vendredi 12 février 2010

Fouaillement

Et Ni Putes Ni Soumises a décidé de porter plainte contre le NPA; bien. Enfin. Puisque ce parti gauchiste (donc féministe) a décidé de présenter une voilée aux élections régionales. Ca s'appellerait un scandale. Evidemment. La femme voilée ne pouvant faire de la politique; la théorie voudrait qu'elle soit soumise et donc casanière. Qu'elle ponde beaucoup et s'occupe gentiment de sa marmaille. Puisque les philosophes et autres réfléchisseurs en avaient décidé ainsi. C'est qu'ils sont intelligents, eux. Et tout à coup, une femme voilée redressa la tête et commença à rêver... "tiens, j'vais m'mettre à oeuvrer pour le bien de mon pays, j'ai un cerveau après tout", "doucement, malheureuse; la théorie est plus importante que la petite bulle que tu as au-dessus de la tête, soit tu te défroques et tu es admissible soit tu te voiles et tu restes à la maison; couds par exemple, j'sais pas moi".


Une star est née. Et l'association NPNS qui, comme on le sait, a une représentativité à faire pâlir tous les syndicats ouvriers réunis, est l'interlocutrice légitime dans ces moments-là. La réalité est plus prosaïque : une coquille vide qui vit grâce aux bakchichs de l'Etat et des organismes publics mais qui n'arrive pas à mettre ne serait-ce qu'un doigt de pied dans les cités... Une assemblée de femmes déprimées qui tirent à boulets rouges sur le voile. Symbole de soumission, d'infériorité, d'abaissement, de chosification de la femme. La phallocratie. Les hommes, encore une fois. Ou Dieu, le misogyne. Celui qui n'a créé la femme qu'en guise d'accessoire; pour apaiser le mâle qui vient de passer une rude journée à chasser. Dès fois, je me demande si les gens ne confondent pas Bible et Coran... Ou l'inconscient, peut-être. Le petit truc qui est resté dans la mémoire malgré toutes nos tentatives d'épuration. Un cerveau imbibé de judéo-christianisme mêlé à la tradition grecque pense automatiquement en fonction de sa propre épistémè : la femme est une diablesse, elle est à l'origine du péché originel, Pandore, Eve, la prière du matin "merci Dieu de ne pas m'avoir fait femme", etc. Bref, "de quoi devenir marteau jusqu'à la fin de sa vie", comme le dirait le petit believer.


Et Fadela devait également réagir; personnellement, je ne comprends pas grand chose quand elle ouvre la bouche. Un peu confus. Et très mal exprimé. Mais Madame est ministre de la République. Et ancienne militante. Elle refuse voile intégral et voile. Elle refuse la liberté de conscience, en somme. Une ministre. Soit dit en passant, entre Fadela et Son altesse royale, il n'y a pas photo; l'une est ministre de République, l'autre est fille de Roi. La princesse Adelah bint Abdallah d'Arabie Saoudite est la plus droit-de-l'hommiste, étrangement : "Quant au voile qui cache le visage, pourquoi cela pose-t-il un problème si c'est un choix ? Mais il ne peut être autorisé dans les endroits où l'on doit s'identifier pour des raisons de sécurité". Merci princesse. Merci Alain Gresh aussi. C'est que l'hypocrisie est une spécialité de la classe politique.


Les Turcs, jadis, avaient élu une députée voilée; mais les seigneurs de l'Assemblée, qui aiment se rappeler de temps en temps le principe d'égalité entre les sexes, l'avaient refoulée. Elle n'avait donc pu prêter serment. Et comme il fallait trouver une base juridique à cette comédie, on découvrit que Madame le Député avait accepté la nationalité américaine sans s'en référer aux autorités turques. Ouf ! "Vous n'êtes plus turque, madame, et par voie de conséquence, vous n'êtes plus éligible et donc plus députée, hadi canım, circule..." Quand je pense que moi non plus je n'ai pas informé la Turquie de ma nationalité française...

Les Belges, eux, ont tant bien que mal, réussi à "accepter" une députée voilée. Mais discussion, il y a eu, évidemment. Car comme on le sait désormais par coeur grâce aux incultes, le voile rime avec atteinte à la dignité des femmes. Et comme la République aime à défendre la dignité de temps à autre, notamment lorsque des élections sont en vue, elle n'hésite pas, par le biais de ses représentants, à fustiger les musulmanes voilées. Et bien sûr, Obama qui a une enturbannée comme conseillère aux affaires interconfessionnelles, n'a pas, à coup sûr, atteint le niveau d'intelligence pour se rendre compte qu'il est en train de promouvoir indirectement l'inégalité des sexes. "Mais comment il peut ignorer, lui, que le voile, c'est un sacrilège, une ignominie !". Ben voyons. Relire et afficher le discours du Caire doit être un de nos premiers réflexes...

La mode est ainsi : insulter les femmes voilées. Les ladres des temps modernes. On s'en éloigne dans la rue. Le grand Fazıl Say aussi a cette "habitude de pensée". Il avait dit des choses; c'est qu'il est tellement mieux quand il ne parle pas. Tiens, mercredi au théâtre des Champs-Elysées, sublime. On s'envolait avec lui. Mais faire de la politique, ça ne lui sied pas. Il ne maîtrise pas le sujet. "Ah qu'on l'a applaudi alors ! Comme des malades !"...

Il n'y a pas à tourner autour du pot : on assiste bel et bien à une escalade de l'intolérance. On le sait désormais : quand on entend un politique parler de l'islam, on sait qu'il ne maîtrise pas son sujet... Ce qui est le plus inquiétant, c'est qu'à part quelques voix émergeant des Verts (même Mélenchon a dérapé), personne n'a retenu l'essentiel, le principal, le primordial : "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses..."

dimanche 7 février 2010

Nuagerie

Les Turcs de France (pour faire court) ont une grande chance, en réalité; c'est que leurs deux pays se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Pas le niveau de développement ni le standard démocratique, évidemment; que nenni ! Les préoccupations sont identiques. C'est que ce sont les deux seuls pays qui prennent trop au sérieux le regretté Rousseau. Un lémure.

Le Premier ministre turc nous a appris dernièrement que son épouse qui voulait rendre visite à un malade illustre, le comédien Nejat Uygur, qui avait été admis en 2007 à l'hôpital militaire, avait reçu un "veto" de la part des médecins. Des médecins-officiers. La raison est évidente : Madame n'entrait pas dans les "canons" de la "femme voilée" promue par le régime kémaliste. Puisque comme on le sait, les grands prêtres du kémalisme ont inventé un distinguo qui classe les femmes voilées en deux catégories : celles qui portent un "turban" qui cache le cou et celles qui portent un "foulard" posé grossièrement sur la tête et noué à la va-vite au-dessous du menton. Le turban est banni car vu comme le symbole de l'obscurantisme (malgré les travaux de Nilüfer Göle, les militaires croient dur comme fer qu'il s'agit d'un signe réactionnaire) et le foulard encensé car traditionnel; "le fichu que portaient nos grands-mères" va même jusqu'à déclarer la vulgate officielle. Il s'avère que ce fichu sonne démodé pour une jeune fille de 20 ans ou une dame d'un certain niveau. Seules les campagnardes en ont l'apanage et Sa Majesté la reine Elisabeth II...





Ainsi quelque trois ans en-deçà, des militaires dont le chef est hiérarchiquement soumis au Premier ministre avaient barré la route à l'épouse de ce dernier. Il n'a révélé cet incident qu'aujourd'hui. "Histoire de ne pas attiser les haines à l'époque" se justifie-t-il. Ca ne passe pas, visiblement. Maladif, encore une fois. Une erreur. Même Nuray Mert, celle qui avait fait papoter la Turquie pendant quelques jours avec sa théorie de la "dictature civile", en est indignée; il faut dire qu'elle a toujours soutenu les droits de l'Homme. Elle tresse des couronnes à la "Second Lady", Emine Erdoğan : une "femme républicaine", elle serait. Peut-être. Et classieuse, aussi. En tout cas, comparée aux anciennes Dames du pays telles que l'ombre Madame Demirel, la squelettique Madame Ecevit (une vraie femme de gauche pour le coup, elle mange peu, ne se farde jamais et s'habille comme un sac) ou l'inconnue Madame Baykal, il n'y a pas photo...



Et en 2002, lorsque l'actuel Président de la République était Premier ministre, le général qui assurait le secrétariat du Conseil de sécurité nationale lui avait "quémandé" de bien ôter le voile de sa femme; et celui-ci avait alors répondu : "c'est son choix". Un homme urbain, assurément, il daigne répondre à cette ineptie. "Je lui aurais foutu une patate, moi !". Mais ce fut une "réponse virile" à en croire un communiqué de la Présidence. Gül a tenu à le préciser; histoire de ne pas confondre politesse et servilité. D'ailleurs, les généraux boudent toujours les cérémonies qui se déroulent au Palais présidentiel lorsque les épouses sont invitées; non non leurs femmes sont bien modernes, là n'est pas le souci; c'est que la maîtresse de maison, Madame la Présidente, est trop voilée, oh là là... "En plus elle avait balancé son pays à la Cour européenne cette garce !", "elle a raison, c'est fait pour balancer son pays, la Cour européenne"...


C'est que les femmes voilées, qui sont entre parenthèses les mères des soldats qui sont appelés au martyre pour défendre la Patrie contre les terroristes kurdes, sont considérées comme des épouvantailles. Le citoyen lambda a le coeur serré, évidemment, devant la haine des militaires mais il ne peut rien; c'est que la conscience démocratique ne naît que dans les cerveaux "boostés" (je sais mon brave, je suis en tort) par un estomac bien rempli. Elles ne peuvent pas mettre les pieds dans les casernes; par exemple, pour les cérémonies de fin d'année ou de mariage. C'est comme ça. Le seul lieu où l'on croise militaire et mère voilée bras dessus bras dessous, c'est à l'occasion des prières mortuaires des martyrs...

La France aussi a décidé de s'intéresser de plus près au fichu des dames musulmanes. On a sorti les règles, compas et autres instruments; on a ouvert les livres de fiqh aussi; et la République, toute joyeuse d'avoir fourré son nez dans un codex religieux, a pu décréter le plus sérieusement du monde que le voile intégral n'était pas une obligation de l'islam. On s'occupe comme on peut. Les élections approchent, les Français ont peur, les politiques se doivent de reprendre les verges. On botte les musulmans, comme d'habitude. Ces derniers n'osent pas trop répondre; il faut "apaiser" leur a-t-on sommer; par les instances représentatives des musulmans elles-mêmes. Dès lors qu'un citoyen français musulman veut exprimer son exaspération, il est rattrappé par son affiliation confessionnelle. On entend alors un grand chut ! qui vient du CFCM. "Doucement waladi, il ne faut pas susciter la peur"...

