
vendredi 12 février 2010
Fouaillement

dimanche 7 février 2010
Nuagerie



jeudi 28 janvier 2010
Liberté pour le niqab !
Nous vivons dans un des rares pays où l'on se permet de "réfléchir" avec ardeur et bonne humeur sur la violation de la liberté religieuse (rappelons-nous la presque désolation nationale lorsque nos députés avaient abrogé "par inadvertance" le texte qui aurait permis la dissolution de l'Eglise de scientologie). Un délire national. Chacun gourmande comme il peut. C'est qu'il faut apaiser le "peuple". Celui qui fixe du regard la femme trop voilée qui passe par-là, celui qui pense sincèrement défendre la dignité de la femme, ou encore celui pour qui l'islam est une bête d'aversion. Le débat sur l'identité nationale nous a permis, elhamdulillah, de constater que nombre de nos concitoyens non-musulmans n'étaient en réalité que des démocrates de carton-pâte. On a vendu de l'anti-musulman sur la voie publique. Et personne n'a sifflé la fin de la récréation. Adieu Monsieur Sarkozy. "Tiens, j'voterai en musulman à la prochaine élection", "arrête de dire ça, c'est contraire à la Constitution, pas de communautarisme coco, tu me fais peur"...
Des politiques nous ont arrosés de "bourdes" tellement mémorables que l'on s'est demandé s'il ne fallait pas creuser un peu plus du côté de l'inconscient; des philosophes ont dit des choses. Evidemment. Ils sont payés pour tenter de plaquer leur théorie sur la vie des gens. Les "amis de la sagesse". D'autres "spécialistes" s'amusaient à discourir sur la psychologie de ces femmes, nécessairement soumises par le mari ou le frère ou le père et subjuguées par l'imam du coin, un intégriste, fondamentaliste, salafiste, wahhabite. Bref, les fameux "testeurs de la République".
Evidemment, "l'objet" du crêpage, les femmes niqabées, n'ont pas eu à ouvrir la bouche; c'est que précisément, elles n'étaient pas libres. Et quand Kenza la Niqabée assuma un choix individuel, personne n'écouta, on parla immédiatement d' "exception"; histoire de ne pas remettre en cause notre belle théorie, un gagne-pain... Nul besoin donc d'interroger une bête. Les "Républicains" les défendaient. Un joli parterre : féministes, laïcistes, racistes. Et le meilleur pour la fin, les membres de la mission d'information, ont fini en beauté : en s'écharpillant eux aussi. Les Myard, Gerin, Raoult, Glavany, etc. Les socialistes se sont rendus compte que le débat ("légitime") sur le voile intégral était pollué par celui ("ignoble") sur l'identité nationale. Bien. Et s'il y a bien, aujourd'hui, une mode pour la droite, c'est de se dire laïque quand l'islam est en cause...
Tout le monde est donc d'accord : on doit aimer la République. Ca ne me botte pas. Je n'ai évidemment rien contre la République (même si le système monarchique avait mes faveurs dans ma tendre jeunesse) mais je m'oppose à son adoration. Je suis partisan d'un Etat qui n'a aucune coloration, aucun penchant idéologique (si ce n'est le libéralisme politique qui doit être la "fitra" de toute société); un Etat sans inconscient. C'est l'individu qui prime pour moi, son épanouissement, pas des concepts. Concept de République dont, d'ailleurs, les principaux piliers sont malmenés : la Liberté fait doucement rire dans un pays où la moitié de la population a connu la garde-à-vue. L'Egalité n'est plus prise au sérieux depuis bien longtemps. Et on reparlera de la Fraternité quand les clochards ne mourront plus dans les rues...
La liberté individuelle prime. Et je persiste à rappeler le modèle américain où "la règle générale est que le citoyen dont la sensibilité est blessée par une expression politique (un drapeau piétiné, ou mutilé, ou brûlé) ou religieuse (un foulard, un turban, une kippa), voire raciste (les incendies de croix du Ku Klux Klan, pour autant qu'ils soient pratiqués sur un terrain privé) n'a aucun droit à être protégé dans ses émotions (par opposition à sa vie, à sa liberté ou à sa propriété qui, elles, doivent être protégées par l'Etat contre les atteintes des tiers); en matière de tort psychologique, c'est à lui de se protéger lui-même en n'y prêtant pas attention et en restant indifférent" (Elisabeth Zoller, "Les rapports entre les Eglises et les Etats aux Etats-Unis : le modèle américain de pluralisme religieux égalitaire", in Gérard Gonzalez (dir.), Laïcité, liberté de religion et Convention européenne des droits de l'homme, Bruylant, 2006, p. 45).
