mercredi 23 juillet 2008

Bornage étouffe-chrétien

Les Etats se plaisent souvent à se reconnaître propriétaires de terres qui, en réalité, ne sont pas vraiment les leurs. Voilà donc le Japon et la Corée du Sud batailler pour affirmer leur souveraineté sur les îlots Takeshima/Dokdo/Liancourt. "Tiens, disent les Coréens, on va planter un bel hôtel pour faire acte de présence !". "Mais il n'y a personne !" "Laisse donc, à quoi tu penses, deux personnes suffisent pour créer une société". Le Président Coréen se frôte les mains, voilà une occasion pour briller dans les sondages. Criailler, la panacée.

Jadis, les Turcs et les Grecs, armes aux pieds, s'étaient "pris la tête" pour les deux îlots Kardak/Imia : les Turcs les aimaient bien pour pique-niquer, les Grecs préféraient y arborer leur drapeau. Heureusement, Bill est intervenu; taquin, il se fout toujours de leur gueule : "je ne pouvais m'empêcher de rire intérieurement en pensant que quel soit l'aboutissement de mes efforts pour rétablir la paix au Moyen-Orient, en Bosnie ou en Irlande du Nord, j'aurais au moins sauvé quelques moutons de la mer Egée" (p. 736 de son pavé). Les démantibuleurs ne manquent pas pour les Turcs.

Que dire des Arméniens ? Ils ruminent toujours : "file-nous le mont Ararat ou je pleure ! Tant qu'à faire, donne aussi Kars, Ardahan et Igdir". Les Kurdes s'agitent aussi; "et nous, on veut tout le sud-est, allez !". Et Chypre, dont personne ne sait toujours si c'est une colonie, un Etat, une région... Le chef d'état-major n'avait-il pas décrété la politique étrangère turque dans ce dossier à l'insu du ministre chargé de ce portefeuille : "Veni, vidi, vici, meus, resideo". Et après on trouve les "Ergenekoncu", ceux qui ont juré de défendre le pays à tout prix contre les impérialistes et l'AKP qui vend, en liesse, tout ce beau patrimoine.

Les Israéliens et les Palestiniens en sont toujours aux qualifications : territoires "libérés" ? "occupés" ? "bibliques" ? Les colonisations continuent, nous dit la presse; "bah alors, rouspètent les enceintes internationales, enfin, tu vas arrêter, parbleu ! Allez, c'est la dernière fois...".

Le Kosovo, voilà ce que ça a donné; le hosanna des uns se mêle au vagissement des autres. "Nous faisons tout pour adhérer à l'Union européenne mais le sens du sacrifice a des limites ", a déclaré le ministre serbe des affaires étrangères, pimpant qu'il est. Notre Kouchner le tapote sur l'épaule : "c'est ça, vieux, continuez comme ça, y en a encore, hein, des patatrots, attrapez-les et après on fêtera ensemble l'indépendance du Kosovo". Hahaha...

Evidemment, les cas sont nombreux : Sahara Occidental, Abkhazie, Ossétie du Sud, Transnistrie, etc. Le Tibet, n'en parlons pas, un véritable hold-up. Les passions ! Personne ne veut tendre l'oreille; faute au nationalisme, aux dirigeants, aux cerveaux brûlés, à l'amour-propre. Il n'a pas cassé trois pattes à un canard , il vous coupe la chique.

"Ce qui est seulement presque vrai est tout à fait faux". Onu bunu bilmem.

lundi 21 juillet 2008

"La pertinence et la modernité de la foi"

Les graines du Pape sont toujours bien ordonnées : boulets rouges sur l'avortement et le matérialisme, appel deséspéré en faveur d'un reboisement du "désert spirituel", sincères lamentations sur les radis noirs "débordés", etc. Tout cela dans un langage fluide. Evidemment. Les Papes me fascinent; ils enclenchent en latin, poursuivent en français ou anglais ou allemand ou italien, ou etc. Comme une lettre à la poste. Le Patriarche de Constantinople n'est pas en reste, la concurrence demande de l'attention : il se désole des discriminations en turc avant de se confier à ses collaborateurs en grec et s'en remettre à la sollicitude des Européens en anglais ou français. De l'universel à bon escient.

Tony Blair, catholique depuis peu mais fervent chrétien depuis l'âge de raison (tout le contraire du Premier Ministre australien, Kevin Rudd) s'en donne à coeur joie : " Ma foi est le point d'ancrage de mes convictions, elle fonde les valeurs auxquelles je me réfère, elle forge ma vision de l'humanité". Bush n'en croit pas ses oreilles, Dieu lui avait dit les mêmes choses, depuis c'est la guerre juste permanente... Les Anglo-Saxons sont vraiment bizarres. "Mais d'quoi tu nous parles !"

Sa Majesté "Esclave d'ALLAH" en même temps que "Serviteur des Deux Saintes Mosquées" n'a-t-il pas organisé une conférence sur le dialogue interreligieux ! En Espagne, bien sûr, siège du Dialogue des Civilisations. A petits pas. Un jour, il ouvrirait peut-être les saintes portes de son royaume, allez savoir. Un Wahhabite nous déclamer de l'interreligieux, c'est à faire pleurer les "extrémistes" et à faire jaser les "modérés". L'étiquette est là, l'apparence est tout. "Mais non voyons, c'est quand même lui qui a rencontré le Pape, c'est le même qui marche bras dessus bras dessous avec Bush, encore lui qui porte une "barbe" pas très canonique". Il est moderne. Son frère Fahd aussi était moderne, il avait des "maîtresses" (et non des épouses) et allait souvent au casino...

Nous, Français, on ne badine pas avec la religion. La fonction rend sans religion. Mitterrand avait balbutié : "Oui, je crois aux forces de l'esprit". "Arrête de déconner !". Sarkozy est le plus "iconoclaste"; son cours de théologie fait toujours pleurer de rage. Le Grand Turc, dont on ne sait toujours pas s'il joue le charbonnier, est moins diplomatique : les "Au nom de Dieu, le Miséricordieux", "Que la Paix de Dieu soit sur toi", le fameux "Inchallah", etc. font hurler à gorge déployée. Le Procureur de la République, accroché littéralement à ses lèvres pour relever précisément ces incartades linguistiques, avait rempli son réquisitoire de ces phrases qui sonnent trop "chariatistes". Le Vieux Ismet Inönü, jadis, se faisait prier par ses conseillers pour qu'il dît, lors de ses discours, des "choses" que le peuple avait envie d'entendre; c'est-à-dire un peu d'ALLAH. "Comment ? Et Comte ?", "Mais balance, Vieux !". Il put donc déclarer, bouche écorchée : "Qu'ALLAH prend soin de vous". Trois voix de plus, ça ne fait pas de mal...
La foi résiste, ses contempteurs, le coeur dans la gorge, piaffent. Nous n'allons pas écrire de nouvelle théorie mais soulignons le fait; lorsqu'un Occidental croit en la pertinence et la modernité de la foi, ça défrise quelque peu. Le tir vient d'un flanc inattendu. Pas de panique, les Jeanbernat ont la vie dure : "Entendez-vous, rien, il n'y a rien... tout ça, c'est de la farce..."

vendredi 18 juillet 2008

Le clocher et le lucre : les étincelles des relations internationales

La gratitude, la fidélité, le respect sont des valeurs en érosion. Cette lapalissade a du mal à se vérifier dans les relations internationales où le clan est tout. "Il est Slave comme moi, je le soutiens", "Il a quelques gouttes de sang turc, je le défends", "jadis, c'était mon esclave, je continue à le protéger", "il est musulman, il faudrait me passer sur le corps pour l'atteindre", etc.
Faire de l'épate. Pourquoi pas.

Omar al-Bachir vit des moments difficiles. Son Excellence vient de recevoir l'invitation du Procureur Moreno-Ocampo de bien vouloir rejoindre les geôles de La Haye. Grief: génocide (en réalité, le procureur ne fait que demander à la Chambre préliminaire de bien vouloir le poursuivre). Il ne faut pas mélanger les torchons avec les serviettes; c'est du sérieux. Le Président Uribe est accusé d'avoir utilisé le drapeau de la Croix Rouge pour mener à bien son illustre opération militaire. "Mais alors, petit malin, t'as donc libéré Ingrid perfidement, dis donc, quelle dégueulasserie ! Fourbe. Allez rends la, on recommence". Evidemment, le commun des mortels ne s'intéresse pas à ces débats scolastiques. Histoire de dentelle. La politesse dans le combat. "Oui mais attendez, j'ai libéré des otages, je n'ai tué personne". On s'en fout. Crime de guerre. Parenthèse close.


Ce sinistre Président, dont le nom signifie exaspérément "annonciateur de bonnes nouvelles, beau, ange", avait jadis reçu les honneurs lors de sa visite d'Etat en Turquie. Lui, un "islamiste en gerbe", son homologue turc un soi-disant "islamiste en herbe". Une rencontre idyllique. En grande pompe. L'hospitalité turque. Le Premier Ministre Erdogan avait même voulu se la jouer : "rien de grave, c'est abracadabrantesque".

Bien sûr dans ces moments de torpeur, il n'a qu'à décharger sa rate et les épaules se bousculent : les Chinois trouvent les bons arguments : "mais enfin, il y a une mission de paix qui a déjà assez de mal à s'enraciner, ne brusquons rien"; les Russes, par tradition, acquiescent, le frère Chinois a raison; les Africains et les Arabes sont mécontents, on les comprend : "pas touche à notre frère, vous voulez nous coloniser hein, allez dites-le". Le registre dérape souvent dans ces cas-là.
Jadis, Milosevic avait également été indûment inquiété; les négociations continuaient et le Président Ahtisaari était irrité : on n'accuse pas un dirigeant sur le point de conclure un accord. Finalement, il a eu tort, les deux ont pu se combiner. Accusation du TPIY puis accord et enfin procès. Son coeur a lâché, c'est un autre problème...

Balzac aurait applaudi le réveil de cette "pesante diplomatie qui (...) fait trois pas dans un boisseau". D'ailleurs, le Secrétaire Ban en profite pour hausser le ton : "oui, il faut jongler entre justice et paix mais bon, il faut savoir délaisser les mauvaises traditions". Du coup, Omar compte sur ses amis de coeur et de religion et ses camarades de circonstance; son ministre chargé des affaires humanitaires (sic) est lui-même sous le coup d'un mandat d'arrêt. On est au bout de notre latin.