On ne demande jamais à ceux qui ont peur, aux peureux, d'aller consulter, par exemple. De faire une thérapie. Si les Français tremblent à la vue d'un barbu ou d'une voilée, il leur appartient de se calmer. Pas de demander à l'Autre de disparaître du décor... On n'a pas atteint la maturité démocratique, assurément. On se préoccupe toujours de la vêture, du physique des uns. On le voit en Turquie : les militaires sont prêts à bombarder des mosquées, à déclencher des conflits internes pour sauvegarder "leur" conception de la laïcité, qui n'en est pas une en réalité. Or l'Etat n'a pas à qualifier la relation qu'une femme a avec sa chevelure; "c'est dingue tout de même !"

Les politiques auraient pu être, comment dire, un peu plus énergiques; un "ça va chabler !" aurait été tellement joli à entendre. "Laissez les musulmans, à la fin !", par exemple. Quand la judéité est prise à parti, c'est la bronca immédiate ; le Premier ministre Fillon a fulminé et dénoncé "les mots qui blessent, qui trahissent la vulgarité de la pensée". Je n'en suis pas jaloux, non non, j'en suis fier. Mais si on pouvait s'indigner plus équitablement... C'est qu'on a entendu Brice, Nadine, Pascal, André et même Jean-Claude avant Georges... Des "déclarations malencontreuses" a seulement lâché le Sieur Besson.

Le Comité des ministres du Conseil de l'Europe avait pondu une déclaration le 1er juillet 2009 : "Déclaration sur les droits de l'homme dans des sociétés culturellement diverses". Des choses intéressantes, on y lit; "la diversité appelle la tolérance et l'interdiction de la discrimination, et elle ne peut être invoquée pour justifier des atteintes aux droits de l'Homme"; "aucune pratique ni tradition culturelle, religieuse ou autre, ne peut être invoquée pour empêcher des individus d'exercer leurs droits fondamentaux (...)". De la paperasse, assurément...

Qu'est-ce que nous sommes, nous autres musulmans ? Des invités qui s'attardent ? Des parents pauvres ? On mendie le respect... Une femme voilée (simple voile) se présente à la députation et voilà que la République lui marche dessus; j'avais dit que la prochaine étape serait d'insulter le simple voile. On y est. Il y a un "sentiment de menace" comme dirait l'autre. Eh bien osons : nous, musulmans, nous nous sentons également menacés, apaisez-nous. Pour une fois...

jeudi 28 janvier 2010

Liberté pour le niqab !

C'est que le petit père Copé insiste. Il veut une loi. Et 190 députés portent sa livrée. Il est content. Non pas parce-qu'il fait avancer une quelconque cause mais parce-qu'il montre tout simplement à celui qu'il envie le plus, Nicolas Sarkozy, qu'il a des biceps. Démonstration de force. Le Nargueur. Pure politique. Mais c'est une liberté qui est appelée à trinquer...


Nous vivons dans un des rares pays où l'on se permet de "réfléchir" avec ardeur et bonne humeur sur la violation de la liberté religieuse (rappelons-nous la presque désolation nationale lorsque nos députés avaient abrogé "par inadvertance" le texte qui aurait permis la dissolution de l'Eglise de scientologie). Un délire national. Chacun gourmande comme il peut. C'est qu'il faut apaiser le "peuple". Celui qui fixe du regard la femme trop voilée qui passe par-là, celui qui pense sincèrement défendre la dignité de la femme, ou encore celui pour qui l'islam est une bête d'aversion. Le débat sur l'identité nationale nous a permis, elhamdulillah, de constater que nombre de nos concitoyens non-musulmans n'étaient en réalité que des démocrates de carton-pâte. On a vendu de l'anti-musulman sur la voie publique. Et personne n'a sifflé la fin de la récréation. Adieu Monsieur Sarkozy. "Tiens, j'voterai en musulman à la prochaine élection", "arrête de dire ça, c'est contraire à la Constitution, pas de communautarisme coco, tu me fais peur"...


Des politiques nous ont arrosés de "bourdes" tellement mémorables que l'on s'est demandé s'il ne fallait pas creuser un peu plus du côté de l'inconscient; des philosophes ont dit des choses. Evidemment. Ils sont payés pour tenter de plaquer leur théorie sur la vie des gens. Les "amis de la sagesse". D'autres "spécialistes" s'amusaient à discourir sur la psychologie de ces femmes, nécessairement soumises par le mari ou le frère ou le père et subjuguées par l'imam du coin, un intégriste, fondamentaliste, salafiste, wahhabite. Bref, les fameux "testeurs de la République".

Evidemment, "l'objet" du crêpage, les femmes niqabées, n'ont pas eu à ouvrir la bouche; c'est que précisément, elles n'étaient pas libres. Et quand Kenza la Niqabée assuma un choix individuel, personne n'écouta, on parla immédiatement d' "exception"; histoire de ne pas remettre en cause notre belle théorie, un gagne-pain... Nul besoin donc d'interroger une bête. Les "Républicains" les défendaient. Un joli parterre : féministes, laïcistes, racistes. Et le meilleur pour la fin, les membres de la mission d'information, ont fini en beauté : en s'écharpillant eux aussi. Les Myard, Gerin, Raoult, Glavany, etc. Les socialistes se sont rendus compte que le débat ("légitime") sur le voile intégral était pollué par celui ("ignoble") sur l'identité nationale. Bien. Et s'il y a bien, aujourd'hui, une mode pour la droite, c'est de se dire laïque quand l'islam est en cause...


Tout le monde est donc d'accord : on doit aimer la République. Ca ne me botte pas. Je n'ai évidemment rien contre la République (même si le système monarchique avait mes faveurs dans ma tendre jeunesse) mais je m'oppose à son adoration. Je suis partisan d'un Etat qui n'a aucune coloration, aucun penchant idéologique (si ce n'est le libéralisme politique qui doit être la "fitra" de toute société); un Etat sans inconscient. C'est l'individu qui prime pour moi, son épanouissement, pas des concepts. Concept de République dont, d'ailleurs, les principaux piliers sont malmenés : la Liberté fait doucement rire dans un pays où la moitié de la population a connu la garde-à-vue. L'Egalité n'est plus prise au sérieux depuis bien longtemps. Et on reparlera de la Fraternité quand les clochards ne mourront plus dans les rues...


La liberté individuelle prime. Et je persiste à rappeler le modèle américain où "la règle générale est que le citoyen dont la sensibilité est blessée par une expression politique (un drapeau piétiné, ou mutilé, ou brûlé) ou religieuse (un foulard, un turban, une kippa), voire raciste (les incendies de croix du Ku Klux Klan, pour autant qu'ils soient pratiqués sur un terrain privé) n'a aucun droit à être protégé dans ses émotions (par opposition à sa vie, à sa liberté ou à sa propriété qui, elles, doivent être protégées par l'Etat contre les atteintes des tiers); en matière de tort psychologique, c'est à lui de se protéger lui-même en n'y prêtant pas attention et en restant indifférent" (Elisabeth Zoller, "Les rapports entre les Eglises et les Etats aux Etats-Unis : le modèle américain de pluralisme religieux égalitaire", in Gérard Gonzalez (dir.), Laïcité, liberté de religion et Convention européenne des droits de l'homme, Bruylant, 2006, p. 45).


A partir du moment où une femme décide, conformément à sa propre lecture coranique, de porter librement le niqab, elle mérite aussitôt le respect au nom de la liberté de religion. Toujours en vigueur dans ce pays. Mais ce n'est pas parce-qu' il y a trois femmes qui le portent par la contrainte que l'on doit interdire ce vêtement. Ca revient à prohiber la vie commune parce-qu'il y a des violences conjugales ! Personne n'est obligé de vivre selon ce qu'Elisabeth a dit, ce que Caroline a souhaité, Dounia rêvé, Rousseau prévu...

Dire que c'est une atteinte à la dignité humaine voudrait dire que c'en est une dans tous les coins de la planète; tous les recoins de l'universel. Sauf à considérer que la dignité en France ne saurait être la même que celle conçue dans d'autres pays. Les pays dont les habitants n'ont pas pu "entrer dans l'histoire" par exemple. Du relativisme à l'envers ! J'imagine les diplomates à la tribune du Conseil des droits de l'Homme ou de l'Assemblée générale des Nations-Unies; à n'en pas douter, la délégation française se fera huer... Tiens, parlant de dignité, il faudrait mettre sur pied une mission pour savoir comment on peut "sauver" les moines silencieux de la Grande-Chartreuse aussi, ils sont privés de parole, c'est inhumain tout de même ! Mais personne ne bougera le petit doigt, bien sûr : ils font partie de l'identité française... On est même en extase devant ce sacrifice, c'est dire...

C'est tout de même ubuesque : tout le monde est unanime pour affirmer qu'une interdiction générale et absolue du voile intégral serait retoquée par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne au nom des libertés fondamentales mais tout le monde insiste quand même pour trouver une "astuce" et l'interdire ! C'est la première fois que l'on assiste en direct aux "travaux préparatoires" de la violation d'une liberté fondamentale, la liberté de conscience ! Nous sommes en pleine cuisine liberticide ! On rêve ! "Allez arrête de chialer pour ces femmes ! Regarde, même en Egypte on ne les considère plus, ce n'est pas ici, en France, qu'on va verser des larmes !"...


L'Etat nous délivre des fatwas au mépris flagrant du principe de laïcité. C'est une question de droit de l'homme. Le syllogisme est biaisé dès le départ, nous n'avons pas les mêmes prémisses. On n'a à sauver personne. On a juste à protéger des êtres humains. "Mais qui t'a dit qu'on considérait ces femmes comme des êtres humains, mon petit ! Il ne manquait plus qu' ça ! On réfléchit à leur place"...

dimanche 24 janvier 2010

Re... re... et re...

Il n' y avait pas que Mehmet Ali Ağca qui pût être taxé de "fou" ces derniers jours; on apprit encore une fois que d'autres "dingues" persistaient dans leur désormais délire obsessionnel : les généraux de l'armée turque. Ceux qui sont payés pour défendre les Turcs. Ils élaborent des plans. On compte sur leur sagesse. Des hommes intelligents, donc. Théoriquement. C'est que ceux de la Turquie sont portés vers la chose politique. Ils en viennent donc à méconnaître leur coeur de métier.


Un nouveau plan de coup d'Etat a été révélé. Un bon pavé de 5 000 pages. Bien détaillé. Bien ficelé. Au cordeau. Un livre que la Turquie a l'honneur d'offrir à la littérature militaire mondiale. Evidemment. Les kilos de sang, les futurs ministres, l'endroit des caméras, etc.; un plan orfévré. Le général-concepteur (un pléonasme disent les mauvaises langues) a renié, comme il se doit : "mais nan, ça s'appelle une simulation dans le jargon militaire, c'est un devoir de l'armée que de prévoir, pfff, arrêtez de gémir !". Un devoir donc. Bien. Evidemment militaire et devoir sont deux notions qui s'enlacent légitimement. Harmonieux. "Ce sont des séminaires" nous a appris l'état-major. Des "scénarios". Des "cas d'étude". Rien de grave. Ouf.