A partir du moment où une femme décide, conformément à sa propre lecture coranique, de porter librement le niqab, elle mérite aussitôt le respect au nom de la liberté de religion. Toujours en vigueur dans ce pays. Mais ce n'est pas parce-qu' il y a trois femmes qui le portent par la contrainte que l'on doit interdire ce vêtement. Ca revient à prohiber la vie commune parce-qu'il y a des violences conjugales ! Personne n'est obligé de vivre selon ce qu'Elisabeth a dit, ce que Caroline a souhaité, Dounia rêvé, Rousseau prévu...
Dire que c'est une atteinte à la dignité humaine voudrait dire que c'en est une dans tous les coins de la planète; tous les recoins de l'universel. Sauf à considérer que la dignité en France ne saurait être la même que celle conçue dans d'autres pays. Les pays dont les habitants n'ont pas pu "entrer dans l'histoire" par exemple. Du relativisme à l'envers ! J'imagine les diplomates à la tribune du Conseil des droits de l'Homme ou de l'Assemblée générale des Nations-Unies; à n'en pas douter, la délégation française se fera huer... Tiens, parlant de dignité, il faudrait mettre sur pied une mission pour savoir comment on peut "sauver" les moines silencieux de la Grande-Chartreuse aussi, ils sont privés de parole, c'est inhumain tout de même ! Mais personne ne bougera le petit doigt, bien sûr : ils font partie de l'identité française... On est même en extase devant ce sacrifice, c'est dire...
C'est tout de même ubuesque : tout le monde est unanime pour affirmer qu'une interdiction générale et absolue du voile intégral serait retoquée par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne au nom des libertés fondamentales mais tout le monde insiste quand même pour trouver une "astuce" et l'interdire ! C'est la première fois que l'on assiste en direct aux "travaux préparatoires" de la violation d'une liberté fondamentale, la liberté de conscience ! Nous sommes en pleine cuisine liberticide ! On rêve ! "Allez arrête de chialer pour ces femmes ! Regarde, même en Egypte on ne les considère plus, ce n'est pas ici, en France, qu'on va verser des larmes !"...
L'Etat nous délivre des fatwas au mépris flagrant du principe de laïcité. C'est une question de droit de l'homme. Le syllogisme est biaisé dès le départ, nous n'avons pas les mêmes prémisses. On n'a à sauver personne. On a juste à protéger des êtres humains. "Mais qui t'a dit qu'on considérait ces femmes comme des êtres humains, mon petit ! Il ne manquait plus qu' ça ! On réfléchit à leur place"...
dimanche 24 janvier 2010
Re... re... et re...
Tiens, la France a décidé de supprimer le tribunal aux armées de Paris. Justice ordinaire pour tout le monde; et en Turquie, la Cour constitutionnelle vient de déclarer inconstitutionnelle une loi qui élargissait pour certains cas la compétence de la justice "civile" (c'est-à-dire ordinaire) aux militaires. La normalité est donc contraire à la Constitution; ce qu'exige l'Etat de droit est contraire à la Constitution turque. C'est ainsi. C'est un parti de gauche qui avait saisi la Cour; Deniz Baykal. Un homme qui devient de plus en plus piteux, à vrai dire. D'ailleurs, personne ne l'a encore entendu sur cette dernière affaire...
jeudi 21 janvier 2010
jeudi 14 janvier 2010
Bouffonnerie
Entre-temps, le Turc est toujours en train de "gueuler"; et de se faire respecter. Rappelons-nous : l'an dernier, Erdoğan avait cloué au pilori le vieux Pérès à Davos; résultat, c'est ce dernier qui demanda pardon. Voilà donc un nouvel épisode dans les relations turco-israéliennes. C'est que le vice-ministre des affaires étrangères israélien a humilié patemment l'ambassadeur de Turquie; il l'a fait asseoir sur un fauteuil plus bas que le sien, a refusé de lui serrer la main et a délibéremment omis de faire poser un drapeau turc à côté du drapeau israélien. Tout cela devant les journalistes, appelés spécialement à cet effet. Et il était content, Monsieur le Vice-Ministre; il se tourna vers les journalistes israéliens et dit en hébreu qu'il était bien content d'infliger ce sort à Son Excellence. Autant pour lui. L'ambassadeur est le représentant direct du Chef de l'Etat; il représente donc l'Etat et non le gouvernement. C'est donc le Président Gül qui a dénoncé cette mise en scène et demandé des excuses publiques de la part d'Israël.

