoun et pas par Israël. Ca commence bien, d'autant plus que ce Tutu n'avait pas pu entamer sa mission en janvier du fait de l'opposition israélienne. Donc, nouvelle avancée.
La France s'est, bien évidemment, abstenue comme ses soeurs européennes (Allemagne, Italie, Pays-Bas, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie): il faut privilégier le dialogue et l'apaisement; le projet de résolution "contient un certain nombre de paragraphes et concepts inacceptables".
On bute encore une fois sur le sens des mots; tout en sachant que ces résolutions ne servent à rien ou presque. Une trace dans l'histoire onusienne mais un vide dans la réalité des faits.

mercredi 5 mars 2008

Trois poids, une mesure: un terrorisme un et indivisible

Lorsque la communauté internationale remue (à raison) ciel et terre pour sauver les otages des FARC cadenassés à une mort à petit feu et lorsque certains milieux extrémistes turcs tirent fierté du nombre de morts du côté des terroristes kurdes, les militaires israéliens ne s'excusent pas. Ayant eu " l'intelligence" de déclarer tout un peuple, terroriste, les autorités d'Israël invoquent, dans une logique macabre implacable, la lutte contre le terrorisme.
Lorsque le controversé Vergès déclara qu' " un poseur de bombes est un poseur de questions", il n'avait sans doute pas tort, non qu'il faille soutenir les moyens employés mais s'interroger sur les causes. L'injustice est un levier puissant. C'est connu.
Mon propos n'est pas de proposer de séparer le bon grain de l'ivraie en matière de terrorisme mais de secouer une idée fixe à laquelle, en réalité, personne ne croit. La cause du terrorisme mérite réflexion et non condamnation automatique. Lorsque le chef d'état-major de l' armée turque avait reconnu qu'ils avaient sciemment "oublié" qu'il y avait un problème kurde en Turquie, il fournissait, de fait, un argument à cette thèse. On ne naît pas terroriste, on le devient. Et on ne le devient pas par sadisme (sauf pathologie avérée); il y a un motif.
Lorsque le peuple turc se rince l'oeil quand il découvre que son armée sait mener une guerre en plein hiver, lorsque le peuple colombien applaudit son président dans sa lutte contre les "séparatistes" et lorsque le peuple israélien soutient, indéfectiblement, son gouvernement dans une lutte justifiée, les causes de leurs malheurs demeurent. Tout le monde sait que l'éradication du terrorisme passe par autre chose que la mort; par une politique; certes une politique qui dérange et qui va remettre en cause pas mal de situations fossilisées, mais une solution d'envergure, réponse complète, utile et nécessaire aux questions qui se posent. Est-il plus sage de se jeter à l'eau pour éviter d'être mouillé ou d' assécher un problème à sa source ?

dimanche 2 mars 2008

La guerre et la liberté d'expression: à chacun sa conception des yeux

La Turquie vient de terminer une guerre-éclair dans le Nord de l'Iraq; cette zone qu'il est officiellement interdit d'appeler le "Kurdistan irakien". Les morts, le sang, les pleurs, les "martyrs", tout ce que l'on connaît depuis quelques lustres.
La guerre neutralise tout en Turquie: la pensée, la joie, l'opposition, etc. On doit changer d'état; pleurer, ne pas remettre en cause, se taire, dire "Vatan sagolsun" lorsqu'il y a des pertes humaines (du genre "Vive la patrie", refrain sacrificiel entonné inconsciemment) et surtout écraser les voix discordantes. Dernièrement, Bülent Ersoy, une des grandes chanteuses du pays (transsexuelle respectée, ce qui relève de l'exploit dans une société où ce "genre de chose" ne déclenche pas un respect naturel) a osé s'interroger sur la pertinence d'un combat mené depuis plusieurs années et qui s'avère, à son humble analyse, pas trop reluisant. Mon Dieu, quelle allure ! Quelle impertinence ! Quelle traîtrise ! Quelle bouche ! Quelle baverie ! On excelle dans la dénonciation, le CSA turc se réunit d'urgence pour envisager son excommunication audiovisuelle, les journalistes pleurent à l'idée de disserter sur cette abominable phrase, le pacte tacite qui interdisait ne serait-ce qu'une miette de critique ou une simple interrogation vole en éclats. Catastrophe: les Kurdes donnent libre cours à leurs revendications politiques: le DTP, parti kurde, "présidé" par Ahmet Türk (un Kurde malgré ce joli nom, bel exemple d'assimilation) propose d'édifier un système fédéral où Turcs et Kurdes vivraient le bonheur absolu, sans heurts, sans guerres, sans larmes. La presse lance: Ahmet Türk propose la "sécession" (le mot "bölünme" signifie division, partage mais surtout, dans la phraséologie officielle de lutte contre le terrorisme, sécession); un jeu de mots: il propose un système fédéral, on comprend sécession. On va voir quel procureur va se dépêcher de lancer des poursuites judiciaires. Ouf, il est député donc intouchable. Mince, son parti est en instance de dissolution devant la Cour constitutionnelle, ça fait un chapitre de plus dans le réquisitoire.
Si on pouvait jeter par-dessus bord tous ces dérangeurs, ça serait drôlement bien...un rêve qui pousse les défenseurs des droits de l'Homme à ne dormir que d'un oeil.

