lundi 12 septembre 2011

Goutte de moralité repêchée de l'océan d'immoralité...

Lu dans Lire, numéro 398, septembre 2011, p. 11 : "José Eduardo Cardozo, ministre de la Justice brésilien, a introduit une législation qui devrait inciter les prisonniers à devenir d'endurants lecteurs. A chaque fois qu'ils passeront douze heures dans la salle de lecture, ils bénéficieront d'une remise de peine d'une journée". Et juste en bas, sans transition : "Sadullah Ergin, ministre de la Justice turc, a assigné l'éditeur Irfan Sanci pour avoir choisi de publier La machine molle de l'écrivain américain William S. Burroughs. Un sort partagé avec le traducteur de l'oeuvre. (...) Selon le code pénal turc, certains passages du roman sont trop osés, voire indécents. Ce n'est pas une première pour Irfan Sanci. Il a connu le même sort l'an dernier quand il a voulu éditer Les exploits d'un jeune don juan de Guillaume Apollinaire".


Bien. Commençons par faire notre Angelo Rinaldi, ça peut porter chance. Celui qui s'amusa à relever les fautes de français du lettré François Mitterrand dans sa Lettre à tous les Français ["faire rentrer dans l'ordre des velléités", les armées française et allemande "s'interpénètrent", la recherche va devenir "l'enfant chéri de la République", etc. (Plumes de l'ombre. Les nègres des hommes politiques, E. Faux, T. Legrand, G. Perez, p. 39)] et qui finit académicien... Mentionnons les erreurs qu'un magazine comme Lire ne devrait pas faire : un ministre n'introduit pas une législation (quelle mocheté !), un ministre n'assigne pas un éditeur (non non je t'assure, même en Turquie) et un code pénal ne trouve pas "osés" certains passages d'un roman. Nous n'en sommes pas encore arrivés là; ores, il ne fait que disposer une règle de droit et c'est le magistrat qui estime souverainement que tel passage est contraire à tel article. Non mais, franchement : "selon le code pénal turc, certains passages du roman sont trop osés". Un patafouillis de français. Dans une revue spécialisée. Et pour défendre la littérature, s'il-vous-plaît...


Passons et félicitons chaleureusement Monsieur Cardozo. Qui rêve de transformer des taulards en rats de bibliothèque. C'est qu'il a tout compris l'honorable ministre; la découverte de l'écrit et de la pensée ne peut qu'atténuer le sentiment de dépouillement. Et avec une dose musclée de douze heures par jour, on peut espérer voir émerger d'ici une décade, des docteurs en philosophie, psychologie, littérature ou, je ne sais pas moi, en droit (ça existe, coco; dois-je tuer quelqu'un pour, enfin, commencer une thèse ?). Une cadence à la Bernard Pivot ne peut faire que des miracles. Je n'ai pu atteindre que 9 heures, pour ma part. "Bouhhh, t'es un nul !". Au-delà, c'est un cerveau et des yeux en compote. Et je n'ai pas une latitude temporelle à volonté non plus, la recherche d'emploi est une activité à plein temps, j't'jure il faut piocher dur et ça encombre pesamment l'esprit. Alors qu'eux. Les embastillés. Ils ont assommé le Temps; vivre au rythme du pendule est une vraie souffrance quand j'y repense. Du moins pour ceux qui ont maille à partir avec cette dévorante obsession, l'écoulement du Temps...


"Embastillés" oui car toute prison est une bastille. Elle détruit à petit feu l'être humain que reste un coupable et l'avilit. Abolition alors ? A discuter. On le sait, le désoeuvrement ne fait qu'amplifier la frustration sexuelle des détenus et éperonner leur propension à la violence. Ah ce n'est pas moi qui le dis, je n'ai aucune expérience carcérale, c'est Jacques Lesage de La Haye, un ancien prisonnier devenu docteur en psychologie, qui l'affirme : "le fait d'être frustré sexuellement pendant des années n'améliore pas l'individu. Cela n'a d'autre résultat que d'aggraver ses faiblesses" (La Guillotine du sexe. La vie affective et sexuelle des prisonniers, p. 219). Le prisonnier lutte comme il peut, contre les cris de son corps. Par la lecture ou le sport. C'est que la geôle reste un lieu où la sexualité est brimée, et on ne peut que citer ce qu'il en résulte, une humiliation orchestrée par l'institution : "l'intimité est partagée de fait avec les codétenus lors des masturbations qui accompagnent le silence religieux de la diffusion du film pornographique" (Arnaud Gaillard, Sexualité et prison. Désert affectif et désirs sous contrainte, p. 96), "parmi les recettes depuis longtemps expérimentées, citons la reconstitution du vagin féminin par l'utilisation d'un gant de toilette rempli de pâtes chaudes, ou bien la pénétration d'un matelas percé d'un orifice savamment étudié" (p. 105), "en prison, l'homosexualité est représentée comme nécessairement douloureuse. La répartition des rôles entre pénétrants et pénétrés se résume à faire mal ou avoir mal" (p. 181), "résister à l'homosexualité est ainsi souvent présenté comme un défi, que seule une force de caractère peut permettre de relever" (p. 202), "les hommes arborent un pantalon de jogging, sans ceinture ni bouton ni fermeture éclair à ouvrir. L'accès aux parties génitales est ainsi facilité, tandis que les manoeuvres de repli pour éviter une sanction sont plus vite réalisées. Les femmes quant à elles, se munissent d'un manteau ample dont la vocation première est de servir de rideau, ou de paravent. Elles portent aussi des jupes amples qui permettent de cacher l'enchevêtrement des corps quand les amants décident une pénétration en position assise" (p. 248). Et quand je pense que j'étais à deux doigts de passer le concours de "directeur des services pénitentiaires" avant de me rappeler que j'étais un abolitionniste...


Merci Monsieur le Ministre. Même si une présence de 12 heures n'équivaut pas forcément à une lecture effective pendant ce laps de temps. Ça ne fait rien. Ils liront, ils rêveront, ils prendront des notes, ils jouteront, ils se dégourdiront les jambes et les idées. C'est déjà ça. Une obligation de moyen et non de résultat. Ça tombe bien, personne n'appuie sur votre tête dans les vraies bibliothèques, non plus. On regarde à droite à gauche, on rêvasse, on admire des choses (hum hum) et on lit de temps en temps. Surtout quand le lieu incarne à lui-même la promiscuité. Je ne voudrais discréditer personne n'est-ce pas, mais franchement, la bibliothèque la plus riche de France en ouvrages juridiques, celle de Cujas, est un étouffoir. On est serrés comme des sardines, on étrangle, on suffoque. Et le jour où on comprend le sens de l'expression "commenter les oeuvres de Cujas", on n'arrive plus à rester sérieux, un Dalloz dans les bras...



Celle de Nanterre reste un paradis. Nostalgie...





Un expédient qu'il faudrait importer en Turquie, voulais-je oser. "Impossible, on censure dans ce pays !", allait-on me répondre. Sans doute. Mais surtout, on ne lit pas dans ce pays. Alors le fait que le ministre de la justice s'acharne sur un éditeur, on s'en fout royalement, pardonnez-moi (d'ailleurs, ce n'est pas le ministre qui est à l'oeuvre dans cette vieille histoire). Pour ma part, je n'ai toujours pas lu le livre incriminé. Et que fait-on quand on meurt d'envie de donner un avis sur une oeuvre qu'on n'a pas lue ? Eh bien, toute honte bue, on se rabat sur les commentaires de ceux qui l'ont feuilletée. En voici un, chopé sur le site Amazon : "Cet ouvrage, extrêmement singulier, n'est pas classable. Très pénible à lire, les phrases n'étant qu'une suite de mot, souvent sans verbe, sans accord, sans sens apparent. Burroughs écrit exactement comme il ordonne sa pensée aux pires moments de sa défonce. On en ressort des impressions, des odeurs rémanentes, une tension malsaine palpable et même une idée de saleté dont on aimerait se débarrasser au fil des pages, mais qui colle au texte, inlassablement. Culte pourquoi? Parce que novateur, dérangeant, impensable ! Est-ce un livre agréable à lire ? Certainement pas. C'est une référence, et il est intéressant à plus d'un titre : c'est notamment la plongée dans le cerveau d'un toxico homosexuel au cours de ses digressions dans un monde où les frontières entre la réalité et l'hallucination ou la paranoïa sont pleines de sang, de sperme et de coups". Ouah ! Du genre à secouer ! Je vais donc le lire...


Elif Şafak, une romancière turque qui vend bien (juste après Orhan Pamuk) et que je n'ai toujours pas lue non plus, avait pris la plume pour critiquer cette censure. Veto qui émane, nous y voilà, du "Comité de protection des mineurs contre les publications obscènes" (Küçükleri Muzır Neşriyattan Koruma Kurulu). Étrange la procédure, tout de même. Un comité de protection des mineurs formule une observation sur un livre destiné aux adultes... Qui plus est un aréopage de non-initiés puisqu'y siègent, un haut fonctionnaire, un procureur, un commissaire, un médecin, un universitaire en sciences sociales, un théologien musulman (tiens tiens), un journaliste et ouf !, deux membres du Conseil national des programmes du ministère de l'Education nationale et un diplômé des beaux-arts. Bref, à tout casser, seulement 3 des 10 membres ont un titre de compétence pour discuter de littérature. C'est bien pourquoi, le Comité a divagué en estimant le plus sérieusement du monde que le livre de Burroughs "n'est pas de la littérature" : il n'y a pas d'unité narrative, c'est trop bordélique, argotique et décousu. Et, évidemment, immoral : "yazar hiçbir değer sistemini dikkate almayan, disiplinsiz anti sosyal bir seks bağımlısı tipi ile şahsiyetleştirdiği "yumuşak makine" isimli kitapta bir konu bütünlüğü olmadığı, gelişigüzel kaleme alınarak anlatım bütünlüğüne de riayet edilmediği, genelde argo ve amiyane tabirlerle kopuk anlatım tarzının benimsendiği, özellikle erkek erkeğe cinsel ilişkilerin zaman ve yer tasvirleriyle ar ve hayâ duygularını rencide edecek ölçüde anlatıldığı, zaman zaman tarihi mitolojik unsurların yaşam tarzlarından örnekler vererek kişisel ve objektif olmayan gerçek dışı yorumlarda bulunduğu anlaşılmaktadır. Mezkûr kitabın bu haliyle edebi eser niteliği taşımadığı, okuyucu haznesine ilave katkısının olmayacağı, kriminolojik açıdan da kitapta, insanın bayağı, adi, zayıf yönlerinin işlenmesinin okuyucu üzerinde suça izin verici tavırları geliştirmektedir". La maison d'édition avait eu scrupule à rappeler aux "sages" que ce qu'ils appelaient de la merde était précisément un courant littéraire et le cachet de Burroughs. Le courant "Beat Generation" et la méthode "cut-up". Eh bien, on l'aura appris. Messieurs les censeurs, merci !


Chaque nation a ses penchants. Certains pays s'enthousiasment pour "la rentrée littéraire", d'autres accueillent avec délectation "la nouvelle saison des séries". Ce n'est pas faire offense au peuple turc (de Turquie, devrait-on dire pour rester politiquement correct) que de décrire le nez au milieu de la figure : la lecture est une détestation nationale (si bien qu'on se gausse en cherchant non pas le nombre de livres qu'un Turc lit dans l'année mais le nombre d'années qu'il met pour lire un bouquin !). Orhan Pamuk, par exemple, l'a tellement bien compris qu'il préfère écrire ses réflexions sur la littérature en anglais; les Turcs peuvent attendre car ils attendront, vraiment. Personne ne se bouscule pour une simple nouvelle, de là à lire des "réflexions" sur la littérature ! Qui, dit en passant, sont souvent vaseuses; quand on compulse une étude sur un livre qu'on vient de fermer, on ne le comprend plus...