Le contenu est donc authentifié. Les rêveries nécessaires que tout bon militaire doit avoir planifiées en cas de guerre. L'on se penche donc sur ce plan; et l'on découvre qu'en cas de guerre donc, nos généraux avaient prévu de faire sauter deux mosquées à Istanbul (un "vendredi" précise bien le document, tant qu'à faire...), de faire tomber un avion turc pour accuser la Grèce et entrer en guerre avec elle, d'arrêter une trentaine de journalistes, de changer le Gouvernement, de changer certains maires, etc. etc. Voilà donc. Evidemment, l'armée dit ne voir là que des plans de défense. Promis, on y croit. De là à bombarder des mosquées quand les forces ennemies débarquent sur le territoire turc, je n'ai toujours pas saisi la connexion. Qui plus est un vendredi alors que les ennemis seraient là à compter d'un lundi, cela dépasse mes capacités. Des généraux, voyons.


Le fait est que cela s'appelle dans la langue verte, un "foutage de gueule". Pour les rustauds, évidemment. Au niveau soutenu, contentons nous d' "impertinence". Un devoir, donc. Faire sauter des mosquées, faire tomber un avion, rafler tout ce qui bouge, etc. sont donc des devoirs. Affaire de conception. Le code pénal est donc une déclinaison de devoirs pour les généraux. Les gens normaux appellent cela, "tentatives d'assassinat".


Il faut réfléchir deux minutes; si tant est que l'on puisse parler de "réflexion" dans cette configuration : ces pachas veulent le pouvoir, on l'a compris. Car ils veulent sauvegarder le principe de laïcité (évidemment la sauvegarde des principes de démocratie ou d'Etat de droit n'est pas suffisante en elle-même pour entraîner coups d'Etat). D'accord. Mais il y a un hic : s'il y avait des raisons objectives, on aurait compris et donc, en bon kémaliste, béni l'intervention militaire, mais il n'y a aucune menace à la laïcité; la preuve : ce sont eux-mêmes qui créent le spectre. Il ne nous reste plus qu'à déverser les qualificatifs : hypocrites, menteurs, rabiques, psychopates. Ils ne sauvent rien, au final. Il n'y a rien à sauver...


Ils ne servent donc qu'à affoler. A tuer. Des militaires. Des généraux. Qu'est-ce qu'un général ? Voilà un bon sujet de thèse en sciences politiques. Celui qui chipe les grades à mesure que la haine contre son propre peuple gonfle. Il faut avoir de la malice pour aller loin. Un bon général, c'est avant tout un homme qui ne rigolle pas. Il le dit si bien Ahmet Altan, le rédacteur en chef de Taraf, journal qui déniche ses plans : "c'est l'institution dans laquelle ces gens-là ont le grade de général que vous appelez armée ?".


Lorsqu'il y a des nouvelles de cet acabit, les médias se tournent automatiquement vers l'ancien chef de l'état-major, le plus "démocrate", Hilmi Özkök. Et comme à son habitude, ce dernier refuse de "balancer" ses anciens potes. Ceux qui voulaient le débarquer pour qu'il ne gêne plus leur dessein. C'est devenu l'oracle de la République. Dès qu'il y a un plan de coup d'Etat qui "gicle", tout le monde est à ses trousses; "c'est vrai ce plan ?", "j'sais pas !", "allez arrête de déconner vieux, dis la vérité !", "mais laissez-moi à la fin, j'envie de vivre le restant de ma vie en grand-père, pas en chef d'état-major en retraite !"... Est-ce si difficile de confirmer ou d'infirmer ?


Tiens, la France a décidé de supprimer le tribunal aux armées de Paris. Justice ordinaire pour tout le monde; et en Turquie, la Cour constitutionnelle vient de déclarer inconstitutionnelle une loi qui élargissait pour certains cas la compétence de la justice "civile" (c'est-à-dire ordinaire) aux militaires. La normalité est donc contraire à la Constitution; ce qu'exige l'Etat de droit est contraire à la Constitution turque. C'est ainsi. C'est un parti de gauche qui avait saisi la Cour; Deniz Baykal. Un homme qui devient de plus en plus piteux, à vrai dire. D'ailleurs, personne ne l'a encore entendu sur cette dernière affaire...


Une armée nationale. Tout le monde a envie de dégorger quand son nom est prononcé. Même un militariste chevronné ne comprend pas. C'est dommage. La Turquie n'a même pas d'armée, en vérité. C'est devenu un parti d'opposition. Il faut donc revenir à l'embranchement. Une prophylaxie s'impose. Assurément. Il faut délaisser le tamis; il faut un plumeau. Et continuer à tympaniser jusqu'à la victoire. Celle de la démocratie et de l'Etat de droit.

jeudi 14 janvier 2010

Bouffonnerie

L'on sait que l'Egypte et Israël, main dans la main, essaient d'étouffer Gaza; c'est qu'ils ont un ennemi commun : le Hamas. Le peuple, passez l'expression, on s'en fout. Hosni n'aime pas l'opposition, comme on le sait. Or il s'avère que les Frères musulmans soutiennent le Hamas. Il faut donc étrangler. Madame son épouse a essayé de l'attendrir en versant quelques larmes, ça ne marche que quelques heures. Et séparer les chambres ne fait plus vraiment effet, il n'est plus très jeune. Voilà donc : un pays arabe et un pays judéo-arabe (donc sémite à 100 %) oppressent un peuple "frère". Il y a de la haine, du mépris, de l'insouciance.


Entre-temps, le Turc est toujours en train de "gueuler"; et de se faire respecter. Rappelons-nous : l'an dernier, Erdoğan avait cloué au pilori le vieux Pérès à Davos; résultat, c'est ce dernier qui demanda pardon. Voilà donc un nouvel épisode dans les relations turco-israéliennes. C'est que le vice-ministre des affaires étrangères israélien a humilié patemment l'ambassadeur de Turquie; il l'a fait asseoir sur un fauteuil plus bas que le sien, a refusé de lui serrer la main et a délibéremment omis de faire poser un drapeau turc à côté du drapeau israélien. Tout cela devant les journalistes, appelés spécialement à cet effet. Et il était content, Monsieur le Vice-Ministre; il se tourna vers les journalistes israéliens et dit en hébreu qu'il était bien content d'infliger ce sort à Son Excellence. Autant pour lui. L'ambassadeur est le représentant direct du Chef de l'Etat; il représente donc l'Etat et non le gouvernement. C'est donc le Président Gül qui a dénoncé cette mise en scène et demandé des excuses publiques de la part d'Israël.


Haineux qu'ils sont. Le vice-ministre des affaires étrangères; quand on sait que son ministre de tutelle, Avigdor Lieberman, est un ancien videur, on comprend... Heureusement qu'il existe des gens sensés : "Humiliation is not a policy". Monsieur le ministre s'est donc excusé. Tıpış tıpış. Et qui a ordonné au vice-ministre d'avaler son chapeau ? Pérès, encore une fois. Evidemment, s'en prendre au Grand Turc sans "payer" est impensable. Ce n'est ni le Hamas ni le Liban ni on ne sait quel autre pays. Le Turc est avant tout un héritier; c'est un Ottoman. Le respect est de mise. D'ailleurs, la Turquie ne crée-t-elle pas son propre "réseau" ? Syrie, Iran, Liban. Et Tayyip Erdoğan ne vient-il pas de recevoir le prix international du Roi Faysal. Israël n'a donc pas le luxe de bouder son seul "ami musulman". Un pote.


Pourquoi donc cette nouvelle agitation ? Eh bien, une histoire de séries. Et quand je dis que les séries turques font fureur. Ce fut d'abord celle diffusée sur la chaîne publique, TRT : une série sur le massacre des Palestiniens par les soldats israéliens. Ensuite, une série très populaire "de cape et d'épée" (pour les nationalistes) ou de "mafiosi" (pour les gens normalement constitués) qui évoquait les basses oeuvres du Mossad. Ajouté à cela, les remontrances périodiques du Premier ministre turc. Un cocktail explosif. Evidemment, les autorités israéliennes ont dénoncé rapidement ces séries qui excitent, n'est-ce pas, l'antisémitisme. Les Turcs étaient bien contents de répondre pour une fois de leur vie, "liberté d'expression"...


Un Etat arrogant. C'est que le juge Goldstone avait clairement dit que la guerre de Gaza relevait tout bonnement de la Cour pénale internationale. "Crimes de guerre" de la part d'Israël et du Hamas. Mais personne ne veut brusquer, évidemment. D'ailleurs, le ministre français des affaires étrangères est on ne peut plus clair : "il serait contre-productif de passer par la justice pénale internationale", il faut "privilégier la relance du dialogue politique" (La Chronique, Mensuel d'Amnesty International France, n° 278, janvier 2010, p. 25). Evidemment. Le même ministre qui vient de signer une déclaration avec son collègue Alliot-Marie sur la "création d'un pôle génocides et crimes contre l'humanité au TGI de Paris"... On y entrevoit des notions telles que "valeurs", "histoire", "idéal", j'chai pas moi, je ne comprends plus rien... Le même ministre qui a cédé aux pressions du CRIF et qui a donc remis le prix des droits de l'Homme de la République française au "Réseau des organisations non gouvernementales palestiniennes" non pas au quai d'Orsay comme l'exige la coutume mais à Sciences-Po. Allez comprendre pourquoi...


"Israël n'a de cesse de se présenter comme un pays toujours sur le point de disparaître, renforçant par là-même la culpabilité intériorisée de l'opinion internationale". Ce n'est pas de moi évidemment, puisque je ne suis pas antisémite. C'est juste Esther Benbassa... (Etre juif après Gaza, p. 35). Une autre citation; pour la route : "C'est ce nationalisme-là qui empêche les Israéliens d'aujourd'hui de voir la souffrance d'un autre peuple, les Palestiniens, dont l'itinéraire est pourtant si proche du leur. Ont-ils donc oublié que les fondateurs de l'Etat s'étaient battus pour cette terre, avaient pratiqué le terrorisme, avaient négocié ?" (p. 46)...


Dans les relations internationales, s'il y a bien une coutume, c'est d'essayer de se rabibocher le plus rapidement possible. La France et le Rwanda viennent de replâtrer leur liaison, par exemple, on est bien content; dommage collatéral : le Rwanda a rejoint le Commonwealth et l'anglais a supplanté le français en tant que langue étrangère enseignée en primaire. Les Algériens, eux, doivent attendre; c'est qu'ils veulent absolument que la France s'excuse; la France, elle, ne comprend toujours pas. "De quoi ?", "bah tu nous as fait souffrir quand même, avoue-le !", "n'importe nawak ! Allez j'te donne quelques visas et on s'embrasse", "négociable"...