vendredi 29 février 2008

Brèves religieuses

Alors que le bras de fer traditionnel entre les démocrates libéraux (auxquels se sont joints pour la circonstance les conservateurs et nationalistes) et les laïcistes et républicains sincères semble se durcir en Turquie, on condamnait à un an de prison un juge italien qui avait refusé de rendre la justice sous les auspices du Christ (un joli crucifix orne les murs des tribunaux italiens depuis 1926).
Alors que les Italiens s'interrogeaient ainsi sur le sens du terme "laïcité", les Danois s'interrogeaient sur la susceptibilité des musulmans à l'encontre des caricatures du Prophète. La Biélorussie répondit par des actes; elle libéra le journaliste qui avait "osé" publier les caricatures et ainsi inciter à la haine raciale ou religieuse. Un député d'extrême-droite s'apprêterait aux Pays-Bas à tourner un film sur le "livre affreux et fasciste" qu'est le Coran. Intéressant.
Alors que ces grands pays dissertaient sur la justice, d'autres réprimaient. Ainsi, l'Arabie Saoudite dut arrêter 57 "dragueurs". L'Egypte interdit à ses infirmières de porter des voiles intégraux pour raison de sécurité. Les Frères Musulmans invoquèrent une violation de la liberté religieuse. Les Algériens sont plus radicaux: ils expulsent l'ancien président de l'Eglise protestante; son tort: il a fait trop de zèle et a donc porté atteinte à la liberté de religion des musulmans. Liberté de religion chérie.
Des bonnes nouvelles: la Russie vit son président bénit par Alexis II. Le Rabbin Sitruk se déclara favorable à un marché commun pour les Juifs et Musulmans concernant la viande "casher"; les règles imposées aux Juifs conviennent aux Musulmans. Belle avancée.
On apprenait aussi que 25 % des Etats-Uniens avaient changé leur religion "d'origine". La plus grande perdante, bien évidemment, l'Eglise catholique. Désormais, 16 % des Américains se déclarent non affiliés à aucune structure religieuse. Mini scandale là-bas.
Toutes ces saintes bouches citent Dieu. Encore et toujours. A dieu vat !

mardi 26 février 2008

Un athéisme qui mène au déisme: critique d'une pseudo-réflexion

Une fois n'est pas coutume: j'ai tenté d'ébranler ma foi. Résultat: le sort s'acharne.
J'ai lu avec intérêt et sans parti pris le "traité d'athéologie" que nous a composé le philosophe Michel Onfray, "pape" si l' on peut dire de l'athéisme intégral (eh oui, encore une fois influence de l'épistémè judéo-chrétienne).
Michel Onfray veut secouer le joug des "fictions apaisantes" pour nous traîner à la suite d'une "raison qui soucie". Un réveil. "Une santé mentale recouvrée".
La mort de Dieu ? "Une fiction ne meurt pas " lâche-t-il en bon logicien. Après avoir reconnu que l'athéisme est condamné à se définir par rapport à Dieu c'est-à-dire à l'objet qu'il combat ("une construction linguistique exacerbant l'amputation"), il opte pour l'athéisme de Nietzsche, celui qui s'est amusé à révéler la "transvaluation" c'est-à-dire, pour aller vite, un athéisme de gouvernement et pas seulement de combat. Comme Deleuze; celui-là parle d' "athéisme tranquille". Joli. Bref, un athéisme qui sort de la chapelle ardente.
Après avoir dévidé son chapelet (origine des religions avec la "pulsion de la mort", maux des religions, résistance du formatage judéo-chrétien dans les mentalités, les gestes, les mots, le droit, etc), il dénonce le tort principal des religions: l'invite à la soumission; une attitude qui entraverait l'activité intellectuelle. La Genèse récuse "le goût de la science" (Notons-le: la Genèse). Fort possible. Or, je n'ai toujours pas compris en quoi la soumission entraverait l' activité intellectuelle. Deux activités qui relèvent de deux niveaux différents. Que la soumission entrave le raisonnement objectif de certains, oui; mais on peut être convaincu d'une chose irrationnelle et continuer à chauffer son cerveau. Construire un raisonnement iconoclaste, oui mais l'important est de renoncer à l'honorer; le pouvoir de renier sa propre construction intellectuelle, c'est tout simplement la "foi". C'est faire un choix. La plus grande liberté.
Onfray fustige également "l'athéisme chrétien" (cher à Comte-Sponville qui parle, lui, d' "athéisme fidèle") et réclame un "athéisme post-moderne", à savoir "une véritable morale post-chrétienne où le corps cesse d'être une punition, la terre une vallée de larmes, la vie une catastrophe, le plaisir un péché, les femmes une malédiction, l'intelligence une présomption, la volonté une damnation".
Dévisser l'épistémè judéo-chrétienne. Voilà, le bonheur auquel on doit s'attacher. Soit. Il s'empresse d'ajouter qu'il ne promet rien, le Paradis n'est pas dans l'autre monde mais il n'est pas de ce monde non plus, ce n'est qu'un "idéal de la raison ici-bas". Donc, déchanter pour le plaisir de raisonner. Une conception...
Ce qui est frappant dans ce traité d' "athéologie", c'est qu' à aucun moment de cet ouvrage qui prétend promouvoir l'athéisme, le concept de Dieu n'est discuté. Il s'en prend aux religions et surtout au christianisme pour déduire l'inexistence de Dieu. Un peu rapide à mon goût. Ce n'est pas de ma faute si le christianisme mène à l'athéisme; en tout cas, ce dernier ne peut pas être la conséquence logique des incartades des religions. Il le reconnaît lui-même: "Dieu ne parle pas". Il s'en prend à son clergé mais c'est l'idée de Dieu qui trinque. Il faudra m'expliquer.
Bref, je reste déiste voire théiste jusqu'à "preuve" plus solide du contraire.
Rien de comestible dans ce qu'il dit ? Si. La critique du christianisme ou plutôt du "paulinisme" mais c'est là une autre histoire. Je laisse découvrir l'apologie de la "boucherie" dans le judaïsme, le penchant du christianisme pour les "exterminations de masse" et les "thématiques fascistes" de l'islam.
Que dire ? Eh bien bon vent... Gazan mubarek olsun comme le disent les Turcs, en bons adeptes de l'épistémè musulmane qu'ils sont.

