samedi 20 septembre 2008

Désenchantement

Le Premier ministre turc, Tayyip Erdoğan, n'en finit plus de sombrer dans le "délire". Il descend, c'est certain, il divague. Il était aimé pourtant, par les libéraux du pays, soutenu par les intellectuels, chéri par les laissés-pour-compte et admiré par la gueusaille.
Il dénonce de nos jours la lie du journalisme, celle qui avait osé parler de l'affaire de détournement d'une association caritative turque en Allemagne, réputée proche de l'idéologie de l'AKP. Il s'aliène ses soutiens traditionnels et c'est étrange. La colère bouscule tout ordonnancement.
Alors que les données de l'économie, nous disent les spécialistes, sont au rouge, le Premier ministre n'a pas trouvé mieux que de lancer à ses troupes le "conseil" de boycotter la presse du groupe Doğan, celui qui est censé attiser ses "mousquetaires" contre le Gouvernement. Vraiment pathétique. On connaît déjà cette musique. L'armée turque, par exemple, a établi un système d'accréditations; les journaux et chaînes de télévision par trop conservateurs ne sont pas conviés aux réunions d'informations et aux conférences de presse. Leurs questions orientées peuvent déranger. Encore une fois, double standard; personne ne se risque à élever une indignation de tempête. C'est l'armée. C'est officiel par-dessus le marché. Alors qu'il ne s'agit, pour Erdoğan, que d'une "invitation" pour ses partisans. La droiture commande une égale opposition, "oh la la".
Ils se dégrisent, les alliés : "On te savait plus démocrate" se désolent-ils; l'un d'eux se chagrine : "j'aurais préféré que la Cour constitutionnelle te flanquât une interdiction, on aurait recommencé le combat pour la démocratie, tu me déçois, bêcheur !". Un autre a déjà commencé les comptes : "alors, la sociologie politique nous enseigne que l'électorat ne forme pas un monolithe; d'ailleurs, il est prouvé que les électeurs ne sont pas des moutons. Ouf, allez arrête de viauper, rien de grave. Nanik". Il y a des taquins aussi : "tu crois vraiment que le peuple va cesser de regarder les séries de ces chaînes pour tes beaux yeux, oust !". L'ambassadeur de France, Bernard Emié a rappelé les classiques : liberté de la presse, liberté d'expression, liberté de l'information. Un message d'importance pour un Premier ministre qui, jadis, croupit en tôle pour avoir lu un poème... Les cassandres n'en espéraient pas tant : "on vous l'avez dit, bande de citrouilles, c'est un fasciste, allez, renversons-le, oh oh".
Erdoğan a brûlé ses vaisseaux, il s'aventure. Ses amis doivent lui susurrer : "une conscience pure est un bon oreiller, pourquoi tant de patatra ?". Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, c'est connu, "ressaisis-toi, y a des élections bientôt". Les Turcs l'avaient toujours connu "rescapé" du système, "mal aimé" par la bureaucratie, un opprimé. Le zénith a l'air d'être franchi et à ce niveau-là, l'horizon est sans appel, ce n'est pas un plateau; l'oeil se compose un nouveau regard; la cause de cette gesticulation, peut-être...