vendredi 30 octobre 2009
Epilogue ?
samedi 24 octobre 2009
Ritournelle

Je t'aime, moi non plus...
Les Azéris ont donc mûrement réfléchi pour les mesures de rétorsion; alors, des drapeaux ont été baissés ici ou là, le Bien-Aimé Aliev s'est rappelé brusquement qu'il accordait du gaz à ses frères turcs à prix cassé et qu'il fallait, évidemment, y mettre fin...

mardi 20 octobre 2009
vendredi 16 octobre 2009
Grouilleuse diplomatie

samedi 10 octobre 2009
Benoîte Paix
Evidemment, l'on a bien compris que si Obama a été couronné pour son soutien à la diplomatie, c'est que l'autre était plutôt va-t-en guerre. Obama est, comme on le sait, un bon discoureur. A Prague, au Caire, à l'assemblée générale des Nations-Unies. Ses mots apaisent. On a donc décerné un Nobel à un idéal, la paix et à une méthode, le multilatéralisme. En somme, parce-qu'il sait rêver, au sens positif du terme; sinon, un Nobel au leader d'un pays armé jusqu'aux dents et en guerres, euh... D'ailleurs, il était assez occupé : "Alors, on envoie combien de soldats ? Hein ? Combien il en veut encore McCrystal ?", "Monsieur le Président, vous venez de recevoir le prix Nobel de la paix, qu'est-ce qu'on fait ? On bloque tout ?", "mais non malheureux, on continue les guerres, je cherche la paix, le Nobel m'y encourage"... Le Nobel donne des coups de pouce, désormais. Ca serait "rigolo" de voir un Obama nobélisé autoriser des frappes sur l'Iran. Après tout Shimon Peres est également un Nobel...
D'ailleurs, les spécialistes américains ne comprennent pas toujours ce que leur Président a pu faire d'estimable. Même David Ignatus, que les Turcs connaissent bien, étant celui que Tayyip Erdogan avait sermonné à Davos, ne semble pas très convaincu : "The Nobel committee is expressing a collective sigh of relief that America has rejoined the global consensus. They’re right. It’s a good thing. It’s just a little weird that they gave him a prize for it". Les Républicains, eux au moins, savent ce qu'ils en pensent : Obama ne mérite pas ce prix. Une droite plutôt nationaliste qui rejette cet honneur fait (un peu quand même) à leur pays. Un peu comme pour Orhan Pamuk; le Président de la République, le très kémaliste Ahmet Necdet Sezer, ne l'avait même pas félicité. Car trop "bavard" sur la question des Kurdes et des Arméniens. Le nationalisme pris entre le marteau et l'enclume, ça s'appelle.
Il l'aurait sans doute mérité quelques années plus tard, son Nobel. Après tout, d'autres étaient plus légitimes à le recevoir; je ne sais pas moi, par exemple, l'ONG Memorial qui connaît des travers depuis quelque temps; il était peut-être temps de l'épauler.
En tout cas, l'on sait une chose : il suffit de respirer l'optimisme pour recevoir un Nobel. On aurait pu penser au Roi d'Arabie Saoudite aussi; il veut sortir son pays de la férule wahhabite conservatrice. Ou au président syrien, son sourire poupin étant, à lui seul, un art. Peut-être au président français, aussi : c'est lui qui courait mettre fin à la guerre Russie-Géorgie; encore lui qui se démène pour le soldat israélien mais néanmoins de nationalité française, Gilad Shalit. Bon, il avait l'air de menacer l'Iran de bombardement mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. Tout le monde s'est agité comme il pouvait et c'est un parleur qui triomphe. Un coup de pouce. "P'tain, j'ai transpiré pour rien en courant à droite à gauche"...