La justice internationale fait des remous; les procureurs font ce qu'ils peuvent. Carla fixait bien les yeux de ses interlocuteurs serbes : "Mladic et Karadzic". "Tu nous emmerdes avec tes manies; lâche-nous, on veut entrer en Europe, printaner". Ils sont toujours en fuite. Officiellement, les Serbes les ont perdus de vue...

La justice harcèle. Mais le Conseil de sécurité a le dernier mot; contre toute raison, il a le luxe de décréter : " les raisins sont trop verts". C'est sans doute mieux que de ne pas en fiche une secousse; la diplomatie est claire: l'art d'avancer à pas mesurés. Et comme on dit, il n'y a que le premier pas qui coûte. La suite n'est que patience. Allez Omar, prépare-toi...

lundi 14 juillet 2008

Joli 14 juillet

Une grande fierté. Franchement cocorico. Nous ne voudrions pas nous "acharner" sur les succès du Président Sarkozy mais la réussite est évidente.
Il faut dire que les quelques dictateurs qui tenaient le haut du pavé ne sont pas très étrangers aux parades de cet acabit. C'est un rituel chez eux; pour éblouir et faire peur. Nos militaires auraient pu "traînasser" pour narguer leur Chef visiblement "énervant" depuis quelques semaines mais voilà, eux saluent avant tout le peuple. Ne leur a-t-il pas dit qu'il les pardonnait dans son chiffon de papier traditionnel... Hervé, lui, déclame comme il peut : "oui, on vous aime, vous êtes les architectes de la paix".
Que dire de l'architecte suprême de la paix : Ban s'intéressait beaucoup aux militaires, gesticulant dans tous les sens pour recueillir les informations de la part de Sarkozy; ces deux petits bougeaient sans cesse, en extase devant les "forces armées". Moubarak ne clignait pas de l'oeil; c'est son dada, ce genre de manifestation, il est rodé... Al-Assad s'esclaffait tout seul comme à son habitude, il est un peu bizarre comme type. Mais enfin, la démocratie a ce grand mérite de confondre tous les genres...
Que dire de l'apothéose, la lecture du préambule de la Déclaration universelle des droits de l'Homme à la face des quelques racailles VIP; très bonne idée.
Bref, merci M. le Président. "Ce n'est pas rien que d'être Français", s'étouffe le Grand Absent.

samedi 12 juillet 2008

Qui se ressemble s'assemble

Jadis, Rama Yade, secrétaire d'Etat chargée de s'occuper comme elle peut des droits de l'Homme, avait houspillé Khadafi le Guide alors que Bernard Kouchner s'enfuyait à Bruxelles ; "heureuse coïncidence". Bien sûr Mouammar n'en avait pas fait une scène; comme Bachar al-Assad : malgré la réticence qui fait jour au sein de la classe politique et la société civile françaises (au point qu'un ancien Président de la République en vienne à faire la lippe), le Syrien exulte. Certaines personnes sont comme ça; on n'y peut rien.
Bouteflika le Chétif et Erdogan le Sceptique se sont fait prier; l'un pour une question de prévenance (n'est-ce pas Hosni Moubarak qui a raflé la "co-présidence" !) et l'autre par méfiance: l'Union pour la Méditerranée serait un "machin" créé spécialement pour écarter la Turquie de sa visée principale, l'Union européenne. Du dilatoire dans l'air.
Ca ressemble à un sommet de la papelardise : les regards de biais, les sourires diplomatiques sont au menu. Tout ce beau monde ne s'adore pas : Erdogan ne supporte pas le Chypriote, le Marocain en a assez d'entendre les phrases de Bouteflika commencer par "Sahara Occidental", le Général Sleimane sera sans doute gêné aux entournures en présence d'Olmert, les Arabes en général auront l'air chose à l'idée de saluer l'Israélien. La diplomatie.
On ne sait pas encore à quoi ressemble cette nouvelle initiative ni ce qu'elle contient précisément: on parle de "dépollution de la Méditerranée", "développement durable", "contrôle de l'immiration", etc. Les Algériens jouent les grands principes: "tiens, disent-ils, il faut aussi reconnaître la libre circulation des personnes"; le Nôtre n'est pas dupe: "c'est ça, oui". Le Maroc et la Tunisie bataillent pour abriter le Secrétariat...
L'UPM est une excroissance du processus de Barcelone (merci Merkel); l'UE va donc mettre la main à la poche pour assurer à ces Etats, tous richement pauvres, un niveau de développement qui permette de ne plus exporter leur misère au Nord. Bon projet. Bon dessein.
La seule question qui me tarabuste : est-il sain de confier l'argent des ménages européens aux dirigeants corrompus ou corruptibles et pas très démocrates ? On apprenait, pur hasard, qu'Olmert allait être mis en examen pour escroquerie; excusez du peu... Les palais présidentiels des dirigeants arabes sont toujours aussi scandaleusement flamboyants; seul le Président Al-Assad nous prie de croire qu'il délaisse autant qu'il le peut la Résidence, il préfère sa "villa de travail".
"Mais ne t'inquiètes pas, on va juste construire des autoroutes de la mer et dépolluer la mer, c'est tout. C'est la Méditerranée qui est à l'honneur, rien de plus". C'est vrai que ça ne concerne toujours pas les populations. Ne soyons pas pessimiste, l'Euromed gagne un contrefort. Les sédiments ont le mérite de faire accroire, l'immobilisme est la pire des situations, dixit Nicolas Sarkozy. Il a parfaitement raison; mais la mobilisation ne doit pas se résumer à la rencontre des forbans; les "forces vives de la nation" sont bien lasses de faire tapisserie. Il est temps de leur donner la réplique...

mercredi 9 juillet 2008

Audaces et gâteries des juges : une histoire de chèvres

Silvio en a ras le bol. La justice ne se lasse pas de lui demander des comptes. Son argument est simple: "je suis Premier Ministre, je ne peux pas perdre mon temps à comparaître, il faut peut-être que je gouverne, moi, bande de cruches !". La solution coule donc de source: une belle immunité judiciaire. Tout ça dans la dentelle bien sûr: alors, on ajoute à liste des "immunisés" le vieux Président de la République et les Présidents des Chambres. Toujours fringant.
Les "coups d'Etat judiciaires" sont à la mode: avorté au Pakistan, implanté récemment en Turquie, virtuel en Italie. Il a raison, il faut défier la "canaille judiciaire"; le peuple l'a bien récuré, son "Cavaliere", pourquoi donc s'acharner ? Le code pénal "saute" lorsque le peuple se prononce... Bien sûr, les folliculaires et les juges gâchent toujours son plaisir.
Alors que Berlusconi déblatérait contre ses "épines", la Cour européenne a rendu un arrêt pour le moins original: l'histoire en est ainsi: un député turc, apparemment débonnaire, n'avait pas réussi à faire lever son immunité par ses collègues (qui, sans doute, ne voulaient pas installer une coutume en la matière) pour pouvoir comparaître en honnête citoyen devant la justice pour une affaire liée à ses activités d'avant la députation. Pour une fois que l'on avait un député turc qui refusait cet ensevelissement légal, le juge européen ne nous a pas déçus. Le Séraphin a eu gain de cause: les juges estiment que la Turquie a violé son droit d'accès à un tribunal. Cavaliere là-bas, Paladin là-haut...
Jadis, le Juge Roland Dumas, lui-même embarrassé par une historiette mêlant sexe et argent, aurait été à l'origine de la fameuse décision du Conseil constitutionnel sur la responsabilité pénale du Chef de l'Etat en 1999. En gros, Chirac est responsable de ses incartades intervenues antérieurement à ses fonctions mais seulement devant la Haute Cour de Justice, une instance justement difficile à mettre en mouvement. Donc privilège (et comment !) de juridiction mais pas immunité judiciaire. Heureusement, la Cour de Cassation avait rétabli une lecture plus "sensée" quelques mois plus tard: "non, non, coco, il ne peut être jugé pour les actes commis antérieurement à ses fonctions qu'après son mandat et entre-temps, la prescription est suspendue". Donc immunité judiciaire et non privilège de juridiction. C'est du droit. Une aventure.
A la réflexion, je me demande si l'immunité n'est pas un mal nécessaire; mal car contraire au principe d'égalité et nécessaire car souci de la continuité de l'Etat. C'est vrai que les "vice-" ou les "adjoints" servent justement à prendre le relais dans ces moments-là mais chut. Les "démocratistes" n'ont d'yeux que pour les électeurs: face aux juges qui se proposent gentillement de presser l'éponge, nos fanatiques de la démocratie rouspètent: "il est élu, bon dieu, comment osez-vous ? Il est oint. Allez, file l'éponge au peuple". Et lui, comme d'habitude oublie. Morale de l'histoire: faites de la politique, on ne vous aura jamais; ça'l fait pas.
Le jour où les Donald Rumsfeld, les princesses arabes qui se déplacent dans les hôtels européens avec leurs esclaves, les dictateurs du monde entier qui font gentillement escale dans des pays dits "démocratiques et respectueux des droits de l'Homme" seront inquiétés, ne serait-ce qu'une seconde devant un juge ou un policier tremblotant à l'idée de "déchirer" les relations diplomatiques de son pays, nous serions ravis de défendre bec et ongles le principe de l'immunité.
C'est si simple: oignez vilain, il vous poindra; poignez vilain, il vous oindra... Devenir chèvre ou ménager la chèvre et le chou : une tension qui ne doit plus être perçue comme cornélienne. Une mascarade éhontée.

mardi 8 juillet 2008

Andre Rieu - Poliushko Polie

Amore e guerra savio riccardi

Menekse İle Halil Tutkun(Sözlü Yepyeni)[Yenitayfa.com]

Andre Rieu - Danube Love

Bolero

Maurice Ravel

Swan Lake - Le Lac des Cygnes - Ouverture du 2ème acte

Andre Rieu - Shostakovich' Second Waltz

BEETHOVEN.ODE TO JOY

La joie se trouve "dans la fraternité des hommes, unis et solidaires": "tous les hommes seront frères".

Wilhelm Kempff plays Beethoven's Moonlight Sonata mvt. 1

Sonate appelée "Clair de lune": dédiée à la comtesse Giulietta Guicciardi dont Beethoven tomba amoureux mais qui en épousa un autre; "humeur pensive".