La fameuse "moralité turque", encore une fois. Ou la sacro-sainte "structure familiale" qu'il faudrait protéger. Un opuscule de rien du tout la menacerait. Ainsi parle le Comité. La justice n'a pas encore tranché, ça sera le mois prochain. Evidemment, on ne parle même pas de la légitimité qu'a un Etat, même turc, de définir la moralité. Eût-il eu ce droit, de quelle moralité parle-t-on ? Celle qui laisse des millions de gamin(e)s admirer comment Behlül a défouraillé l'épouse de son oncle, Bihter ? Celle qui tient en haleine toute la patrie sur la scène de viol de Beren Saat ? Celle qui impose aux présentatrices d'assurer quasi-nues des émissions de grande écoute ? Celle qui incite à se pâmer devant la scène de lit de Kivanç Tatlitug dans sa nouvelle série ? Celle qui "twitte" sur la torridité du corps sculpté de celui-ci ? Celle qui s'impatiente d'analyser la nouvelle version du viol d' Iffet pour la comparer à celle d'il y a 30 ans ? Celle qui suit avidement les chroniques de Serdar Turgut, un des journalistes impudiques les plus lus du pays ? Celle qui ne perd pas une miette des aventures de la diva transsexuelle, Bülent Ersoy, avec ses minets épousés en moins de deux et "répudiés" au quart de tour ?


Allô ! "Protéger la moralité turque" ? Où ça ? Comment ? Grâce aux gardiens d'une pureté qui n'existe plus sur les écrans que tout le monde regarde et qui devrait exister sur un livre que personne ne va lire ? Nous sommes en Turquie et les remparts sont tombés en ruine depuis belle lurette; adieu les rondes, adieu le knout, adieu les mouches du coche. On coule. Gaiement. Et l'Etat en est toujours à la pêche des âmes. Coups de menton de l'imam du comité ? Non ! La Turquie est un Etat laïque, voyons...

lundi 5 septembre 2011

Et notre première pensée va à...

Une victime collatérale ou une affidée raboteuse ? La question que je me pose. La famille Qadhâfî se démembre, s'éparpille en direct mais c'est cette femme qui m'intrigue le plus. Oui, au fait, c'est une rescapée ou une partisane, cette dame ? Car le tableau est navrant sinon déchirant. Une tragédie. Être l'épouse d'un fou, un vrai. Être la mère de petits monstres, hautains, violents, cruels à qui fera mieux que l'autre. Être une femme qui pleure la mort de ses fils. Être une femme qui célèbre la naissance d'une petite-fille, le premier jour de son exil. Être une folle, sans doute. Après tout, la dinguerie familiale l'a, peut-être, touchée. La matriarche du clan. Issue d'une famille catholique originaire de Mostar, petite-fille d'un inspecteur croate de l'Education nationale austro-hongroise (tout cela, au conditionnel), infirmière de profession, mère de philosophe, d'avocate, d'officiers, de footballeur et de médecins. Femme de dictateur. Voici Madame Safia Kadhafi...




Elle n'a ni l'élégance d'une Cheikha Mozah, ni le charisme d'une Suzanne Moubarak, ni l'arrogance d'une Leïla Ben Ali, ni la modestie d'une Lalla Salma, ni l'assurance d'une Asma el-Asad ou d'une Rania de Jordanie. On ne l'a vue que très peu, on ne l'a jamais entendue, on l'a rarement admirée. Les mauvaises langues disent qu'elle n'en a pas moins amassé une fortune; peut-être. Elle n'en demeure pas moins aujourd'hui, une mère meurtrie. On se rappelle tous Sadjida Talfah, épouse de Saddam, autre mère talée. Deux fils et un petit-fils tués, deux gendres assassinés. Son triste sort aurait poussé Safia Kadhafi à convaincre son mari d'arrêter son programme nucléaire. Aujourd'hui, c'est son tour. Qui convoque-t-on dans ces moments-là ? "Dieu ?". Non, Victor Hugo : "Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,/ Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends./ J'irai par la forêt, j'irai par la montagne./ Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps./ Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,/ Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,/ Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,/ Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit./ Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,/ Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,/ Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe/ Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur." (Les Contemplations).


Une Première Dame donc qui débarque avec ce qu'elle a pu recueillir de sa famille, en Algérie. On la laisse se reposer... Madame Bouteflika en a sans doute été touchée, pouvions-nous penser que nous devons nous raviser. C'est que l'Algérie n'a pas de Première Dame. Ou plus exactement de Première Dame visible. Car le Sieur Bouteflika la cache, comme le faisait en son temps le Roi du Maroc et comme le fait actuellement le Roi d'Arabie Saoudite (et comme ne l'a jamais fait Ahmadinejad, dit en passant). Bouteflika l'aurait épousée, Madame Amal Triki donc, sur le tard, dans les années 90. Quand il était cinquantenaire. Et cela pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle, paraît-il, car la Constitution algérienne exige dans son article 73 que le conjoint du candidat ait la nationalité algérienne, autrement dit que le Président soit marié. On sait au moins qu'en cas de pépin, elle n'aura pas à fuir le pays puisqu'elle ne vivrait pas en Algérie mais à Paris. On la laisse se délasser l'esprit...


Sur les forums algériens, certains de ses compatriotes préfèrent ne pas trop réfléchir sur cette configuration. Une drôle de vie de famille, reconnaissons-le. C'est qu'on a peur de découvrir des choses sur le Président, du genre il était très attaché à sa mère, il n'a jamais eu d'enfant, c'est donc bien qu'il se peut qu'il soit, etc... Un "rebeu" gay, tout ce qui fait fantasmer les Occidentaux. "Qu'on le laisse tranquille ! On n'a pas à connaître la vie privée de nos dirigeants !" disent les plus gênés. Ah ouais ? Pourquoi donc ? N'est-ce pas normal de savoir ce que devient la femme de son Président ? En Turquie, par exemple, la vie privée de Mustafa Kemal est soigneusement tue. Non non, ce ne sont pas les écrits et les témoignages qui manquent, c'est l'autocensure qui prévaut. C'est vrai qu'un de ses plus féroces dissidents avait prétendu qu'il était bisexuel; on sait aujourd'hui qu'il a fiellé par rancune et par jalousie. Ses propos restent très agressifs et ses mémoires qui les contiennent sont toujours interdits de publication en Turquie. En France, non; en voilà donc un extrait qui met si mal à l'aise que je ne le traduis pas, débrouillez-vous : "Müthiş bir ayyaştır. Her gece sabaha kadar içer, körkütük olur. Bütün ömrü öyledir. Gençliği de böyle içki ve fuhuş ile geçmiştir. Recûliyeti yoktur, fakat şehvete pek düşkündür. Fuhşun kadın, erkek, fail, mef'ul her nev'ini yapar. Bu sebepten veya anası fahişe olduğundan olacak ki, bütün milletten namus ve iffeti kaldırmağa çalışır" (Dr. Rıza Nur, Hayat ve Hatıratım, cild 4, s. 1517).


Il reste que les mémoires de sa femme Latife Hanim (nièce de l'écrivain Halid Ziya Uşaklıgil, oui oui celui qui a écrit Aşk-ı Memnu) restent cadenassés dans les coffres de la Société d'histoire turque (Türk Tarih Kurumu). Et aucun historien ne s'aventure à papoter sur les relations d'Atatürk avec Fikriye Hanim dont certains disent qu'elle lui a donné un fils, alors que la vulgate officielle fait de lui, un homme de marbre, sans femme et enfants, dévoué à sa seule passion, sa république; dans ces "certains", il y a tout de même le neveu de Latife Hanim, Mehmet Sadık Öke. Qui prétend, en outre, qu'il avait également eu un fils d'une non-musulmane mais que la famille préférerait ne pas trop s'étendre là-dessus... On les laisse tous reposer en paix.


Parlant de Mustafa Kemal, on ne peut passer sous silence son engagement en Libye, il y a exactement un siècle. C'est qu'il était un officier ottoman qui tentait de faire face aux Italiens pour garder la province. Une implication ottomane si hardie (malgré la défaite) qu'en 1918, c'est le Cheikh Sanussi de Libye qui dirigea la cérémonie impériale du pèlerinage à Eyüp. En effet, dans la tradition ottomane, l'intronisation du nouveau sultan commence par son cülus (la montée sur le trône), se poursuit par le serment d'allégeance (la bey'at) et se termine (en tout cas à partir du XVIIè siècle) à la mosquée d'Eyüp où l'impétrant est ceint du sabre (kılıç kuşanma). Cet épisode du rite est normalement assuré par le Nâkibül'eşraf (le chef de la famille des descendants du Prophète qui est donc un Arabe chaféite) ou le Şeyhül'islam (le plus haut dignitaire religieux de l'empire).


Eh bien, l'histoire retiendra que la dernière "cérémonie du sabre" de l'empire ottoman a été confiée à un Cheikh libyen reconnaissant. Tellement reconnaissant que le neveu de ce dernier, devenu Idriss Ier, émir puis roi de Libye, appela au poste de Premier ministre, un sous-préfet turc, Sadullah Koloğlu (dont le fils est un journaliste célèbre, Orhan Koloğlu). Ah oui alors, les deux nations sont très proches. La preuve récente en est que la fameuse réplique par laquelle Saïf ul islâm a envoyé dinguer le monde entier avec sa Cour pénale internationale ( طز في المحكمة الدولية ) contenait un mot turc; "tuz" (طز) c'est-à-dire "sel". Un mot turc devenu gros mot en arabe vulgaire, une étymologie qui remonte aux taxations du sel égyptien par l'administration ottomane. Répétons donc, quand quelqu'un nous enquiquine, on ne dit plus "va te faire ..." mais "Tuz !". Ca fait distingué...


Il était arrivé balbutiant; déjà fou. Il s'en va barjo fieffé. Le roi Idriss Ier était en Turquie quand il a été déposé par Kadhafi. Celui-ci a été renversé mais sa voix radiophonique se fait entendre de Syrie. Le prince Muhammad As-Sanussi est présent, lui; il a soutenu son peuple (comme l'a fait, hier, le prétendant au trône d'Egypte), est revenu en mars 2011 après tant d'années d'exil et a enfin "avoué" qu'il était prêt à monter sur le trône. Voilà donc où on en est arrivé de fil en aiguille, du coq à l'âne, de-ci, de-là. La Providence, que veux-tu. Je ne voudrais pas "m'ingérer dans les affaires intérieures" de la Libye maiiis... voilà quoi. Notre première pensée va donc à...

vendredi 26 août 2011

Que vienne la Nuit...

S'il y a une tranche de temps sacrée dans l'islâm, c'est bien celle-ci; la Nuit où a commencé la grande aventure, la dictée coranique. "La nuit de la Destinée". Laylatu-l qadr. Sourate 97 : "1. Nous l'avons certes, fait descendre (le Coran) pendant la nuit d'Al-Qadr. 2. Et qui te dira ce qu'est la nuit d'Al-Qadr ? 3. La nuit d'Al-Qadr est meilleure que mille mois. 4. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l'Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre. 5. Elle est paix et salut jusqu'à l'apparition de l'aube".


Une nuit qui vaut 1 000 mois, aminches ! 83 ans ! La vie moyenne d'un être humain. Et si on estime qu'un musulman commence à "veiller" à partir de l'âge de 14 ans (à sa puberté) et qu'il vit en moyenne 83 ans, il a donc 69 occasions, dans son existence, d'atteindre chaque fois 83 ans. Je sais, c'est filandreux, mais trop tard, j'ai sorti ma calculatrice. Ça fait donc 69x83=5 727. 5 727 ans pour 69 nuits dans une vie de 83 ans ! Non non, je ne me prends pas pour Orhan Pamuk, je ne fais pas de hurûfisme, je fais des maths. Et la conclusion logique en découle, le séjour paradisiaque est dans la poche ! Quand on a 5 727 années d'avance sur ceux qui n'auraient pas eu la chance (ou l'agilité) de tomber sur cette nuit dorée, eh ben on a le luxe d'espérer. Adieu paniers ! Vendanges sont faites... Ay ay je m'excite, pardon. Restons orthodoxe : inchâllâh.