dimanche 24 février 2008

La voie est ouverte: le voile peut se rabattre

Le Président Gül a, enfin, validé la loi constitutionnelle qui renforce l'égalité des citoyens devant les services publics et qui consacre un droit à poursuivre tranquillement ses études dans l'enseignement supérieur (seule une loi pouvant fixer des limites). Le mot "voile" n'apparaît donc pas. Juridiquement, le voile à la fac serait désormais libre.
En elle-même, la modification de la Constitution n'a rien de répréhensible. L'égalté, la tranquilité, l'enseignement supérieur. Que des concepts sympas. Le CHP, parti d'Atatürk, de centre-gauche (tout ça dans la théorie), a mobilisé toutes ses forces pour rédiger un joli réquisitoire contre cette loi à destination des juges constitutionnels. Evidemment, il a saisi la Cour constitutionnelle. Motif: la modification constitutionnelle ne doit pas être lue naïvement. Elle recèle une autre lecture; une lecture lèse-laïcité. Fidèle à son fonds de commerce, soucieux de garder la palme, le CHP estime que l'égalité et le droit de faire des études supérieures voilent un projet d'envergure, capable de saper les fondements sacrés de la République. Une sorte de voile vocabularique.
Un étudiant de première année de droit sait, bien évidemment, que le juge constitutionnel analyse la conformité d'une loi au texte de la Constitution. Basique. Mais , ce qu'il sait également, c'est que c'est le libellé de la loi qui est confronté à la Constitution. Pas la cervelle de ses rédacteurs. En bon positiviste. Le "pourquoi" de la loi n'entre pas dans les considérations de la Cour. Vous avez proclamé l'égalité, c'est bien mais je sens que c'est une parade et je connais votre dessein: la liberté du voile dans les facs donc la fin de la République (pour ceux qui chercheraient un rapport entre le premier membre de la phrase et le second, ne vous en faîtes pas, personne n'ose une démonstration). Donc, j'annule.
Je connaîs un peu le droit constitutionnel, je connaîs grosso modo le fonctionnement de la Cour constitutionnelle et je sais très bien qu'en Turquie, selon la formule consacrée, rien n'est impossible; si la Cour se permet de "juger" (parfois, elle donne des leçons de sociologie, de morale, de philosophie, ça lui prend de temps à autre), je l'applaudirais; si elle persiste dans un raisonnement pseudo-juridique (affaire du "367"), je l'accepterais; continuant de croire: dura jurisprudentia sed jurisprudentia.

samedi 23 février 2008

Une prison en deux étapes

Le Conseil constitutionnel a validé la loi Dati sur la rétention de sûreté; cette mesure permet de "retenir" les condamnés dangereux (à une peine au moins égale à 15 ans pour des faits graves comme pédophilie, meurtres, barbarie, etc) dans un centre médico-judiciaire après la purge de leur peine "principale". Le principe est simple: on enferme pendant 15 ans et on enferme derechef mais cette fois-ci le temps nécessaire pour son traitement.
D'ailleurs, les juges constitutionnels ont bien rappelé que si le condamné avait suivi un traitement pendant ses 15 ans, il ne serait pas possible de le placer dans ce centre. En revanche, si le traitement idoine n'a pu être dispensé (ce qui est surtout le cas en France), le malheureux devrait séjourner dans ce centre. Peut-être à vie. Pour son bien. Et surtout pour celui de la société.
Le risque de récidive appelle enfermement; officiellement, pour le soigner. On se demande alors pourquoi on enferme ces gens pendant 15 ans au lieu de les envoyer directement dans un centre spécialisé. C'est vrai qu'après 15 ans, même le sain d'esprit perd la raison, c'est plus facile. On nous l'a dit, il était mentalement faible, il faut l'interner. Peut-être à vie. Crime virtuel, auteur potentiel, défense de la société à tout prix, etc. des concepts que je n'ai jamais croisés pendant mes années de droit. J'étais sans doute nul en droit pénal. Mais certains rétorquent: ne peut-on créer une nouvelle conception de notre droit ? Pourquoi refuser, catégorique, un nouveau système ? Bon questionnement, j'aime les gens qui s'interrogent mais lorsqu'ils sont sincères. Dati et Sarkozy ne sont-ils pas sincères ? Si si. Ils ont promis de punir les pédophiles et de garantir à tout prix la tranquilité publique, par tous les moyens. Mais quand le Président essuie un échec, il se tourne vers le Premier Président de la Cour de cassation. Tiens, lui dit-il, trouves moi une formule juridique pour appliquer la loi rétroactivement (le Conseil constitutionnel ayant retoqué cette partie du dispositif qui s'appliquait même aux condamnés croupissant déjà en prison, les fameux 15 ans !). Les juristes s'indignent. Badinter rougit. Très probe, lui, c'est normal. On reconnaît les honnêtes gens à leur face empourprée; ils rougissent des imbécilités des autres.
Bref, c'est reparti pour des analyses juridiques sur ce qu'est une peine, une mesure de sûreté qui ne peut plus être rétroactive alors que ce n'est pas une peine, la philosophie générale du droit pénal français, peine/responsabilité et mesure de sûreté/dangerosité, etc. Du blabla juridique en perspective. Toujours provoqué par les mêmes. Bir deli kuyuya tas atmis, 40 akilli çikaramamis...