Beethoven Symphony No 5

"caractère sombre"

Harnoncourt/VPO Mozart Sym No.40 1st Mov.

Symphonie dite "tragique": "affliction", "chagrin", "malaise".
Mozart vient de perdre une fillette en bas âge.

Requiem aeternam - Requiem K626 Wolfgang Amadeus Mozart

Atmosphère "grave et solennelle" pour que Dieu nous accorde "le repos éternel".

Mozart: Les Noces de Figaro

Vivaldi - Spring

"Atmosphère festive" coupée par un "grondement de tonnerre", "l'assoupissement du berger" et reprenant son entrain originel pour finir "en plein coeur de la fête".

samedi 5 juillet 2008

Misère de la politicienne

Voilà du concret. Le Président Sarkozy recueille le fruit le plus illustre de son impatience, sa volonté, son tempérament "irritant": la libération d'Ingrid Betancourt. Bien sûr, sa libération n'est pas directement liée à l'action de notre cher Président, héros presque international. Sa bougeotte a joué un grand rôle. Un nouveau Saint dans le calendrier.
Bien sûr, "Ségo", toute fielleuse, ne l'entend pas de cette oreille: "n'importe quoi, il n'a joué aucun rôle, il n'y est pour rien, c'est Uribe, la faiblesse des FARC, sans doute les Etats-Unis qui ont permis ce résultat". Certes. Au-delà de cette analyse militaire que le gus ordinaire n'est pas censé s'approprier, il aurait fallu sans doute au moins remercier le Président de la République française pour son opiniâtreté et sa volonté de faire avancer ce dossier.
Pas de "récupération politique" crie-t-elle; personne ne lui demande pourquoi. Ce n'est pas un lapin qui a été libéré, mais une femme d'importance, de caractère, appelée à jouer un rôle sans doute majeur dans la vie politique de son premier pays. Lorsqu'il y a une crise économique mondiale, c'est bien à lui que l'on demande des comptes: "bah alors, la croissance, le chômage, les prix élevés, le prix du pétrole, agis un peu, mon vieux !". Euh, rien à faire, c'est "exogène".
La jalousie, un vrai fléau. Une politicienne qui manque de "dignité" a rétorqué François Fillon; un peu vrai. Le propos a sans doute une part de vérité, mais le cérébral doit savoir s'éclipser momentanément dans les instants de cette nature. Ca sonne rabat-joie. On reprochait à Jospin d'être toujours sérieux; pas trop comme nous, un bosseur acharné qui serait un bon fonctionnaire mais un mauvais dirigeant. Le peuple s'est déjà exprimé, il n'est pas utile de s'acharner. Ségo a "perdu une occasion de se taire" aurait dit le "sympa"; la tendresse n'est que vertu.
Les socialistes sont comme ça; pourtant leur héritage devrait remplir les gens pleins de joie; Mitterrand, face à la photo du visage radieux de Léon Blum sur son lit de mort, aurait déclaré: "la conquête d'un pareil visage est la signification du socialisme". Ses épigones nous agacent.
A l'heure où l'on fait fête à la Miraculée, il eût été plus séant qu'elle se rongeât les poings; s'associer à la "liesse" des gens aurait été sans doute plus appropriée sinon subtile; mais il ne faut pas prononcer ce mot: la "récupération politique" n'est pas sa tasse de thé. Alors que le Premier s'entête à ne pas dormir sur ses lauriers et se met en branle pour libérer le soldat Gilad Shalit, la Madone flétrit ses lauriers. Qu'elle récupère également, ce qu'elle veut, comme elle veut mais qu'elle le fasse pour son avenir politique; elle serait bien obligée de reculer car elle le sait autant que les autres: la politique, c'est l'art de manger à tous les râteliers. Pas besoin de jouer la Vierge effarouchée, la Madone, c'était une image électorale, c'est terminé, il est temps de reprendre les exigences de l'état politique.
Le peuple convient que tous les politiques sont des hypocrites, malheur à celui qui tente de prouver le contraire... Les indignations d'un autre temps ne séduisent plus.

jeudi 3 juillet 2008

L'Honneur ne devrait pas avoir de pays...

La "fusillade" de Carcassonne s'est soldée par la démission du Chef d'état-major de l'armée de terre, le Général Cuche. Les militaires font la moue. Hervé Morin, le soi-disant ministre chargé de veiller sur eux, tente une explication; un écheveau de mots dans lequel il est passé maître : "le Général Cuche a montré qu'il était responsable de l'armée dont il a la responsabilité". Bien. Chirac leur avait coupé les ailes en mettant fin à la conscription, Sarkozy leur tord le cou avec le Livre Blanc. C'est le Chef des Armées.
Alors que certains voulaient ainsi faire montre de leur conception de la superbe, d'autres "collègues" se trouvaient en mauvaise posture en Turquie. Des généraux en mauvaise posture en Turquie ? Une blague ! Non, non.
Les juges d'instruction chargés d'enquêter sur la cellule factieuse "Ergenekon" ont placé en garde à vue deux généraux en retraite, un journaliste et le président de la Chambre de commerce d'Ankara. C'est la "nouvelle vague" des gardes à vue.
Evidemment, les généraux ne poirotent pas dans une pouillerie; les "Pachas" (c'est ainsi qu'on les appelle en Turquie) ont droit à des salles climatisées. Un privilège qui n'indigne personne, bien sûr; le fait de les "inculper" est déjà une avancée. Les fioritures sont presque contingents.
Le Commerçant, dressé sur ses ergots comme d'habitude, a lancé aux journalistes qui lui demandaient les raisons de sa neutralisation : "Parce-que j'aime Atatürk". Il y a quelques jours, une femme voilée, "enturbannée" comme on dit, avait déclaré à la presse qu'elle préférait Khomeiny à Atatürk; une enquête avait prestement été lancée. On ne comprend plus : aimer et détester Atatürk sont logés à la même enseigne...
Le Journaliste, un sigisbée d'Ilhan Selçuk, l'autre dinosaure qui avait été placé en garde à vue quelques mois plus tôt, a opté pour le silence : il refuse de parler aux philistins et préfère se confesser directement au juge. Les caprices ont la vie dure...
Deniz Baykal, leader du CHP (parti dit de gauche) assume la charge : "c'est un procès politique" fustige-t-il; lui qui appelait à plus de respect à l'endroit des juges et à la patience pour le procès de l'AKP. Double standard. Le râle de certains intellectuels se fait également entendre; l'armée, n'en parlons pas. Les gardés à vue sont des paladins de la République, personne ne croit à leur culpabilité, ça doit être un complot. L'Etat contre l'Etat profond. Une pure invention, jurent-ils à l'unisson.
Rappelons tout de même que l'un des généraux "saisis" est celui qui a planifié un coup d'Etat contre le Gouvernement en place. C'est son collègue de la Marine qui l'avait indirectement "balancé". Mais personne n'avait osé lui demander des comptes. On n'arrête pas un Gardien de la Révolution... Le journal Taraf a pu s'enorgueillir : "les putschistes, enfin, devant la justice". Un autre journaliste "aux ordres" ne cache pas sa réjouissance : "la révolution dévore ses enfants"; Tel est pris qui croyait prendre.
Justice immanente, justice imminente, chacun y va de sa petite rengaine. Ca secoue fort certes mais que faire ? Osons reprendre le refrain des opposants qui se lèchent les babines à l'idée de voir l'AKP interdit: dura lex sed lex.

lundi 30 juin 2008

Chacun sa croix

Alors que le monde universitaire n'en finit pas de commenter les résultats du concours d'agrégation qui sert à recruter les "Professeurs de droit" (chaleureuses félicitations à M. Latty qui était mon "prof", comprenez maître de conférences, de droit international à Nanterre), je m'affaire à calmer mon stress, en hausse libre depuis que je connais la date de soutenance de mon mémoire.

J'avoue que je ne suis absolument pas fier de mon travail, quelle bêtise peut-on légitimement se demander mais c'est comme ça. J'aurais dû affûter. Je ne suis pas de ceux qui se réfugient dans la fameuse détresse, "j'ai rien révisé" avant l'examen ou "mince, j'ai foiré" après l'examen; ceux-là ont toujours les meilleures notes, ce qui n'est pas mon cas. CQFD.

Arrivé en 5è année de droit mais toujours perplexe; j'aurais voulu être chef d'orchestre, psychiatre, sexologue, thanatologue ou théologien. Mon père, un "autodidacte" néanmoins ampoulé jusqu'aux mains, rêvait d'avoir un fils avocat. Mes oncles, presque tous "intellectuels" ou "pontes" en étaient ravis. Moi, non. Mais encore une fois, c'est comme ça. J'ai dû quitter l'histoire; contraint mais pas forcé. L'appât du gain, voilà bien un domaine où les parents excellent. Les proches veulent toujours connaître quelqu'un d'utile; "tiens, je ne comprends rien à mon contrat de téléphone mobile, j'ai envie de résilier, comment je fais ?". Aucune idée, je suis publiciste. Sans blague.

Les études finissent, l'avenir commence à s'intéresser à vous et vous à lui; il faut vivre, payer les impôts, voyager, savoir vieillir, etc. J'avoue, et j'espère que mon prof de droit n'en saura rien, que la thèse me rebute passablement. En plus, sans "allocation de recherche", c'est coton.

Louis Ferdinand susurre: "on ne peut pas exister sans plaisir même une seconde et c'est bien difficile d'avoir vraiment du chagrin. C'est comme ça l'existence". La brume a le mérite d'être neutre : l'incertitude, sentiment inédit, s'installe. Je suis "dépucelé".

jeudi 26 juin 2008

C'est tombé dans l'oreille d'un sourd

Alors que nous étions en train de moquer le mari lillois qui avait "répudié" son épouse déjà femme, un Jordanien rompait avec la sienne à cause de lui:



Ni partie de jambes en l'air ni bécot incongru. Simple rinçage de l'oeil.

Pour une fois que les Turcs jouent à l'impérialisme culturel, ça fait des dégâts. Ce garçon dont la beauté crêve les yeux et incommode ses pairs sexuels s'appelle Kivanç Tatlitug ("douce plume" si je ne m'abuse). Il a 25 ans, est comédien et mannequin.