Évidemment, il ne suffit pas de fixer ses yeux au ciel et de compter les étoiles ou de se pencher sur le Coran en le regardant sans le comprendre et le méditer. Il faut passer le borgnon à s'amender. C'est que les anges, en tête desquels arrive Gabriel (l'Esprit), descendent et Dieu décrète une absolution générale. Un festin où les âmes humaines valsent avec les créatures célestes. Et au final, l'apothéose, c'est une amnistie. Attention, pour les seuls musulmans; désolé très chers. A chacun ses sources de mansuétude. On n'a pas oublié "l'indulgence plénière" que le Pape a accordée aux seuls pèlerins des JMJ de Madrid...


Quoique dans les deux cas, les outils sont identiques : confession, chapelet, récitation du Livre et prières. Sauf que chez nous, la confession c'est-à-dire la tawba توبة (contrition, pénitence, repentance) se fait directement à Dieu et pas à l'imam. Heureusement d'ailleurs, parce-que l'imam est marié et j'ai bien peur qu'il aille tout confier à sa femme qui, déjà bombée du torse car femme d'imam, gonflera encore plus, car co-dépositaire de toutes les cochonneries du quartier. Quand on connaît les secrets d'autrui, l'allure s'en trouve changée, on exulte, c'est une expérience humaine. Et l'épouse aura surtout quelque bref transport dans sa vie théoriquement morne. Ça nous rappelle tous, n'est-ce pas, cette phrase de Voltaire sur la femme du magistrat tortionnaire : "Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériences sur son prochain va conter à dîner à sa femme ce qui s'est passé le matin. La première fois, madame en a été révoltée ; à la seconde, elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses ; ensuite, la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui : 'Mon petit coeur, n'avez-vous fait donner aujourd'hui la question à personne ?'" (Dictionnaire philosophique, article "Torture"). "Mon petit coeur, point de commérages, ce soir ?". Ne olmuş ne olmuş ? A aa...


A la recherche donc de la Nuit perdue. Perdue oui car on sait seulement qu'elle se situe dans le mois du Ramadan (sourate 2, verset 185); mais quel jour ? En bon musulman, on ne peut que diverger. On n'est même pas capable de trouver la date exacte de la fin du Ramadan (pour les Turcs, la fête, c'est mardi; pour les Arabes, ça sera probablement mercredi) alors même qu'on a sous la main, les données astronomiques. On ne peut mieux faire. Alors la "Nuit du Destin" euh..., on peut légitimement se déchirer à son sujet. Le Prophète aurait dit à l'un de ses compagnons de la chercher dans la dernière décade de ce mois; un autre compagnon se serait entendu dire de la chercher plutôt dans les nuits impaires de cette décade. Un troisième aurait crû comprendre que ça serait le lundi qui tomberait le jour impair de la dernière décade. Et pour éclaircir tout cela, un quatrième insisterait sur la 27è nuit. Le Prophète lui aurait donné un coup de pouce.


Le Diyanet turc, pour sa part, a opté pour la 27è. Attention, ce ne sont pas des zigotos qui parlent là, ce sont des compagnons de l'Envoyé et des savants. Alors pourquoi une telle gradation dans la bouche d'un même prophète ? peut se demander un croyant prêt à basculer dans le paganisme. Eh bien, nous n'y répondrons pas. Il hésitait ou il créait un suspens, histoire de tuer le temps ? peut lancer un impie, nous n'y prêterons pas attention. Car le Prophète aurait dit "mes compagnons sont comme des étoiles, quel que soit celui que vous suivez vous serez sur le droit chemin". Avec cela, on est tranquille. De toute manière, même s'il avait vendu la mèche, nous nous serions quand même divisés; car il est fréquent que les musulmans n'aient pas le même point de départ pour le mois de Ramadan. Les Turcs attendent avec leur télescope et les Arabes avec leur obsession de "la nouvelle lune visible à l'oeil nu". Tropismes qui coûtent au moins un jour d'écart. Du coup, l'impair devient pair chez les uns, le pair devient impair chez les autres...


Quésaco au fait la Nuit du Destin ? Dieu rouvrirait-il les livres de chaque âme pour apporter quelques modifications en fonction des performances de l'année ? Ou est-ce que le Destin est fixé une fois pour toute et que personne ne bouge ? Aucune idée. Et encore mille interprétations. Pour ma part, celle de Hasan Al-Basrî me semble convaincante. Dans une lettre au calife Abd-al Malik, il dit que l'homme est confronté sans cesse à des alternatives; et pour chacune de ces alternatives, Dieu a prévu un "scénario". C'est donc l'homme qui fait les choix et Dieu qui en dispose. "Le moment du choix possède une consistance, une "densité événementielle", non seulement pour nous, ce qui est une évidence, mais aussi pour Dieu, ce qui ne va pas de soi. Dieu sait ce qu'il fera selon que Zayd choisira de faire B (le bien) ou M (le mal), mais Dieu ne décide pas que Zayd fasse B ou M. Il est possible (bien qu'al-Hasan al-Basrî ne le dise pas explicitement) que Dieu sache de toute éternité si Zayd fera B ou M, mais en tout cas, ce savoir n'influe pas sur le choix de Zayd, qui est libre" (Marwan Rashed, "Les débuts de la philosophie moderne (VII-IXè siècle), in Les Grecs, les Arabes et nous, pp. 121-169 : p. 134). Donc prescience de Dieu peut-être, mais prédestination par Dieu sûrement pas.


Nous ne sommes donc pas fatalistes. Ces si souvent raillés comme des résignés qui regardent le Ciel et essaient de lire sur ce qui est écrit sur leur front dans le marc de café. L'existentialisme islamique existe. Il est relatif certes puisque le cadre reste déterminé par Dieu. Responsabilité des actes mais pas du destin. Pour faire simple : je veux passer de l'autre côté de la route. J'ai un choix : soit je l'enjambe maintenant, sans crier gare (cas A) soit je vais jusqu'au feu rouge, j'attends le petit bonhomme vert et je m'ébranle (cas B). Pour ces deux cas, Dieu a prévu une trame; par exemple, c'est écrit (le fameux maktoub) que si je traverse maintenant, une voiture me renverserait et je mourrais. Si je prends le temps de rejoindre le feu, je vivrais certes mais histoire de dramatiser un peu, je glisserais et me casserais le nez. On est donc face à un système complexe de futures histoires dont la réalisation ne dépend que du comportement de l'homme; de sa volition. Une véritable toile d'araignée. Tout est refait, recalculé en fonction de nos décisions.


Évidemment, tout ce montage qui me semble, à moi, persuasif, n'est qu'une interprétation. Les Bâtinites, les ésotériques, ont sans doute une approche différente. Et j'aimerais bien la connaître, pour tout dire. Car je fais une confidence, quand je me confronte à de graves querelles doctrinales, intellectuel que je suis n'est-ce pas, j'aère mon esprit en entrouvrant des livres sur l'ésotérisme (pour l'ésotérisme en général, Madame Blavatsky est une lecture obligée, notons-le sur nos tablettes). Point besoin de croire à ce qu'ils disent, c'est juste un passe-temps. Chaque mot a sept lectures possibles pour les bâtinites, par exemple. On s'amuse. On imagine. On se dope. Rien que sur le sens du morceau "Ihdinâ sirât-al mustaqîm" (اهدِنَــــا الصِّرَاطَ المُستَقِيمَ ) de la sourate la plus connue, la Fâtiha, j'en suis resté bouche bée. Je n'en dirais évidemment rien, afin de ne pas troubler les plus simples d'esprit. Et c'est toujours chic de se faire passer pour celui qui sait et qui, à ce titre, cèle la Vérité. D'ailleurs, les mystères et les livres restent sous le boisseau, tout le monde ne peut y avoir accès. On se les file sous le manteau. Le "on", ici, est impersonnel, évidemment... Car comme l'a signifié Ali Zayn al-Abidin, le quatrième Imam des chiites, "De ma Connaissance je cache les joyaux/ De peur qu'un ignorant, voyant la vérité, ne nous écrase/ O Seigneur ! Si je divulguais une perle de ma gnose/ On me dirait : tu es donc un adorateur des idoles ?/ Et il y aurait des musulmans pour trouver licite que l'on versât mon sang !/ Ils trouvent abominable ce qu'on leur présente de plus beau". (Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, p. 68).


Bref, tant de paroles pour aboutir à la sourate 3 , verset 7 : "C'est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s'y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d'autres versets qui peuvent prêter à d'interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au coeur une inclinaison vers l'égarement, mettent l'accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n'en connaît l'interprétation, à part Dieu". A part Dieu, donc. Allahu a'lam. Malgré tous ces pavés écrits durant des siècles, voici la conclusion : seul Dieu le sait. On ne sait ni le jour de la nouvelle Lune, ni la date de la Nuit du Destin. Car chaque compagnon a donné son récital. Les "étoiles". "Pas plus de lune que sur la main, mais des étoiles en profusion: c'était bien la nuit qu'il me fallait" écrivait Edmond About je ne sais plus où. Voilà un bon réconfort qui tombe bien à propos. La Nuit qu'il nous faut. Étoilée, peu importe sa profondeur...

mardi 16 août 2011

Jésuitisme

En ces jours de Ramadan, il est conseillé de (re)mâcher la littérature religieuse. Soit pour se remémorer les données classiques perdues de vue tout au long de l'année (un conseil de lecture en passant, La prière en Islam d'Eva de Vitray-Meyerovitch) soit pour trouver des rabais qui nous auraient échappé, histoire d'adoucir les pesantes exigences de la religion. Il y a aussi ceux qui cherchent au contraire des haies de semonces et objurgations religieuses qui endurcissent la vie, ceux qui vivent avant tout pour et par le formalisme mais ils sont marginaux. Heureusement, j'ai envie de dire mais on me rappelle à l'ordre; chacun sa vie, en effet...

Il est ainsi habituel, en ces jours donc, d'entendre parler de l'ijtihâd. Cet "effort cognitif" qui vise à refouiller dans les cartons pour trouver de nouvelles poussières. 14 siècles plus tard, on a évidemment droit à des tornades de moutons. Précisons pour rester savant et pédagogue (n'est-ce pas), qu'en réalité, l'ijtihâd n'a pas été "conçu comme principe d'évolution du fiqh" mais comme un "outil de mise au jour des statuts légaux". Gare donc ! Mise au jour et non mise à jour (Eric Chaumont, "Quelques réflexions sur l'actualité de la question de l'ijtihâd", in Lectures contemporaines du droit islamique sous la direction de Franck Frégosi, p. 78). Distinguo fondamental. Mais bon, passons, nous ne sommes pas à l'amphi.

Il est donc sain de faire chauffer les méninges. Car tout le monde pose, chaque année, les mêmes questions en espérant intérieurement tomber cette fois-ci sur des réponses "renouvelées". Mais voilà que la masse des théologiens fait de la résistance. Aucune évolution, même subreptice. Dieu merci, quelques-uns essaient de relever le gant et d'inviter leurs pairs à des débats (munâzara) et les fidèles à des abandons rituels. Et nous, les simples croyants, nous redoublons d'attention; car après tout, personne n'a le luxe de bouder les soldes...

Même le croyant non pratiquant, est ravi; car chose étrange, les non pratiquants sont en Turquie, ceux qui sont les plus en pointe dans la promotion de la "Réforme" si bien que ça devient un concours. L'un demande la fixation du Ramadan au mois de septembre ou de mars, histoire d'équilibrer les heures creuses et les heures bouffies. Un autre appelle à prier désormais en langue turque (toujours pédagogue, je révèle au passage que les prières se font en langue arabe partout dans le monde islamique même si personne n'y comprend rien). Même l'armée s'y était mise; c'est qu'Atatürk avait imposé cette nouvelle orientation. Atatürk, un homme qui n'était pas, disons pour rester correct, très minutieux dans la pratique (et sa prière mortuaire fut faite en turc).