Les susceptibilités des pays, tout est un programme. La Sublime Porte, voyons. Ni une province ni un quartier. Arracher des excuses de la part d'Israël mérite un prix Nobel en soi. On attend d'autres excuses maintenant; des procès aussi. Je ne sais pas moi, Bush, Blair, Olmert peuvent faire un geste; se suicider par exemple s'ils ne veulent absolument pas affronter la justice. Une victime est une victime. Sauf à considérer que "certains sont plus égaux que d'autres". Un rêve, bien sûr. N'a-t-on pas vu dernièrement le ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni nous assurer que la législation sur la justice universelle sera prochainement modifiée; c'est que les juges avaient menacé d'inculper la Dame Tzipi Livni à peine le pied posé sur le sol britannique; Mister Miliband en était même venu à s'excuser pour les "errements" de la justice de son pays. Et nous, nous parlons de Justice. La communauté internationale avait trouvé tout à fait normal de créer un tribunal spécial pour enquêter sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais, Rafiq Hariri. Pour une seule personne. Une seule. C'est que les âmes ne sauraient avoir les mêmes honneurs, forcément. "Comment ! Un cul-terreux et un premier ministre ! Mon Dieu"...

lundi 11 janvier 2010

"Réactionnaire ? Sociologiquement impossible"...

La Turquie se dirigerait vers un "coup d'Etat civil". Voilà la thèse lancée par une universitaire classée dans la catégorie libérale (au sens américain du terme), Nuray Mert. Et le CHP est bien content. Une belle occasion pour faire de l'opposition. Le CHP. Le parti qui a, précisément, dirigé l'Etat tout seul, comme un grand, de 1923 à 1950. L'ère du parti unique. L'on serait donc à l'aube d'une "Restauration". Les griefs font peur : musellement de la presse (l'amende astronomique infligée au groupe Doğan), bâillonnement de l'opposition (des "gens respectables" toujours en prison dans le cadre de l'affaire Ergenekon) et tentative de vassalisation de l'institution militaire et du pouvoir judiciaire.

Il fut un temps où la Turquie devenait l'Iran et/ou la Malaisie. On hésitait. Certains avançaient même l'Indonésie et même l'Arabie Saoudite. "Nan p't-être pas ! çüüüüş ! On se met d'accord sur l'Iran ?", "ok", "bon bah vas-y balance tes arguments"... Et on avait perdu un sacré temps à se convaincre; les laïcistes tenaient la même pancarte : "non à l'interdiction de l'alcool dans le quartier trucmuche". Les conservateurs aussi avaient leur refrain : "comment devient-on l'Iran dans un pays où le voile est interdit dans l'espace public ?", "bah nan, on devient l'Iran işte !", "oust ! Va te faire soigner !"... Les libéraux, eux, semblaient trop cérébraux : "cela s'appelle démocratisation et sécularisation".

Dernièrement, le gourou des laïcistes, Ilhan Selçuk, le journaliste mis en examen dans l'affaire Ergenekon, a eu une révélation : "je pense qu'au stade où on en est, la Turquie n'a plus aucun risque de basculer dans l'obscurantisme, c'est fini, j'étais dans l'erreur". Ouf. Après 70 ans d'erreur sur 85 ans d'existence, il a enfin recouvré sa raison. Mais comment est-ce possible ? Tout bête. Le Sieur Selçuk, qui est en traitement à l'hôpital, est condamné à regarder la télévision plus que d'habitude. Et en regardant les programmes et les séries, il aurait compris que le peuple turc, vu ses "penchants télévisuels", n'avait aucune espèce de risque de tomber dans un régime extrémiste. Il est trop sécularisé. Une peur factice donc, il avait contribué à créer. Puisque s'il avait pu allumer son téléviseur bien avant, il n'aurait sans doute pas été attrait en justice pour, excusez du peu, "tentative de renversement du régime en place" et condamné à mourir dans son coin, déconsidéré...



C'est vrai d'ailleurs : la série Aşk-ı memnu ("L'amour interdit") raconte l'histoire d'un adonis qui couche avec la jeune femme de son oncle qui, évidemment, est celui qui l'a pris sous ses ailes et qui subvient à tous ses besoins matériels. Un enchanteur, assurément. Pas très "sortable" d'ordinaire, ce genre d'intrigue. Et donc la ménagère est furieuse; "il est dégueulasse !". Sa fille aussi veut avoir un haut-le-coeur mais il y a quand même Kıvanç Tatlıtuğ, le "dieu", beau, envoûtant, riche, distingué, bath au lit, etc. Un de ces types que l'on fige dans notre esprit; de la meilleure espèce, celui qui ne se mouche jamais, n'éructe évidemment jamais, ne ronfle pas, ne pue pas, etc. Le père aussi d'ailleurs qui a chipé une place sur le fauteuil a envie de vomir. Mais il regarde. C'est comme ça. C'est que Beren Saat aussi est une merveille de la nature. Et drôlement diabolique en plus. Et le pauvre Tatlıtuğ est obligé d'intervenir : "attention hein, dans la vraie vie, je ne ferais jamais cette bassesse, c'est un rôle !", "ouais ouais, on sait mais tu trompes tellement bien et t'es beau tu sais !", "ouais, et l'autre pouffiasse, elle n'a qu'à pas t'attirer, c'est elle, la diablesse, toi t'as aucune faute, viens que j't'embrasse"...

En 2000, la série Evdeki Yabancı avait déjà été un moment fort; une comédie dans laquelle Tardu Flordun campait le rôle d'un homosexuel; celui qui a été ensuite, dans la désormais légendaire série Binbir Gece, celui qui voulait "piquer" la copine de son meilleur ami. Pas bien. Mais série la plus regardée... Et quand on dit que le "ırz", le "namus", le "şeref" sont des valeurs cardinales dans cette société. Et doit-on rappeler qu'une des chanteuses les plus talentueuses de Turquie s'appelle Bülent Ersoy, une transsexuelle; que la légende de la musique traditionnelle décédée il y a plus de 10 ans s'appelle Zeki Müren, un homosexuel. Que le roi de la pop s'appelle Tarkan, un soi-disant hétérosexuel. Que le styliste le plus médiatique s'appelle Cemil Ipekçi, un homosexuel, "fiancé" en plus. Une société obtuse aurait-elle permis la mise en vedette de ces personnages ?

Et les émissions programmées la nuit du 31 décembre sont du genre à faire sursauter le barbu. Des danseuses du ventre que l'on regarde par tradition; ma mère, très concentrée sur l'au-delà (la pauvre n'est-ce pas !), essayait de faire écran : "mais ne regardez pas !", et mon père très "laïque" pour le coup, "tu peux me servir du thé, c'est un ordre !"... Et les présentatrices sont chichement vêtues en Turquie; c'est une autre coutume. Celles qui sont les plus "laïques"; celles qui fustigent le voile parce-qu'il postule que la femme ne fait qu'aguicher... Les malheureuses. Bref, elles sont donc assez jolies. Alors, il faut toujours jeter un coup d'oeil sur les émissions du matin où la gent féminine vient s'éclater sur les plateaux de télévision (une autre tradition, les émissions du matin sont réservées aux femmes, ça va des émissions de divertissement à celles de désolation où certaines viennent déverser leurs rancoeurs en public et en direct en passant par les émissions-courtages matrimoniaux). La demoiselle a du mal à s'installer sur le fauteuil d'invitées, c'est qu'elle est obligée de retenir un morceau de la jupe que l'on a déjà du mal à repérer, pour ne pas que l'on découvre certains "recoins". Et les décolletés, n'en parlons pas. On se demande parfois ce qu'elles veulent prouver; esclaves du regard des hommes.






En tout cas, comparé à l'Arabie Saoudite, il n'y a pas photo...



Les Turcs regardent donc tromperie, "salacerie", frivolité, superfluité en boucle. Et ce n'est pas l'AKP qui les lestera. Encore un effort et la Turquie sécularisera tout le monde arabe... C'est la quille, voyons. On se libère et le vieillard vient tout juste de le remarquer. Eh bien, il dormira en paix. Et on vivra en paix aussi, débarrassé d'un faiseur de cauchemars.

mercredi 6 janvier 2010

Trivialité

Heureusement qu'il est là, le Président Gül; il apaise. Le Président de la République turque vient de déclarer le plus sérieusement et le plus officiellement possible qu'il n' y aura plus de coups d'Etat et de mémorandums militaires en Turquie. Voilà donc une bonne nouvelle; et comme le commun des mortels est toujours suspicieux à l'égard des militaires, le ravissement l'étreint quand il entend cette "assurance présidentielle" (comme si les coups d'Etat se font avec la bénédiction du président, en Turquie !). Le commandant en chef, en théorie. La théorie ne fait jamais de mal. Commandant en chef quand les choses vont bien et un accusé comme les autres quand il y a un coup d'Etat...


Et comme la presse est obligée de tenir compte de l'état d'esprit du récepteur, elle n'a pas boudé son plaisir; les manchettes ont tout naturellement annoncé cette bonne nouvelle. Et tout le monde est content; une très bonne nouvelle, assurément. Comme quand le chef d'état-major avait déclaré encore le plus sérieusement et le plus officiellement possible que l'Armée respectait la démocratie et l'Etat de droit. D'ailleurs, l'Armée ne comprenait pas les réserves qu'émettaient certains. Scandalistique. A l'époque aussi, en Une, évidemment. C'était trop beau pour placer cette information-révélation dans un petit coin du journal. C'est que, dans les démocraties à béquilles, c'est important de confirmer des choses qui apparaissent comme des banalités sous d'autres cieux... En 2010 donc, les plus hautes instances de la Turquie, grandiloquentes, concèdent au citoyen qu'il n'y aura pas, mieux qu'il n'y aura plus, de coups de canif. Bien. Merci.


En Turquie, comme on le sait désormais sur le bout des doigts, l'armée est une institution puissante; il y a même une caste chargée spécialement de la louer sans arrêt, la défendre coûte que coûte et l'exciter de temps en temps : les militaristes. Des journalistes, des intellectuels, des hauts fonctionnaires, quelques gus sans envergure et malheureusement une bonne partie de la classe politique. Aimer le militaire. L'uniforme. Est-ce que l'on déclare notre ardeur aux pompiers ou policiers, par exemple ? Ou aux gardiens de nuit ? A quoi bon ? Des fonctionnaires, tout simplement. Mais les Turcs se doivent d'aimer, d'adorer l'armée. Un devoir moral. Les voilées n'ont pas accès aux casernes, peu importe, elles aiment l'armée. Et l'armée a réussi à tromper tout le monde en crachant feu et flammes sur les dévots tout en exaltant le "martyre". Les martyrs, les enfants des femmes voilées. Une institution laïque (et comment !) dans un pays laïque (soi-disant) utilise le mot "martyr", un terme "technique" religieux; personne ne bronche, évidemment. Que se passerait-il si l'on retirait le "martyre" de la conscience du Turc moyen ? "Aman sus...". Adieu Eden, ruisseaux, houris les plus délicieuses... et adieu vénération et déférence de la masse. Quand vous êtes une nation en guerre, vaut toujours mieux avoir un Paradis en promotion...


La puissance militaire commence à perdre de sa superbe, nous dit-on; c'est devenu une série; on attend les épisodes : les militaires préparent un coup d'Etat et sont pris la main dans le sac, le chef d'état-major menace journalistes et juges d'un ton fulminant, et dernièrement une bande de militaires qui se baladaient dans les parages du domicile du Vice-Premier ministre, Bülent Arinç, a été arrêtée par la police. L'accusation est grave : tentative d'assassinat. L'armée a publié illico une déclaration dans laquelle elle rejette l'allégation. Elle rejette beaucoup de choses, ces derniers temps. Les généraux veillent devant l'ordinateur, on dirait; ils démentent immédiatement.