Bien sûr cette malheureuse Jordanienne n'a pas eu droit à ses faveurs; là n'est point la cause de l'ire seigneuriale. Les séries turques font fureur dans le monde arabe. On se les arrache. Les sociologues se sont donc penchés sur la question. Résultat: elles dérèglent la vie "paisible", "simple", "modérée" des couples arabes. Une beauté devant, un rustre à côté. On peut, à la limite, la comprendre. Les blonds sont rares dans ces contrées.

Le mari porte le grief: elle a enregistré la photo de Kivanç sur son portable et pis encore, il trône sur sa page principale. Attirance platonique. On attend le verdict.

Les Turcs sont connus pour leur excessive faiblesse pour les séries. Rien de blâmable. En Occident, on lit; en Orient, on préfère la version visuelle. Le farniente. Pourquoi se faire mal aux yeux et au dos lorsque l'on peut suivre la même histoire, assis tranquillement sur son canapé, graines de tournesol à la bouche et verre de thé à la main. Chacun sa méthode d'apprentissage de la culture. Les Latinos sont les spécialistes en la matière.

La jalousie, nous disent les médecins, peut prendre des allures de pathologie. Dans une société qui n'offre pas trop d'occasions pour jalouser sa dulcinée, le geste du mari est sans doute excessif. Heureusement, nos "Lumières" sont là pour soutenir les femmes "foudroyées" dans ces moments : "Oh, tu as bien fait, de toute façon c'était un cornichon, ton mari, tu t'en débarrasses". Et hop, on déride.

La superficialité du réconfort ne fait pas de doute; on stigmatise toujours. Jamais un pas vers l'autre, pour le comprendre, l'aider si besoin, on préfère le reléguer à son monde obscur; on a libéré la victime, le coupable "rétro" repart pour d'autres aventures avec le même état d'esprit. Et on appelle cela "les valeurs républicaines". Elles sont sauves mais le débat au fond est escamoté, encore une fois. Tel serait le sort du Musulman : une tête de Turc mais pas encore un interlocuteur, les mauvaises langues disent qu'il est nul en réception. Tant que le monde arabo-musulman confirme ce fait, c'est vrai que demander à la France de lui prêter l'oreille, c'est du culot.

Solution: démocratie/Etat de droit/Renaissance/Droits de l'Homme; ventre affamé, cerveau brûlé n'a point d'oreilles.

Dudaktan Kalbe - Full Müzik Sözlü - Uyan (Yenii)

lundi 23 juin 2008

Une démocratie de droit divin: vox dei vox populi

Robert Mugabe l'avait prévenu: "n'encombrez pas la voie, Dieu m'est acquis, allez". Lorsqu'on pense que Dieu perd son temps si précieux à conseiller Bush, à épauler Mugabe, à applaudir Ahmadinejad ou à saluer Abdallah Ibn Abdulaziz, on en perd son latin ou son arabe. Au choix.
L'argumentaire fait chavirer la moindre contestation: "Je tiens le Fauteuil de Dieu, Je suis le Sauveur de la Nation, le Père de l'Indépendance, dégagez...". Nanik. Tralalalère euh...
Il prévient: s'il arrivait à ce foutu peuple zimbabwéen de contrevenir à la volonté de Dieu, aux armes soldatesque affidée ! La question qui peut légitimement se poser est la suivante: pourquoi donc des élections, Son Excellence ? L'absurdité aussi doit avoir une allure; une certaine cohérence intrinsèque. Il eût été plus probe de se déclarer, je ne sais pas moi, "Empereur" comme celui de l'Ethiopie, "Guide" comme celui de Lybie, "Roi" comme celui du Maroc, "Président à vie" comme celui du Turkménistan. Personne n'en aurait été offusqué; car les peuples sont souvent reconnaissants envers leurs héros nationaux (même de Gaulle qui avait été rapidement évincé avait pu ceindre le joli "Français le plus illustre"). Et on voit mal un Atatürk, un Gandhi, un Khomeiny, un Arafat prendre sa retraite. Il faut assumer son destin. Les gâteux qui se cadenassent au Fauteuil se bernent comme ils peuvent: "voyons, je vous aime, je fais don de ma personne".
Dire que le résultat des élections n'aura aucune incidence sur la direction du pays, c'est un peu fort de café. Alors ces élections ? Quid ? Pas pour les beaux yeux de la Commission électorale, bien sûr. Gaspillages, pertes d'argent, de temps, d'énergies. En plus, il est vieux. Les élections, ça sert au mieux de baromètre , au pire de fichage; les massacres sont bien plus aisés quand les dissidents font coucou...
Hosni Moubarak préfère les plébiscites: on continue avec lui ou on ne commence pas avec autrui ? C'est clair, c'est presque affirmé. Or, là on a une anomalie: une démocratie et une élection divine. Une tragédie, ça bouscule tout: nos théories, que l'on a mis tant de temps à élaborer, nos pratiques, nos attentes. Heureusement que les "Occidentaux" ont fait la grosse voix: "Assassin" lui a lancé notre Kouchner national, "illégitime" a renchéri l'ancien occupant, "mauvais présage" s'est désolé le Secrétaire Ban.
Robert ne cligne pas des yeux: il a mal interprété la révérence de son peuple; il ne faut pas confondre échine courbée et fessier en l'air. Ce sont deux choses différentes. Venter dans la soie et socratiser son peuple. Il était bien temps de le mettre plus bas que terre. Tant pis, Dieu saura bien le lâcher un jour. Il ne vaut même pas la corde pour le pendre...

jeudi 19 juin 2008

Halte aux Fesseurs ou leçon de savoir-vivre avec ses petits bonhommes

Les garnements n'en espéraient pas tant. Le Conseil de l'Europe vient les cajoler. Il est temps de mettre un terme à la pratique de la punition. Qui est donc le géniteur pour fesser SA progéniture ? Terminé. Respect de l'autre, dignité de la personne humaine va-t-on leur rétorquer. "Et quoi encore, on nous interdit cette vieille bonne méthode d'éducation ! Occupe-toi de tes fesses, le Monsieur de là-bas !".
Le Conseil de l'Europe a décidé de partir en croisade contre la "fessée". Le slogan est à traumatiser encore plus les enfants : "Levez la main contre la fessée". Le vocabulaire est toujours épatant: on vise à promouvoir une "parentalité positive". Des mots froids. Mais sûrement pas du vent.
Adieu baffe, tape, giroflée, tarte... L'heure est au raffinement; et surtout à la prise de conscience. Les enfants avaient un privilège à l'envers, celui de ne pas profiter des droits des Grandes Personnes. Les bouts de chou sortent des choux. Chaque chose en son temps. Les enfants sont toujours vénérés, ils vont désormais être respectés.
Le vocabulaire explose: mauvais traitements, humiliations, châtiments corporels, etc. Les psy exultent, le Comité des droits de l'enfant respire, les politiques s'en émeuvent. Le juge européen avait déjà donné le ton: en 1998, il avait débouté un beau-père qui défendait bec et ongles sa manière de dresser son enfant: quelques coups de canne (une "punition raisonnable" avaient estimé les tribunaux britanniques). La Cour lui a bien évidemment montré son bec jaune avant de le clouer. La "fessée judiciaire" avait également été réprouvée en 1978 (Tyrer contre Royaume-Uni: un adolescent avait été condamné à recevoir des coups de verge, pantalon baissé, on rêve !).
Les histoires de fesse ne sont pas toutes logées à la même enseigne. En 2005 dans une affaire de sadomasochistes (K.A et A.D contre Belgique), la Cour, toute penaude sans doute, décrit la scène : "On y voyait les prévenus utiliser des aiguilles et de la cire brûlante, frapper violemment la victime, introduire une barre creuse dans son anus en y versant de la bière pour la faire déféquer, la hisser suspendue aux seins puis par une corde entre les jambes, lui infliger des chocs électriques, des brûlures et des entailles, lui coudre les lèvres vulvaires et lui introduire, dans le vagin et l’anus, des vibrateurs, leur main, leur poing, des pinces et des poids" (§ 13). Les notions d'intégrité physique, d'ordre public, de dignité humaine se flétrissent. Le juge décrète que le "droit de disposer de son corps" couvre tout ça (en l'espèce, les deux sado ont tout de même été déboutés car ils n'ont pas respecté la volonté de la victime qui avait dit "pitié", appel qui serait, dans leur jargon, le synonyme de "stop").
Jadis, quand je fréquentais les cours d'instruction coranique, la réponse automatique de l'imam à notre indolence était une petite frappe sur les doigts serrés de la main droite. On pleurait en ricanant. Un de mes cousins qui avait fréquenté en Turquie des cours d'apprentissage du Coran se délectait en nous expliquant les différentes méthodes laborieuses trouvées par les "professeurs" pour policer leur mauvaise humeur. Il en rigolait aussi. Etrange situation.
On nous vole nos souvenirs. On nous dépouille. Quoique. Mes mères se sont toujours abstenues. Mon père, un brin paterfamilias, avait le chic pour la correction verbale. Une parole acide vaut mille fois plus qu'une raclée phénoménale. Encore faut-il avoir le don de la formuler.
Les parents, quoiqu'ils fassent, sont nos seuls admirateurs et soutiens inconditionnels. Ad vitam aeternam. Ils méritent les éloges les plus fervents. Leur stigmatisation, quand ils "dérapent", ne doit pas nous faire oublier leur particularité. Henry Ward Beecher disait que "le coeur d'une mère est l'école de l'enfant"; l'abbé Antoine Prévost ajoutait: "un coeur de père est le chef d'oeuvre de la nature". Leur geste n'a qu'un dessein: notre bonheur. Nous n'avons plus qu'à leur baiser la main, avidement. L'islam nous l'apprend: "le Paradis se trouve sous les pieds des mères". Mains, bouches, coeurs, pieds, il faut savoir faire la part des choses...

dimanche 15 juin 2008

La réserve judiciaire et l'honneur

"Ca suffit, arrêtez de gloser", pourrait-on se dire. "On ne tire pas sur l' ambulance".



Le pauvre, on l'accable depuis des semaines. Je parle d'Osman Paksüt, le Vice-Président de la Cour constitutionnelle turque, celui qui se disait écouté par les services gouvernementaux.

On a apprit qu'il avait rencontré le chef de l'armée de terre, futur chef des armées en août 2008. En bon haut fonctionnaire, il a d'abord nié l'information mais heureusement que le journal Taraf, de la trempe du Canard Enchaîné, a fini par le dégoter. Il a menti. D'ailleurs, il l'a reconnu mais au lieu de se morfondre dans une humeur noire, il a préféré trotter comme un lapin devant les médias pour fanfaronner: "je vous l'avez dit, on me suit, on m'épie, j'étouffe".