D'autres se mêlent de l'iftar (repas de rupture du jeûne) gargantuesque que certains musulmans-nouveaux-riches n'hésitent pas à organiser et vont jusqu'à planter des tentes devant les salles de réception pour protester. Et ces frondeurs ne sont pas des vieux de la vieille, les véritables pieux, des barbus jusqu'au thorax, des voilées jusqu'aux dents, les plus conservateurs qui s'opposent à toute forme de démonstration et de gaspillage, non non, ce sont des "déjeûneurs" socialistes et athées... Comme le dit une personne d'esprit, ce sont les "professeurs du département d'islamophobie de la faculté de théologie de Cihangir" ou encore ceux qui perroquettent "je n'ai pas besoin du formalisme, mon coeur est pur" ("gerçek İslam’ın kendi temiz kalplerinde yaşadığını düşünmekten büyük zevk alırlar. Tabii bu büyük paye için hiçbir şey yapmak zorunda olmamaktan da")... Des cocards, comme le dirait un homme sensiblement mal élevé. Je déteste les hommes grossiers...

Pourquoi s'amuser à barber les hommes de religion pour leur arracher des fatwas libérales alors qu'on peut soi-même s'absoudre ? Bonne question. D'autant plus que dans l'islam, point d'autorité religieuse. Mais c'est assez éreintant, pour tout dire. Apprendre l'arabe (le littéraire s'il-vous-plaît !), ouvrir le Coran (parole de Dieu donc), les recueils de hadiths (paroles et gestes du Prophète), les livres d'exégèse (paroles des savants), dégager un temps fou pour l'herméneutique et enfin arriver à une conclusion. Originale si possible. Sinon on tourne en rond. Mais le fait de frapper à la porte des oulémas, c'est aussi plus rassurant. Car les oulémas sont "ceux qui lient et délient" dans la phraséologie islamique, ils endossent LA responsabilité, celle de mener le troupeau. Et on préfère toujours avoir un avis religieux sous la main lorsque Dieu établira le Tribunal dans l'au-delà. "C'est pas de ma faute, Seigneur, c'est lui qui m'a dit que je pouvais...". Tiens, par exemple, dans l'empire ottoman, Mehmet II avait estimé qu'il lui fallait tuer ses frères afin d'assurer "l'ordre public"; mais comme même un débile pouvait lui rétorquer qu'il violerait alors les lois divines, il bâtit sa Loi (kânun) sur le roc et décréta : "Quel que soit celui de mes fils à qui doit échoir le sultanat, il convient qu'il tue ses frères pour assurer l'ordre du monde. La majorité des oulémas l'approuvent. Qu'il en soit fait ainsi" (Nicolas Vatin et Gilles Veinstein, Le Sérail ébranlé. Essai sur les morts, dépositions et avènements des sultans ottomans XIVè-XIXè siècle, p. 152). Je le note sur mon calepin; là-bas, si les audiences sont publiques, je voudrais bien participer aux procès de ces oulémas si astucieux...

Revenons à nos moutons donc. Et aux "remises rituelles". On sait au moins une chose. Aucun théologien n'accepte de discuter sur le postulat, l'existence de Dieu, ni même d'essayer d'apporter des preuves. On croit et c'est tout. Nul ne s'aventurera à avancer la thèse aristotélicienne de la nécessité d'un Premier moteur immobile, l'argument cosmologique de Saint-Thomas d'Aquin, l'argument ontologique de Descartes, l'argument sentimental de Pascal, la postulation de Kant, l'argument physico-théologique d'Averroès ou encore la "névrose obsessionnelle universelle" de Freud. Bon c'est vrai qu'il y eut une exception. C'est qu'on avait eu un temps un mufti, c'est-à-dire l'équivalent d'un archevêque dans la théoriquement-inexistante-hiérarchie-cléricale-sunnite, annoncer à brûle-pourpoint qu'il avait trouvé le secret de l'existence : "il n'y a pas de Dieu !". L'ex-mufti Turan Dursun écrit même un réquisitoire contre la religion dont il avait été un temps le serviteur. Un serviteur précieux par-dessus le marché puisque mufti à 24 ans ! Il fut malheureusement assassiné en 1990. Un autre radical, un Égyptien, Mansour Fahmy avait fini sa vie, méprisé par tous après avoir soutenu une thèse à la Sorbonne en 1913, intitulée "la condition de la femme dans l'islam". Il avait commencé par attendrir : "Nous avons voulu être sincère malgré le déchirement que nous éprouvions à la pensée de froisser involontairement les sentiments de personnes qui nous sont chères" (p. 16). Mais il faut s'attendre à ne pas devenir la prunelle des yeux quand on écrit : "Mahomet légifère pour tous et fait exception pour lui-même (...). En une heure où il revint à sa conscience d'homme, il dut s'apercevoir qu'il lui serait difficile à lui-même de se soumettre aux lois qu'il avait promulguées au nom de Dieu" (p. 28). "Mahomet, qui, pour expliquer ses actes, fait volontiers intervenir Dieu, n'a pas manqué de raconter que le choix qu'il fit d'Aïcha lui fut inspiré par le Très-Haut" (p. 33).

D'autres éminences ont préféré brasser les problématiques de façon moins provocante même s'ils ont été très critiqués. Le livre de Vida Amirmokri, L'islam et les droits de l'homme : l'islamisme, le droit international et le modernisme islamique, présente les thèses du Soudanais Abdullah Ahmet An-Na'im (disciple de Mahmoud Mouhammad Taha, pendu faut-il le rappeler) et de l'Iranien Mohammad Mojtahed Shabestari. Mon préféré reste le dernier. "Les finalités et valeurs primaires formaient l'essence de la mission du Prophète. Pour y arriver, il faut adopter la voie de la phénoménologie historique. La mission du prophète était un phénomène historique. Le regard phénoménologique nous fait découvrir deux aspects de sa mission, soit d'un côté, le coeur de la mission prophétique, l'expérience existentielle du monothéisme et de l'autre côté, le cadre socio-historique de la mission (...). Donc, à toute époque et dans toute société, il faut essayer de découvrir les conditions particulières favorables à la réalisation de l'expérience existentielle du monothéisme ou la véritable foi islamique, pour savoir ce à quoi la croyance en l'Islam nous oblige (...)". Il faut donc remplacer certaines normes coraniques par d'autres "normes qui, dans nos sociétés modernes, pourront mieux réaliser l'objectif premier du message" (p. 147).

Les savants turcs préfèrent se diviser sur les grandes thématiques. Ainsi, on sait depuis longtemps qu'il n'y a plus d'obligation d'utiliser l'arabe dans la prière (Yaşar Nuri Öztürk), que le "sacrifice du mouton" est devenu caduc et qu'il peut être remplacé par d'autres bienfaits (Hüseyin Hatemi), que l'interrogatoire des anges Mounkar et Nakir une fois le corps déposé dans la tombe est un "scénario inventé" (Süleyman Ateş), que l'interdiction du prêt à intérêt ne vaut pas pour les musulmans qui achètent leur résidence principale dans le dâru'l harb c'est-à-dire la terre non musulmane (Mustafa Islamoğlu), que l'interdiction du prêt à intérêt ne concerne pas l'intérêt des banques mais seulement l'usure extorquée au pauvre par le méchant riche (Süleyman Ateş), que la prescription du voile est un pipeau (Zekeriya Beyaz), que le jet de pierres aux trois stèles symbolisant le diable lors du pèlerinage est une invention postérieure (Bayraktar Bayraklı), et caetera pantoufle. Cette année, la "ristourne ramadanale" concernait la prière du tarawih. On s'en souvient l'an dernier, Abdülaziz Bayındır avait déjà soulevé la question mais cette année, l'ampleur du débat a poussé le Diyanet à publier un communiqué pour dire tout simplement, "la prière du tarawih existe bel et bien, fermez-là !". Cool cool...

Continuons dans l'hérésie. En master de droit des pays arabes, j'eus un professeur de droit islamique qui médusa toute la salle en déclarant : "dans le Coran, le jeûne n'est pas une obligation, c'est une option laissée au croyant; soit vous jeûnez soit vous ne le faîtes pas, auquel cas vous nourrissez un pauvre; si ce fut une prescription, Dieu n'aurait pas dit à la fin du verset 184 de la sourate 2, 'savez-vous qu'il est préférable pour vous de jeûner ?'. Cela montre bien qu'Il vous laisse en disposer". Il faut dire que ce professeur adorait semer le doute dans l'esprit de ses étudiants. Il fallait bien tomber dans le piège. Chose faite :

Assez étrangement la version anglaise et la version française du Coran, ici, ne correspondent pas: "2.184. Ce jeûne devra être observé pendant un nombre de jours bien déterminé. Celui d'entre vous qui, malade ou en voyage, aura été empêché de l'observer devra jeûner plus tard un nombre de jours équivalant à celui des jours de rupture. Mais ceux qui ne peuvent le supporter qu'avec grande difficulté devront assumer, à titre de compensation, la nourriture d'un pauvre pour chaque jour de jeûne non observé. Le mérite de celui qui en nourrira davantage ne sera que plus grand. Mais savez-vous qu'il est préférable pour vous de jeûner?". En anglais : "2.184 . ( Fast ) a certain number of days ; and ( for ) him who is sick among you, or on a journey, ( the same ) number of other days ; and for those who can afford it there is a ransom : the feeding of a man in need. But whoever does good of his own accord, it is better for him : and that you fast is better for you if only you know". En arabe : وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ ; autrement dit "ceux qui le peuvent" et non "ne le peuvent". Il n'y a pas de négation. Et la racine طوق signifie "être capable de, pouvoir" d'où le verbe أطاق يطيق signifiant "supporter". En turc : "oruca gücü yetenler üzerine bir yoksulu doyuracak fidye gerekir (...) ama oruç tutmaniz sizin için daha hayirlidir" (Mustafa Islamoglu, Kur'an gerekçeli meal-tefsir, pp. 64-65 et surtout note 4). Et voici la traduction de Denise Masson, "ceux qui pourraient jeûner et qui s'en dispensent, devront, en compensation, nourrir un pauvre". Allez en allemand pour la route : "Und denjenigen, die es zu leisten vermögen, ist als Ersatz die Speisung eines Armen auferlegt". Il avait raison ou quoi mon prof ? Ok ok, j'arrête, on va finir apostat...

C'est ainsi. Des quasi-renégats demandent une réforme de l'islam, des américains agnostiques se déclarent soufis, des musulmans non pratiquants se réfugient dans l'islam du coeur, les ouailles défient les théologiens qui se crêpent, eux, la calotte, le Diyanet confirme le tarawih mais met en avant le côté coutumier et socio-culturel, etc. etc. Chacun campe sur ses positions, chacun défend mal ses thèses et nous autres, brebis ignares, attendons conciles, disputatio et autres sentences fixées une fois pour toute. Et non ! On récolte des encyclopédies. A écrit un tafsir de 2 volumes, B va jusqu'à 12 volumes alors que C fait un pied de nez avec 22 volumes ! Tout cela pour un livre, le Coran... Et vas-y pour ne pas donner raison à Rousseau qui écrivait à Voltaire dans une lettre en date du 10 septembre 1755 : "Recherchons la première source des désordres de la société, nous trouverons que tous les maux des hommes leur viennent de l'erreur bien plus que de l'ignorance et que ce que nous ne savons point nous nuit beaucoup moins que ce que nous croyons savoir". Et quand on sait que le Prophète a déclaré "les divergences d'opinion au sein de ma communauté sont une source de miséricorde". Euh... ouais... Avec 2+12+22 volumes ? Des divergences in petto, on aurait compris mais lorsque chaque mollah fait des trouvailles après 14 siècles, on se dit que ce n'est plus la vérité qu'il recherche mais son heure de gloire. Chacun défend sa soi-disant contribution, dans son coin, dans sa chronique, dans son émission de télé. Islam déficelé, islam défait, islam éparpillé. Le fanatisme se trouve précisément chez les savants. "Ceux qui lient et délient", "ceux qui lisent et délitent". C'est bien cela. Voilà où on a abouti...

vendredi 5 août 2011

Mains au képi. Tout simplement.