Dans ce dernier épisode, elle reconnaît bien que deux militaires se situaient à l'endroit sus-indiqué; mais elle a une autre explication : ces deux compères seraient aux trousses d'un de leur collègue soupçonné de passer des informations militaires. Et comme ce collègue habite précisément dans le quartier de Bülent Arinç, il s'agit tout bonnement d'un malentendu. Un mécompte. Pourquoi pas. Mais quelle doigté tout de même ! Celui qui était censé être observé a dû tout comprendre... Il sera plus habile dorénavant, le traître. Il sait qu'il est surveillé. Mais comme il faut éteindre le feu le plus rapidement possible, l'armée vient de déclarer qu'aucune preuve n'avait été trouvée contre ce type. Ca tombe bien à propos. Trop bien à propos. Comme par hasard, aurait dit un païen...


Mais une enquête judiciaire a été diligentée; et, comble du comble, un juge est entré, pour la première fois, dans ce qui est appelé "la chambre cosmique" (sic) c'est-à-dire l'enceinte où tous les secrets de l'armée sont gardés; personne n'en revient; l'Etat de droit a frappé à la porte, on ne savait plus quoi faire... Et ce juge qui est donc chargé de vérifier certains documents (n'oublions pas que tout est parti de la tentative d'assassinat du vice-premier ministre et voilà où on aboutit !) vient de recevoir par la poste quelques balles en guise de bienvenu... Et une semaine auparavant, ce même juge s'était plaint d'être "suivi"; la police a donc arrêté la voiture : des militaires en sont sortis. L'armée, évidemment, a publié une déclaration : les militaires arrêtés sont un cuisinier, un électricien et un menuisier; "nanik !"; bref que des sous-verges. Les militaristes ont repris confiance en eux, évidemment : "pfff, t'as vu, ce ne sont pas des officiers, ce sont des cuisiniers qui suivaient le juge, haha !"... Mais personne n'a pu encore expliquer ce que faisaient les cuisiniers derrière le juge... Ce qu'ils tramaient. Et personne ne croit vraiment que ce soient des ouvriers. Mais le chef d'état-major entonne le refrain : "certains mènent une guerre psychologique asymétrique contre l'armée !". Comprenne qui pourra...


Il n'y a pas de fumée sans feu, nous apprend le proverbe. Le mois dernier, l'on a eu droit à un défilé extraordinaire : les "grands oraux" des généraux devant les juges d'instruction. Les anciens chefs de l'armée de terre, de la marine et de l'air. Celui de la gendarmerie est déjà en détention provisoire. Ou était plutôt; Monsieur étant malade, il passe sa détention dans l'hôpital militaire. Un vaillant soldat, comme on l'a compris... Et avant eux, ce fut l'ancien chef d'état-major des armées qui avait raconté des choses. Hilmi Özkök, celui qui venait à l'état-major avec son casse-croûte; c'est qu'il avait peur d'être mis hors jeu, il refusait de cautionner un coup d'Etat, il était trop démocrate... Et aujourd'hui, on parle de la probable audition de l'ancien Président de la République, le lion Süleyman Demirel.



Celui de la marine était assez scrupuleux; il tenait un journal. Du coup, l'on sait en détail ce que projetait la junte. Evidemment, le "pacha" nie; "ce n'est pas à moi", "oui mais les analyses graphologiques disent le contraire", "je m'en fous", "mais encore", "j'en m'en bats"... D'accord. Les militaires ne sont pas, comme on le sait, les gens les plus raffinés du monde; et on comprend : les guerres, les tranchées, la boue, la promiscuité, le langage particulier, etc. Mais ce général prenait tout le soin d'écrire ses "pensées" tous les soirs. Comme une fille bien élevée.



L'armée nie toujours : des armes jaillissent de la terre, le chef d'état-major assure qu'il n'y a pas de telles armes dans leur inventaire, il s'avère que c'est faux; on découvre un plan de coup d'état, le chef d'état-major assure que c'est un bout de papier, il s'avère que c'est faux; la justice demande à l'armée de bien vouloir préciser la fonction du JITEM (le groupement des militaires chargés de nettoyer les Kurdes), l'armée déclare qu'elle ne connaît pas une telle institution; etc. etc.


Personne n'ose le dire : l'armée ment comme elle respire. Et personne n'est obligé de l'aimer. Tout le monde a les nerfs en pelote. D'accord. Mais nul n'a un orgasme en critiquant l'armée; il faut juste qu'elle apprenne une fois pour toutes sa place dans une démocratie. Les militaires reçoivent un salaire pour précisément défendre leurs concitoyens, il ne s'agit pas d'une faveur de leur part. Et le martyre dans un système laïque, c'est du pipeau; c'est comme ça. La Turquie n'est pas un Etat islamique. Elle n'a aucun droit à faire du "shopping" dans les valeurs religieuses; laïcité et martyre sont juridiquement incompatibles. "Mais qu'est-ce que tu racontes, l'opium du peuple avait dit l'autre, tais-toi !". Ceux qui jouent des coudes pour chiper une place dans la prière mortuaire du "martyr" sont ceux-là même qui dédaignent leurs mères et leurs soeures voilées, mais nous aimons l'armée, évidemment. Démunis que nous sommes. Ils ont des armes. Et si l'on faisait une distinction : la plus profonde gratitude pour les soldats, une réserve naturelle contre l'état-major. C'est que son casier judiciaire prend beaucoup de pages dans les livres d'histoire de la Turquie...

jeudi 31 décembre 2009

"Sur les cimes du désespoir"

L'on termine donc l'année 2009 comme d'habitude; peurs, pleurs, cris, violences. L'espoir s'est donc affalé sur 2010. Comme il fera de même tous les 31 décembres, en réalité; un monde "meilleur", nous souhaitons tous. Pas un monde où le Bonheur, la Justice, la Vertu, l'Abondance se détacheraient du monde des Idées pour devenir les plus beaux fleurons de la terrestréité. Ca n'existe pas. Le vice guide toujours les hommes, un seul diablotin suffit à troubler l'eau. Pessimisme. Ou réalisme, son synonyme.


Evidemment la liste est longue : chacun se cherche une cause à défendre : la majorité cagnarde, les musulmans ont leur dada, la cause palestinienne; les plus romantiques ne jurent que par le Dalaï-lama; les plus têtus écrasent une larme pour l'Afrique; les plus oisifs se soucient des droits des transsexuels; seul le Pape semble se désoler d'une manière indiscriminée.


L'Iran est la toute première cause de l'année 2010. La plus "fraîche". Celle que l'on a héritée de 2009. Les Iraniens s'agitent en ce moment; depuis juin, plutôt. Au nom de la Liberté et de la Justice. J'ai une attention particulière pour ce peuple si fascinant, un des plus instruits et cultivés de la planète; un simple pâtre adossé contre un arbre serait capable de réciter par coeur Ferdowsi ou Hafez, nous dit-on.


Ils viennent d'inhumer leur conscience vivante: Montazeri; le grand Montazeri. L'éminentissime. Une "source d'imitation", un marja-e taqlid. Le Déchu, aussi. En 1989, on avait choisi (Rafsandjani avait réussi à imposer, plus précisément) un "petit", Ali Khamenei, élevé en une nuit à la "dignité" d'ayatollah (âyatollâh = signe d'Allah). Un religieux qui n'avait d'autre mérite que de porter un turban noir (les "sayyid", descendants de Hussein, petit-fils du Prophète, ont ce privilège, les autres portant un turban blanc). Ali Montazeri révélait trop de choses; Khomeini n'appréciait pas. Il fut renvoyé à ses chères études...


Même Shîrîn Ebâdi a pleuré pour le Grand Ayatollah Montazeri; elle lui a attribué le titre de "père des droits de l'Homme en Iran" ("peder huqûq beşer Irân": پدر "حقوق بشر" ایران ) et s'est adressée à lui : "Je te demande pardon, père ! Je ne t'ai pas soutenu contre le Shah (...); je te demande pardon, père ! Je ne suis pas venue à ta visite lorsque tu as recouvré la liberté ! (...); je te demande pardon, père ! Je n'ai pas prêté l'oreille à tes dénonciations en 1987-1988 (...). Je te dis père car c'est de toi que j'ai appris à défendre les prisonniers politiques. Tu étais à ce point engagé que tu as repoussé les plus hautes fonctions de la République. Je te dis père car c'est de toi que j'ai appris comment défendre l'opprimé sans recourir à la violence (...), tu as des millions d'enfants et de disciples...". Un vibrant hommage, ça s'appelle. Une grande voix, assurément. Un grand théologien.


De son côté, la Chine s'est encore une fois manifestée en mal. L'on sait que la Chine déteste les ingérences. Comme tous les pays, d'ailleurs. Mais elle a une particularité dans ce domaine : c'est que, sincèrement, elle ne comprend pas ce qui peut bien pousser des étrangers à s'ingérer dans son intimité. Au nom de quoi ? Alors, l'on tente de lui expliquer la théorie classique : la souveraineté des Etats n'a rien d'absolue, elle doit se conjuguer avec l'attention légitime que pourrait porter les autres en matière de respect des droits de l'Homme. Mitterrand l'avait mieux dit, comme d'habitude : "l'obligation de non-ingérence s'arrête à l'endroit précis où naît le risque de non-assistance". Joli.


La Chine gronde en général dans ces moments. L'on se souvient de la tournée du dalaï-lama; en France, le président Sarkozy croyait pouvoir faire ce qu'il voulait chez lui. Pas de bol, la Chine avait haussé le ton. Et dégaîné la liste des contrats aussi. Alors, plus de rendez-vous. Ou des entretiens en catimini. Idem pour les "émeutes" de Lhassa, l'insurrection ouïgoure au Xinjiang. (Même le Turc Recep Tayyip Erdogan avait fait profil bas; pourtant, on trouve la ville de Kashgar dans la région; celle de Mahmud, le célèbre Kasgarli Mahmud, rédacteur d'un dictionnaire turc, le Divanü Lugati't Türk au XIè siècle). Derniers épisodes : les dissidents ouïgours sont pendus, le dissident Liu Xiaobo parlait beaucoup, on lui a promis onze ans de prison; un Anglais s'amusait à vendre de la drogue, malade mental qu'il était, on l'a exécuté. Brown n'était pas content, évidemment. Les Chinois s'en fichent : "souveraineté de la justice chinoise"... Une nouvelle grande puissance arrogante est née. La roguerie des Grands, un fléau.


De leurs côtés, les terroristes font toujours frémir; ceux qui se réclament de l'islam. Mais ceux que les musulmans rejettent. D'autres veulent absolument les qualifier de "musulmans"; une occasion rêvée pour taper sur du musulman, évidemment. "Pourquoi on se ment, hein ! C'est un dogme de l'islam que de tuer, reconnaissons-le, c'est un complot mondial !"... D'accord, je l'avoue : le milliard musulman se réunit tous les cinq ans quelque part dans le monde; en catimini; on prend nos décisions là-bas, on planifie des choses et on passe à l'acte le moment venu. Je l'avoue. Et à La Mecque aussi, tous les ans, en tournant autour de la Kaaba, vous ne pouvez pas savoir tout ce que l'on se murmure. Je l'avoue. Nous sommes mauvais, nous sommes dangereux, nous aimons le sang, nous adorons les cadavres, nous nous contentons des explosions ici ou là. Je l'avoue. Ca nous fait une belle jambe, comme on l'aura remarqué.