Haineux qu'ils sont. Le vice-ministre des affaires étrangères; quand on sait que son ministre de tutelle, Avigdor Lieberman, est un ancien videur, on comprend... Heureusement qu'il existe des gens sensés : "Humiliation is not a policy". Monsieur le ministre s'est donc excusé. Tıpış tıpış. Et qui a ordonné au vice-ministre d'avaler son chapeau ? Pérès, encore une fois. Evidemment, s'en prendre au Grand Turc sans "payer" est impensable. Ce n'est ni le Hamas ni le Liban ni on ne sait quel autre pays. Le Turc est avant tout un héritier; c'est un Ottoman. Le respect est de mise. D'ailleurs, la Turquie ne crée-t-elle pas son propre "réseau" ? Syrie, Iran, Liban. Et Tayyip Erdoğan ne vient-il pas de recevoir le prix international du Roi Faysal. Israël n'a donc pas le luxe de bouder son seul "ami musulman". Un pote.
Pourquoi donc cette nouvelle agitation ? Eh bien, une histoire de séries. Et quand je dis que les séries turques font fureur. Ce fut d'abord celle diffusée sur la chaîne publique, TRT : une série sur le massacre des Palestiniens par les soldats israéliens. Ensuite, une série très populaire "de cape et d'épée" (pour les nationalistes) ou de "mafiosi" (pour les gens normalement constitués) qui évoquait les basses oeuvres du Mossad. Ajouté à cela, les remontrances périodiques du Premier ministre turc. Un cocktail explosif. Evidemment, les autorités israéliennes ont dénoncé rapidement ces séries qui excitent, n'est-ce pas, l'antisémitisme. Les Turcs étaient bien contents de répondre pour une fois de leur vie, "liberté d'expression"...
Un Etat arrogant. C'est que le juge Goldstone avait clairement dit que la guerre de Gaza relevait tout bonnement de la Cour pénale internationale. "Crimes de guerre" de la part d'Israël et du Hamas. Mais personne ne veut brusquer, évidemment. D'ailleurs, le ministre français des affaires étrangères est on ne peut plus clair : "il serait contre-productif de passer par la justice pénale internationale", il faut "privilégier la relance du dialogue politique" (La Chronique, Mensuel d'Amnesty International France, n° 278, janvier 2010, p. 25). Evidemment. Le même ministre qui vient de signer une déclaration avec son collègue Alliot-Marie sur la "création d'un pôle génocides et crimes contre l'humanité au TGI de Paris"... On y entrevoit des notions telles que "valeurs", "histoire", "idéal", j'chai pas moi, je ne comprends plus rien... Le même ministre qui a cédé aux pressions du CRIF et qui a donc remis le prix des droits de l'Homme de la République française au "Réseau des organisations non gouvernementales palestiniennes" non pas au quai d'Orsay comme l'exige la coutume mais à Sciences-Po. Allez comprendre pourquoi...
"Israël n'a de cesse de se présenter comme un pays toujours sur le point de disparaître, renforçant par là-même la culpabilité intériorisée de l'opinion internationale". Ce n'est pas de moi évidemment, puisque je ne suis pas antisémite. C'est juste Esther Benbassa... (Etre juif après Gaza, p. 35). Une autre citation; pour la route : "C'est ce nationalisme-là qui empêche les Israéliens d'aujourd'hui de voir la souffrance d'un autre peuple, les Palestiniens, dont l'itinéraire est pourtant si proche du leur. Ont-ils donc oublié que les fondateurs de l'Etat s'étaient battus pour cette terre, avaient pratiqué le terrorisme, avaient négocié ?" (p. 46)...