En France, je l'avoue, je n'en sais pas grand-chose. Contexte oblige, en Turquie, même l'épicier du coin en est un expert. Des promotions et nominations dans l'armée, je parle. En France, j'ai cru comprendre que le chef d'état-major particulier du Président de la République avait le pied à l'étrier pour occuper le poste de chef d'état-major des armées. C'est l'homme de confiance du chef de l'Etat qui est également chef des armées et tout le monde trouve normal ce "piston". Et même si les terriens sont surreprésentés, les marins y sont arrivés par deux fois. Rien n'est donc réglé comme du papier à musique. En Turquie, on sait au moins qu'il n'y a pas de suspense pour le chef d'état-major particulier du Président. Car celui-ci (Başyaver) est, par tradition, un colonel; il est donc impossible, techniquement, qu'il grimpe rapidement au sommet. Là où il faut être général d'armée.

Du papier à musique, oui. Car l'avancement n'est pas fonction des mérites professionnels. Aucun officier ne récolte directement son rang du champ de bataille. Les hauts gradés, sous couvert de tradition militaire, concoctent eux-mêmes leur liste et toujours selon l'usage, l'autorité civile, à savoir le Premier ministre et le Président de la République (chef des armées), signe les yeux fermés. En France, il y a au moins un semblant d'attente, on fait des pronostics. Exemple : après le départ du général Georgelin en 2010, on s'est sérieusement demandé si le chef d'état-major de l'armée de l'air pouvait prendre la relève. Ou si le commandant de l'armée de terre était mieux à même. Ou s'il fallait encore confier le poste au chef d'état-major particulier du Président. Finalement, c'est ce dernier qui l'a emporté. Un amiral, en plus.

En Turquie, les militaires attendent avec impatience le mois d'août, celui des promotions. Pour le commandement, il n'y avait pas jusqu'ici une "tension". Le tableau était clair, il suffit de lire les biographies : le gouverneur de la région militaire d'Izmir (armée égéenne) ou de Malatya (IIè armée) ou d'Erzincan (IIIè armée) devenait major-général des armées, le major-général des armées devenait gouverneur de la région militaire d'Istanbul (la Ière armée), le gouverneur de la région militaire d'Istanbul devenait chef d'état-major de l'armée de terre et le chef d'état-major de l'armée de terre devenait chef d'état-major des armées. Et jamais rien pour le chef d'état-major de la marine alors même que le pays est entouré de quatre mers; le chef d'état-major de l'armée de l'air, on n'en parle même pas... L'ordre est tellement sacré que le chef d'état-major qui vient d'être nommé hier, a dû patienter quelques heures à la fonction de chef d'état-major de l'armée de terre avant d'être consacré au poste suprême. Histoire de respecter les formes. C'est qu'il était chef de la gendarmerie et ce poste ne sert malheureusement pas à bondir. "Ouf, j'ai mal à la tête !"...

Toutes ces histoires de grades se discutent théoriquement au Conseil supérieur militaire, le fameux Yüksek Askeri Şura alias YAŞ. Le Premier ministre est censé le présider mais comme on le devine, il ne préside en réalité rien du tout puisque les militaires arrivent avec leur liste déjà bouclée au nom de la "coutume militaire" et le chef d'état-major s'assied au même niveau que le chef du gouvernement. Arrivaient et s'asseyait, désormais. On s'en souvient, l'an dernier la résistance militaire avait tourné court, Erdogan refusant la promotion pourtant assurée de certains généraux. Rebelote, cette année. Acte II. Le gouvernement s'habitue à siffloter les mains dans les poches. Et les militaires sont au garde-à-vous ! Fini le respect des conventions...

La semaine dernière, le chef d'état-major, Işık Koşaner, avait jeté l'éponge; c'est qu'il insistait pour que les "promotions d'usage" ne soient pas bousculées. Il voulait au juste que ses 14 amiraux et généraux et 58 colonels détenus dans le cadre des affaires de complot contre la sûreté de l'Etat, ne fussent pas lésés. Car présumés innocents. Il a fait son "boulot", défendre les intérêts de son personnel; de là à démissionner, c'est regrettable. Il s'avère que la loi bloque toute promotion dans ce cas. "La tradition militaire serait négligée", a voulu introduire le général Koşaner. "On s'en fout de la tradition militaire, la loi est claire sur ce point !", auraient rétorqué le Premier ministre et le Président de la République.

Et les trois chefs des armées de terre, de mer et de l'air en ont profité pour rendre l'uniforme avec lui. Au lieu de partir banalement en retraite à la fin du mois d'août, ils ont choisi l'éclat de la démission un mois plus tôt. C'est tellement facile de démissionner quand on a déjà acquis ses droits à la retraite... Et le boutefeu des trois, le commandant de l'armée de terre n'est autre qu'Erdal Ceylanoğlu; celui qui, l'an dernier, avait fait le discret pour prendre la tête de l'armée de terre alors qu'une même crise avait point sur la promotion d'autres généraux et amiraux. Monsieur n'avait pas voulu se solidariser, c'est qu'il lui restait encore un an à cotiser. Aujourd'hui, il se démet au nom de l'honneur. Admire donc ! Oui oui, on a compris; limpide...

Il n'était venu à l'idée de personne de présenter sa démission et ses plus plates excuses pour les fiascos accumulés depuis des années; 13 soldats sont morts, dernièrement. Une occasion honorable (puisqu'il faut en parler de l'honneur) pour se retirer. Pourtant, silence radio. Les généraux ont préféré bouder pour une question de promotion. En pleine recrudescence terroriste, voilà comment marche un cerveau militaire. Au fond, ces commandants ne défendent leur honneur que lorsqu'il s'agit de défendre les droits des hauts gradés, pas des soldats. Quand on vient toujours en retard pour secourir les soldats pris dans le feu des terroristes, quand on plante des postes de gendarmerie au creux des montagnes pour bien attirer l'attention, quand on chasse les mères voilées en temps de paix et on les embrasse en temps de guerre, quand on prépare des plans de coup d'Etat, quand on crée des unités spéciales chargées de liquider des Kurdes trop bavards et trop braillards, c'est là qu'on perd l'honneur. Ce n'est pas en échouant à faire de son ami général de corps d'armée, un général d'armée...

Liquidation, donc. Erdogan a sabré. Par exemple, Saldiray Berk s'attendait légitimement à devenir commandant de l'armée de terre. Pas parce-qu'il a un mérite exceptionnel, non, parce-que c'était le plus ancien à poireauter pour ce poste. Aslan Güner aussi avait droit de rêver et de devenir, je ne sais pas moi, chef de la gendarmerie car deuxième plus ancien. Malheureusement pour eux. Le gouvernement et la présidence ont décidé de les écarter. Et on comprend l'aversion que peut avoir le Président Gül contre le général Güner. Celui-ci commandait la garnison de la capitale et était tenu, à ce titre, d'être présent à l'aéroport à chaque fois que le Président allait à ou venait de l'étranger. Assez bizarrement, aucun journaliste n'avait pu prendre un cliché où le général serrait la main au Président dans le protocole sur le tarmac. C'est que le général était allergique aux femmes voilées; et comme la Première Dame était précisément voilée, on voyait le général sortir du rang afin de ne pas se souiller les mains. Il préférait saluer la chef du protocole qui, elle, était naturellement moderne... Le général qui était encore hier, major-général des armées (c'est-à-dire numéro 2), s'est retrouvé "commandant des académies militaires", autant dire une sinécure. "Rétrogradé", donc. Retour de manivelle. Et c'est bien fait !



L'armée turque étant une "armée mexicaine", on trouve heureusement à chaque coin de porte, un officier prêt à remplacer un démissionnaire. C'est connu. Beaucoup de généraux n'ont rien à faire. Et ils sont incompétents, par-dessus le marché. Depuis 30 ans, aucun chef d'état-major n'a pu mater la "rébellion kurde armée". Mais ils sont tous partis avec les honneurs. On s'en souvient, le chef d'état-major Ilker Başbuğ était parti en retraite en 2010 et avait écrit un livre intitulé "La fin des organisations terroristes" début 2011. Ce n'est qu'en retraite que le général s'était mis à étudier la question. Inactif, ils commencent à s'intéresser à leur coeur de métier, à la polémologie. Un livre qui, d'ailleurs, serait une simple collection d'articles, un plagiat. Il avait mentionné ses propres "réflexions" aussi, ne soyons pas trop sévère. Par exemple, il s'était aventuré à définir ce qu'est un Kurde. Un général anthropologue. Il a fait de l'histoire aussi pour conclure in fine que Saladin n'est absolument pas kurde; il a été linguiste aussi, la langue kurde serait un agrégat d'autres langues, un bordel quoi. Quel est le rapport avec le sujet, je n'en sais rien. Une autre perle, tiens : "le mot Kurdistan n'est pas une référence ethnique mais seulement géographique". Un journaliste malin lui a répliqué : "t'as raison; idem pour la Turquie. Ça n'a rien à voir avec les Turcs, on appelle ce pays ainsi depuis l'âge de glace"...

Et la cerise. La séance du YAŞ est désormais présidée par le seul Premier ministre. Avant, ça donnait cela :

Maintenant :


Que personne ne se méprenne. Le fait est simple : personne ne déteste l'armée. Personne ne veut l'humilier. On a juste envie de la voir dans la place qu'une démocratie normale lui consacre. Envie d'oublier le nom du chef d'état-major. Envie de ne plus le voir accueilli par le chef du cabinet du Premier ministre au bas des escaliers lorsqu'il vient à la résidence du Premier ministre. Envie de ne plus suivre son moindre déplacement. Envie qu'il s'attelle à éviter les "martyrs" dans ses rangs et qu'il cesse de pleurer pour des promotions ratées. On a envie de l'oublier. Car nous sommes dans une démocratie et il n'y a aucune raison pour que les militaires aient une grande visibilité publique. Après tout, peu nous importe de ce qu'il advient au directeur de la sûreté nationale ou au directeur général des forêts. Il a juste à faire son travail. Un militaire ne fait que défendre son pays et ce n'est pas une faveur de sa part; il est payé pour...

Dans ma courte existence, j'aurais été témoin de 1997 et des chars qui grognaient dans les rues d'Ankara pour menacer le gouvernement d'Erbakan et de 2011 et de la démission de l'état-major face à un gouvernement qui a tenu bon; de 1997 et des généraux qui convoquaient les journalistes et les magistrats pour les briefer sur le risque islamiste et de 2011 et de l'indifférence quasi générale pour ce dernier baroud d'honneur; de 1997 et des généraux qui parlaient de faire un "équilibrage de la démocratie" (demokrasiye balans ayari) et de 2011 et des généraux qui tremblent de peur de ne pas obtenir leur galon. On avance vite; et c'est très bien...

lundi 1 août 2011

Bouchées doubles

C'est ainsi. Plus le Ramadan approche, plus le bouillonnement intérieur s'amplifie. Non pas à l'idée de jeûner et de réfléchir profondément sur cet état mais parce-que c'est l'occasion, pour la plupart, de restaurer une ambiance familiale et de boustifailler. Évidemment, personne n'a jamais demandé aux jeûneurs de morver leur mauvaise humeur tout au long du mois sacré. Ou de se promener sur les rives de la mort par solidarité; non non, ce n'est pas une grève de la faim et de la soif. Assurément. Mais ce n'est pas non plus l'occasion de faire comme si c'était la vie ordinaire, celle que l'on mène tout de go, comblé de tout et sans approfondissement spirituel (ou existentiel pour les plus tièdes). Il faut un peu de "rangement", à mon humble avis.