On a peur. On entre en 2010. On en sortira dans le même état. C'est ainsi. L'important est de rêner nos révoltes internes. Il y a bien quelque chose, quelque part pour entendre les hurlements des opprimés. Si l'on pouvait troquer nos rêves avec ceux des Gazaouis, des Tamouls, des Darfouris, l'on aurait compris un certain nombre de choses... Anna Tibaijuka, sous-secrétaire générale de l'ONU avait vu juste : "en Afrique, est pauvre celui qui est menacé de mort; en Europe, celui qui a du mal à payer son emprunt immobilier"... Un abîme. Pour comprendre la vie, il n'y a rien de mieux que de visiter les cimetières. Chaque année, on ne fait que déshabiller l'Espoir pour le monder et le rhabiller de ses haillons. Et on se souhaite bonne année. Bonne année, donc. Qu'elle soit joyeuse. Que l'on rie beaucoup. Que l'on s'éclate. "Tchin tchin, mon ami !"...

dimanche 27 décembre 2009

Dâr ur-riyâ'

C'est une coutume; on ne parle jamais de sexe dans les familles normalement constituées. En Orient et en Occident. C'est comme ça. Mais les parents guettent toujours; ils sont vigilants. Mais nuance. En Occident, la mère veut que tout se passe bien lors de la "première fois"; en Orient, elle se projette plus dans l'avenir, elle veut que tout se passe bien lors de l' "unique première fois". Affaire d'épanouissement dans un cas, souci du devoir dans l'autre.


En Australie, un daron, apparemment bileux, a beaucoup réfléchi sur l'avenir de son fils; trop, peut-être. C'est qu'il avait une peur obsessionnelle, que son rejeton bien-aimé sombre dans l'homosexualité. Il a donc emmené son garçon de 14 ans dans un lupanar et l'a forcé à avoir une relation sexuelle. Principe de précaution... "Attends je vais t'aider, comme ça, voiiiiilà". Résultat : juges et psychiatres ont été alertés...


En France, nous fûmes confus, aussi. M. Mitterrand. Frédéric de son prénom. Le "neveu de l'Oncle". Celui qui avait avoué avoir fréquenté des prostitués en Thaïlande. Evidemment, l'attaque émanant du Front national, ça ne pouvait qu'être fétide. Puisque comme on le sait, invectiver le Front national et les Le Pen est un sport favori en France. L'on connaît l'intimité de notre Ministre, désormais. Etre homosexuel n'est pas interdit, évidemment. Heureusement. Pédophile, si. Ca tombe bien, M. le Ministre est homosexuel. Et c'est tout. Les mots "enfants", "gosses" et autres termes employés grossièrement ne devaient pas être pris au sens littéral, nous avait-on dit. Ce sont des adultes; consentants dans le cadre de leur métier. Il avait défendu son honneur, Monsieur le Ministre. On l'avait écouté. On n'avait pas pleuré. On n'avait pas ri non plus. On le regardait. C'est un ministre. Polanski aussi a des soucis. On l'accable pour un viol commis il y a un siècle; mais la justice ne devrait pas s'acharner; un scandale, ça s'appellerait. Bon. Le monde tourne à l'envers; on avait croisé un homosexuel nazi, aussi. Le défunt Haider... "Outé" post mortem.


Notre père australien fait jaser, évidemment. Un journal turc a donc demandé à des célébrités de réagir à son attitude. "Moi je donnerais volontiers un coup de pouce à mon fils, a lâché le commentateur sportif Erman Toroğlu, je lui trouverais des gonzesses; mais de toute façon, être gay maintenant, c'est la mode, rien à faire !"; "moi je pense que c'est l'affaire des grands frères du quartier car les jeunes de notre pays se déniaisent toujours dans les bras d'une pute", nous a appris le comédien Behzat Uygur; le psychiatre Nevzat Tarhan n'y va pas par quatre chemins, lui : "la pression sur les fils conduit à l'homosexualité". Voilà donc pour les fistons. Ils doivent goûter le plus vite possible à défaut de quoi ils peuvent basculer. En somme, les forcer à être hétérosexuels... sans les cabrer. Hypocrisie.


Quant aux demoiselles, dans toutes les contrées musulmanes, elles doivent arriver vierges pour la Nuit. Les gonzes, eux, n'ont rien à prouver. On les aime comme ils sont. "Et puis c'est un mâle, c'est pas pareil, pfff!". Véridique. Hypocrisie. Cacher aux hommes ce que les anges regardent avec des loupes est une de nos plus tendres pathologies.


Les sociétés conservatrices, comme on le sait, sont celles qui remuglent le plus. On étouffe tellement de choses. Des salissures universelles, en fait. Tout est interdit, il faut donc descendre dans les sous-sols pour vivre certaines expériences. Prostitution, pédophilie, inceste, viol existent bel et bien dans les pays arabo-musulmans. Sauf que l'on feint de les ignorer. Résultat : les cris butent sur les murs et c'est tout. Double peine : violence et injustice.


Nos cheikhs saoudiens et égyptiens en sont, quant à eux, aux formalismes; le devoir de la femme, c'est d'élever ses enfants et de leur inculquer les valeurs religieuses, nous sermonnent-ils. La mère, inculquer les valeurs religieuses, lesquelles valeurs sont définies par des hommes, évidemment. Hypocrisie. L'un se tue à prouver qu'il est interdit à la femme de conduire, l'autre nous balance des données scientifiques pour prouver que l'excision est une bonne chose (makrouma), un autre nous assure que le Prophète avait bien dit que les femmes n'avaient qu'une demi-cervelle, etc.


Résultat : la phallocratie et la mesquinerie. J'ai lu un paquet de fatwas, dernièrement; j'en sors convaincu : le Prophète nous crachera sur la figure pour avoir tant dénaturé la religion. Tendre qu'il est, il n'osera peut-être pas. Il se détournera, en tout cas. Ca suffit déjà pour être malheureux Là-Haut...

lundi 21 décembre 2009

Empathie

C'est qu'il parle beaucoup. Il balance souvent, aussi. Il énerve. Sa Sainteté le patriarche Bartholoméos, le chef des orthodoxes. Le primus, en tout cas. C'est que mes ancêtres étaient orthodoxes, je me sens un brin concerné... Un des plus célèbres rouspéteurs de Turquie. Devant un journaliste américain venu lui arracher complaintes et désolations, il a repris le chapelet : "on souffre dans ce pays, on est considérés comme des citoyens de seconde zone, on se sent crucifiés !", "bah, faites votre hijra vers la Grèce", "jamais, c'est la terre de mes ancêtres, ma terre, je suis né ici, j'ai oeuvré ici, pas question d'aller ailleurs, nous vivons notre Passion ici". Helal...



Evidemment, lorsque Sa Sainteté se déplace à l'étranger ou ouvre la bouche en Turquie même, la classe politique s'agite; c'est qu'il dérange. "Qu'est-ce qu'il veut encore ?". Rien de grave : l'ouverture de son séminaire à Heybeliada (Halki). C'est qu'en bon berger, il craint pour son troupeau. Les Orthodoxes ne seraient plus que trois mille; et les jeunes ne se bousculeraient pas pour entrer dans les ordres. Ca tombe bien, l'unique séminaire chargé de les former est fermé depuis les années 70. C'est comme ça. Une question juridique, nous jure tout le monde.


En plein Noël, en plus, la polémique. Tiens, bonne nouvelle, en parlant de Noël : comme on le sait, les Turcs aiment bien rappeler leur place singulière dans l'histoire; Mustafa Kemal avait inauguré cette pathologie, jadis. Tiens, on apprend que le sapin de Noël est une invention turque. C'est la "dernière reine sumérienne", la nonagénaire Muazzez Ilmiye Çığ qui l'a déclaré. Notre arrière-grand-mère nationale. La grande spécialiste de la civilisation sumérienne; civilisation turque, pour elle... L'Europe est donc en Turquie : sapin de Noël, Saint Nicholas, Paul de Tarse, l'apôtre André, Troie, l'Asie mineure,... "Mais attention, la Turquie n'est pas en Europe, hein !" D'accord. T'inquiètes...


Le patriarche apprécie le gouvernement AKP, pourtant; celui-ci ose promettre des choses. Promettre. Ca enchante les oreilles, au moins. Mais sincérité, il y a, reconnaissons-le. Car les conservateurs musulmans sont, naturellement, beaucoup plus pénétrés du sentiment d'ouverture que les autres formations. Cest un fait. Un héritage ottoman, une vision beaucoup plus rassembleuse; le Premier ministre est tellement mû par cette doctrine que personne n'a pu encore l'entendre dire "je suis Turc"; en bon ottoman, il refuse les catégorisations ethniques. "Citoyen de Turquie". Les autres partis sont plus "républicains" à cet égard; d'ailleurs, après la protestation officielle du gouvernement, c'est le sinistre Onur Öymen qui a déploré les propos de Bartholoméos; un social-démocrate comme on le sait. Et les nationalistes ont exprimé leur indignation d'usage.


Protestation officielle du gouvernement, donc. Et c'est le ministre des affaires étrangères qui a répondu, allez comprendre pourquoi. L'inconscient; l'on n'arrive pas à considérer les Orthodoxes comme des citoyens turcs; c'est donc le chef de la diplomatie qui s'enflamme le premier... Un homme sensé, pourtant. Il a pris le mot au sens littéral et a lâché dans un air désormais impérial : "notre histoire n'a jamais connu la crucifixion". Et c'est reparti pour vanter l'esprit d'ouverture de nos ancêtres à l'endroit notamment des Juifs persécutés. En Europe... C'est une fierté; les Nicolas Sarkozy, Esther Benbassa, Alexandre Adler et autres ont laissé des souvenirs sur le sol turc...


Evidemment, s'agissant du chef d'état-major, personne n'a l'habitude de protester en catastrophe; ou de protester, tout court. Il y a quelques jours, sur la proue du vaisseau amiral, il menaçait la justice, les médias, les intellectuels. Le ministre de la défense, personne ne l'a entendu; d'ordinaire, personne ne l'entend non plus, c'est qu' il n'a aucune compétence. Un simple rang protocolaire. Le "Guide" (ou der Führer, disent certains) était en tenue de guerre, nous dit-on, un symbole; dans un navire, un autre indice; c'est que l'on avait appris qu'un énième plan de coup d'Etat avait été préparé par la marine, cette fois-ci, il vient donc défier gouvernement, justice et bon sens. Toujours avec son air comminatoire et patibulaire. "Oui oui, mon Général, c'est ça, c'est fini vos grondements, faîtes donc confiance à la justice turque, impartiale et indépendante lorsqu'il s'agit de s'en prendre à l'AKP et au DTP"...