vendredi 22 février 2008

De l'acmé à l'étiage: trajectoire de l'Amour

Lorsque je me plais à raconter à des connaissances ma faiblesse pour les séries argentines, italiennes ou turques, ces zèbres m'affublent, illico presto, du qualificatif qui ne m'a jamais dérangé, "bizarre". Bizarrerie donc qu'un bonhomme de cet acabit s'intéresse à des frivolités de cette espèce. La réponse aux allégations n'étant pas mon sport favori, je les laisse fantasmer.
Comme si regarder une série, qui a pour toile de fond une histoire d'amour, était autre chose que lire différemment. Je n'ai jamais compris les pseudo-esprits de haute volée qui s'enorgueillissent de mépriser les séries ou les téléfilms. Ces mêmes gens raffolent de littérature classique. Ils veulent se montrer "intellectuels"; nous, nous lisons, la télévision corrompt l'intelligence (ce qui est vrai pour beaucoup d'émissions mais pas pour les séries ni les films). Soit. Mais lorsqu'il m'arrive de leur rappeler que ces deux activités ne sont pas exclusives et que l'objet de la lecture et celui de la série sont fondamentalement la même chose, à savoir une histoire, ils persistent. Lire devient une simple fatigue des yeux. Moi, je ne lis pas pour lire ni pour remplir une quelconque liste qui recense fièrement mes lectures. Pauvres hères ! Leur demande-t-on de conter à grands traits l'histoire, ils balbutient. Ils n'ont retenu que le titre et la fin. Et après, ils se targuent d'être grands lecteurs. Et ils ont raison. Mais ils se sont fatigué quelque temps. La gloriole.
Bref, je m'intéresse donc à tout ça. Ce qui me préoccupe, c'est la définition, les modalités, les ressorts de l'Amour. Et je glane à droite à gauche; j'en viens à observer que l'Amour n'est plus de notre ère. C'est devenu un concept, on y range la somme de nos amourettes. L'Amour pur se vit dans les palais, loin des vilénies matérielles. L'Amour pur se vit dans le dénuement; celui de la technologie et de l'idéologie. L'Amour pur est stable. Bref, l'Amour pur (en occident) se vivait jusqu'au 18è siècle. On continue de s'aimer mais différemment. Pourquoi vivre si on n'aime pas ?
La Révolution française a chaviré l'intellect de l'Homme; le coeur en a pâtit. Il a commencé à battre pour plusieurs choses. Le coeur est devenu lunatique, excusez du peu...A mesure que la cervelle de l'humain s'est éclectisée, sa pureté s'est évanouie. Les idéologies ! L'ennemi de tout !

mardi 19 février 2008

nihat hatipoğlu fon müziği

Lorsque le "cadet des soucis" devient le "souci des cadets"

A la question de savoir ce qu'était la ligne officielle de la Géorgie sur l'indépendance du Kosovo, le président Saakachvili a lâché: "c'est le cadet de mes soucis". Pure tromperie intellectuelle. Réponse auto-satisfactrice. Tout le monde sait qu'il fait des cauchemars.
Les "petits" sont satisfaits. Alors que les Ossètes du Sud font de l'oeil aux Russes, que les Russes font les gros yeux aux Kosovars et que ces "sécessionnistes" font des pieds de nez dans tous les sens, que Fidel Castro préfère se reposer définitivement, que Poutine commence à découvrir les larges pouvoirs que la Constitution réserve au Premier ministre, les cadets se mettent à rêver. On le sait, les Ossètes du Sud se démènent pour obtenir la "confirmation" de leur indépendance. Fidel ne voulant plus gouverner formellement (d'ailleurs, précise-t-il, un peu en retard, l'important n'est pas d'occuper un poste, "cadet de ses soucis", mais de rester un bon "soldat des idées"), son cadet se frotte les mains en même temps que la communauté internationale se met à chanter l'abnégation du Lider Maximo. Le petit Medvedev, adoubé potiche présidentiel par son chef Poutine pour qui le poste de président était le "cadet de ses soucis" du moment qu'il pouvait continuer à servir son beau pays par d'autres fonctions, vient de lire la Constitution; il est tombé des nues: il allait avoir beaucoup de pouvoirs. Il s'est empressé de déclarer à la presse qu'il avait toujours été un partisan du régime présidentiel fort.
Si ces tartufes avaient pu se soucier davantage de ces "cadets", ils auraient pu éviter les céphalées; je le sais, l'indifférence rend toujours magnanime...mais à quoi bon paraître héroïque quand tout le monde sait que le vice est une composante de votre personnalité. Pathologique, tout ça.