On pitancera, donc. Et c'est, pour le coup, paradoxal; presque inélégant. Votre Dieu vous demande de faire un effort spécial pendant un mois; pas de sexe, pas de boisson et pas de victuailles durant la journée ou presque. Ce commandement visant non pas à vous enquiquiner mais à vous humaniser davantage. Histoire de soumettre le moins pauvre aux douleurs de ses frères dépouillés du plus élémentaire. "Pourquoi n'aide-t-Il pas directement les pauvres par un nivellement par le haut, ton Dieu ?". Une option, effectivement. Mais ça ne nous regarde pas...

L'inélégance, donc. C'est qu'alors qu'on devrait normalement perdre du poids, un ou deux kilos disons, beaucoup en prennent. Certes parce-que le corps se dérègle et qu'il perd son équilibre entre les protéines, glucides, lipides ou je ne sais quelle autre substance. Mais c'est surtout lié aux repas préparés. C'est du scientifique, on mange avec excès après (et avant, en l'espèce) une période d'inanition. C'est bien la raison pour laquelle les spécialistes en diététique et les médecins, qui vont palabrer ici ou là pendant un mois, commencent toujours par cette sentence : "ne faites jamais les courses quand vous êtes à jeun !". Mais comme la meilleure chose que sait faire un païen contre les oukases divins ou scientifiques c'est un pied de nez, d'autres programmes télé donneront des recettes à n'en plus finir pour préparer un "Ramazan sofrası", autrement dit un "repas de Ramadan". Le "repas" et le "Ramadan". Voilà donc à quoi l'on pense en premier dans un mois de jeûne...

Heureusement que Dieu est futé; c'est qu'Il a imposé (?) après l'iftar (le repas du soir) une prière assez longue, qui dure environ 30 minutes (voire une heure si on lit des sourates longues) et qui éreinte, à force de génuflexions et de prosternations, la prière dite du tarawih. Mais requinquante prière qui tombe bien à propos après la bombance du soir, elle fait office d'activité physique...

Quand on pioncera l'estomac lourd et les papilles déjà éveillées pour la mangerie du matin, d'autres mourront. Point besoin de larmes ordinairement, c'est "l'ordre naturel des choses". Mais cette fois-ci, c'est très particulier. Car le mois de Ramadan s'est couplé avec une dure réalité. Ceux qui jeûnent vont avoir à l'esprit, les êtres humains mourant, eux, de faim dans la Corne de l'Afrique. Des vrais. De chair et de sang, si tant est que l'expression ait un sens. Nous avons la désolation de constater que l'esprit même du Ramadan reste malheureusement actuel. Matière à méditer et surtout à agir; le Prophète n'avait-il pas dit : "celui qui dort repu alors que son voisin a faim, celui-là, n'est pas des nôtres !". Coup de semonce ! Quel lourd avertissement ! Et voilà le coup de massue : "Il est tellement de jeûneurs à qui il ne reste de leur jeûne rien d'autre que le sentiment de la faim"...

Ils geignent de colère, halètent de fatigue et meurent de faim. Et nous, nous serons affamés et assoiffés "pour de faux". Car nous mangerons encore plus que d'habitude, encore plus diversifié que d'habitude, à l'aube et au coucher du soleil. Des bouchées de roi. On s'évanouira quelques secondes, on luttera évidemment contre les céphalées. Et on finira le mois par une fête qui dure trois jours et trois nuits. Certes, il n'est pas demandé aux seuls musulmans d'intervenir pour ces corps faméliques et âmes errantes de l'Afrique, ceux qui sont tenaillés par la vraie fringale. C'est un drame qui ébranle toute conscience humaine. Mais si l'islâm a établi une prescription liturgique pour se rapprocher de Dieu en se rappelant ses créatures les plus faibles, c'est bien que l'insouciance est vigoureusement anti-islamique. Bon Ramadan à tous, donc; à passer avec la tristement célèbre photographie de Kevin Carter accrochée sur le frigo. C'est terrible et pénible donc impératif d'agir. En épargnant sa salive et en retroussant ses manches. Bourrative "guerre sainte" à tous !

dimanche 24 juillet 2011

"Turquie profonde"

Les Turcs sont connus pour leur hospitalité, comme on le sait. C'est bien vrai. Allez au fin fond de l'Anatolie, amusez-vous à vous y perdre et vous verrez qu'une main bienveillante sera toujours là pour vous secourir, vous héberger et vous nourrir. Vous gorger même, car la maisonnée n'hésitera pas un instant à sacrifier une volaille en votre honneur. Et si vos hôtes sont trop pauvres pour vous dérouler un festin, vous aurez droit au plus gros morceau du pain, quitte aux autres à dîner par coeur. "On vient tout juste de manger nous, allez-y vous, je vous en prie. Afiyet olsun". Et cinq minutes plus tard, out le "vousailles". On se tutoiera si possible. Sans vous commander, évidemment; ça vient naturellement. Et la maîtresse de maison, yeux charbonneux, teint exsangue, éreintée par le labour, se démènera pour vous faire sentir comme chez vous. Mais. Ce soin n'est pas, loin de là, une invite au batifolage. Du genre, plaisanteries crues, privautés de langage et de mains.


La société turque est profondément quadrillée par un ensemble de commandements. Ainsi, on ne discutera pas plus avant avec une dame mariée, on ne la touchera évidemment pas, on ne s'assiéra pas à côté d'elle notamment dans un bus (dans le métro, on ne s'y collera pas). Du coup, "la place reste vide et le voyageur debout, plutôt que de s'asseoir à côté d'une femme" (Necla Kelek, Plaidoyer pour la libération de l'homme musulman, p. 19; un livre très contestable sur certains points, cela dit). Enfin, on ne rira pas à gorge déployée en public et on devra effacer, pour les plus enjoués, le sourire automatique qui se déclenche à la place d'un bonjour ou d'un merci. Comme le notait Marie Jégo à propos de la Russie, "sourire, en Russie, est souvent interprété comme un aveu de faiblesse de la part de celui qui l'esquisse, ou, pire encore, comme le signe de quelque requête à venir. Il faut le savoir : la méfiance du Moscovite de base est d'autant plus en éveil que vous vous évertuez à faire apparaître vos dents. (...) Pour un Occidental, sourire ou dire bonjour est une façon de manifester ses bonnes intentions. En Russie, une telle attitude est suspecte. La règle, ici, c'est l'indifférence." (Le Monde, 20 juillet 2011).


C'est pareil, en Turquie. Le principe de Pollyanna, on n'y croit pas. On guette le moindre "dérapage". Le mari croit que tout le monde zieute sa femme, la femme croit que tous les hommes sont des brutes qui rêvent d'elle, la mère croit qu'on va kidnapper son gosse, etc. etc. Une tension qui vient de la frustration sexuelle généralisée, allais-je dire en bon freudien mais j'ai changé d'avis. Oublions ou plutôt lisons Madame Kelek, sociologue allemande d'origine turque, qui croit avoir tout compris et qui s'est naturellement convertie au christianisme, religion de l'Amour, n'est-ce pas : "les garçons musulmans (sic !) grandissent sans amour. Dans leur socialisation, ce qui compte avant tout, c'est d'affronter avec succès l'épreuve de la vie, d'obéir à Dieu et de faire en sorte qu'on leur obéisse à eux" (p. 150)...


Il n'en reste pas moins que le sourire esquissé vous fait passer pour un bouffon et le sourire appuyé pour un pervers (sapık). Et si c'est un homme ignare de tout cela qui s'aventure à faire risette à un autre homme (par exemple, le chauffeur de bus ou le fonctionnaire), le voilà classé dans la catégorie "yumuşak", autrement dit dragueur gay. Donc pervers derechef... Gare aux conséquences... Assez paradoxalement pour une société qui a horreur des insinuations, ce sont les hommes qui s'enlacent, marchent bras dessus bras dessous et qui se font la bise. Il sera donc capital de veiller à s'étreindre avec l'homme et à saluer de loin la femme. De loin oui, sauf si celle-ci tend la main. Car il est rare qu'un homme et une femme, même voisins de palier, même âgés, même laids, même tout ce qu'on veut, s'effleurent. "Oust ! Je ne suis ni maquignonne ni entremetteuse" avait lâché ma mère conservatrice. "Bon ok, calme calme"...


Donc bonté turque, oui, cela existe. Avec les quelques réserves énoncées ci-dessus. Cependant il faut introduire ici, le hic. Celui que toutes les enquêtes d'opinions sur le voisinage s'entêtent à mettre en vedette. Les Turcs sont certes accueillants, mais ils ne sont pas là pour sympathiser ad vitam aeternam. Selon les résultats d'une recherche menée par l'université Bahçeşehir sur les "valeurs en Turquie en 2011", 62 % des interrogés disent ne pas faire confiance aux non-musulmans, 55 % estiment qu'un athée ne doit pas gouverner le pays, 84 % déclarent ne pas vouloir un voisin homosexuel, 74 % un voisin sidatique, 68 % un couple non marié, 64 % un voisin athée, 48 % un voisin chrétien, 39 % un voisin d'une autre religion, 39 % un voisin immigré, 26 % un voisin dont la fille se promène en short (je n'invente rien !) et 20 % un voisin qui ne jeûne pas au mois de Ramadan.


C'est intéressant de constater que les Turcs ne veulent pas, au premier chef, de voisins gays. Bizarre pour une société qui a porté au pinacle, des homosexuels déclarés ou supposés comme Zeki Müren, Bülent Ersoy, Huysuz Virjin, Cemil Ipelçi, Aydin ou Fatih Ürek. Avec en même temps, la ministre de la famille AKP, Selma Aliye Kavaf, blonde et yeux verts de son état, qui déclarait : "l'homosexualité est une maladie ! Il faut la traiter". Venant de la Turque au profil le plus nordique du pays, on s'en étonna...



Une organisation de défense des "persécutés" (Mazlum-der) préféra publier une déclaration de soutien à Madame le Ministre... Et seulement deux ou trois ostrogots avaient protesté, le reste de la population (dont ces fameux 84 %) se scandalisant d'une telle prime à la "perversion": "t'as entendu ce qu'elle a dit cette dame !", "quoi ? Raconte doucement !", "elle a dit que les homo sont des malades mentaux !", "eh ben ?", "bah, c'est ignoble !!!", "non !!! Toi aussi, t'es...". Ah oui, rappelons aussi que l'homosexualité permet d'échapper au service militaire. Il suffit "seulement" d'apporter quelques photographies où votre compagnon vous biiip... Et tant pis pour les gays sans mec(s)... Si bien que l'état-major a la plus grande collection de porno gay en Turquie, disent les mauvaises langues...


La méfiance contre les sidéens, pour ma part, je n'ai pas compris. Soit on a peur de recevoir un postillon et de se retrouver gay, euh pardon, atteint du Sida, soit on a peur de succomber à ce joli garçon et de devenir gay, pour de bon cette fois-ci. Bref, c'est la peur de découvrir sa véritable identité sexuelle qui pousse, sans doute, les Turcs à placer l'homosexualité en tête de leur mésestime...


A vrai dire, la peur de se retrouver à papoter avec un voisin en concubinage est un sentiment incompréhensible, vu de France; vu d'Europe, disons plutôt. Puisque plus de la moitié des bébés sont nés, ici, dans une famille de concubins. Des fornicateurs, pour un bon Turc de base. Bouhhh. Il faut dire que les trois premiers mots que votre copine turque vous sort lorsque vous commencez à lui toucher, on va dire, les cheveux, ce sont : "après le mariage !". Destuuur... C'est un "trip" des méditerranéennes, elles croient encager leur homme par les liens du mariage. Véridique, la passion du mariage. Et Jules dit rapidement oui, la passion de la femme et celle de l'épouse étant confondue chez un homme normalement constitué... Et la matriarche turque ne veut absolument pas passer pour la mère de la "pétasse" du quartier; les "daronnes" méditerranéennes, des imprésarios hors pair...