Tayyip Erdoğan aurait été aussi un bon choix. Ca l'aurait conforté dans sa politique d'apaisement à l'égard des minorités, des Arméniens et des Arabes. D'ailleurs, il s'en passe des choses du côté de la paix avec les Arméniens. Bien sûr, les gens de la diaspora matamorisent à qui mieux mieux. C'est leur devoir, cela dit. Diaspora arménienne mais également diaspora turque; c'est-à-dire celle formée des Turcs de l'intérieur qui ne vivent plus en phase avec les aspirations du peuple : Baykal et autres. "Nan, nan, nan et nan ! M'sieur veut faire la paix avec les Kurdes, serrer la main aux Arméniens, où va-t-on ? Vers plus de démocratie, nous dit-on, oust !". Toujours la commination. Un fonds de commerce. D'ailleurs, le Premier ministre avait invité le "social-démocrate" Baykal et le nationaliste Bahçeli à une rencontre. Le nationaliste a, évidemment, rejeté la demande : "espèce de malfrat, tu crois vraiment que je vais m'associer à ton entreprise interlope, dégage, ne reviens jamais, ne me parle pas de dialogue, notre jargon ne connaît pas ce terme !". Le "social-démocrate" a préféré temporiser : "on verra". Le Premier ministre a donc réitéré son invitation par une lettre; comme si il écrivait à un dirigeant étranger. Quoique. Baykal, fidèle au parallélisme des formes, pense lui répondre par courrier également. L'on attend sa réponse : "M. le Premier ministre veut parler avec moi sur l'ouverture, qu'il me dise d'abord de quoi il veut précisément me convaincre et après j'irais papoter". Commence à raconter de loin, si ça m'intéresse, je tendrais l'oreille... Un dialogue, ça s'appelerait. Personne n'a pu comprendre le sens de cette approche. Cela dit, faut-il essayer de comprendre Baykal ? C'est une autre question.
Tout le monde est content. "Ca y est, on va créer une commission, les Turcs vont enfin apprendre leur effroyable faute, youppi !", "ah enfin, şükür, on va pouvoir jeter nos liasses d'archives à la face des Arméniens, ces traîtres !"... Ca serait donc un "pas". Chacun refusant d'ailleurs, quelque soit le mérite des historiens qui plancheront sur la question, de reculer. Destruction voulue ou mauvais traitements justifiés par les circonstances ? Les historiens nous le diront. Lorsque la mémoire se croit histoire, on n'avance pas. Moi, en tout cas, je n'en sais rien. Je suis toujours l'avis d'Ilber Ortaylı sur ces questions...
Je me demande si l'on devrait pas créer plutôt un "prix de la zizanie". Car les rapports ni même d'ailleurs les actions en justice devant la Cour pénale internationale ne servent à rien. Un prix qui appelera le monde entier à lancer des imprécations sur le malheureux élu. Celui qui le recevra sera stigmatisé et sera contraint de faire des efforts pour effacer cette honte. Imaginons un Poutine, un Netanyahou, un Bachir, montré du doigt par un cénacle d'honnêtes gens. On évitera les hypocrisies; on n'aura pas, ainsi, à décerner un prix à quelqu'un pour signifier en fait qu'il s'inscrit contre un autre... On félicite Obama; pour être le contre-exemple de Bush. On aurait pu directement blâmer ce dernier, et épargner quelques vies...
vendredi 2 octobre 2009
Bıdı bıdı... (Babillage)
Fidèle à la tradition, je me suis embrouillé en recherchant le centre de l'INALCO à Asnières. Heureusement que ça papote dans les coins; ayant apercu un groupe de jeunes filles voilées de la tête aux pieds, je leur ai demandé secours. Gentillement, elles m'ont demandé de les suivre, elles y allaient également. C'est que l'on veut apprendre l'arabe. Elles, devant en hijab, moi, derrière avec ma barbe à la Tariq Ramadan. Voilà la scène. Heureusement que le secteur est déjà assez "orienté", on se croirait au Maghreb. Mais de là, à voir des filles dans cette tenue qui n'est, à proprement parler, ni une burqa ni un niqab puisqu'on voyait leur visage ni un hijab puisque leur voile descendait de la tête aux pieds, c'était plutôt nouveau pour moi. Burqa, niqab, hijab, un vocabulaire que tout Français est désormais appelé à maîtriser.