jeudi 14 février 2008

Saint-Valentin et Saint Coran: la guerre des roses

L'Arabie Saoudite a interdit la vente de fleurs. Les gendarmes de la moralité publique s'en prennent aux rosistes. On a peur que les Saoudiens découvrent l'Amour; ou que les "concepts" de "désir" et de "volupté" envahissent l'esprit des dévots. C'est connu, le risque de l'effervescence des sens préoccupe, depuis toujours, les oulémas. Il faut dire que les Saoudiens ne s'apprêtaient pas à se lancer des fleurs en pleine rue. Ils voulaient juste, comme toute personne bien élevée et les Saoudiens n'ont aucune raison pour ne pas être bien élevés, honorer leurs jules, dulcinées, femmes, maris, partenaires (quoique le mot "partenaire" ne sied pas trop à la sociologie et au droit de "là-bas"). Eh bien, c'est interdit. On doit aimer sans sensualité. C'est bizarre, personne n'arrive à apporter le support textuel de cette interdiction. C'est la lubie de certains "docteurs de la foi".
Doit-on rappeler que le Prophète avait une faiblesse pour les roses...et pour les femmes ("Bana, dünyanızdan koku ve kadın sevdirildi. Gözümün nuru ise namazda kılındı." Kaynak: Nesai, İşretu'n-Nisa 1, (7, 61) même si pour rester intègre, précisons que cette phrase n'est pas considérée comme l'aveu d'une concupiscence débordante par les spécialistes des hadiths). Rien dans ses paroles, dans ses gestes et dans son message ne s'opposent, à mon sens, à l'effusion dans ce domaine. Il n'y a qu'à lire le Coran; les jardins, l'amour, les femmes et surtout le désir sont des thèmes récurrents. Les incultes et les oppresseurs m'énervent terriblement; ils ont gâché la Saint Valentin et gauchi le Coran...une énième fois.

Laïcité, affaire des musulmans "light" ?

Les anti-voilistes continuent de suer. Le foulard entre dans les facs. Il était déjà partout, dans les maisons, les marchés, les bus, les rues, etc. Il a envahi une "institution". D'aucuns, Coran dans la main droite, portrait d'Atatürk dans la main gauche, jurent qu'ils ne sont pas apostats, que leurs grands-pères étaint "hadjs", que leurs grands-tantes portaient le foulard "à l'anatolienne", etc. Comme si on avait dit que leurs aïeux faisaient de la planche à voile.
Je me demande s'il n'y a pas un lien entre le niveau de piété et l'ardeur dans la défense de la laïcité; c'est bizarre, on ne voit jamais des barbus, des voilées (en "turban" bien sûr), des imams défendre la laïcité. C'est qu'il ya problème quelque part. Les laïcistes sont presque tous des musulmans modérés, des agnostiques ou des athées. Ils défendent la survie de leur mode de vie, ce qui, au demeurant, est tout à fait légitime. Mais ce sont les mêmes qui refusent l'ouverture des écoles de formation pour les prêtres orthodoxes. Je ne comprends plus rien à leur défense de la laïcité. On dit souvent que les Turcs ne lisent pas beaucoup. Le Coran avant 12 ans, c'est sûr, c'est interdit. Les écrits d'Atatürk arrosent pourtant tout ce qui est officiel: la Constitution, les lois, les programmes scolaires, les livres d'histoire, de littérature, de dessin, etc. Le hic, c'est que dans le système scolaire turc, on privilégie le par coeur à la réflexion; tout s'explique. Ils citent, récitent et recitent. Comme le dit le slogan, "Atam Atam kalkta ben yatam".

mercredi 13 février 2008

Quand le hasard fait bien les choses...

Badri Patarkatsichvili est mort. Le richissime opposant géorgien s'était présenté à l'élection présidentielle de janvier avant d'être accusé d'un complot contre l'Etat. Quand il y a mort subite, on a toujours des doutes. C'est un réflexe. Surtout quand ça concerne des hommes politiques qui dérangent. C'est même une tradition dans cette contrée. Mais restons droit-de-l'hommistes; présomption d'innocence.
Mevlam görelim neyler, Neylerse güzel eyler...La Grande-Bretagne demeure vivante, comme dirait l'autre, on y meurt souvent.

dimanche 10 février 2008

Entre becs et ailes: la naissance des Etats

Le Kosovo n'en peut plus. Il veut voler de ses propres ailes. Les Russes lui rappellent qu'il n' en a pas. Les Européens les cherchent toujours. Les Kosovars persistent: l'idée même d'indépendance nous donnent des ailes. Les Chypriotes et les Géorgiens sont les plus passionnés par ce sujet. Ils aiguisent leurs becs. Ces deux grandes puissances (!) veulent freiner les ardeurs des indépendantistes. Ils rugissent sur la scène internationale. Pas l'indépendance et pas d'indépendances. Ils hurlent, s'époumonent, supplient. Toute la communauté internationale feint de les écouter, il faut dire que la diplomatie impose de rester galant.
Alors que ces paltoquets crachent dans l'eau, d'autres en mettent un rayon et content fleurette. C'est couru. Les petits peuples ont le droit d'exister. La contagion ne manquera pas de venir: les Palestiniens attendent gentiment, les Chypriotes du Nord sont en passe de déchirer le voile, les Ossètes n'en font qu'à leur tête, les Abkhazes ne connaissent déjà plus leurs hôtes géorgiens, les Transnistriens se gouvernent autant que possible, les Kurdes restent fiers comme un pet...
Ainsi est le sort des petits peuples; ils naissent difficilement. On s'obstine à obtenir l'autorisation de tout le monde alors que de la place dans le globe, il y en a. On ne prend à personne en réalité, on rétrocède. On rend.
Les grands Etats sont des voleurs, les petits des pleurnichards, ceux en passe de le devenir des ingrats. Les sécessionnistes n'ont jamais tort en réalité. C'est même du juridique: le DROIT des peuples à disposer d'eux-mêmes. Un joli "droit" écrit d'une main tremblante. Mais écrit. Personne n'ose le lire correctement. Mais décidément, les Kosovars n'envisagent pas de remettre l'application de ce droit aux calendes chypriotes. On l'a dit c'est couru. On attend le boiteux...