Pour les voisins athées, chrétiens, juifs, bouddhistes, que sais-je encore, protestants, voire alévis, c'est déjà connu et mille fois analysé. L'histoire turque (du moins jusqu'au siècle des nationalismes) suffit à montrer que l'Autre a toujours eu le droit à la vie. Mais c'est bien tout. On existait chacun dans son coin. Sans mariage, sans fête, sans baptême, sans jeûne communs. Au XXè siècle, on est passés aux persécutions physiques. Malheureusement. Le siècle des "guerres civiles turques". Les Arméniens ont été déportés et aujourd'hui, dire "Arménien" à quelqu'un est devenu une insulte. On s'en souvient : quand Canan Aritman, une député fasciste du CHP, avait "révélé" que le Président Gül avait des origines arméniennes, celui-ci publia une déclaration en catastrophe pour déclarer qu'il allait porter plainte pour... insulte ! Le chef de l'Etat, s'il-vous-plaît...


Istanbul, Izmir et l'Anatolie main dans la main, pour une fois. Dans les grandes villes occidentalisées, on est donc réservés à l'idée d'avoir un voisin ethniquement et confessionnellement différent; en Anatolie, les "ploucs" suivent leurs grands frères kémalistes, (théoriquement chics, modernes et humanistes) en séparant, eux, carrément les villages : un village caucasien ou kurde ne contient pas de Turcs, un village alévi n'abrite aucune famille sunnite (si, celle de l'imam envoyé par l'Etat !) et un quartier orthodoxe ou juif est déjà un monde à part. Les fameux "sabataist" (sabbatéens) font encore et toujours, jaser dru. Et il arrive de temps en temps, de déplorer des assassinats (Hrant Dink), égorgements (les missionnaires à Malatya) et pogroms (les alévis brûlés vifs à Sivas). Mais ça va passer; évidemment. Regarde, le grand mufti de Turquie vient de déclarer que les sunnites pouvaient bien manger les repas préparés par leurs voisins alévis. Ceux-là même qui sont soupçonnés d'organiser des orgies et des partouzes en famille dans le cadre de leur rituel "mum söndü". Du genre, on éteint les bougies et chacun attrape la femelle qu'il peut; qui sa fille, qui sa mère...


Le récurage prendra du temps, certes. Pour ma part, ma prophylaxie est prête : élisons un Président d'origine arménienne, nommons un chef d'état-major grec orthodoxe, qui plus est, gay et des ministres alévis, forçons les responsables politiques turcs à inaugurer des églises et synagogues. Et quand les "sünnetsiz" (les non-circoncis) occuperont également la haute administration, on pourra liquider une fois pour toute ces considérations phallistiques. Pour le short de la gamine du voisin, il suffira sans doute ne pas tourner les yeux. Ou de consulter. Un "essai psychanalytique sur le fétichisme du short". Car même pour cela, Freud a une explication : "le fétichisme sexuel est lié au traumatisme durant l'enfance, symbolisé par l'angoisse de castration". Sic ! Valla...

lundi 18 juillet 2011

Zutisme au feu des enchères

On sent bien que cela ne colle pas. C'est que le Premier ministre est un des rares du gouvernement moderne et ultra-rapide du Président Sarkozy à passer pour un homme réfléchi; de ceux qui tournent la langue sept fois dans la bouche. De ceux qui ne gesticulent pas pour imiter Monsieur le Président. Et de ceux qui ne versent pas dans un langage populacier pour mimer l'illustre Raïs. Tout l'opposé d'un Frédéric Lefebvre, par exemple. Son haussement d'épaules et son dévissage du cou sont un calque du style présidentiel. Ou d'un Laurent Wauquiez, le "bogosse" du gouvernement, que dis-je, de la classe politique (quoique Philippe Dallier n'est pas non plus négligeable avec son air à la Rob Lowe) qui en fait trop dans la simplicité verbale. Toujours avec son "alors, c'est simple, j'vous explique...". Pourtant, major de l'ENA, major de l'agrégation d'histoire, diplômé de l'Ecole normale supérieure et titulaire d'un DEA en droit... On attend un cran au-dessus. Le carriérisme fait des miracles.

Bref, un Premier ministre terne, sans charisme, sans éloquence, sans pompe d'un côté et une sortie polémique d'un autre côté. Ça ne colle pas; sa "colère" ne rime pas avec son tempérament terre-à-terre. Il n'est pas le seul, évidemment. Il y a aussi François Baroin; celui qui parle avec une voix de robot. Et qui parle grammaticalement trop bien pour qu'on comprenne qu'il n'est pas, au fond, sarkozyste. Valérie Pécresse, également. Celle qui a toujours une mine déconfite, éternellement fatiguée, des yeux tombants et qui semble s'évanouir à chaque fois qu'elle tourne la tête...



C'est assez étrange mais les hommes politiques qui ont une femme d'origine étrangère aiment parader comme de véritables franchouillards. Le Pen marié à une Grecque, Sarkozy marié à une Italienne, Fillon marié à une Galloise. Comme quoi, quand il faut faire du populisme, on s'invente une sensibilité qui, au fond, n'existe pas. C'est comme Marine Le Pen à la tête d'un parti d'extrême droite donc conservateur; une présidente qui est divorcée et qui vit dans le "péché" avec un compagnon. Ou encore Jörg Haider qui dirigeait le parti d'extrême droite autrichien en partageant sa couche avec un homme...

"Cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française". "Cette dame". Et en plus, elle a un accent, euh ! C'est tellement joli à entendre dans la bouche d'un responsable politique. Qui a une femme galloise. Non vraiment, ça me trotte; ça ne colle pas, nom de Dieu ! Heureusement qu'il est le Premier ministre d'un Président qui prône la modernité et la rupture dans chacun de ses discours et gestes... Et heureusement que son propre ministre de l'éducation s'était targué d'avoir défendu le "français dialectal" du Président de la République ! Que disait-il déjà ? "En ces temps de complexité et de difficulté, le Président de la République parle clair et vrai, refusant un style amphigourique et les circonvolutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen".

Mince alors ! Substituer un défilé civil à un défilé militaire, une rupture pourtant ! Saperlipopette ! Faut-il avoir un avis sur cette question ? Peut-être mais je n'en ai pas un pour l'instant. La cavalcade militaire serait l'occasion d'exposer urbi et orbi la soumission des troupes au pouvoir politique. Un argument qui peut se prendre dans tous les sens, ironiquement. "Ouais, j'pense qu'il n'faut plus humilier les soldats devant le monde entier ! Les pauvres, ils enragent de devoir abaisser leur drapeau devant Sarkozy !"... Une manifestation à exporter en Turquie, quand j'y pense. La perspective de voir la face du chef d'état-major en train de se "rabaisser" devant le Président islamo-fascisto-terroriste et sa femme voilée suffit à défendre l'idée...

Eva Joly donc, une Française récente. Qui ignore les codes de céans. Qui se fait rappeler à l'ordre par les Français de souche, de l'histoire longue et des sépultures. C'est comme ça. Moi, personnellement, je fais partie d'une famille qui n'a pas de bol. En Ossétie, lorsque mes ancêtres se convertirent à l'islam au début du 19è siècle (on était orthodoxes il y a à peine deux siècles !), ils devinrent des "vendus". En Turquie, ils devinrent une minorité ethnique privilégiée donc nécessairement décriée par la masse (de la "semence russe", nous fûmes). En France, nous sommes une minorité ethnique et religieuse. La Constitution française promet fort heureusement de barrer la route à toute disposition législative qui nous cataloguerait en fonction de notre "origine", "race" ou "religion". Comme la Constitution russe de l'époque. Comme la Constitution turque d'aujourd'hui. Non je ne vais pas pleurer, mais si tout le monde nous renvoyait à notre origine dans ces trois foyers, d'où serions-nous ? "Démerde-toi coco !".

Et on l'est. Accaparé par ces questions d'identité, je veux dire. Fatiguant à force. Et quand on entend nos dirigeants faire des listes de Français, bah ma foi, on attend que ça passe. Car on est habitués. Je ne prends même plus de notes. Il y a encore quelques mois, l'assemblée nationale votait une loi qui "dégradait" (grammaire oblige, l'imparfait du verbe "déchoir" n'existe pas) les meurtriers d'agents dépositaires de l'autorité publique quand ils avaient le malheur d'être des Français tout frais ! Il y a encore quelques jours mon voisin m'interpellait "il doit faire beau ces temps-ci, chez vous ?", "bah non, on habite juste au-dessus de chez vous, ils n'ont pas rallumé le chauffage non plus !", "euh, en Turquie je voulais dire !", "ahhh ! Oui oui. Bien sûr, il fait chaud, oui. Chez moi, oui, c'est bien ça...".

Et ça remonte, cette obsession, dis donc. Potache, je rêvais d'être diplomate. Je m'amusais à envoyer des courriers au ministère dès qu'une question me semblait pertinente, à l'époque internet n'étant pas encore trop actif. La double nationalité est-elle un obstacle pour entrer au ministère des affaires étrangères ? Pour devenir ambassadeur en fin de carrière ? La réponse qui fut rédigée de manière fort diplomatique se résumait in fine à un "non". Mais dans la pratique, il fallait s'attendre à tout, m'avait rapporté un ami diplomate. On ne va tout de même pas me nommer ambassadeur en Turquie, ça serait facile... Quoique Salomé Zourabichvili était ambassadrice de France en Géorgie, la terre de ses ancêtres. Et tu sais quoi ? Quand la Révolution a éclaté, Saakachvili l'a nommée ministre des affaires étrangères de Géorgie. Comme quoi...

Oulala, je me suis égaré. Je ne voudrais pas donner l'air de soutenir Madame Joly. Car je me destine à servir l'Etat français, au final. Et comme le devoir de réserve a tendance à commencer au berceau, il ne faut jamais vendre la mèche. Je dirais simplement "ma chère dame", que votre "zut" n'a pas trouvé écho auprès d'un gouvernement qui est déjà trop zutiste. Zut par-ci, zut par-là. Rupturisme oblige. Mais le vôtre est allé trop loin. Avec une telle origine, en plus... Bref, aucune explication en termes conventionnels n'est possible. Oui je sais, bibi non plus, n'a rien compris mais c'est comme ça. J'ai un concours à passer et une carrière à faire, moi...

dimanche 10 juillet 2011

"Je est un autre"...

"Une dose d'existentialisme, voilà ce qu'il manque à certains !", avait diagnostiqué un ami. Ah oui hein, ils sont bavards les amis, ces temps-ci. Lors d'une parlotte. Une pensée lancée à la cantonade. Officiellement, en tout cas. Mais comme nous étions que deux... "Mon Dieu, pourquoi tout le monde s'affaire à me sermonner !", étais-je en train de mâchonner. Je vais recommencer à fumer, je crois... Les volutes, un refuge, une dispersion, une distraction.

Du surréalisme, ça ne fait de mal à personne. "Non non il a raison, je vais me lancer dans les affaires !" avais-je dit à une cousine. "Toi ?", "bah oui, quoi ! Suis-je débile ?", "nan mais t'as pas trop le tempérament d'un homme d'affaires, t'es un peu crédule, safsın anam saf !", "merci, mais j'ai promis à ma mère de lui acheter un yali à Istanbul, il faut que je commence à m'enrichir !". Ma cousine y tient beaucoup. "Lance-toi en politique, plutôt !", "moi, en politique ? La passion pour la chose publique à cet âge ! Je ne suis pas encore trentenaire certes, mais il fallait s'y prendre plus tôt nan ?".