Chacun son mode de vie, me disais-je, pendant tout le trajet. Malgré tout le dédain et presque la haine que certains peuvent nourrir à leur égard, moi, je respecte leur conviction. Pour tout dire, la vie des autres, peu m'en chaut. Tout le monde cherche le bonheur. Certains exclusivement ici, d'autres dans un au-delà. Et la plupart dans les deux. Il y a des personnes qui vivent concentrées sur leurs devoirs religieux. Les Etats-Unis l'ont tellement bien compris que la Cour suprême avait estimé que l'on ne pouvait pas forcer les enfants Amish à aller à l'école après la 8è année (Wisconsin v. Yoder, 1972). Un "droit préféré" disent les Américains. Cela dit, la Cour européenne aussi s'était lancée : la liberté de religion figure parmi "les éléments les plus essentiels de l'identité des croyants et de leur conception de la vie" (Kokkinakis c. Grèce, 25 mai 1993). Mais quand il s'agit de ces femmes, les Européens oublient les principes. Car ces femmes ont décidé, que ça plaise ou non à un esprit cartésien, de vivre en fonction de cet absolu. "Mais nan, elles sont endoctrinées, soumises, meurtries, arrête de faire l'ingénu, tu le sais !" Toute religion endoctrine, ce n'est pas d'aujourd'hui que cette vérité date. Les premiers chrétiens vivaient dans des catacombes; les premiers musulmans délaissaient tous leurs biens pour suivre quelqu'un qui se prétendait prophète. La conviction, ça s'appelle.
Certaines personnes s'énervent à la vue d'une femme en burqa, "elle me nargue ou quoi !", "mais nan, elle veut renverser le régime !"; d'autres en font une cause personnelle : "qu'est-ce qu'elle veut dire cette pouffiasse, qu'elle est plus musulmane que moi !", "ouais, j'crois, toi t'es moderne, tu portes une mini-jupe, elle veut signifier par son costume que toi, t'es une pute". En réalité, ce n'est pas la burqa qu'il faut interdire; mais le Coran. Puisque ces femmes croient, à tort ou à raison (débat strictement théologique) que c'est ce qu'ordonne le Coran. Et le Coran dit des choses, en effet, sur ce sujet. Saint Paul aussi, cela dit. Un misogyne patenté. Il faudrait interdire la Bible, aussi. Il faudrait même que l'islam change de nom, à mon sens; "islam" signifie littéralement "soumission", comme on le sait. Une insulte à la République... Après tout, la République déteste que ses "sujets" soient englués dans les tentacules d'une quelconque idéologie. Elle veut l'exclusivité.
Ca tombe bien, la République a décidé d'interdire le voile intégral; elle a donc créé une commission pour bien mesurer l'ampleur du phénomène. Auditions, discussions, rédactions, recommandations, conférences. Et la République va mieux se porter, nous dit-on. Pourquoi pas. Etre français et musulman, tout un programme. Naguère, Yaşar Büyükanıt, quand il était chef d'état-major de l'armée de terre, avait rouspété devant le Premier ministre musulman-démocrate : "comment se fait-il que 44 % des Turcs se disent d'abord musulmans ?". "Ca n'est pas de ma faute" avait dû penser le Premier ministre...
Certains ne comprennent toujours pas pourquoi les étrangers ne vivent pas comme eux; il faut dire que l'histoire de France n'a connu le concept de tolérance qu'assez tardivement. Mentalement, le Français de base a hérité de cet handicap : il pense que son regard est le plus pur. D'ailleurs, les députés en sont toujours aux consultations : "alors, allez-y Madame Badinter, dites-nous ce que vous en pensez", "il faut respecter les us et coutumes du pays qui vous accueille, moi si je vais en Arabie, je me voile". Tout en rappelant que la France ce n'est pas l'Arabie... C'est une personne qui pense, officiellement. Elle déteste capituler sur les questions d'égalité et de dignité et elle a raison. "Ils" doivent s'adapter. "Ils". Du relativisme à l'envers. En 1989 lors du premier épisode de l'odyssée des filles voilées, cette dame publiait avec d'autres "républicains" un texte vénéneux : "Profs, ne capitulons pas !". Contre qui ? Les filles voilées; le simple foulard, à l'époque. Pourquoi ? Elles narguent la République. Comment le sait-on ? Elles portent un voile. Elles portent un voile donc elles "testent" la République donc elles portent un voile. Ca s'appelle un raisonnement. Ces jeunes trublions ne connaissaient, je parie, ni Khomeiny ni les Frères musulmans ni Ben Laden ni tout autre islamiste. Peu importe, c'était la stratégie : affoler. Ca n'a pas changer. Après, le musulman est appelé à la barre; "allez dévoile tes plans, tu allais commencer par où ?", "mais non, vraiment, je ne fais que me plier à l'ordre de Dieu, c'est tout !", "arrête de mentir, aliéné, tu veux nous subjuguer ah ouais ?", "qu'est-ce que ça veut dire ?"...