Dans les relations internationales, s'il y a bien une coutume, c'est d'essayer de se rabibocher le plus rapidement possible. La France et le Rwanda viennent de replâtrer leur liaison, par exemple, on est bien content; dommage collatéral : le Rwanda a rejoint le Commonwealth et l'anglais a supplanté le français en tant que langue étrangère enseignée en primaire. Les Algériens, eux, doivent attendre; c'est qu'ils veulent absolument que la France s'excuse; la France, elle, ne comprend toujours pas. "De quoi ?", "bah tu nous as fait souffrir quand même, avoue-le !", "n'importe nawak ! Allez j'te donne quelques visas et on s'embrasse", "négociable"...
Les susceptibilités des pays, tout est un programme. La Sublime Porte, voyons. Ni une province ni un quartier. Arracher des excuses de la part d'Israël mérite un prix Nobel en soi. On attend d'autres excuses maintenant; des procès aussi. Je ne sais pas moi, Bush, Blair, Olmert peuvent faire un geste; se suicider par exemple s'ils ne veulent absolument pas affronter la justice. Une victime est une victime. Sauf à considérer que "certains sont plus égaux que d'autres". Un rêve, bien sûr. N'a-t-on pas vu dernièrement le ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni nous assurer que la législation sur la justice universelle sera prochainement modifiée; c'est que les juges avaient menacé d'inculper la Dame Tzipi Livni à peine le pied posé sur le sol britannique; Mister Miliband en était même venu à s'excuser pour les "errements" de la justice de son pays. Et nous, nous parlons de Justice. La communauté internationale avait trouvé tout à fait normal de créer un tribunal spécial pour enquêter sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais, Rafiq Hariri. Pour une seule personne. Une seule. C'est que les âmes ne sauraient avoir les mêmes honneurs, forcément. "Comment ! Un cul-terreux et un premier ministre ! Mon Dieu"...
lundi 11 janvier 2010
"Réactionnaire ? Sociologiquement impossible"...



En tout cas, comparé à l'Arabie Saoudite, il n'y a pas photo...

Les Turcs regardent donc tromperie, "salacerie", frivolité, superfluité en boucle. Et ce n'est pas l'AKP qui les lestera. Encore un effort et la Turquie sécularisera tout le monde arabe... C'est la quille, voyons. On se libère et le vieillard vient tout juste de le remarquer. Eh bien, il dormira en paix. Et on vivra en paix aussi, débarrassé d'un faiseur de cauchemars.
mercredi 6 janvier 2010
Trivialité

Et comme la presse est obligée de tenir compte de l'état d'esprit du récepteur, elle n'a pas boudé son plaisir; les manchettes ont tout naturellement annoncé cette bonne nouvelle. Et tout le monde est content; une très bonne nouvelle, assurément. Comme quand le chef d'état-major avait déclaré encore le plus sérieusement et le plus officiellement possible que l'Armée respectait la démocratie et l'Etat de droit. D'ailleurs, l'Armée ne comprenait pas les réserves qu'émettaient certains. Scandalistique. A l'époque aussi, en Une, évidemment. C'était trop beau pour placer cette information-révélation dans un petit coin du journal. C'est que, dans les démocraties à béquilles, c'est important de confirmer des choses qui apparaissent comme des banalités sous d'autres cieux... En 2010 donc, les plus hautes instances de la Turquie, grandiloquentes, concèdent au citoyen qu'il n'y aura pas, mieux qu'il n'y aura plus, de coups de canif. Bien. Merci.
En Turquie, comme on le sait désormais sur le bout des doigts, l'armée est une institution puissante; il y a même une caste chargée spécialement de la louer sans arrêt, la défendre coûte que coûte et l'exciter de temps en temps : les militaristes. Des journalistes, des intellectuels, des hauts fonctionnaires, quelques gus sans envergure et malheureusement une bonne partie de la classe politique. Aimer le militaire. L'uniforme. Est-ce que l'on déclare notre ardeur aux pompiers ou policiers, par exemple ? Ou aux gardiens de nuit ? A quoi bon ? Des fonctionnaires, tout simplement. Mais les Turcs se doivent d'aimer, d'adorer l'armée. Un devoir moral. Les voilées n'ont pas accès aux casernes, peu importe, elles aiment l'armée. Et l'armée a réussi à tromper tout le monde en crachant feu et flammes sur les dévots tout en exaltant le "martyre". Les martyrs, les enfants des femmes voilées. Une institution laïque (et comment !) dans un pays laïque (soi-disant) utilise le mot "martyr", un terme "technique" religieux; personne ne bronche, évidemment. Que se passerait-il si l'on retirait le "martyre" de la conscience du Turc moyen ? "Aman sus...". Adieu Eden, ruisseaux, houris les plus délicieuses... et adieu vénération et déférence de la masse. Quand vous êtes une nation en guerre, vaut toujours mieux avoir un Paradis en promotion...