vendredi 8 février 2008

Lorsque le bonheur des peuples fait leur infortune

Je m'interroge souvent sur le peuple russe lorsque la presse (occidentale s'entend) dénonce le sort du duo Khodorkovsky-Alexanian. Je m'arrache les quelques cressons qui me restent lorsqu'un peuple, si grand soit-il, est si neutralisé. Un peuple-marbre.
Nilüfer Göle parle du paradoxe de la démocratie turque; plus la Turquie se démocratise, plus le principe de laïcité retrouve son sens authentique (liberté de conscience) et plus l'Armée se lance dans les manoeuvres pour restaurer "sa" définition. Résultat: un pas en avant, deux pas en arrière. Le paramètre "peuple" est hors réflexion. C'est la même chose pour la Russie: les Russes et les Turcs sont des peuples inhibés (malgré les manifestations monstres des défenseurs de la laïcité en Turquie, le peuple turc est relativement docile; mais pas servile).
On peut lire dans La Chronique d'Amnesty International (février 2008 n°255, p.13) que "la corrélation meilleur niveau de vie-autoritarisme s'impose en Russie". Ils sont comme ça les Russes: bouchées et raclées vont de pair. L'estomac et le porte-feuille garnis, la cervelle s'engourdit. Jadis, Anna Politkovskaïa dénonçait le "mutisme" de ses compatriotes.
Rien n'est stable. On mise donc sur le silence du peuple. Ca marche à merveille chez les Russes. Nous, les esprits occidentalisés, nous ne sommes jamais rassasiés. Plus on est riches, plus on vote ailleurs. Ils ont peut-être raison les Russes; plus ils sont riches, plus ils votent pour l'autoritarisme. Il faut dire qu'ils n'ont pas l'habitude d'être libres, de l'empire à l'autoritarisme en passant par le bolchévisme. Ils préfèrent la stabilité aux rêveries comme il est de coutume dans cette région.
C'est connu, rien n'est plus sûr qu'un régime autoritaire...

lundi 4 février 2008

Déchirer le voile: vers la modernité ou vers le fascisme ?

Le monde universitaire turc est en colère; une partie des profs fronde la tentative de rendre les campus plus libéraux; d'autres universitaires font circuler une pétition demandant la levée de l'interdiction du voile.
La famille Nesin se divise; les rejetons du grand Aziz Nesin s'excommunient mutuellement; l'un défend les mesures anti-voiles, l'autre veut plus de libertés.
Les théologiens se crêpent la calotte; certains redécouvrent le Coran et ses versets sur le voile (ou plutôt sur le non-voile), d'autres invoquent une pratique de 1400 ans.
Les journalistes osent diverger sur la question de la laïcité; Cumhuriyet et compagnie pourfendent, Yeni Safak et autres jubilent.
Les juristes s'excitent; toute cette bagarre va se terminer devant les juges constitutionnels, ceux qui avaient si éhontément mal lu la Constitution, jadis (cf. affaire du "367").
Certains parlent de droit, de liberté, d'ouverture, de pluralisme, d'autres invoquent Atatürk, la modernité, l'idéologie: "Söz konusu vatansa, gerisi teferruattir".
Je le dis toujours, lorsque la démocratie pleure en Turquie, les républicains ricanent. Lorsque la République feint la syncope, on punit la démocratie comme si le malheur du premier était directement lié à l'épanouissement de l'autre.
Ceux qui veulent déchirer le voile sont dans leur grande majorité ceux qui voilent leurs intentions; un combat pour la laïcité devient un combat contre les libertés. Et cela s'appelle presque du fascisme... Les Lumières turques descendent d'où ?

jeudi 31 janvier 2008

L'Homme est orphelin

Human Rights Watch a publié son rapport annuel; j'ai lu celui de 2007; le résultat n'a pas vraiment changé: personne n'est plus crédible: il n' y a plus de "leadership": les Etats-Uniens s'entêtent à catapulter la démocratie (comme le disait Mitterrand pour un autre dessein, la méthode est secondaire), les Chinois restent fidèles à leur splendide isolement dans ce domaine, les Russes sont traditionnellement étrangers à ces questions (des "normes artificielles", Raspoutnyi préférant trinquer avec ses amis Karimov, Loukachenko, Niyazov; raspoutie des criminels VIP), les Européens ne veulent pas faire figure de stakhanovistes (ils sont toujours mal vus les premiers de la classe, les Turcs les appellent gentiment des "vaches"; les galapiats sont eux-mêmes taxés de "boeufs", on hésite alors à choisir un camp), les démocrates Latinos, africains et asiatiques font comme si; le système onusien n'a jamais fait des merveilles.
La Chine et la Russie sont devenues des guichets: on se presse, on s'écrase, on s'insulte pour recevoir un peu d'argent (le nouvel abreuvoir des dictateurs africains), un peu de gaz et ce faisant, on vient conscience en berne, on évite prêchi-prêcha, on rigole, on tapote et on encaisse. Très schématique, je sais mais point.
L'Homme souffre, certaines régions saignent, certains peuples sanglotent: Darfour, Iraq, Birmanie, Turkménistan, Ouzbékistan, etc. La planète a mal un peu partout. C'est une réalité. Le rapport est édifiant.
Les Etats-Unis interdisent la torture mais le texte n'est pas envoyé aux forces sur le terrain, les combattants ennemis sont détenus à volonté, certains sont malencontreusement perdus, d'autres rendent l'âme sans s'excuser (du type Stavisky, il " se suicide d'un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant "), les pays de l'Afrique commencent timidement (mais quel commencement n'est pas timide ?) à exhumer les dossiers et à livrer à la justice internationale certains de leurs plus illustres sanguinaires (qui s'amusaient à péter dans la soie à qui mieux mieux); enfin, l'Europe déçoit, se morcelle, se fourvoie et démissionne lorsque ses larmes se transforment en sueur; sauver des contrats, des positions, des privilèges. 27 sensibilités obligent, l'approche globale glisse au minimalisme ("victoire du collectif sur l'effectif").
Bref, dans un monde, pour reprendre le mot insignifiant mais tout de même percutant d'une grande amie, de "beuh", défendre l'Homme demande quelque peu de sincérité et donc d'audace. Espérons que nos Etats sauront porter cet idéal sans nous bercer ni nous berner.

vendredi 25 janvier 2008

Asi - Jenerik/Dizi Müzigi...