La teneur de la rencontre ne serait qu'anodine: des félicitations. Osman Paksüt est certes juge constitutionnel mais il est également l'ancien ambassadeur de Turquie en Iraq; à ce titre, il a voulu rendre hommage au courage de l'armée turque lors de la guerre-éclair en Iraq et prodiguer quelques conseils diplomatiques aux militaires.

La Cour constitutionnelle a profité de l'occasion pour publier, il ne restait plus qu'elle, un pamphlet contre la clique des détracteurs: elle appelle les procureurs à la besogne: "faites en sorte d'arrêter ces critiques; le code pénal est clair: personne ne doit dire mot lorsqu'une affaire est en instance de règlement". Un autre journaliste avait eu l'audace d'appeler ces mêmes procureurs à arrêter les juges constitutionnels pour... violation de la Constitution. D'un autre côté, le Gouvernement rétorque: "le ministre de la Justice n'a aucun pouvoir sur les procureurs; à eux de prendre leurs responsabilités". Et les procureurs, coincés entre l'enclume des pairs et le marteau gouvernemental ne se bousculent pas; il faut dire que tout le monde a donné un avis sur la question, ça serait dommage d'embarquer politiciens, journalistes, militaires, patrons.
N'ayez pas peur des critiques, chers juges, tout le monde s'étonne: "vous, influencés ! Sûrement pas puisque vous jugez selon vos propres dires "en conscience"; or, la conscience d'un juge est pure, c'est connu".

Un journaliste lui a conseillé de ne plus sortir de chez lui, ça commence à devenir "les aventures de Paksüt": Paksüt à la Cour, Paksüt au tennis, Paksüt chez le Général.

Le problème n'est pas les fréquentations de Monsieur l'Ambassadeur; seulement le respect de la consigne: il n'est plus diplomate, il est Juge constitutionnel. A ce titre, il a un devoir de réserve. Verbale et physique. Les salons font fureur en ce moment: l'ancien Président de la République Ahmet Necdet Sezer et l'ancien Procureur de la République près la Cour de cassation se sont rencontrés chez un ancien ambassadeur; le chef du CHP, Deniz Baykal, a croisé, chez le Président du Conseil d'Etat, le Procureur actuel de la République, celui qui a lancé la procédure d'interdiction de l'AKP.

Les mauvaises langues disent qu'il se trame des choses; les esprits plus sensés n'en croient, évidemment, pas une miette: "un coup d'Etat juridiciaire ? Mais non !". Les coïncidences. Je crois au hasard des rencontres. Mais cette croyance se transforme en méfiance quand les protagonistes ravalent leurs chapeaux quelques jours plus tard. "Oui, c'est vrai, on s'est rencontrés, mais on n'a parlé que de sport"... Le célèbre "Oui, mais..."
Même le "crédible" a un honneur: les gardiens "honoris causa" du régime le savent mais la démission n'existe pas dans la conscience des Turcs: toute honte bue, on recommence. Ah l'honneur, "kim kaybetti de ben buldum" disent les Turcs dans certains cas de figure, "qui l'a perdu pour que je le trouve". Allez, ne soyons pas iconoclaste. Tout le monde a un honneur, personne ne le prouve, là est l'ennui...

jeudi 12 juin 2008

Les Anciens et la reconversion

Les Turcs ont la chance d'avoir sous la main 3 anciens Présidents. En France, on en a 2. Mieux que rien. Car, la théorie voudrait que ces anciens dirigeants suprêmes aient accumulé tant d'expériences qu'ils auraient le don d'éclairer la lanterne nationale lorsqu'il y a de l'eau dans le gaz. En France, on les fourgue au Conseil constitutionnel. En Turquie, ils redeviennent citoyens lambdas. Pas de "parachute doré".

L'ex-Président Chirac aurait déclaré "je n'ai pas vocation à donner de conseils ou à critiquer mon successeur"; on ignore s'il respecte scrupuleusement le devoir de réserve que lui impose sa nouvelle charge ou s'il a perdu vraiment l'entrain du temps jadis. VGE, toujours élégant, s'occupe comme il peut, toujours à l'affût des honneurs.

En Turquie, l'ancien putchiste Evren (1980-1989) dessine, se promène, vit dans son coin et s'essaie de temps à autre à l'analyse politique. Personne n'insiste pour l'écouter...


Ahmet Necdet Sezer qui a présidé la Turquie (2000-2007) sans parler à qui que ce soit sans regarder ses fiches, vit retiré; les Turcs l'aimaient bien à ses débuts: il était économe, il s'arrêtait aux feux, attendait son tour à l'hôpital. Un jour, il s'est manifesté maladroitement: lors du Conseil de la sécurité nationale, il a voulu placer un mot pour ne pas laisser rouiller sa bouche mais n'ayant pu raison garder, il a littéralement balancé le petit livret de la Constitution à la figure du Premier Ministre de l'époque, le Vénérable Bülent Ecevit, une pointure de la vie politique turque. Toujours poli comme un caillou, ce dernier a présenté ses devoirs au président et s'en est allé pleurer devant les médias. Résultat: une des plus graves crises économiques du pays. Depuis, le Sezer n'est plus bien en cour...


Le plus actif des "ex" est Demirel (1993-2000) : il renie à petit feu tout son passé; il faut rappeler que c'est l'héritier du Parti Démocrate c'est-à-dire de Menderes, Premier Ministre de 1950 à 1960 pendu par la junte pour des broutilles. Ayant une dent contre le gouvernement AKP depuis que celui-ci a incité les autorités financières à faire main basse sur la fortune de son frère, il défend dorénavant les thèses du CHP, ennemi éternel des démocrates. Le "martyr" Menderes doit se retourner dans sa tombe.


Il est vieux, 85 ans. Certains pensent qu'il ne sait plus trop ce qu'il dit. En tout cas, toute sa carrière durant, il a "surfé" sur la plus-value des valeurs conservatrices; lorsqu'il débarquait dans un village pour un meeting, il retrouvait haleine dans la mosquée du coin. La "populace" en était subjuguée. Après, on a apris qu'il était franc-maçon...
Un ancien ministre l'a gentiment désigné de "plus grand hypocrite politique" de l'histoire turque. Il ne s'en offusque pas; il aime à répéter: "hier, c'était hier, aujourd'hui, c'est aujourd'hui".
On compte toujours sur la sagesse des Anciens; la "passion" les aurait quittés. Moi même, lorsque l'on m'avait demandé de rédiger le statut d'une association, j'avais crû bon d'insérer un article qui stipulait que les anciens présidents de l'association étaient, de droit, membres du Conseil de contrôle.
Je me rends compte que les Anciens ne sont véritablement "consultables" que lorsqu'ils restent soumis à la "pression" populaire. Sinon, ils commencent à parler sincèrement et ça gêne tout le monde. Les anciens alliés l'enfument, les nouveaux l'encensent, le peuple désespère. Nos gouvernants ne sont que des "faux-culs". C'est en fin de carrière qu'ils se rendent compte qu'ils ont des c....... au c.. , le peuple s'interroge : c'est lequel l'authentique ? Mince, ils seront déjà morts quand les archives s'ouvriront... Entre-temps, ils auront les honneurs suprêmes en rabiot. Et après, honni soit qui mal y pense...Rab sur rab.

lundi 9 juin 2008

La croisée des convictions et le dédouanement de soi: posture d'un apprenti Janus

Les homosexuels commencent à exaspérer les autorités. Comme tout indigné qui réclame ses droits. On leur dit "morale", ils répondent "XXI è siècle".
De nos jours, l'illégalité étant à l'origine de toute avancée, ils ne cessent de provoquer. Ainsi, dans la très orthodoxe Grèce, un maire obscure a marié un couple d'hommes et un couple de femmes. Comme notre Bèglais national.
La fulmination corrélative n'a pas besoin d'être décrite. On la connait. On l'a vécue en France. La pluie des promesses d'annulation ne s'est pas fait attendre. En général, les précipitations dans un domaine montrent qu'il y a une gêne. La hâte est toujours un aveu.
Le procureur a l'air d'hésiter, il n'a ouvert qu'une "enquête préliminaire". Le ministre de la Justice a hurlé: "dégage, pauvre con, c'est nul, non avenu, illégal, etc. Arrête de balbutier, dit le droit !". Le Procureur de la Cour suprême a donc dû descendre de sa tour: "calmez-vous, on est dans la plus pure illégalité, ne vous bagarrez pas, cette décision ne ferait pas mal à un étudiant de première année". Sa presque Sainteté Hiéronymos a feint l'indifférence: "je m'en fous, ils ne sont pas de chez moi"; le métropolite de Salonique l'a rembarré: "dégage toi aussi, allez dis-le, les homo sont des pervers, des vicieux".
Les "Gay Proud" défilent un peu partout; même sous les yeux du Pape. Yeux dans les yeux. Les Polonais avaient retroussé leurs manches en 2006. Mais comme toujours, ce sont les Danois qui ont ouvert le bal; il faut dire qu'avec leur conscience large comme la manche d'un cordelier, c'est la Singularity Pride...
Alors que la Cour suprême de Californie estimait que le droit au mariage réservé exclusivement aux personnes de sexe différent était contraire à la Constitution et que quelques jours plus tard, elle rappelait que : "non non je n'avais pas déconné, je refuse de suspendre ma belle décision", l'on apprenait qu'un tribunal turc avait interdit une association promouvant la défense des homosexuels, lesbiennes et transsexuelles au motif que son statut était contraire à la "morale". La Cour européenne dit souvent qu'il n'y a pas de conception uniforme de la morale à travers l'Europe; les Turcs sont bien contents d'appliquer pour une fois à la lettre les standards européens. En France, on reste pantois: "mais attendez, on a un homosexuel présidentiable, ça'l fait pas...". Vous êtes la France, nous sommes la Turquie. Il fut un temps où le CSA turc (le RTÜK) se targuait de suspendre la licence des télévisions pour avoir diffusé des émissions contraires à la "structure familiale turque". Une conception sui generis dans tous les domaines...
A y réfléchir de plus près, c'est mieux que rien: Ahmadinejad avait logiquement répondu que la question des droits des homosexuels ne se posait pas, "il n'y a pas d'homosexuels en Iran". Réflexe pathologique: à chaque fois que j'entends qu'un problème ne se pose pas dans un domaine, je baisse la tête...pour trouver l'erreur. Il y en a toujours; les Kurdes n'existaient pas en Turquie; quand on les a découverts, ils voulaient l'indépendance...
Les droits de l'homme postulent une chose très simple: à chacun son content. Ca tombe bien, le renouvellement de la conception des moeurs nous impose d'avoir le moral. C'est le droit-de-l'hommiste qui parle, l'autre n'ose pas trop donner son avis... à chacun son échelle des valeurs.