D'autres disent sincèrement vouloir libérer ces femmes. D'accord. Essayons donc. D'une manière cohérente. Il y a toujours une chose que je n'ai pas comprise : si la lutte contre la burqa est une politique défendue par la France au nom de la dignité de la femme, pourquoi, elle ne tente pas d'alarmer la communauté internationale. Une règle très simple dans le domaine des droits de l'Homme : la défense des droits de l'Homme ne se fait jamais dans un seul cadre national, elle se fait au niveau international. Puisque théoriquement, l'Homme a une égale dignité partout. Que la France soumette donc une proposition de déclaration à l'assemblée générale des Nations-Unies, comme elle l'a fait pour la dépénalisation de l'homosexualité. L'on verra s'il s'agit d'une véritable susceptibilité. Lorsqu'une injustice vous tracasse et perturbe vos nuits, il faut agir. Et comme il n'y a plus Rama Yade, on enverra Bernard Kouchner. Et on sera la risée du monde entier : "Mesdames, Messieurs, la France propose d'adopter une déclaration prohibant le port du voile intégral car contraire à l'égalité et à la dignité de l'être humain". Et d'autres en profiteront : "Esselamoualeykoum, l'Arabie Saoudite propose de rédiger une convention internationale sur l'interdiction de la prostitution car contraire à la dignité de l'être humain"; et l'Afghanistan de se lancer : "Bismillahirrahmanirrahim, notre Gouvernement propose d'interdire la commercialisation de l'image dénudée de la femme car contraire à la dignité de l'être humain". Ou l'Iran, qui ne saurait être en reste : "Bismihi teala behsende e mehribân, notre Guide conseille à la communauté internationale de se pencher sur la question de l'industrie cosmétique puisqu'elle postule que la femme est une créature qui, par nature, aguiche; or c'est contraire à sa dignité"; la dignité de la femme est une préoccupation pour tout le monde, du républicain au conservateur; seul l'angle d'attaque change...
Autre travers : le voile intégral serait irrespectueux envers l'autre ! Il ne faudrait plus qu'une loi interdise l'anthropophobie, la dépression, la phobie sociale, la réclusion voulue ! A-t-on déjà eu un argument aussi absurde : personne n'a le droit de bouder la vie sociale ! Est-on obligé de se mêler à la masse ? Ne peut-on pas vivre d'une manière misanthrope ? Pourquoi laisse-t-on alors mourir les clochards au nom de la liberté individuelle ? Dounia Bouzar qui se fatigue beaucoup les méninges sur ces questions et qui, du coup, a droit à toutes les auditions dans les différentes commissions qui se créent, peut écrire : "le niqab ne cache pas sa fonction : il construit une frontière infranchissable entre l'adepte et le reste du monde !". Et alors ? devrait-on lui demander. Est-ce que nous sommes obligés de nous aimer les uns les autres, de nous tenir la main dans la main, d'être absolument conformistes ? Et que fait-on de ceux qui glissent vers le satanisme, qui veulent vivre hors de la société ? A bas les congrégations et monastères alors ! Mais bien sûr, les bonnes soeurs qui, à y regarder de plus près, portent un accoutrement presque semblable, ne seront jamais décriées. On en fait des saintes, c'est dire... La Bienheureuse Mère Teresa empoigne toujours.
Maître Eolas disait que faire peur "ne prend que quelques minutes, rassurer prend des heures"... Il a raison. Mais il incombe à tous les démocrates de ne pas perdre de temps et de se dresser contre ce penchant de stigmatisation des musulmans. Ceux-là même qui font dorénavant partie du décor. Eh bien que tout le monde le sache, nous sommes venus, nous y restons ! Le poète turc Ismet özel l'aurait mieux dit : "toparlanın, kalıyoruz", "préparez-vous, on reste"...
vendredi 25 septembre 2009
Nécrologie

Il vivait aux Etats-Unis. Il a bien vécu, contrairement à d'autres cousins qui patouillaient dans la misère. L'ancien chef de la maison, le prince Mehmet Orhan vivait en France, à Nice; un marchand ambulant, un chauffeur de taxi, un ouvrier, il fut. Et il parlait huit langues. Mort en 1994, il fut enterré à Nice. Quatre Tunisiens trouvés à droite à gauche ont bien voulu aider à l'inhumer et faire la prière mortuaire. D'anciens "sujets" avaient répondu à l'appel...