Détresse et palabre des droits de l'Homme

Les Gazaouis dînaient par coeur jusqu'à hier. Les portes s'ouvrirent (ou furent plutôt défoncées); ils affluèrent mains dessus mains dessous vers le voisin de cocagne. D'ailleurs celui-ci en a profité; il voulait les bouter hors de sa terre mais les charognards ont supplié. On a donc décidé de qualifier une opération indélicate en opération humanitaire. Officiellement, les Portes restent ouvertes pour leur survie. Mais c'est un vol directement indirect. Les maquignons jubilent. Moubarak reçoit, torse bombé comme à son habitude, les chaleureuses félicitations; il a daigné se préoccuper de leur sort; on le remercie. Il est content. Il a fait oeuvre pie.
Les Israéliens, à raison, persistent; ils en ont marre de recevoir des bombes. Ils veulent punir dirigeants, responsables terroristes et population. Ca leur est égal. Le vase est plein. Naturellement, ça éclabousse un peu partout. La "Haut Commissaire aux droits de l'Homme", la vénérable Louise Arbour dénonce, quant à elle, à raison aussi, une "punition collective". Tout le monde a raison, ça commence à affoler.
Le Conseil des droits de l'Homme, réunis d'urgence sur les instances des pays arabes, va tellement vite qu'il ne dénonce que l'impair d'Israël. Rien n'est dit de ces fameuses bombes (qui, sans doute détail occulté par une approche idéologique, méritaient une condamnation identiquement ferme). C'est la diplomatie des droits de l'Homme, l'art de perdre du temps pour en perdre réellement. Tout le monde se fout complètement de sa résolution !
Bref, les mêmes trinquent, les mêmes sont mis au pilori, les mêmes se réunissent, palabrent, rédigent, publient. Résultat: pas un iota.

dimanche 20 janvier 2008

Les promesses, toujours des promesses

Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a finalement promis de tenir sa promesse: il va tout faire pour lever l'interdiction du port du foulard dans les universités. Immédiatement, le président du MHP (Parti du mouvement nationaliste) a promis de l'aider à tenir sa promesse. Ils vont ajouter une seule phrase dans la Constitution et tout va se régler.
Le corps judiciaire promet de son côté de tout faire pour interpréter le texte contre son propre sens. C'est la situation du droit turc. La présidente du Conseil d'Etat, le Procureur général près la Cour de cassation, les partis de gauche (sauf celui de Ufuk Uras) ont lancé des ultimatums. Le procureur a même menacé d'entamer une procédure judiciaire pour interdire l'AKP. Un rêve pour beaucoup. D'autres rêvent l'intervention de l'armée. Bizarre d'ailleurs, le Chef d'état-major qui, d'ordinaire, n'a pas sa langue dans sa poche, ne l'ouvre pas. Il est sans doute occupé à faire son métier: chasser les terroristes kurdes. Les apparatchiks en retraite ne sont pas en reste: l'ancien président du Conseil constitutionnel met en garde, l'ancien procureur général près la Cour de cassation (celui qui est à l'origine de la fermeture du Refah et du Fazilet) se mord les doigts; il aurait bien voulu occuper ce poste pour ficeler un bon dossier judiciaire.
Le monde journalistique est en ébullition, les artistes de même: Cemil Ipek, grand styliste homosexuel, n'y va pas par quatre chemins: si j'avais été une femme, j'aurais porté le voile; Ozdemir Erdogan, chanteur respecté, en perd son latin: être nu n'a rien de répréhensible dans notre pays mais se voiler, c'est une faute.
Kenan Evren, l'ancien putchiste en retraite, en a ouvertement marre: il n'y a pas de presciption religieuse sur le voile, nous dit-il, c'est du blabla, si Dieu ne voulait pas que les hommes s'émerveillassent des cheveux des dames, il les aurait créées chauves ! Il faut rappeler qu'il est nonagénaire.
Le Président des affaires religieuses, tout penaud, rappelle que c'est un devoir religieux qui s'impose à toutes les femmes mais qu'il ne se prononcera pas sur la querelle politique qui a lieu en ce moment.
Bref, encore une fois, la question du voile surgit. D'aucuns estiment que c'est le symbole du fondamentalisme, le signe de l'obscurantisme, d'autres leur rétorquent que si tel était le cas, il faudrait nous expliquer comment tous les partis politiques (même le CHP) comprennent des membres voilés. Ils seraient tous intégristes ! même le parti de Mustafa Kemal ! Absurde donc. D'autres veulent défendre les droits de la minorité; celle qui refuse de porter le foulard. Respectable. Mais écraser le droit de la majorité pour permettre à la minorité de "rester à l'écart du RISQUE d'attitudes malveillantes et prosélytiques des majoritaires", est-ce bien concevable ? Principe de précaution à mauvais escient.
Si la laïcité, c'est bien d'une part la séparation de l'Etat et des religions et d'autre part la liberté de conscience, j'ai un peu de mal à situer l'interdiction du voile dans cette perspective. La laïcité "à la turque" est autre chose: c'est la conceptualisation de la chasse militante du religieux assimilé à l'obscurantisme par une élite déracinée et complexée, désireuse de sauvegarder un mode de vie qu'elle estime menacé par la base arriérée. Turquie d'en haut versus Ploucs d'en bas. La laïcité, c'est devenu la défense du droit de pécher pour la minorité de la majorité. Légitime. Mais seulement lorsqu'il y a atteinte caractérisée à ce droit. Or, ce n'est qu'une élucubration.
On assiste, pour retourner l'expression de Jean Carbonnier, à la secrète délectation des persécuteurs.