jeudi 5 juin 2008

Les quinquets des Assommoirs de la République

Nos juges constitutionnels hors pairs ont donc lâché le morceau: les deux révisions constitutionnelles sont contraires à la Constitution.
Hein ? pouvez-vous vous demander; une révision constitutionnelle est, par nature, contraire à la Constitution puisque, précisément, c'en est une "révision". Pas d'affolement: l'histoire en est ainsi: le gouvernement turc, confronté à la détresse des filles voilées empêchées de poursuivre leurs études universitaires, s'était rapproché du MHP (parti nationaliste) et du DTP (parti pro-kurde) pour amender la Constitution. En effet, jadis (en 1991), dans une de ses décisions dont le raisonnement aurait pu susciter la jalousie du doyen Vedel, la Cour constitutionnelle avait estimé que l'on ne pouvait fréquenter les facultés, nids du savoir, avec des fichus sur la tête; contraire à la laïcité et à "l'atmosphère scientifique" (sic). C'est connu, les censures de la Cour ne peuvent être surmontées que par des révisions constitutionnelles. D'où cette mobilisation parlementaire (3 partis sur 4, tout de même !).
Ces deux dispositions correspondaient d'une part à un renforcement de l'égalité des citoyens devant les services publics (article 10 de la Constitution) et d'autre part, à une confirmation du droit de poursuivre sereinement ses études supérieures (article 42). L'objectif avoué et précisé dans l'exposé des motifs était de lever l'interdiction du voile. Mais, bien évidemment, le mot "foulard" ne figurait pas dans le texte même; la législation doit toujours être générale.
Le CHP (parti qui se croit de gauche) ne l'entendait pas de cette oreille: il faut reconnaître que Deniz Baykal, son président, s'avère être un bon professeur de droit puisque la Cour se nourrit souvent de ses réflexions. Ce parti d'opposition avait immédiatement saisi la Cour constitutionnelle au motif que ces révisions constitutionnelles visaient en réalité à ronger sinon à faucher le sacro-saint principe de laïcité, "philosophie de vie de la République de Turquie". Il faut dire que son raisonnement méritait plus que l'habituelle mésestime. Soyons précis: le CHP se rend bien compte qu'il s'agit là d'une loi constitutionnelle et non d'une loi ordinaire et que, comme nous l'avons vu plus haut, il est difficile de se prévaloir de l'inconstitutionnalité d'une révision précisément constitutionnelle. C'est plus subtil: l'article 148 de la Constitution dispose que la Cour constitutionnelle ne peut contrôler les révisions constitutionnelles que par rapport à leurs procédures d'adoption, c'est-à-dire surveiller si le quorum a bien été respecté, les signatures ont été suffisantes, etc. Donc, rien à espérer. La Cour doit se contenter de la forme; elle ne peut fourrer son nez dans le sens même des dispositions. Mais l'article 4 de cette même Constitution ne demandait qu'à être vu; il nous dit que les caractéristiques de la République, qui sont énumérées dans l'article 2 de la Loi fondamentale (laïcité, démocratie, Etat social, "nationalisme d'Atatürk", etc.), ne peuvent être modifiées ni même faire l'objet de propositions de modification. La subtilité se cache dans ce membre "ni même faire l'objet de propositions de modification". La porte s'est ouverte: la proposition est, juridiquement, une forme (délais, signatures, procédures). Conclusion du CHP: certes l'article 148 est clair mais l'on ne peut pas fouler aux pieds l'article 4; autrement dit, toutes les propositions de révision constitutionnelle doivent être examinées quant au fond pour respecter l'article 4 qui interdit toute proposition qui viserait à modifier les qualificatifs de la République, en tête desquels arrive la laïcité. Or, l'exposé des motifs contient le mot "foulard". Or, le foulard est contraire à la laïcité (décision de 1991). Donc, ces révisions sont contraires aux articles intangibles de la Constitution. CQFD.
La Cour a donc, apparemment, suivi ce raisonnement (que je partage sauf la prise en compte de l'exposé des motifs) et a dit stop à cette tentative de moulinage de la laïcité (que je récuse). C'est un tour de passe-passe, nous disent en substance les juges. Vider le contenu de la laïcité prévu par l'article 2 en ravaudant les articles 10 et 42. Les rafistoleurs ! Donc tentative subreptice, redonne la bride !
En réalité, on ignore le raisonnement des juges. En Turquie, leurs décisions sont toujours creuses; on donne seulement le dispositif. Les considérants sont publiés par la suite (quelques jours, quelques semaines, parfois une année). Ils essaient donc de se cacher après avoir pondu leur décision. D'ailleurs, aujourd'hui, ils se sont tous enfuis par derrière. Seul le Président de la Cour (qui a formulé une opinion dissidente) a fait une brève apparition pour supplier les commentateurs de modérer leurs critiques et pour insister sur leurs capacités juridiques. Mais personne n'en doutait...
C'est vrai que pour un juge dont la femme porte le voile, c'est difficile de reconnaître qu'elle fait partie de celles qui menacent l'ordre juridique du pays dont le garant suprême est son mari.
Les décisions de la Haute Cour font désormais l'objet de paris; 8 contre 3 ou 9 contre 2 ? Les juristes sérieux se désolent. Quand on connaît déjà l'idéologie des uns et des autres, il n'y a plus trop d'enthousiasme.
Résultat: le foulard continue à être perçu comme l'expression symbolique de la lutte contre le régime kémaliste. D'accord. Comme la croix gammée, drapeau du fascisme. Le problème, c'est que la croix gammée est interdite partout: dans les universités, dans les rues, dans les gares, dans les jardins, etc. Or, le foulard est libre partout sauf dans les universités. J'invite les forces de l'ordre turques à se jeter sur toute femme voilée et lui déchirer, prestement, ce fichu "fichu". La justice doit condamner ces factieuses. J'ai peur pour mon régime. J'espère que les juges iront au bout de leur logique; il faut jeter par-dessus bord, ces "ninjas" puisque la Cour suprême vient de les déclarer à nouveau personae non gratae. Leur éradication totale s'impose. Pas si vite. Rira bien qui rira le dernier...
Je pense qu'il faut supprimer l'article 4 de la Constitution avant qu'elle se transforme en clause d'éternité; dans ce cas de figure, la seule ressource serait soit de supprimer la justice constitutionnelle soit de soumettre une nouvelle Constitution flambant neuve au peuple Souverain, si sa souveraineté fait toujours autorité...

mercredi 4 juin 2008

Un Noir versus un Vieux

On pense souvent que les femmes en politique, c'est comme des droits-de-l'hommiste en diplomatie: un "placement parfait" car un monde taillé sur mesure; mais donc illusoire. La nature des Dames se prêterait mieux au doigté, à l'écoute voire à la réflexion. J'en conviens.
Elles se sentent donc de taille à affronter les Sieurs, vieux de la vieille. Hillary Clinton avait jadis absous son mari volage et montré élégamment au mond entier qu'elle avait un tempérament. Lequel, on n'en savait rien jusqu'à ce qu'elle se déclarât Candidate. Un tempérament de Grande Dame, donc; capable de se concentrer sur les services à rendre à la nation alors qu'elle avait toutes les raisons du monde d'être de loisir et d'envisager une belle algarade à Bill. En Amérique, la valeur d'une personne, dans cette configuration déstabilisante, ne se mesure pas à sa capacité de brailler mais à celle de savoir effleurer sagacement l'épaule de son Jules. L'image d'Eliot Spitzer et de sa femme les yeux pleins de tendresse rivés sur lui et "avec de longues lèvres épaisses aux coins tombants comme celles d'un turbot dégouté" (aurait pu dire Salman Rushdie) continuent d'émouvoir. Un naturel qui ne revient jamais... du moins en public.
Barack Obama, qui a la taille bien prise à cet âge, s'est finalement imposé. Nous le félicitons chaleureusement. J'avoue que je préfère le "first time" d'un Noir que d'une Femme.
On a déjà pu jauger certaines d'entre elles; jadis, en France, la démographe Cresson qui reculait à mesure que Mitterrand la poussait; au Pakistan, la cavalière Bhutto qui n'est plus de ce monde; au Royaume-Uni, celle dont on disait qu'elle avait "les yeux de Staline et la voix de Marilyn Monroe" Thatcher qui a glissé sur la pente de la révolution de palais ou en Turquie, la Soeur Ciller qui a disparu de la circulation. Seules les têtes couronnées tiennent bon; il faut dire qu'elles sont bien payées pour ça... On peut également citer Halonen, Bachelet, Robinson, etc. Donc, il n'y a plus de mystères.
Un Noir, c'est autre chose; parce-que c'est un Noir et en plus un minoritaire; et surtout parce-que c'est un grand pays occidental dont il s'agit. Pas un descendant d'esclave certes mais tout comme; ça reste soufflant. Toujours en avance ces Etats-Uniens et pour leurs conneries et pour leurs audaces; nous, on s'ennuie. Toujours en train de courir derrière nos théories, pas pour les suivre, oh que non, mais pour leur lancer à la figure qu'elles sont mal fichues. Imaginez l'ambiance...Deux mondes: rien n'est impossible, tout n'est pas possible.