mercredi 23 septembre 2009
République des ergastules
S'il y a bien un lieu qui m'horripile, ce serait la prison. La solitude, pense-t-on, régénère. Le coupable réfléchit. Pleure. S'amende. Se ressaisit. Et devient un homme nouveau, du moins un homme qui a reconnu l'erreur du passé. Tout cela dans la théorie, évidemment. L'on a bien compris que la prison est avant tout la cage que l'on a inventée pour soustraire le délinquant à la meute criant vengeance. Je me souviens de la hargne de la magistrate qui assurait le cours de contentieux européen; elle représentait le gouvernement français devant la Cour européenne. Dans l'affaire Léger c. France, Lucien Léger avait été condamné à perpétuité pour le meurtre d'un enfant. Toutes ses demandes de remise en liberté conditionnelle avaient été refusées jusqu'en 2005, c'est-à-dire pendant 41 ans. Il avait croupi en prison pendant 41 ans ! Finalement, la Cour européenne avait rejeté sa requête, le refus de libération ne contrevenant ni au droit à la sûreté ni au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant (notons que, chose rare, le juge français avait émis une opinion partiellement dissidente en s'interrogeant à voix haute : "transformer des détenus soit en fauves soit en déchets humains, ne serait-ce pas créer d’autres victimes, et substituer à la justice la vengeance ?"). Il avait fait appel, mais il est mort avant que la Grande chambre se prononce. Et son avocat aussi, quelques jours plus tard. Notre enseignante défendait mordicus l'acharnement dont avait fait preuve la justice française...

lundi 21 septembre 2009
jeudi 17 septembre 2009
Liberté pour le péché !
samedi 12 septembre 2009
"Allez fissa, Brice boutefeu, dégage"

jeudi 3 septembre 2009
"Cumulardise"
vendredi 28 août 2009
Ha babam de babam rebelote...
C'est un peu le Khamenei, le Général en chef. La basse-cour se déchire et on attend, les yeux rivés sur la page internet de l'armée, la bénédiction ou la remontrance du Chef. Ca tombe bien, les militaires aiment bien parler, en Turquie. Alors, on les voit dessiner les contours d'une discussion politique en menacant directement d'intervenir : "alors écoutez mes petits, maintenant ça suffit ! C'est terminé ! Bak hala konuşuyor !" Et les démocrates continuent à jouer les don Quichotte : "mais ferme-là nom d'Atatürk ! Occupe-toi de tes bombes !" Des bombes. En effet. L'on a apprit que certains des soldats tombés dernièrement ne l'étaient pas du fait des bombes posées par le cruel PKK (version officielle) mais par les officiers eux-mêmes. Histoire de "former" les nouveaux. Et la formation tourne au vinaigre. "Dommage collatéral" dit-on dans ces cas-là. Et on se tait. La faute au PKK, au moins ça passe toujours...
Dans une démocratie, comme on le sait par coeur, ce sont les élus de la Nation qui se réunissent, papotent, se disputent, s'embrassent et, in fine, votent. L'opposition n'est jamais d'accord selon le rôle qui lui incombe, le gouvernement encense tout ce qui émane de lui. D'accord. Mais en Turquie et dans d'autres pays, auxquels on accole mécaniquement la mention "en développement", les choses ne se passent pas comme cela. Ca serait facile. Ainsi, l'armée garde une tutelle. "Eh ben ?", "franchement, pour un pays qui se dirige à pas fermes vers l'Europe, c'est normal ?", "mais nous, nous sommes menacés par tout le monde, Kurdes, islamistes, libéraux, démocrates, on est forcé, valla !"
Il faut dire que le CHP (parti toujours considéré comme de gauche) et le MHP (parti toujours aussi nationaliste) ont tellement rugi que les militaires ont eu peur d'avoir l'air d'épauler le gouvernement AKP, fasciste-réactionnaire-révolutionnaire-islamiste, comme on le sait. Intenable. Même l'insinuation fait peur. Le Chef s'est donc dépéché de donner son avis; la masse se tut et ouvrit grandes les oreilles : "l'Armée rappelle qu'elle est garante de la structure unitaire de notre Etat et refuse toute concession juridique à des droits culturels collectifs. Stop." Et les "hommes politiques" du CHP et MHP de fulminer en liesse, chipant le youyou des Kurdes à l'occasion, "youppi, on referme cette phase de démocratisation, elhamdulillah...", "ouais, le CHP aussi se réjouit, le elhamdulillah en moins, laïcité oblige"...