vendredi 18 janvier 2008

censé/sensé: la bravoure de Sarkozy

Même les plus férus en perdent leur arabe: d'un côté, un président français, par destination laïque, qui encense les religions, de l'autre, une politicienne autrichienne qui tire à boulets rouges sur Mouhammed le "pédophile". L'un veut installer les barons spirituels dans le Conseil économique et social, l'autre veut bouter hors de son pays les musulmans (même les plus intègres). L'un fait tout ça par conviction, l'autre s'enquiert des retombées sondagières de ses propos. L'un parle de civilisation, l'autre cite l'épilepsie. Il n'est pas si mal que ça, en fait, notre président. Il est sensé, ça suffit amplement dans un monde de sottise passionnelle.

dimanche 13 janvier 2008

Aimer la France


Les élections municipales arrivent à grands pas. Si le désintérêt des Français d’origine turque à la politique de leur pays est proverbial, leur hésitation à revendiquer l’affiliation à la patrie française continue de m’exaspérer. Rien ne nous interdit d’aimer la France. A l’inverse, le hadith « L’amour de la patrie relève de la foi » fait figure de socle spirituel à notre engagement réel et sincère aux côtés de nos compatriotes. L’islam accorde une importance significative à l’amour de la patrie.

Il m’est arrivé d’entendre des propos primaires et franchement insensés dans la bouche de personnes qui, nées en France, vivant et travaillant ici, restent perplexes sinon rétives à l’idée de parler de la France, comme de notre patrie. Nous sommes Français. Point. Notre avenir est ici. Personne ne doit se leurrer. Aucun de nous retournera en Turquie. Seuls les liens du cœur seront au plus fidèlement préservés.

La conception française de la nation permet à chacun d’entre nous de se sentir chez lui, avec les siens et de s’investir pleinement et loyalement pour l’ensemble de la communauté. Contrairement à la conception allemande de la nation qui privilégie le sang et la langue, l’approche française donne de l’importance au vouloir vivre ensemble, au désir de mener un bout de l’existence ensemble, librement et sincèrement.

Aimer la France pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a. Voilà un code de conduite qui s’impose à notre conscience. Certes, il est légitime de s’interroger sur sa politique d’intégration, de dénoncer les torts qu’il nous arrive de subir et de se sentir frustrés dans telle ou telle circonstance mais il est absurde de s’enferrer dans une bouderie apostasiante. C’est un non-sens des plus ineptes. Le rejet de certains doit nous conduire à redoubler d’efforts pour imposer notre réalité, notre existence et finalement notre légitimité.

La France est notre patrie. Nous y sommes nés, nous y vivons quotidiennement, elle nous nourrit, nous abrite, nous accorde les conditions matérielles nécessaires à notre subsistance. L’Imam Ali a dit : « Aucun pays n’est pour toi meilleur qu’un autre ; le meilleur pays pour toi est celui qui t’accueille ». Se désintéresser du sort de notre patrie, c’est se renier, c’est démissionner et finalement trahir. A bon entendeur, salut !

lundi 7 janvier 2008

Un président trop normal

Les incartades sentimentales de notre Président font définitivement jaser. Est-il bling-bling pour reprendre l'expression du Monde ? Est-il un frustre ? Un butor ? Un type trop "cool" ?
Il est légitime de s'interroger. Ce n'est pas vraiment le fond de son attitude qui gêne, ça s'est déjà fait (cf. Mitterrand) mais plutôt la manière de le faire. En public. Sans cachotterie. Sans dignité. Au fond, on ne veut pas d'un président "lambdaïsé". Autant l'impassibilité verbale et la guinderie gestuelle du président Chirac m'agaçaient, autant l'aisance provocatrice et l'impertinence revendiquée du président Sarkozy m'ennuient. Je suis conservateur, je l'avais dit.
Il bouleverse le protocole diplomatique. Les chancelleries cherchent des solutions. Il ne faut surtout pas froisser. Comment qualifier officiellement "une petite amie" ? Voilà la question qui donne des sueurs froides aux plus sensibles. Tiens, l'Arabie Saoudite est on ne peut plus claire: pas de Bruni chez nous, disent-ils, c'est interdit. Pourquoi ? Vous n'êtes pas mariés rétorquent-ils. Une relation adultère. Les Saoudiens mettent leur grain de sel théologique. On ne badine pas avec les moeurs et sûrement pas avec la Charia. Bonne question: la Charia s'applique-t-elle aux tiers ?
Sans doute, Benoît XVI ne lui a soufflé mot à ce sujet. A son chanoine. Le pape n'a pas de femme, le roi saoudien en a plusieurs et ils se metteraient à donner des leçons de sagesse familiale à notre Président. Vive les faux-culs !