vendredi 30 mai 2008

"Savgate" et "Babacangate": essai de critique du Gouvernement turc

Tout le monde se pose la question. Ca trotte. Est-ce que je suis sur écoutes ? Les écoutes ont le vent en poupe en Turquie. La plainte initiale a pour auteur Önder Sav; oui, celui qui avait eu "l'audace" de blaguer sur le Prophète. Le tombeur du fameux tabou. Il papotait tranquillement avec un Préfet, de choses et d'autres. L'entretien fut publié intégralement dans Vakit, le journal "chariatiste". Deniz Baykal, en bon berger, dénonça immédiatement le système d'écoutes mis en place par le Gouvernement. Et après, ce fut l'emballement.
Les "victimes" se bousculent; certains en profitent pour fantasmer: je crois que je suis également écouté. On lui demande sa profession: professeur à la faculté de théologie. C'est vrai que le gouvernement a mille raisons pour écouter un théologien...
Mitterrand, jadis, n'avait pas trouvé mieux à dire que : "il n'y a pas un système d'écoutes à l'Elysée. D'ailleurs je ne sais pas comment ça marche". Comme si c'était lui, en personne, qui appuyait sur les boutons. Je l'aime toujours. Le Premier Ministre a, en bonne conscience, proposé de mettre en place une commission parlementaire chargée de faire la lumière. Non, lui a rétorqué le CHP; sans explication rationnelle. Et après on nous demande de critiquer le Gouvernement...
Autre incartade: les propos du Ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan; sa faute: avoir dit devant la Commission des affaires étrangères du Parlement européen que les Musulmans avaient également des soucis pour vivre leur foi en Turquie. Les Turcs sont nationalistes; ils détestent déballer leurs linges sales devant les autres. Mais ne renient pas que ces linges sont sales.
La liberté religieuse est en panne pour tout le monde en Turquie. Voilà le résumé de ses propos. Drôle de laïcité. Mais comment ! rugissent certains. Qui empêche un Musulman d'aller à la mosquée ? d'aller à La Mecque ? de lire le Coran ? de jeûner ? etc. C'est vrai. Les Musulmans turcs sont bien lotis. La Turquie aurait donc besogne faite. Pas si vite; Babacan n'a pas totalement tort. D'ailleurs, les Etats-Unis nous le rappellent chaque année dans leur rapport sur la liberté religieuse. Les "indignés" sont libres de les consulter. Approche objective, approche subjective dans le même sens.
Babacan a seulement exposé la situation; d'ailleurs, les ambassadeurs des différents Etats ont dû déjà "briefer" leurs chancelleries. Certains Turcs ignoraient la réalité sans doute; à l'extérieur tout le monde est au courant. L'affaire du foulard, l'interdiction de s'inscrire aux écoles coraniques avant douze ans, la situation des Alévis. Chimère ?
Les mêmes avaient critiqué Mme Gül, la Première Dame turque, d'avoir saisi la Cour européenne d'une requête de violation de sa liberté de religion (encore une fois, histoire du voile à l'université). Comment la femme d'un responsable politique peut-elle se plaindre à des étrangers ? Je suis très fatigué, je renvoie au droit international des droits de l'Homme, cette belle branche qui nous apprend qu'en matière de droits de l'Homme, il n'y a pas de juridiction "étrangère"; on appelle cela la "protection internationale des droits del'Homme". Comme une insulte...
Bref, je voulais, pour être franc, faire plaisir à une connaissance qui me reprochait d'être bienveillant à l'égard du Gouvernement de l'AKP. J'ai au moins tenté. Il faut dire qu'il ne prête pas souvent le flanc. C'est sans doute un fil à la patte. Faire flèche de tout bois n'est pas mon sport favori. J'ai au moins le mérite de l'avouer.

mercredi 28 mai 2008

Lorsque la clergie fait son métier: prononcer la Loi

Le Diyanet a encore radoté. C'est l'avis des musulmans "progressistes". Qu'a-t-il encore publié se demande la masse ? Oh rien, il a juste rappelé que le parfum, le "fleurtage", le croisement de l'homme et de la femme sans la présence d'un tiers n'étaient pas bien. Je respecte toujours les fatwas de la Haute assemblée religieuse turque. J'ai peur d'être taxé d'incroyant. Quoique; chez nous, il n'y a pas d'institution, c'est connu. Personne ne nous excommunie, personne ne nous accorde des indulgences (les Catholiques sont fous de joie, Benoît XVI adore cette pratique), personne ne nous dérange à la naissance ni à la mort ni même vivant. Chacun sa route.
Le Diyanet a, avions-nous dit, "rappelé" des choses. Ca va mieux en le répétant. Le Prophète aurait dit, "la religion est conseil". Les savants du Diyanet nous conseillent donc de nous éloigner de ces situations à risque. Principe de précaution.
Les premiers "refuseurs", dans ces moments-là, sont toujours les mêmes: certains musulmans dont le discours se fait un point d'honneur de dénoncer l'obscurantisme "diyanetal". La critique est la bienvenue. Mais. Il s'agit là de religion; l'art est difficile, la critique doit au moins être consistante, c'est la moindre des choses. La fatwa ne me plaît pas, le coeur pousse donc la bouche à la dissidence. Il ne m'est jamais venu à l'idée de dénoncer le sort des femmes dans le judaïsme (la question de la "pureté familiale" et surtout celle du divorce). Tout simplement parce-que mon interlocuteur n'est pas de ce monde. Comment dépouiller un texte ? Ca ne m'intéresse pas, donc je me tais. Je ne bataille jamais pour le plaisir de m'essouffler; on ne peut pas faire comme si Dieu n'avait pas posé ces règles. Je ne lutte pas contre Lui, désolé. J'accepte ou pas de pécher. Point.
Le monde des convictions révélées est toujours difficile; mais heureusement la liberté de quitter sa foi existe. On reproche donc à des théologiens de dire la Vérité divine. Mais non, c'est un commentaire, rien n'interdit le parfum ou les rencontres mixtes dans l'islam, voyons, tout cela ne vise qu'à assommer, à petit feu, la République laïque, moderne, démocratique, sociale, blabla. Sans doute. La question est moins de savoir s'il est interdit de s'asperger ou de serrer la main d'une femme que de savoir réagir avec adresse.
La créature donne des leçons de psychologie et de savoir vivre à son Créateur; Tu as mal fait: l'embrasement des sens n'existe pas, c'est Freud qui a déconné. Le monde a changé, mais tu vis où ? C'est vrai en plus. Mais il faut un peu plus d'arguments pour me convaincre que l'Homme a changé. Tout rappelle la volupté dans ses gestes et ce, depuis l'origine: l'envie de séduire, l'habillement, le parfum (tiens le revoilà), les paroles, le physique, etc. Si Dieu le pense, c'est qu'Il doit en savoir des choses sur nous ou sur ses "Mes".
La sincérité dans toute chose est un principe fondamental à mes yeux; j'observe que la tiédeur (dans tout domaine) permet d'avoir la critique facile. A une époque, on évoquait l'exemple de saint Jean qui donnait le baptême sans l'avoir reçu. Si les pécheurs ou les aspirants pécheurs savaient... Rien n'empêche la commission du péché, pas même le Coran. Je pèche souvent mais je reste honnête; je n'habille pas mon impair. Je l'avoue. Faute avouée est à demi pardonnée.
Quatre hommes et un caporal, heureusement, ne suffisent pas à ébranler quoi que ce soit.
Lorsque l'offensive intellectuelle branle du manche, il faut soit s'en branler soit reprendre le manche. Je préfère jeter l'éponge; la cervelle d'en face n'accepte que les conforts. C'est si facile de faire le coq. L'Homme est ainsi fait: il crache en l'air pour amuser son ego. Une scène à se lécher les doigts pour le Déchu.

dimanche 25 mai 2008

Le Liban a trouvé son Chrétien, la Turquie emprisonne son Musulman le plus illustre

Nabih Berri a enfin ouvert les portes du Sérail. Les députés n'arrivaient pas à tenir leur séance pour élire le Président de la République. Il nous a importunés pendant tant de temps. Le système institutionnel libanais est un véritable dédale. Le Président de la République est un Chrétien (maronite), le Président de l'Assemblée un Chiite et le Premier ministre un Sunnite. Mais ils sont tous Libanais. En Iraq, on mélange ethnie et religion; le Président de la République est un Kurde (l'ancien troglodyte Talabani), le Vice-Président un Sunnite et le Premier ministre un Chiite.
L'exaspération due à cette énervante attente (je déteste les vides institutionnels) m'avait poussé à soutenir le Cardinal Sfeir; un ami Libanais, chrétien orthodoxe, en était presque offusqué. Pas lui; or un cardinal-président aurait été si bien. Le Général Michel Sleimane (ou Souleyman) est l'heureux élu.
Pour une fois que le passage du treillis au costume trois-pièces se fait sans indignation (le troisième militaire à devenir Président), ne boudons pas contre leur intérêt. D'ailleurs, les dirigeants arabes se sont joints à la "liesse". Le Premier ministre turc faisait partie de la fournée. Les Turcs commencent à se voir une puissance dans la région. On voit le Grand Turc intervenir au Liban, dans les relations israélo-syriennes, en Iraq, dans le Caucase. L'époque du "beurre" est en passe de s'évanouir. Très bien. J'ai toujours pensé que la Turquie devait avoir un siège permanent au Conseil de sécurité. Bon début. Grâce au Jean-David Levitte turc, le Professeur Ahmet Davutoglu.
Alors que tout le monde se réjouissait, un des Cheikh libanais Fethi Yeken a lancé un "ultimatum" au Président turc Gül et au Premier ministre Erdogan; il veut qu'ils empêchent l'emprisonnement de l'ancien Premier ministre turc Necmettin Erbakan, le père spirituel des deux dirigeants. Un islamiste patenté. On comprend la sollicitation. Erbakan a été condamné pour avoir refusé de rendre les fonds versés par le Budget alors que son parti venait d'être interdit. Une subtilisation qui lui avait aliéné une partie de ses sympathisants (mon père avait déployé des efforts incalculables pour défaire ma mère de sa fidélité olympienne). L'imam libanais a dû mettre mal à l'aise les anciens disciples. Coupe court !
Bref tandis que les uns célébraient l'élection de leur Chrétien, les autres mettaient en prison (ou plutôt en résidence surveillée) un ancien Premier ministre, héraut du "nouvel ordre" à teinte islamiste. Et c'est un Libanais qui a pleuré le premier. Que dire ? Les deux saints du jour.

Schindler liste

vendredi 23 mai 2008

L'incontinence des juristes turcs

La faconde juridictionnelle est à son comble en Turquie. Les juristes se bousculent pour lâcher deux trois mots. C'est monnaie courante ici; en France, le ton est presque le même mais la méthode est plus solennelle: un rapport annuel qui résume leurs positions. En Turquie, les magistrats sont impatients, ils préfèrent prendre position.