La puissance militaire commence à perdre de sa superbe, nous dit-on; c'est devenu une série; on attend les épisodes : les militaires préparent un coup d'Etat et sont pris la main dans le sac, le chef d'état-major menace journalistes et juges d'un ton fulminant, et dernièrement une bande de militaires qui se baladaient dans les parages du domicile du Vice-Premier ministre, Bülent Arinç, a été arrêtée par la police. L'accusation est grave : tentative d'assassinat. L'armée a publié illico une déclaration dans laquelle elle rejette l'allégation. Elle rejette beaucoup de choses, ces derniers temps. Les généraux veillent devant l'ordinateur, on dirait; ils démentent immédiatement.
Dans ce dernier épisode, elle reconnaît bien que deux militaires se situaient à l'endroit sus-indiqué; mais elle a une autre explication : ces deux compères seraient aux trousses d'un de leur collègue soupçonné de passer des informations militaires. Et comme ce collègue habite précisément dans le quartier de Bülent Arinç, il s'agit tout bonnement d'un malentendu. Un mécompte. Pourquoi pas. Mais quelle doigté tout de même ! Celui qui était censé être observé a dû tout comprendre... Il sera plus habile dorénavant, le traître. Il sait qu'il est surveillé. Mais comme il faut éteindre le feu le plus rapidement possible, l'armée vient de déclarer qu'aucune preuve n'avait été trouvée contre ce type. Ca tombe bien à propos. Trop bien à propos. Comme par hasard, aurait dit un païen...
Mais une enquête judiciaire a été diligentée; et, comble du comble, un juge est entré, pour la première fois, dans ce qui est appelé "la chambre cosmique" (sic) c'est-à-dire l'enceinte où tous les secrets de l'armée sont gardés; personne n'en revient; l'Etat de droit a frappé à la porte, on ne savait plus quoi faire... Et ce juge qui est donc chargé de vérifier certains documents (n'oublions pas que tout est parti de la tentative d'assassinat du vice-premier ministre et voilà où on aboutit !) vient de recevoir par la poste quelques balles en guise de bienvenu... Et une semaine auparavant, ce même juge s'était plaint d'être "suivi"; la police a donc arrêté la voiture : des militaires en sont sortis. L'armée, évidemment, a publié une déclaration : les militaires arrêtés sont un cuisinier, un électricien et un menuisier; "nanik !"; bref que des sous-verges. Les militaristes ont repris confiance en eux, évidemment : "pfff, t'as vu, ce ne sont pas des officiers, ce sont des cuisiniers qui suivaient le juge, haha !"... Mais personne n'a pu encore expliquer ce que faisaient les cuisiniers derrière le juge... Ce qu'ils tramaient. Et personne ne croit vraiment que ce soient des ouvriers. Mais le chef d'état-major entonne le refrain : "certains mènent une guerre psychologique asymétrique contre l'armée !". Comprenne qui pourra...
Il n'y a pas de fumée sans feu, nous apprend le proverbe. Le mois dernier, l'on a eu droit à un défilé extraordinaire : les "grands oraux" des généraux devant les juges d'instruction. Les anciens chefs de l'armée de terre, de la marine et de l'air. Celui de la gendarmerie est déjà en détention provisoire. Ou était plutôt; Monsieur étant malade, il passe sa détention dans l'hôpital militaire. Un vaillant soldat, comme on l'a compris... Et avant eux, ce fut l'ancien chef d'état-major des armées qui avait raconté des choses. Hilmi Özkök, celui qui venait à l'état-major avec son casse-croûte; c'est qu'il avait peur d'être mis hors jeu, il refusait de cautionner un coup d'Etat, il était trop démocrate... Et aujourd'hui, on parle de la probable audition de l'ancien Président de la République, le lion Süleyman Demirel.