Plus étrange est l'attitude de l'AKP. Son porte-parole a déclaré être de concert avec les propos du Général, "mais on a jamais dit le contraire, le Chef pense comme nous, nanik !" Si bien que tout le monde essaie de faire passer l'autre comme le véritable interlocuteur de celui-ci. Une chose est donc claire : les militaires ont encore une fois fixé ces fameuses "lignes rouges". Et le Chef a également décrété que la liberté d'expression ne devait pas être trop élastique; "la liberté d'expression ne saurait aller jusqu'à débattre de l'existence même de l'Etat."
mercredi 26 août 2009
Demedim mi? - Nezih Uzel
Une version plus "animée" par le même Nezih Uzel en train de jouer le "bendir" accompagné du "tanbur" :
http://www.youtube.com/watch?v=oqD_Q8vqCPo
vendredi 21 août 2009
Remue-ménage
Bien sûr, tout le monde n'est pas en extase. L'on jeûne par devoir ou par tradition. Certains arrivent à ressentir le souffle divin. Il est difficile de jeûner "pour de bon". Certains y arrivent; jeûner en comprenant son esprit : s'installer sur un nuage, ne serait-ce qu'un bref instant. S'enfermer dans son for intérieur. Se purifier.
Les émissions vont également commencer : "je me suis lavé les mains, suis-je toujours en jeûne ?", "mais oui voyons !", "j'ai bu de l'alcool sans faire exprès, quid ?", "oust !"... Et il faut manger cela, boire ceci, etc. Théologiens et médecins accaparent les écrans pendant un mois. Et l'on prend les imams pour des docteurs, à l'occasion : "j'ai de la tension, vais-je mourir ?"... C'est vrai que les théologiens aiment parfois consulter, aussi : "ne pissez pas debout, vous aurez des problèmes de prostate", "jeûnez et votre santé se porterait mieux", etc. Bon.
C'est le côté formel, tout cela. Il faut surtout lire le Coran et les hadiths, nous avertissent certains hommes de religion éclairés. Avec des migraines, en plus. Quand on a faim, on a mal. Même ceux qui aiment lire sont à moitié assommés. Alors, on s'en remet au sommeil. Il fait chaud, on a faim, soif, on est exténué, rachitique. Il avait donc raison Bourguiba; il invitait les Tunisiens à ne pas jeûner afin de ne pas entraver le développement économique du pays... "Bon ça va, t'en a fait un camp !". L'on comprend du coup les indigents. Et l'on plonge notre tête dans nos mains liées. L'on saisit des choses. L'on vient d'atteindre la grâce, sans s'en rendre compte...

dimanche 16 août 2009
Sérénité

samedi 15 août 2009
Conservatisme, cas pratique
Tout naturellement, les divorces posent donc problème. Pour tout le monde : le couple se déchiquette, l'enfant pleure et, évidemment, le conservateur se désole. L'idéal est brisé. Le gouvernement AKP, inconsolable, a décidé d'intervenir. La "direction des études sur la famille et la société", rattachée au Premier ministre, a décidé de s'intéresser de plus près aux divorces. Il n'est point homme plus intelligent que celui qui travaille dans les services d'un ministère, comme on le sait. En France, ils sont très doués; les énarques. Mais il est de coutume de les détester; la jalousie, un fléau.
