mercredi 8 avril 2009

Sombreur

Il faut faire dans la dentelle, nous dit-on; des critiques feutrées. C'est connu, critiquer Israël équivaut à de l'antisémitisme dans la petite tête de pas mal de gens. Mais il faut bien dénoncer l'injustice. Le nouveau gouvernement Netanyahou s'en prend allègrement aux quelques "efforts formels" acquis. "C'est fini, le cirque est terminé" nous a appris le nouveau ministre des affaires étrangères, Lieberman; tu sais, celui qui fait de la politique entre deux interrogatoires de police. Et on le prend au sérieux. "Arrête de dire ça, présomption d'innocence". D'accord.


Moshe Katsav poursuivit pour viol, Ehud Olmert pour fraude, abus de confiance et conflit d'intérêts, eh ben. Et qu'il est inhumain, le Procureur général Mazouz ! Olmert a un cancer de la prostate et il le convoque quand même ! Pas bien.


"Pas d'Etat palestinien". Voilà donc le nouveau paradigme. Lieberman le dit : "nous, chers amis, les Palestiniens et leur Etat, on s'en fout, notre souci, c'est le bouffon Ahmadinejad et toc !" Jadis, l'Europe s'était engouffrée dans les sanctions; motif : le Hamas refuse de reconnaître l'Etat d'Israël. Au tour des Israéliens, "nous ne reconnaissons pas la légitimité et la nécessité d'un Etat palestinien". On n'attend aucune sanction, évidemment. "Arrête de délirer ! Quel est le rapport ? Hein ? Des terroristes d'un côté, un Etat menacé de l'autre ! Allez dis-le, t'es antisémite ! Antisémite !"


Même le président des Etats-Unis n'arrive plus à se faire respecter. "Personne ne nous donne des ordres, coco" a lâché Lieberman. Et certains analystes de divaguer : "ouais, ça y est, les Etats-Uniens vont rompre le cordon ombilical, youppi, on va pouvoir critiquer Israël". Critiquer Israël; le sport favori du Conseil des droits de l'Homme. L'important n'est pas de critiquer les politiques de cet Etat, c'est d'être crédible et audible en le faisant. Enquêtes, missions, bons offices, rien n'y fait; l'archevêque Desmond Tutu n'avait pu, jadis, mettre les pieds en Israël, pays dans lequel il était censé enquêter... Souhaitons bonne chance à Richard Goldstone; un Juif aura sans doute plus de succès pour apprivoiser ses interlocuteurs tristement farouches. Et Ban Ki-Moon, toujours à l'affût de son "enquête approfondie" sur les bombardements de l'agence onusienne Unrwa. Même la Cour pénale internationale a été saisie par l'Autorité palestinienne. Pourquoi pas. Je ne sais pourquoi mais on a l'impression que, au final, rien ne va se passer. Pessimisme ou réalisme ?


Et la colonisation de la Cisjordanie continue; le Conseil des droits de l'Homme répète la même chose, prend une résolution pour dire et redire d'arrêter; et voilà. Et les "grands" pays continuent de se dire "préoccupés par ce phénomène" tout en s'abstenant lorsqu'il s'agit de voter. Il ne faut surtout pas avoir l'air de voter avec les pays islamiques et les non-alignés. Connivence insoutenable. Israël ressort, évidemment, la même rengaine : "Dans un rituel qui prend des proportions véritablement infernales, la démocratie israélienne, la réalisation du droit à l'autodétermination du peuple israélien, continue d'être la cible d'une campagne venimeuse".


D'ailleurs, le "procureur général de l'armée israélienne" a clos l'enquête sur les meurtres de civils perpétrés par les vaillants soldats israéliens : "rumeurs" a-t-il tranché, "et en plus, pas de témoins". Effectivement, plus de témoins... Tout de même bizarre : des soldats de Tsahal avouent qu'ils ont tiré sur des civils mais leur hiérarchie ne les croit pas; "mais ce n'est qu'une bavette entre potes venus du front, allez, circulez !" Olmert renchérit : " Je ne connais aucun militaire qui soit plus moral, plus régulier et plus sensible à la vie des civils que ceux des forces armées israéliennes. " Olmert, celui que Mazouz convoque sans arrêt. Et on le prend au sérieux.


Obama a eu une bonne idée pour aplanir la "sainte et antique discorde" : laisser les mères gouverner; la bonne mère de famille. Voilà bien de quoi contenter tout le monde et son père. Un rêve, une illusion. L'espoir s'est déjà évanoui, l'espérance se meurt à petit feu; "je suis au beau milieu de l'océan et je cherche une cruche d'eau !" (Rûmi)...