Celui de la marine était assez scrupuleux; il tenait un journal. Du coup, l'on sait en détail ce que projetait la junte. Evidemment, le "pacha" nie; "ce n'est pas à moi", "oui mais les analyses graphologiques disent le contraire", "je m'en fous", "mais encore", "j'en m'en bats"... D'accord. Les militaires ne sont pas, comme on le sait, les gens les plus raffinés du monde; et on comprend : les guerres, les tranchées, la boue, la promiscuité, le langage particulier, etc. Mais ce général prenait tout le soin d'écrire ses "pensées" tous les soirs. Comme une fille bien élevée.
L'armée nie toujours : des armes jaillissent de la terre, le chef d'état-major assure qu'il n'y a pas de telles armes dans leur inventaire, il s'avère que c'est faux; on découvre un plan de coup d'état, le chef d'état-major assure que c'est un bout de papier, il s'avère que c'est faux; la justice demande à l'armée de bien vouloir préciser la fonction du JITEM (le groupement des militaires chargés de nettoyer les Kurdes), l'armée déclare qu'elle ne connaît pas une telle institution; etc. etc.
Personne n'ose le dire : l'armée ment comme elle respire. Et personne n'est obligé de l'aimer. Tout le monde a les nerfs en pelote. D'accord. Mais nul n'a un orgasme en critiquant l'armée; il faut juste qu'elle apprenne une fois pour toutes sa place dans une démocratie. Les militaires reçoivent un salaire pour précisément défendre leurs concitoyens, il ne s'agit pas d'une faveur de leur part. Et le martyre dans un système laïque, c'est du pipeau; c'est comme ça. La Turquie n'est pas un Etat islamique. Elle n'a aucun droit à faire du "shopping" dans les valeurs religieuses; laïcité et martyre sont juridiquement incompatibles. "Mais qu'est-ce que tu racontes, l'opium du peuple avait dit l'autre, tais-toi !". Ceux qui jouent des coudes pour chiper une place dans la prière mortuaire du "martyr" sont ceux-là même qui dédaignent leurs mères et leurs soeures voilées, mais nous aimons l'armée, évidemment. Démunis que nous sommes. Ils ont des armes. Et si l'on faisait une distinction : la plus profonde gratitude pour les soldats, une réserve naturelle contre l'état-major. C'est que son casier judiciaire prend beaucoup de pages dans les livres d'histoire de la Turquie...
jeudi 31 décembre 2009
"Sur les cimes du désespoir"

De son côté, la Chine s'est encore une fois manifestée en mal. L'on sait que la Chine déteste les ingérences. Comme tous les pays, d'ailleurs. Mais elle a une particularité dans ce domaine : c'est que, sincèrement, elle ne comprend pas ce qui peut bien pousser des étrangers à s'ingérer dans son intimité. Au nom de quoi ? Alors, l'on tente de lui expliquer la théorie classique : la souveraineté des Etats n'a rien d'absolue, elle doit se conjuguer avec l'attention légitime que pourrait porter les autres en matière de respect des droits de l'Homme. Mitterrand l'avait mieux dit, comme d'habitude : "l'obligation de non-ingérence s'arrête à l'endroit précis où naît le risque de non-assistance". Joli.
La Chine gronde en général dans ces moments. L'on se souvient de la tournée du dalaï-lama; en France, le président Sarkozy croyait pouvoir faire ce qu'il voulait chez lui. Pas de bol, la Chine avait haussé le ton. Et dégaîné la liste des contrats aussi. Alors, plus de rendez-vous. Ou des entretiens en catimini. Idem pour les "émeutes" de Lhassa, l'insurrection ouïgoure au Xinjiang. (Même le Turc Recep Tayyip Erdogan avait fait profil bas; pourtant, on trouve la ville de Kashgar dans la région; celle de Mahmud, le célèbre Kasgarli Mahmud, rédacteur d'un dictionnaire turc, le Divanü Lugati't Türk au XIè siècle). Derniers épisodes : les dissidents ouïgours sont pendus, le dissident Liu Xiaobo parlait beaucoup, on lui a promis onze ans de prison; un Anglais s'amusait à vendre de la drogue, malade mental qu'il était, on l'a exécuté. Brown n'était pas content, évidemment. Les Chinois s'en fichent : "souveraineté de la justice chinoise"... Une nouvelle grande puissance arrogante est née. La roguerie des Grands, un fléau.
dimanche 27 décembre 2009
Dâr ur-riyâ'
lundi 21 décembre 2009
Empathie

vendredi 18 décembre 2009
De-ci, de-là...
dimanche 13 décembre 2009
"Par ces motifs, décide : on préfère le PKK"...