Ingratitude, aussi. Sa Sainteté est un des plus fervents "VRP" de la Turquie dans le monde. Il commence toujours par se plaindre; on le comprend. Mais il finit toujours par demander l'adhésion de la Turquie, de son pays, à l'Union européenne. On le comprend, aussi; il veut voir sa situation s'améliorer. Et l'oecuménisme, un autre débat absurde; une question théologique à laquelle l'Etat turc pointe le bout de son nez alors qu'il n'a aucun titre de compétence.


Certains apprennent donc que les Orthodoxes ont quelques soucis; d'ailleurs, chose bizarre, le porte-parole du gouvernement vient de demander au patriarche de s'adresser prioritairement aux instances de son pays lorsqu'il a des réclamations à faire. L'on rêve ! Comme si le gouvernement ignorait les raisons de son râlage ! C'est le devancier de l'actuel ministre des affaires étrangères (aujourd'hui, ministre de l'économie) qui était venu devant le Parlement européen pour expliquer, en somme, qu'aucune confession n'était épanouie en Turquie ! Un pays laïque, soit dit en passant...


C'est qu'il existe des gens qui prennent trop au sérieux, les textes. La Constitution dit que..., la loi a confirmé que..., la Convention me permet d'espérer que... Sa Sainteté fait partie de ces gens-là; il croit tout ce que dit la Constitution. C'est un Turc en plus, il devrait savoir comment ça se passe dans son pays.


Le Premier ministre faisait ses crises de démocrate irréprochable pour les minarets suisses; c'est lui qui co-dirige l'Alliance des civilisations; celui-là même qui, comme un disque rayé, ne cesse de citer Rûmi : "viens, qui que tu sois, viens...". "Ils sont là, coco, c'est bon, on a compris, passe à autre chose maintenant, allez"...

vendredi 18 décembre 2009

De-ci, de-là...

Etre soufi; abolir l'Espace, déchirer le Temps. Vivre en suspens. Le temps passe si vite; on est déjà en 1431. Jadis, quand mon père luttait, le temps coulait plus lentement; l'on vivait au ralenti, presque. C'est qu'il menait une lutte. Le temps ne bronchait pas, il s'adaptait. Traître. Mon père parti, il s'est accéléré. L'aventure continue.


C'est bien la grève; on attend. On compte les minutes. Le temps défile devant nous, l'occasion de le narguer; le RER A fait grève, a-t-on dit. Heureusement. C'est que je prends le RER B. Et je voyais défiler plus de RER A que de RER B, ce matin. Je n'ai toujours pas compris.


Le temps se fige parfois; quand deux yeux étrangers s'enlacent; ils se frôlent d'abord, puis s'épient, enfin se fixent. "Instant indétectable pour la foule, éternité pour l'amant" disait Amin Maalouf. Il a toujours raison celui-là, ça énerve à force...


S'il y a bien une pensée qui me fait frémir, c'est celle de "tuer" le temps. Ne rien faire. Tiens, un conseil pour l'éphèbe : travailler, travailler, travailler. "Lève-toi, on a l'éternité pour dormir" disait Khayyam.


L'islam nous prévient : le Jour du Jugement, Dieu va fouiner. La convocation. Le grand Oral. Et tout penaud, l'on dévoilera les heures passées à ne rien faire, à ne pas réfléchir sur la Nature. Les voyages en train sont formidables en réalité pour tout psychologue ou sociologue; les uns qui lisent, d'autres qui papotent quasiment avec tout le train, d'autres encore qui parlent au téléphone; le petit capuchonné en train de rouler une cigarette. Tout le train attend avec impatience s'il va l'allumer; les yeux rivés sur lui. Mais personne n'ose rouspéter à voix haute; c'est comme ça. Il parle verlan, il porte capuche, il est incorrect. Il fait peur. Même Nadine tremble.


Moi je lisais Mahmoud Darwich; pour la première fois, je l'avoue. Honte. Il le dit : "Ce siège durera jusqu'à ce que l'assiégeant, comme l'assiégé, réalise que l'ennui est l'un des attributs de l'Homme". Encore le Temps. Paradoxalement, dans ce cas, il reste discret, le Temps. D'ailleurs, on ne l'attend plus, qu'il aille au diable ! Oh hisse !


Ah oui, mes deux yeux, j'en étais resté. Ca ne s'oublie pas; l'amour ? Le Temps obviera. Encore lui. L'on vante souvent l'aspect thérapeutique du temps; il effacerait, apaiserait, récompenserait. Le "sabr" dit-on, "l'endurance", la "patience". Une éponge, soi-disant. Mais qui a dit que je voulais oublier, pfff ! Barbouiller le Temps de ses larmes...


Il y a les nostalgiques, aussi; les otages du Temps. Ou ses hôtes, pourquoi pas. Dans l'islam, beaucoup de barbus veulent absolument disparaître dans l'antique; "émigrer" vers l'époque du Prophète. Pourquoi pas. J'ai tellement envie de le voir; de le consulter; de me confier. Qu'il tranche donc tous nos débats. Qu'il nous aide à pleurer. Qu'il nous dise qu'il nous aime toujours. Qu'il nous console. Temps révolu... Personne n'ouvre.


La mort, in fine. Notre famille a une connexion très forte avec la Finitude. Une sorte de "rigolade". L'on ne pleure même plus; l'on guête le suivant. La Mort donc, la fin du Temps. L'apaisement. Eternité. Première question à poser à Dieu : le Coran est-il créé ou incréé ? C'est que le cours de droit musulman m'obnubile; les mutazilites ont dit que... les asharites ont pondu que... Juste pour savoir si c'était une "prise de tête". Je prends note.


Les soufis ont vraiment de la chance, eux. Ils sont ailleurs, par définition. Entre ciel et terre. Ils montent l'escalier et se dépouillent au fur et à mesure. Ils ont assommé le Temps. Ils ont aboli les frontières. Un peu de "zawq" Yâ Rabbi !


"Tu délires ?". L'on ne comprend certaines choses qu'avec le temps; à mettre dans cette catégorie. Je déteste l'écoulement du temps. Un tas de chose à faire. "nan, c'est rien, c'est la fatigue"...

Dudaktan Kalbe - Gurur (Full versiyon)

Dudaktan Kalbe - Toygar Işıklı - Siyah Yıldızlar

dimanche 13 décembre 2009

"Par ces motifs, décide : on préfère le PKK"...

Ca y est. Enfin ! Oh ! La Cour constitutionnelle turque a interdit le parti kurde, le DTP : "parti de la société démocratique"; le parti ayant une rose pour emblème. Mais "vitrine politique" du PKK, organisation séparatiste. Terroriste. 7 soldats d'ailleurs sont encore tombés dernièrement. Le "on ne sait plus combientième parti kurde dissous" attendait son procès depuis deux ans; procès lancé par le Procureur général près la Cour de cassation, celui qui s'en était pris à l'AKP il y a quelques mois.


Şükür donc, on l'a également interdit. Un avenir meilleur nous attend, pas de doute. C'est que le DTP gesticulait beaucoup; il demandait trop de choses, trop vite, trop fort. Ca gênait. Un Kurde osait demander des comptes ! L'on rêvait. "Ouvrez les charniers, identifiez leurs meurtriers, laissez-nous enseigner le kurde, investissez dans nos contrées, reconnaissez nos droits culturels". Dérangeant pour un Etat-Nation assimilationniste. Atatürk les avait bien eus à l'époque; "arnaqués". Evidemment, dans les "pays outrancièrement républicains" (suivez mon regard), l'on préfère toujours écraser, étouffer, ignorer. L'on temporise toujours en réalité; ça éclate un jour ou l'autre. Et l'on se retrouve, un jour, face à des Kurdes pétris d'acide par-ci, des musulmans gonflés de bile par-là. C'est comme ça.



Le DTP a porté atteinte à l'indivisibilité du peuple et de l'Etat en recourant à la violence, nous ont appris les juges constitutionnels; concrètement, en frayant avec le PKK. Ce n'est pas un scoop, évidemment. On savait; on sentait; on devinait. Mais on fermait les quinquets, histoire de ne pas saper le mouvement de démocratisation. D'ailleurs, à quoi bon ouvrir les yeux ? L'on regardait, l'on ne voyait rien.



Evidemment, demander un changement institutionnel ne devrait pas être condamnable. Une fédération, une confédération, pourquoi pas une indépendance. "Des patates ! Quoi encore ! Jamais !", "Ca s'appelle l'exigence démocratique, mon petit". Même divaguer est permis dans les démocraties, on l'oublie souvent. Rêver au coeur de l'assemblée nationale est toujours mieux que rêver le fusil à la main. En Italie, comme on le sait, la Ligue du Nord participe au gouvernement tout en rêvant d'une désagrégation de l'Italie. En Belgique, on en vient même à faire des blagues sur l'éclatement et personne n'a encore été pendu. Chez Sa Majesté, on ne sait même plus s'il faut toujours parler d'un "Royaume-Uni"; tiens, le petit père Al Fayed, l'ennemi juré de la famille royale, n'a pas hésité à appeler les Ecossais à voter en masse pour leur indépendance. C'est qu'il veut être leur Président... Bref, ces choses-là se discutent, ici ou là. Quoi d'incendiaire ?



Les petits Kurdes préparent déjà leurs valises, disent certains; direction : les montagnes. Adieu donc l'ouverture démocratique. En éliminant le DTP, on n'a plus qu'un seul interlocuteur : le PKK. D'ailleurs, "Apo" a immédiatement envoyé une couronne au parti: "ça va, arrête de pleurer Ahmet, ce n'est pas la fin du monde...". Il s'esclaffe. Bravo.



La Cour constitutionnelle qui sait pourtant violer si bien la Constitution a voulu faire dans l'art cette fois-ci; "nan, j'ai décidé d'être positiviste, nanik". Elle aurait pu encore une fois lire "autrement" la Loi fondamentale. Prendre en compte le contexte; atténuer la sanction : un simple avertissement, avait demandé l'ancien juge turc à la Cour européenne des droits de l'Homme, Rıza Türmen. "Vous êtes jamais content ! On fait dans l'idéologie, on est incompétents ! On fait dans la dentelle, on est incompétents ! Flûte à la fin !". D'ailleurs, le président de la Cour, Haşim Kılıç, était remonté; il demandait presque à la Turquie entière de bien excuser la Cour pour avoir décidé cette dissolution : "on en marre des politiciens qui veulent que la Cour règle des problèmes politiques ! C'est la dernière fois ! Après démerdez-vous !". "Calme, calme, Haşim" a répondu le juriste national néanmoins de carure internationale, Sabih Kanadoğlu, le croque-mort patenté des partis : "coupe court, Monsieur le Président; lis ta décision et ferme le clapet ! Le tribunal rend des décisions, il ne distribue pas de conseils !".