J'avais un ami, jadis. Un condisciple, plutôt. Du lycée. Un "frère" russe avec lequel on s'était déchiré sur le Caucase. Ah oui alors, mes joutes remontent à loin, quand j'y pense. C'est que la professeure de sciences politiques (une option à l'époque) avait confié un sujet sur la guerre en Tchétchénie à ce camarade. J'avais refusé. Un Russe va nous parler de la Tchétchénie ! Quoi encore ! J'avais proposé un contre-exposé. Accepté. Le problème était que personne n'avait rien compris à la guerre du coup, avec deux versions diamétralement opposées. J'avais fait le politicien, hi hi. Des chiffres tronqués, une chronologie revisitée. On s'en foutait du fond, passez l'expression. Un Russe et un Caucasien jouaient aux politiciens. Aujourd'hui, monsieur fait "carrière" dans un parti politique. Alexis Prokopiev, je l'avoue, j'avais balancé sur le sujet; histoire d'enquiquiner...

La politique, donc. La camisole idéologique. Et comme un parti libéral ne recueillera que 0.25 % des suffrages, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Inutile de se fouler la rate; trépigner toute une vie pour aboutir à 1 %. Et en France, pardi ! Pays où le "corps du Président" doit être physiquement et vestimentairement marqué par les traditions les plus inextirpables. J'avais une camarade de l'Inalco, une sexagénaire sympathique qui venait apprendre l'arabe pour le plaisir et qui était donc, théoriquement, ouverte d'esprit. Mais elle n'avait pas trouvé anormal de déclarer un jour en "récré", "je ne voterais jamais pour une candidate voilée; non pas parce-qu'elle porte un voile mais parce-qu'une présidente voilée, ça n'est pas la France". Et vlan ! Joly la protestante, Prokopiev l'orthodoxe par exemple, Strauss-Kahn le juif, ça passe. Mais un musulman, ce n'est pas la France. Bon. "Et une Française d'origine africaine qui porte un joli boubou ?", "non non", "même avec une belle encolure arrondie ?", "hein !"...

Dernièrement, je regardais une émission sur la télé turque. HT Kulüp. "Tu verras, je serais riche comme eux !", avais-je annoncé à mon frère. "Qui ? Toi !". "Ça va à la fin ! J'ai vraiment l'air d'être si benêt !", "non mais c'est pas ton genre...". C'est que, jeune, j'avais fait voeu de pauvreté. Je voulais vivre dans un désert. Comme le Simon de Bunuel. Si si, sans rire. Je cherchai un désert; j'envisageai même de me cloîtrer dans un monastère, histoire de prouver la faisabilité du dialogue des religions. Mais la Providence a sarclé cette vocation de mon coeur. Et y a déposé l'exact opposé. Depuis, je suis au point déclive...

"Je vais m'installer en Turquie. Je vais être exploitant agricole, comme mon grand-père", vais-je annoncer à ma mère. "Toi ?", va-t-elle rétorquer; je sais. "Je veux travailler dans le bâtiment, avais-je supplié à un patron de BTP, j'ai une bonne corpulence, regarde, admire !". "Allez allez, maître (on m'appelle ainsi ici, alors que j'ai beau juré que je ne suis pas juriste de métier), arrête de galéjer !", "galéjer ! T'as appris ce mot, où ? Dans le bâtiment ? C'est intéressant, dis-moi !"...

Tiens, je vais vendre des fringues. Je vais devenir riche comme Abdullah Kiğılı. "Les Turcs s'échinent tous dans la confection à Paris, laisse tomber" a susurré une autre voix. Que des susurreurs. Non non, je ne cherche pas un métier, j'en ai un, heureusement. Professeur de français et d'histoire, s'il-vous-plaît. Vacataire certes, mais c'est déjà ça. Mieux qu'avant. Je cherche une carrière, au juste. "Bah alors, l'ambassadeur bêcheur, quid ?" s'étrangle mon frère. "Plus je réfléchis, plus je piétine. Il faut prendre la vie comme elle vient". Ah bah voilà, j'ai officiellement trouvé mon épigraphe. Neurasthénie, somatisation, out. "Je vais prendre la vie comme elle vient", lui ai-je rapporté, fier de ma découverte. Et j'ai bien insisté, histoire de lui montrer ma détermination; la vie comme elle vient, c'est bien cela. L'air taquin. Le sourire en coin. Ça a fusé de l'autre côté, "toi ?"... Hayda...

lundi 4 juillet 2011

Ambivalence

"Alors qu'est-ce t'en penses de Feriha ?", m'a soudainement glissé une amie. "C'est qui celle-là ?", ai-je benoîtement répondu. "Bah la mytho de la série 'Adını Feriha koydum' !". "Ahhh!". Comme si je suis un psychiatre ès "sériologie", moi. "Allez fais-moi un pitch". Alors, c'est l'histoire d'une fille modeste mais très avenante qui a obtenu une bourse qui lui permet d'étudier dans l'université la plus sélecte d'Istanbul; celle où l'on croise les plus argentés de Turquie. L'intrigue, tout le monde la devine : l'amour impossible entre une pauvre et un riche. Le seul problème, c'est que les étudiants et étudiantes de la fac sont, pour ainsi dire, sortis tout droit de Paris Match, Gala, Voici ou Closer. Et comme tout le monde se sait riche, il ne vient à l'idée de personne de soupçonner que son camarade de banc puisse être pauvre... Du coup, le pauvre applique, tout naturellement, LA tactique : il "s'accorde" et tait son extraction...

Ainsi, mademoiselle, Feriha donc, se fait passer pour une bourgeoise, s'habillant dernier cri grâce à la prodigalité d'une amie authentiquement bourgeoise qui lui refile ses habits, un peu par pitié et beaucoup par suffisance. Mais nullement par infatuation car cette copine aisée, qui s'appelle Cansu, est une adolescente un peu déprimée qui vit avec une belle-mère qu'elle déteste cordialement; elle fourre donc tous ses luxueux cadeaux dans la piètre garde-robe de Feriha. Et celle-ci en profite pour se pavaner avec, dans le campus. Feriha n'est autre que l'ancienne cousine et fiancée de Behlül dans Aşk-i Memnu, la très gnangnan "mais néanmoins" richissime Nihal. Hazal Kaya de son vrai nom. Deux situations totalement opposées d'une série à l'autre... Ah oui, les parents de Feriha sont les concierges de l'immeuble où vit cette copine, à Etiler, le 16è d'Istanbul...

Fille de gardiens donc qui s'entiche du fils d'un entrepreneur, Emir. Elle cède aux avances pressantes du jeune homme, plus exactement. Manège ? non non. Feriha est bel et bien amoureuse d'Emir mais voilà; elle a honte de sa condition et se fait passer pour la fille d'une "bourge" de l'immeuble. Le scénario aggrave encore plus le drame en faisant de la vraie famille de Feriha, une troupe d'obtus; un paterfamilias conservateur et bouché à l'excès, une mère qui craint le mari mais qui s'éreinte à défendre coûte que coûte sa fille et un frère qui se la joue chaperon phallocrate. Interdiction de sortir, de répondre, de se divertir un peu, obligation de se justifier pour chaque joie et chaque peine et pour finir, devoir de se fiancer avec celui que son père a choisi. Du classique populace. Bref, très étouffant; je suffoque d'ailleurs, ay anam...

Mais classique de chez classique. Toujours les mêmes clichés. Le modeste est nécessairement étriqué mais honnête alors que le nanti est ouvert d'esprit donc immoral. Un père arriéré pour l'une, un père permissif pour l'autre. Une mère attentionnée pour l'une, une mère désinvolte pour l'autre. Des filles bon chic bon genre dans l'univers de l'une, des filles olé olé, méphistophéliques dans le monde de l'autre. Et vas-y pour forme un couple...

Qu'est-ce que j'en pense alors ? Euh... C'est que je suis de ceux qui croient à l'équivalence des conditions. Le droit islamique parle de "kafâat", la similitude des conditions aussi bien religieuses que socio-économiques entre les époux. Mais ce n'est pas tant la différence de niveau de vie qui me pose problème. Quoique c'en est un d'importance. Car dans le contexte turc, le mariage est avant tout une affaire de clans, et j'ignore ce que peut bien partager le père d'Emir et celui de Feriha dans les réunions de familles... L'essentiel, pour ma part, c'est un peu plus profond; c'est le savoir-vivre. Le "görgü" comme on dit en turc.

Ceux qui savent se tenir, quand bien même ils n'ont plus un sou sont bien plus respectables que ceux qui pètent dans la soie, dans tous les sens du terme. Exemple : Kivanç Tatlitug. Eh oui mesdemoiselles ! Un nouveau riche, s'il en est. Lors d'un mariage de la jet set turque, monsieur s'est fait taper sur les doigts lorsqu'il a jeté sa cigarette à terre; un réflexe de "pauvre". Et par-dessus le marché, il aurait rougi. Un autre réflexe naturel des parvenus qui piétinent les convenances... La caque sent toujours le hareng, très cher...

Ça saute aux yeux. Vraiment. Je ne suis absolument pas bourgeois, pour ma part. Je suis Ossète. La race de ceux qui se prennent pour des âmes bien nées et qui méprisent les autres. Impériosité de l'étiquette. Certes, pas au niveau de la cour impériale japonaise mais aride quand même. Faire le diplomate quand on me demande pourquoi mon lointain cousin a rompu les fiançailles avec sa bien-aimée; parce-que ceci, parce-que cela, effectivement. J'ai éclaté, un jour : "parce-que la famille de la fille est turque !". Madame ma tante qui a une considération moyenne des Turcs, qui est raciste donc en bon français, était déjà réservée à l'idée d'avoir une belle-fille qui ignore les "codes" et qui est en plus, institutrice. Et quand une petite dispute de rien du tout a pointé son nez, on en a profité pour tout annuler. Officiellement, c'est le fiancé qui a décidé de mettre fin à la relation; surtout pas, papa maman... Autre "scandale" : piétinant l'étiquette, un beau-frère turc s'était roulé par terre avec ses enfants devant nos yeux. Nous, les Ossètes. La famille de sa femme. Nous fûmes bien médusés, le beau-père ne sachant plus comment détourner l'attention.

Non non, ce n'est pas une fierté. C'est seulement un fait. Un fait social, comme dirait l'autre. Je suis sympa, heureusement. Car l'équivalence des moyens financiers n'est pas encore un de mes critères. Allez, pour reprendre les termes d'un vieux conflit, l'aristocratie de l'être prime la bourgeoisie de l'avoir. Peut-être que ça changera un jour. Car après tout, nous sommes tous des Alexandre Rybakoff; on s'épaissit avec le temps et on adopte les réflexes de ceux qu'on critiquait jadis. Nos bouches délivreront un jour ou l'autre, cette sentence d'Alexandre : "j'ai rejoint le camp de l'homme que je désirais abattre"...

Rêvons un peu : je suis ambassadeur et mon fils tombe amoureux d'une fille de portiers. Quel est le réflexe, le tout premier, celui qui éclot à la seconde même de la nouvelle ? Le refus catégorique, évidemment. Est-ce un vice ? Non. Est-ce insurmontable ? Eh bien non plus. Il serait trop facile d'être dans la béatitude et de déclamer du peace and love, ma chère... Ta Feriha donc, aurait été ma belle-fille si j'étais le père d'Emir. Car la mentalité du jeune que je suis, commande une telle approche. Dans 30 ans, ambassadeur, ça serait peut-être niet. Car Troyat derechef, "la jeunesse méprise le juste milieu, l'âge mûr en fait son ordinaire"... J'attends avec impatience la saison 2 ...

Adini Feriha Koydum - Tema 3 Dizi Müzigi

Adini Feriha Koydum - Tema 5 Dizi Müzigi

ADINI FERIHA KOYDUM OYUNCULARI YENI 2011