Bien sûr, le nombre de divorces augmente. La "structure familiale turque" se désagrège; encore elle... Le remède a donc été trouvé : l'éducation des familles. L'on va donc préparer des prospectus sur les relations conjugales, la santé, l'éducation des enfants, la communication intra-familiale, etc. Salutaire. Et surtout, des leçons de consommation. La femme consomme beacoup, comme on le sait. Le mari se foule la rate du matin jusqu'au soir et la femme, dont l'activité journalière s'est résumée à faire une soupe, un peu de dentelle et beaucoup de palabres, dépense. La femme aimerait l'argent. La crise économique ayant frappé fort, elle n'arrive plus à assurer son train de vie. Et le mari qui ne veut surtout pas que sa bien-aimée sépare son lit (le grand fléau), s'échine encore plus; mais la réalité c'est comme un mur, la seule réflexion ne suffit pas à la mater. La femme, alors, quitte; "ma vie se résume à la serpillière et toi, tu ne fais aucun effort, je retourne chez papa !", "mais je t'aime", "on ne vit pas d'amour !"... La jeune épouse de Halis Toprak doit bien se sentir tout chose; son mari vient d'être déclaré officiellement en faillite... Jadis, une discussion avait enflammé la population; pourquoi l'homme est plus enclin à tout quitter pour vivre l'amour avec une femme de ménage alors que personne n'a encore surpris une femme riche s'enfuir avec son jardinier ? Le corps d'un homme riche est toujours succulent, en effet.
D'autres conseils pourraient également être donnés; comment satisfaire sa femme : "mais nan bovin, c'est pas comme ça ! Bon, allez va acheter de la glace, ça sera plus facile !"; comment satisfaire son mari : "je veux", "j'ai mal à la tête !", "je m'en fous l'islam dit que tu dois toujours être disponible même si le plat est au feu", "ah ouais, ose et tu verras !"... Un sujet sensible, évidemment. La relation forcée. Le viol. En Afghanistan, Hamid a trouvé la solution : désormais, il est officiellement interdit à une femme chiite de se refuser à son mari. C'est du juridique; et la peine est tout de même bizarre : privation d'aliments. La communauté internationale avait jadis protesté; puis Karzaï a dû déployer des trésors de séduction : "il y a les élections, je suis obligé de signer la loi", "mais c'est contraire à votre propre Constitution", "hein, qu'est-ce qui dit !"...
Et le ramadan approche; alors les imams, muftis, théologiens recadrent leurs calottes; "vous pouvez faire ça que les nuits bande de pervers !", "et au moment de l'iftar, je peux hocam ?", "mais bien sûr mon taureau !".
La direction concernée n'a pas osé parler du mariage arrangé, évidemment. Puisque les statistiques montrent que les couples ainsi formés connaissent moins de problèmes que ceux qui ont contracté un mariage d'amour. Les mères turques sont de véritables "chasseresses de têtes" : "tiens, celui-là est fonctionnaire, boulot garanti à vie, et t'auras de la considération", "ouais maman, tu dis vrai; il est comment ?", "très respectueux, il ne boit pas, il fait ses cinq prières, il fume c'est tout, qu'est-ce t'en penses, il est beau hein ?"...
Certains rouspètent : "On ne se refait pas, assurément. L'Etat turc ne fatigue jamais dans l'aiguillage. Un Etat qui, du haut de ses bureaux, dit aux gens ce qu'ils doivent faire, penser, dire, porter, etc. Une organisation qui entre désormais dans l'intimité la plus close", "mais c'est juste des idées, voyons, tu veux vraiment une claque !"... L'Etat conservateur est ainsi fait; l'Etat pose un postulat : le divorce est mauvais. Il veut l'ancien temps; celui où l'on était théoriquement heureux jusqu'à la mort. L'on vivait avec lui/elle par la force des choses. En France, le mariage n'est plus une institution, c'est un passe-temps. Le fruit d'un caprice. Et l'on divorce rapidement. Histoire de ne pas bousculer le plaisir des gens; de ne pas encombrer les cerveaux. L'individu est roi. Le XXIè siècle. L'un essaie d'apaiser les divorces, l'autre veut les freiner. L'Etat conservateur ne prend jamais acte; il dispute le terrain. Il devient partie. Et lorsque le conservatisme se combine au républicanisme, alors l'individu est complètement disqualifié; il dit liberté, on lui rétorque valeur, il dit Epicure, on lui renvoie Kant. Conservatisme et républicanisme, même combat en sorte, se rattacher à des hauteurs. Mais les cieux sont différents. Assurément.
samedi 8 août 2009
Commérage

mercredi 5 août 2009
Crêpage de chignon
L'aventure commence. Un beau jour, le Président de la République, Abdullah Gül, a décrété : "un avenir radieux nous attend". Tout le monde attendait avec impatience. "Vas-y balance, M'sieur le Président, on attend". Les jours passent; le silence prend de l'épaisseur. Du coup, le Premier ministre a pris le relais; il a également dit des choses. Et s'est tu. Du coup, il a jeté le bébé au ministre de l'intérieur, le très morne Beşir Atalay, universitaire d'origine. Et celui-ci n'a pas trouvé mieux que de réunir un cénacle de journalistes. Des chroniqueurs pour discuter du problème. Et l'on dit que la liberté de la presse est malmenée...