Şükür donc, on l'a également interdit. Un avenir meilleur nous attend, pas de doute. C'est que le DTP gesticulait beaucoup; il demandait trop de choses, trop vite, trop fort. Ca gênait. Un Kurde osait demander des comptes ! L'on rêvait. "Ouvrez les charniers, identifiez leurs meurtriers, laissez-nous enseigner le kurde, investissez dans nos contrées, reconnaissez nos droits culturels". Dérangeant pour un Etat-Nation assimilationniste. Atatürk les avait bien eus à l'époque; "arnaqués". Evidemment, dans les "pays outrancièrement républicains" (suivez mon regard), l'on préfère toujours écraser, étouffer, ignorer. L'on temporise toujours en réalité; ça éclate un jour ou l'autre. Et l'on se retrouve, un jour, face à des Kurdes pétris d'acide par-ci, des musulmans gonflés de bile par-là. C'est comme ça.

vendredi 11 décembre 2009
Caritas in veritate
Les prêtres catholiques, comme on le sait, ne peuvent pas se marier. Ils sont tenus au célibat; histoire de penser à autre chose. Un peu mieux que les "réguliers" qui, eux, sont tenus à la chasteté. Nuance. Le Père Alain de la Morandais y tient, c'est que l'auto-érotisme est permis pour les premiers...
La théorie voudrait qu'ils fassent don de leurs personnes pour Dieu et les hommes. Et ils travaillent beaucoup; de grands savants, aucun doute. Comment ne pas admirer un homme qui parle plusieurs langues, qui discute aisément aussi bien des Evangiles que du Coran, qui garde à toute épreuve une face apaisée, déterminée, confiante ! Et les soeurs ! Une vie de sacrifice, d'amour, de résignation à faire pleurer de rage un laïciste régulier.
Mais comme interdire une chose revient toujours in fine à lui rendre honneur, il fallait s'attendre à des déraillements. "Le moins de péché possible, c'est la loi de l'homme. Pas de péché du tout est le rêve de l'ange. Tout ce qui est terrestre est soumis au péché. Le péché est une gravitation" (Victor Hugo, Les Misérables). Si bien que l'Eglise catholique est quasiment devenue le point de rencontre des pères de la débauche. Pis, de l'ignominie. L'on s'en prend à des enfants. Et toujours la même bêtise : la hiérarchie celait. Des hommes de religion; de Vérité; de Dieu...
Le Vatican est obligé d'intervenir, c'est dire. Le clergé des Etats-Unis n'en finit toujours pas de solder sa "dette" envers les victimes. Maintenant, c'est celui de l'Irlande. Encore une fois le même discours : "profondément choqués par l'ampleur et la perversion des abus, et couverts de honte face à l'ampleur des dissimulations", "Nous reconnaissons que cela est le signe d'une culture qui était répandue au sein de l'Eglise". Eh ben...
Soyons donc interventionniste c'est-à-dire républicain, un instant. Après tout, comme personne ne se gêne pour pointer le bout de son nez dans les pratiques musulmanes... Libérons les ecclésiastiques ! Vive Charles Chabert ! Il faudrait abolir l'obligation du célibat. Au nom de la dignité humaine. Ou interdire l'Eglise, d'ailleurs; tout le monde se gargarisait de la condamnation de l'Eglise de scientologie. Ils ne pensent qu'à "ça", on l'a compris désormais. Ils souffrent. Un mandat d'arrêt international contre Sa Sainteté serait le bienvenu aussi; non-assistance à personne en danger. Benoît XVI faisait le malin en attirant les anglicans mariés, qu'il s'occupe d'abord de ses calotins dépravés...
Au point où nous sommes arrivés, un référendum sur la question ne sera pas de trop, nous pensons. "Dignité humaine, coco; c'est capital", "désolé, héritage chrétien, on ne peut rien faire, c'est comme ça, jeannot"...
mercredi 2 décembre 2009
"Commediante ! Tragediante !"