Une bizarrerie saute aux yeux : le président du DTP, la colombe Ahmet Türk est interdit de vie politique pendant cinq ans. Le faucon Emine Ayna, celle qui demandait au gouvernement de marchander directement avec le terroriste en chef Abdullah Öcalan, s'en sort. C'est comme ça. La Cour a décidé ainsi; souverainement. Jadis, lorsque la Cour avait interdit le parti soi-disant islamiste Fazilet Partisi ("parti de la vertu"), celle qui avait été déchue de son mandat et interdite d'activités politiques pendant cinq ans, ce fut Nazlı Ilıcak. La Cour constitutionnelle avait décidé à l'époque que cette femme qui ne porte pas le voile et qui se targue de boire de l'alcool menaçait l'ordre laïque turc... Son tort avait été d'introduire la députée voilée Merve Kavakçi dans l'hémicycle...



D'ailleurs, cette aberration n'avait pas échappé à la Cour européenne : "les mesures litigieuses ont porté atteinte à la substance même du droit de la requérante d'être élue et d'exercer son mandat, et aussi au pouvoir souverain de l'électorat qui l'a élue députée" (Ilicak c. Turquie, 5 avril 2007, § 36).


Les députés qui ont "sauvé leurs peaux" ont décidé, en guise de protestation, de rendre leurs démissions; mais comme l'absurdité est un principe qui se love dans chaque rouage de l'organisation institutionnelle de la Turquie, leurs démissions doivent être confirmées en séance plénière à l'assemblée nationale. Or, les députés des autres partis ne veulent pas entendre parler d'élections anticipées dans les circonscriptions kurdes. Entre-temps, les députés kurdes ont décidé de se retirer sur l'Aventin.


C'est comme ça : "Bize ümit haram. Bize hayal haram. Bize barış haram". Les passions sont désormais aux premières loges; on a interdit le DTP. Bien. Les Kurdes sont toujours là, eux. Ils attendent toujours; comme des fleurs. Les pancartes en main. Les voix éraillées, les gorges nouées. L'Etat ferme les partis kurdes; eux sont toujours là, à la même place, avec les mêmes doléances, les mêmes attentes. Mais l'Etat ferme les partis; son zèle est proverbial. "Mais arrête de dire ça, le DTP-PKK ne représente pas les Kurdes !", "seulement 2 millions de voix sur 15 millions, c'est vrai"... Deux millions... Le droit au bonheur. L'apaisement. La sérénité. La normalité. Toujours des pièges. Encore des déconvenues. L'Etat en est toujours à l'interdiction des partis, de son côté; les Kurdes sont toujours là pourtant. Coups de pieds aux derches des colombes kurdes, tapotements sur l'épaule d'Apo. Bravo. La Paix est au coin de la rue...

vendredi 11 décembre 2009

Caritas in veritate

C'est que l'homme est ainsi fait. Il désire. Il veut. Il aime ça. Ca naît, ça dure et ça s'évanouit. Mais ça naît toujours, le désir sexuel. Un poison installé en nous. Un sentiment naturel, donc. Mais certains ont estimé que cette nature devait être "dressée". Allons donc.


Les prêtres catholiques, comme on le sait, ne peuvent pas se marier. Ils sont tenus au célibat; histoire de penser à autre chose. Un peu mieux que les "réguliers" qui, eux, sont tenus à la chasteté. Nuance. Le Père Alain de la Morandais y tient, c'est que l'auto-érotisme est permis pour les premiers...


La théorie voudrait qu'ils fassent don de leurs personnes pour Dieu et les hommes. Et ils travaillent beaucoup; de grands savants, aucun doute. Comment ne pas admirer un homme qui parle plusieurs langues, qui discute aisément aussi bien des Evangiles que du Coran, qui garde à toute épreuve une face apaisée, déterminée, confiante ! Et les soeurs ! Une vie de sacrifice, d'amour, de résignation à faire pleurer de rage un laïciste régulier.


Mais comme interdire une chose revient toujours in fine à lui rendre honneur, il fallait s'attendre à des déraillements. "Le moins de péché possible, c'est la loi de l'homme. Pas de péché du tout est le rêve de l'ange. Tout ce qui est terrestre est soumis au péché. Le péché est une gravitation" (Victor Hugo, Les Misérables). Si bien que l'Eglise catholique est quasiment devenue le point de rencontre des pères de la débauche. Pis, de l'ignominie. L'on s'en prend à des enfants. Et toujours la même bêtise : la hiérarchie celait. Des hommes de religion; de Vérité; de Dieu...


Le Vatican est obligé d'intervenir, c'est dire. Le clergé des Etats-Unis n'en finit toujours pas de solder sa "dette" envers les victimes. Maintenant, c'est celui de l'Irlande. Encore une fois le même discours : "profondément choqués par l'ampleur et la perversion des abus, et couverts de honte face à l'ampleur des dissimulations", "Nous reconnaissons que cela est le signe d'une culture qui était répandue au sein de l'Eglise". Eh ben...


La religion est pernicieuse, assurément. Il faut faire quelque chose. Surtout quand elle en vient à produire des pervers. "Ouais, d'abord, tiens je le dis, l'Eglise est un formidable bordel !", "chut mon petit ! Ne dis pas ça, c'est contraire à l'héritage chrétien de la France, le Président l'a dit lui-même, les musulmans doivent se taire"... Le Président de la République ne vient-il pas de lancer un ultimatum à ses "compatriotes musulmans" : "mais faîtes ça dans l'art vous aussi ! Ne heurtez pas les vieilles dames avec vos minarets et vos barbes et voiles ! Respectez l'héritage chrétien ! les valeurs de la République !". Laïcité et héritage, deux termes opposés dans la même phrase...


Soyons donc interventionniste c'est-à-dire républicain, un instant. Après tout, comme personne ne se gêne pour pointer le bout de son nez dans les pratiques musulmanes... Libérons les ecclésiastiques ! Vive Charles Chabert ! Il faudrait abolir l'obligation du célibat. Au nom de la dignité humaine. Ou interdire l'Eglise, d'ailleurs; tout le monde se gargarisait de la condamnation de l'Eglise de scientologie. Ils ne pensent qu'à "ça", on l'a compris désormais. Ils souffrent. Un mandat d'arrêt international contre Sa Sainteté serait le bienvenu aussi; non-assistance à personne en danger. Benoît XVI faisait le malin en attirant les anglicans mariés, qu'il s'occupe d'abord de ses calotins dépravés...


Au point où nous sommes arrivés, un référendum sur la question ne sera pas de trop, nous pensons. "Dignité humaine, coco; c'est capital", "désolé, héritage chrétien, on ne peut rien faire, c'est comme ça, jeannot"...

mercredi 2 décembre 2009

"Commediante ! Tragediante !"

La bêtise l'a emporté. Les Suisses ont interdit la construction des nouveaux minarets. Les minarets, des baïonnettes, comme on le sait. Ils avaient peur. La paranoïa, encore une fois. Comme on le sait, les mosquées inondent la Suisse; il fallait donc s'inquiéter, la routine. Quoique. Tous les politiques sérieux, les représentants religieux, les hommes sensés avaient demandé aux électeurs de ne pas humilier la Suisse.

Evidemment, soumettre à référendum des questions relatives aux libertés fondamentales est, en soi, incompréhensible mais bon; la Suisse, voyons, celle qui proposait jadis d'instituer une Cour mondiale des droits de l'Homme. Naguère. On le sait, les pathologies ne se soignent en Europe qu'en fessant les musulmans, des proies faciles; ça tombe bien, les musulmans s'énervent un temps et oublient vite. C'est connu, un musulman doit toujours être conciliant; "j'en ai marre, je proteste, je hurle et...", "chut ! dis pas ça, excuse-toi, tu provoques, tu fais peur, sıs". Qu'ils touchent donc aux églises et aux synagogues, le Conseil de sécurité se serait déjà réuni en urgence, "arrête d'exagérer, t'es antisémite hein, avoue-le !"...

Mais la tradition veut tout de même que l'on marmonne des choses lorsque l'on viole les droits de l'Homme; "un scandale" a lâché notre Kouchner national; "intolérance" a même déclaré le Vatican; "anachronique" a déclaré le ministre turc de la culture, "d'ailleurs venez chez nous, on va vous apprendre la tolérance". Les théologiens de l'UMP en étaient, entre-temps, à convaincre les Français de l'inanité des minarets dans le dogme islamique... De son côté, le Président de la Cour européenne des droits de l'Homme, Jean-Paul Costa, celui qui, lors de la Commission Stasi donnait des astuces aux sages pour interdire le voile, n'a pas pu se retenir : "alors, quid de ce référendum sur le plan des droits de l'Homme ?", "oulala, c'est très compliqué tu sais, hein, intérêt à agir, épuisement des voies de recours internes, etc., allez, allez...". Complexe. Evidemment. Simple pourtant, limpide : violation de l'article 9.

"Arrête de dire ça, les minarets ne sont pas une exigence de la Loi islamique, pfff, avoue que vous faites exprès de les ériger pour nous provoquer !","mais on s'en fout de vous, on ne vous a même pas calculés, arrêtez de délirer !", "j'ai peur moi, regarde je tremble","bah consulte"... Une vieille dame qui venait de voter oui à l'interdiction avait déjà préparé dans sa petite tête, le discours qu'elle allait tenir aux journalistes si on l'interrogeait à la sortie : "bah quoi, et chez eux, les églises sont interdites et toc, je suis intelligente hein ?", "oui oui mémé". Il faudrait donc s'abaisser au niveau de ces pays. La réciprocité, en somme, dans la violation des droits de l'Homme ! D'ailleurs, les extrémistes de tout bord ont commencé à vomir; c'est connu, la banalisation brise les laisses; elle éperonne l'intolérant qui demeure en nous et qui est prêt à se déchaîner à la première occasion.

Evidemment le Premier ministre turc se devait de donner son avis; un islamiste-terroriste-fasciste comme on le sait. D'ailleurs, l'on apprend que les autorités helvétiques avaient supplié la diplomatie turque de tout faire pour l'anesthésier; motif : sa colère est proverbiale. Il ne fallait surtout pas brusquer les électeurs. Maintenant que c'est fait, Erdogan peut tempêter : "il y a des demeurés qui disent que les minarets sont l'étendard des islamistes, regardez moi ça franchement, il faut être con pour réfléchir ainsi !".

En Turquie, on ne dépense pas des sommes faramineuses pour des référendums lèse-liberté; la justice joue déjà ce rôle : une Cour constitutionnelle remplie d'incompétents, un Conseil d'Etat qui estime que l'égalisation des conditions d'accès à l'université entre les élèves des lycées normaux et ceux des lycées religieux est précisément contraire à l'égalité (sic !), une Cour de cassation qui n'en finit pas d'élargir la notion de liberté d'expression lorsqu'il s'agit d'insulter les politiciens kurdes. L'esprit turc, être malin. Violer les libertés à l'oeil.

Jadis, notre Prophète l'avait dit : "quiconque nuit à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement et le paiera". Les Suisses, dit-on, seraient gênés, ils ont honte. Nous autres musulmans, nous sommes fiers. Fiers d'être les suiveurs d'un homme qui a dit cela il y a 1400 ans. Notre nourriture est autre, elhamdulillah...