En France, les journalistes sont souvent raillés par les "sachants". Un de mes professeurs de droit, le très sarcastique Jean-Marie Denquin, s'en prenait joyeusement à leur crasseuse inculture. Un journaliste. C'est vrai que le boulot nécessite de l'hardiesse. Discuter sur tout. Donc savoir tout. En France, les journalistes ont souvent une spécialité : relations internationales, politique, sport, etc. En Turquie, chaque chroniqueur est capable d'analyser les relations entre le Fatah et le Hamas avant de donner son avis sur "l'ouverture" aux Kurdes ou s'en prendre à la politique sociale du gouvernement. Du coq à l'âne.
Bien sûr, le MHP, parti de droite nationaliste, s'en tient au discours officiel, "nous ne voulons pas la paix, nous voulons les buter jusque dans les chiottes !". Devlet Bahçeli, le "gourou", a dit non. Point. L'on attend plus que les bastonnades reprennent dans les rues. Des nationalistes. "Allez s'te plaît, on veut régler le problème avec ton aide, viens, ouvre tes bras !", "jamais, vendus, nous ne voulons pas l'apaisement, nous voulons la guerre, oust !".

Bien sûr, toutes les options ne sont pas discutables : ni insinuer le fédéralisme ni prendre langue avec le "terroriste en chef" Abdullah Öcalan. Et le chef d'état-major des armées avait, jadis, décidé (tout seul, bien sûr) que l'Armée s'opposerait à la reconnaissance constitutionnelle de quelconques droits culturels. Voilà fixé un cadre. Certains ont même quelques difficultés à parler d'un "problème kurde"; "mais nan, j'vous dis, c'est une question de pognon, on leur file de l'oseille et c'est réglé". Les Kurdes, des gueux comme les autres, en somme. Une simple question socio-économique. Et leur langue, leur culture, leurs morts au nom de la raison d'Etat, par-dessus bord. C'est connu, l'on prend au sérieux que ceux qui sont présentables. Le dédain tombe toujours sur les "simples". Si les Kurdes étaient tous instruits, capables de défendre leur cause, et s'ils étaient plus modernes, blonds aux yeux bleus, on serait ailleurs. "Tu veux dire quoi, qu'ils sont rustres !". L'apparence oriente toujours l'attention, c'est tout. Ecouter Izzettin Doğan défendre avec brio les Alévis n'a pas la même saveur que tendre l'oreille à un "dede" lambda qui bredouille de colère.
Une entrave, à coup sûr. La Turquie est un grand pays. Bien sûr, l'on ne peut éponger les larmes des mères de soldats "şehit", comme il est coutume de dire. Ceux qui ont témoigné de leur foi pour la défense du pays. Un pays laïque. Mais bon. Disons, en plus profane, "morts pour la patrie". Il faut aussi prévenir d'autres détresses. Assurément. Régler ce problème. Un boulet.
Discuter. Ouvrir la bouche, quoi. Mais loin des disputes de harpies de quartier sordide. C'est en criant que l'on croit se faire entendre. Et si c'était faux ? Certains en sont aux baïonnettes, d'autres lancent des fleurs, d'autres encore se fâchent tout rouge. Les militaires n'ont pas encore donné leur "avis" sur ce dernier épisode. Il faut dire qu'ils ont préché sept ans pour un carême. L'on ne s'attarde donc pas trop. La question ne relève plus de la cour des grands.
Evidemment, il y a loin de la coupe aux lèvres. L'on pense, l'on veut, l'on désire passer à une phase supérieure. Celle de la réconciliation. De la reconquête, presque. Vouloir la paix, on a compris; c'est devenu un peu "élémentaire mon cher Watson". L'on sait au moins que l'on ne joue plus du pipeau. L'avenir sera radieux, disait le Président. Espérons. Et après tout, la démocratie n'impose pas de séduire les obstinés. Espérons que les séides seront peu nombreux. "Il ne sert à rien de parler de la vie à un cadavre" (Rûmi). Il n'est point de plaisir sans épines...