Evidemment, soumettre à référendum des questions relatives aux libertés fondamentales est, en soi, incompréhensible mais bon; la Suisse, voyons, celle qui proposait jadis d'instituer une Cour mondiale des droits de l'Homme. Naguère. On le sait, les pathologies ne se soignent en Europe qu'en fessant les musulmans, des proies faciles; ça tombe bien, les musulmans s'énervent un temps et oublient vite. C'est connu, un musulman doit toujours être conciliant; "j'en ai marre, je proteste, je hurle et...", "chut ! dis pas ça, excuse-toi, tu provoques, tu fais peur, sıs". Qu'ils touchent donc aux églises et aux synagogues, le Conseil de sécurité se serait déjà réuni en urgence, "arrête d'exagérer, t'es antisémite hein, avoue-le !"...
Mais la tradition veut tout de même que l'on marmonne des choses lorsque l'on viole les droits de l'Homme; "un scandale" a lâché notre Kouchner national; "intolérance" a même déclaré le Vatican; "anachronique" a déclaré le ministre turc de la culture, "d'ailleurs venez chez nous, on va vous apprendre la tolérance". Les théologiens de l'UMP en étaient, entre-temps, à convaincre les Français de l'inanité des minarets dans le dogme islamique... De son côté, le Président de la Cour européenne des droits de l'Homme, Jean-Paul Costa, celui qui, lors de la Commission Stasi donnait des astuces aux sages pour interdire le voile, n'a pas pu se retenir : "alors, quid de ce référendum sur le plan des droits de l'Homme ?", "oulala, c'est très compliqué tu sais, hein, intérêt à agir, épuisement des voies de recours internes, etc., allez, allez...". Complexe. Evidemment. Simple pourtant, limpide : violation de l'article 9.
"Arrête de dire ça, les minarets ne sont pas une exigence de la Loi islamique, pfff, avoue que vous faites exprès de les ériger pour nous provoquer !","mais on s'en fout de vous, on ne vous a même pas calculés, arrêtez de délirer !", "j'ai peur moi, regarde je tremble","bah consulte"... Une vieille dame qui venait de voter oui à l'interdiction avait déjà préparé dans sa petite tête, le discours qu'elle allait tenir aux journalistes si on l'interrogeait à la sortie : "bah quoi, et chez eux, les églises sont interdites et toc, je suis intelligente hein ?", "oui oui mémé". Il faudrait donc s'abaisser au niveau de ces pays. La réciprocité, en somme, dans la violation des droits de l'Homme ! D'ailleurs, les extrémistes de tout bord ont commencé à vomir; c'est connu, la banalisation brise les laisses; elle éperonne l'intolérant qui demeure en nous et qui est prêt à se déchaîner à la première occasion.
Evidemment le Premier ministre turc se devait de donner son avis; un islamiste-terroriste-fasciste comme on le sait. D'ailleurs, l'on apprend que les autorités helvétiques avaient supplié la diplomatie turque de tout faire pour l'anesthésier; motif : sa colère est proverbiale. Il ne fallait surtout pas brusquer les électeurs. Maintenant que c'est fait, Erdogan peut tempêter : "il y a des demeurés qui disent que les minarets sont l'étendard des islamistes, regardez moi ça franchement, il faut être con pour réfléchir ainsi !".
En Turquie, on ne dépense pas des sommes faramineuses pour des référendums lèse-liberté; la justice joue déjà ce rôle : une Cour constitutionnelle remplie d'incompétents, un Conseil d'Etat qui estime que l'égalisation des conditions d'accès à l'université entre les élèves des lycées normaux et ceux des lycées religieux est précisément contraire à l'égalité (sic !), une Cour de cassation qui n'en finit pas d'élargir la notion de liberté d'expression lorsqu'il s'agit d'insulter les politiciens kurdes. L'esprit turc, être malin. Violer les libertés à l'oeil.
Jadis, notre Prophète l'avait dit : "quiconque nuit à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement et le paiera". Les Suisses, dit-on, seraient gênés, ils ont honte. Nous autres musulmans, nous sommes fiers. Fiers d'être les suiveurs d'un homme qui a dit cela il y a 1400 ans. Notre nourriture est autre, elhamdulillah...