Le Vice-Président de la Cour constitutionnelle a ouvert le bal; il s'est plaint de faire l'objet d'écoutes téléphoniques. Illico, ministre de l'Intérieur et ministre de la Justice se sont raclés la gorge. Mais ont parlé vaguement de coïncidence, d'opérations policières baclées à cause de l'impertinence du juge constitutionnel. Bref, incompréhension. Mais ce haut magistrat n'a pas hésité à remuer ciel et terre pour trouver un coupable; il a drôlement convoqué le préfet de police. Celui-ci en a perdu son latin. Un psychiatre a proposé à M. le Vice-Président de se déporter. Son cas serait pathologique.



Ensuite, c'est le Président du Haut Conseil aux Elections qui s'est manifesté; il a rappelé sereinement que rien n'interdisait à M. le Premier Ministre, en cas d'interdiction de son parti, de continuer son combat politique en simple député indépendant. Presque un pied de nez, mais il était sincère; opération de sauvetage ont dénoncé certains. Le juge a déjà tranché le litige in abstracto.















De son côté, le Président de la Cour constitutionnelle a essayé de deviner la solution qu'il va donner avec ses pairs: puisqu'ils sont tous compétents, personne ne devrait douter du sens de leur décision; elle ne pourra renforcer que la démocratie et la laïcité. Propos à double tranchant. Tout le monde comprend ce qu'il veut. Mais l'émoi est identique: le juge aurait déjà donné sa décision avant même d'avoir scrupuleusement analysé les charges du "proc". Un réflexe; leur teneur rebute le lecteur.



Enfin, la Cour de cassation a préféré donner le bal; elle a tout bonnement publié une déclaration au "Grand peuple turc"; elle se désole des pressions exercées sur la justice turque: les responsables européens, les intellectuels, les partisans de l'AKP, etc. interviennent dans notre conscience disent-ils. Elle demande, en outre, de laisser tranquille la grande soeur, la Cour constitutionnelle. Enfin, elle défend son parquet audacieux et s'en prend, dans un élan schmittien, aux obscurantistes qui font tomber une à une les tourelles. La réception est toujours aléatoire: pas pour le CHP qui rallie, sans état d'âme, toute déclaration officielle; il publie immédiatement une déclaration de soutien en ricanant comme un peigne. L'avenir est dans le chaos. Les recteurs ne sont jamais en reste dans ces moments-là. D'aucuns applaudissent: la justice résiste férocement aux tentatives anti-kémalistes; comment ne pas être conscient du "fascisme à calotte" ambiant !




On vient d'apprendre que le Conseil d'Etat a publié un commentaire du texte de la Cour de cassation; il rappelle que le Gouvernement aurait dû se dresser contre les pressions européennes. Soit. Il a raison; mais une protestation doit se faire à chaud. Tout le monde se regarde: ça date de quand déjà la déclaration d'Olli Rehn ? Peu importe: le Conseil d'Etat s'est prononcé, attachons-nous au texte; d'accord mais les boursicoteurs font la moue. Un Conseil d'Etat hostile au Gouvernement, on rêve: les conseillers d'Etat français en sont émus et presque jaloux.

Lorsque le Président Sarkozy avait demandé conseil au Président de la Cour de cassation, celui-ci n'a pas eu l'idée de publier une déclaration en catastrophe; il a dit "oui mais", l'élégance française. Même le rabrouement a un code.

La Haute robe se rebiffe, il ne manquait plus qu'eux. Un memorandum chasse l'autre. Un crêpage de chignon institutionnel, Montesquieu en aurait pleuré. Où se plaindre ? Les juges sont devenus parties... Obstinons nous à compter les clous de toutes les portes officielles; le système juristo-strato-laïcistocratique périclitera bien un jour. Entretemps, le gouvernement des juges cède sa place: ils veulent désormais la souveraineté; répétons-le, dura jurisprudentia sed jurisprudentia... On se dupe comme on peut. Du bout des dents.

lundi 19 mai 2008

A bâtons rompus

Önder Sav est le "secrétaire général" du CHP, Parti républicain du peuple (gauche nationaliste). Je n'avais aucune raison particulière pour me pencher sur son cas: du CHP, vieux, effacé, dogmatique, etc. Un homme de l'ombre, nous dit-on; mais un avocat de formation et ex-bâtonnier de l'ordre national des avocats.
Un lieutenant de Deniz Baykal, le président. En Turquie, les partis de gauche ont des "présidents" à leur tête; en France, on préfère "secrétaire général" ou "porte-parole", ça sonne moins "institution", plus "organisation". Le primus inter pares. Un honneur dans le jargon de la gauche française. D'ailleurs, l'actualité nous le prouve, le défilé a commencé. Presque une sornette en Turquie, on préfère "Président", sans discussion. Le monde prône la modération dans la titulature: "secrétaire général de l'ONU", "serviteur des serviteurs de Dieu", "serviteur des Deux Saintes Mosquées", "porte-parole de la LCR", etc. D'autres préfèrent les qualités ronflantes: "Guide", "Commandeur", "Protecteur", etc. Les secrétaires généraux des partis politiques turcs sont des secrétaires; point.
Revenons à ce fidèle; on l'a entendu conseiller tout de go à un vieux militant qui, naïvement, lui a glissé qu'il s'apprêtait à se rendre au pèlerinage à La Mecque vu son âge avancé, de ne pas se laisser chiper par les Saoudiens et dire d'un air taquin "Vas-y, peut-être que Muhammad ne te laissera pas". Digne du valet du diable. Ou du diable en personne, celui qui bat sa femme et marie sa fille. Lors de leur dernière campagne électorale, provoquée par leur opiniâtreté désormais proverbiale, la direction n'avait pas hésité, une seconde, de distribuer des foulards et de brandir à l'endroit du Premier ministre : "La religion est à nous, pousses-toi !".
Mon père, gonflé d'une aversion dégoulinante contre la clique CHP, n'en demeurait pas moins béat devant l'exploit de Baykal d'avoir fait du CHP, un parti de "Tcherkesses"; en liquidant tout élément kurde et alévite. Lui, l'avocat Önder Sav, le médecin Haluk Koç (aujourd'hui dissident), le diplomate Onur Öymen, l'ambassadeur Inal Batu (aujourd'hui transfuge), le syndicaliste Mehmet Cevdet Selvi, etc. La crème tcherkesse.
Heureusement, l'esprit de clocher ne suffit pas à soutenir un parti politique. Cette sortie du secrétaire Sav est imbuvable pour les uns, inoffensive pour les autres, inutile pour tout le monde. Je ne sais pas trop quoi en penser: effusion du coeur ? profonde réflexion ? blague "moderne" ? Entre l'AKP, taxé d'islamiste et le CHP, comptabilisé dans la liste des partis religieusement tièdes, on ne sait plus où se tourner. Côté CHP, c'est l'encéphalogramme plat, bizarre, ils ont réponse à tout en général.
Ne serait-ce pas une grave gaffe, cette fois-ci ? Abracadabrantesque. On ne badine pas avec la religion en Turquie; c'est une sorte de respect naturel comme il est coutume de respecter le Président de la République. Allez je reprends la phrase de mon père: "vivre en Turquie, c'est une chose qu'ils n'ont jamais comprise". Jadis, ils passaient leur temps dans les bals; aujourd'hui, ils ne sortent pas des salons. Un parti de gauche rempli d'ambassadeurs, ça vient peut-être de là, allez savoir...

jeudi 15 mai 2008

"Parodie de démocratie"

Telle a été l'expression utilisée par un député qui, à raison, s'est offusqué du passage en force du gouvernement sur le projet de loi sur les OGM. Sur une question de procédure, un texte d'importance tombe; mais heureusement rattrapé par le gouvernement et lancé avec célérité à la Commission mixte paritaire.
La démocratie est déjà parodique depuis bien longtemps, ressortir les mouchoirs, oui mais pas pour s'essuyer les yeux. Les postillons seulement. La démocratie moderne ne permet qu'une chose: palabrer. Le Parlement est Tribunat pour l'opposition et Corps législatif pour la majorité; un temple bruyant mais atone.
Pour une fois que la théorie se faisait pratique, les députés eux-mêmes étaient gênés. Pour un "projet de loi", c'est vrai que ça gêne. Une obscure proposition, on aurait compris, mais là un texte qui vient du Gouvernement ! J'ai toujours eu du mal à comprendre la fonction des députés dans un système "rationalisé" comme il est coutume de dire. Les uns payés à lever la main ou appuyer sur un bouton et les autres à tonitruer. La France doit importer le système américain: des partis fantomaux, des députés puissants. Régime des parlementaires. Un système de compromis permanent, voilà la solution. Les députés ont réfléchi, demandé conseil, tâté le terrain et finalement voulu dire NON. Mais lâchement; ils ont "voté avec leurs pieds". Une parodie dans la parodie.
Le NON n'a donc été ni franc ni massif. A une voix près. J'aime bien quand les choix se font à une voix près, c'est presque du solennel, le vote se drape dans une teinte historique (Louis XVI, amendement Wallon).
C'est un "incident regrettable" a lâché le Premier ministre. Lorsqu'un vote est qualifié ouvertement d'incident par celui qui, théoriquement, est le premier exécuteur des volontés du Parlement, il faut bien s'interroger. Mais pas s'effaroucher. C'est de la garniture, rien de mal. On n'arrive même pas à s'indigner tant la démocratie est superbement bafouée. Ailleurs, on parle de "démocratie dirigée", "démocratie autoritaire", "démocratie de discipline", etc. Les épithètes valsent, la notion demeure. En France, la démocratie parodique fera l'affaire.
Même les jeux avaient des règles, à ma connaissance. Faites au moins attention à l'apparence, essayons au moins de jouer une parodie de démocratie, est-ce trop demander ?

lundi 12 mai 2008

Les catastrophes et l'art de faire sa loche

L'expression fait florès. Une sorte de sac poubelle où il est diplomatiquement sain de lancer les "situations" qui dérangent et qui perdent leur identité propre pour recouvrer celle de "catastrophe". Sa Sainteté Benoît XVI a reçu son homologue spirituel, le Patriarche de tous les Arméniens, Karekin II. Evidemment, là où se trouve un Arménien, il est coutume de prononcer le fameux mot. Tout officiel arménien qui se respecte tente toujours d'arracher ce mot à la bouche de son interlocuteur. Les présidents américains refusent à l'unisson. Ils préfèrent "les événements de 1915".
Karekin II est rentré bredouille du Vatican; le Saint-Père brisant la tradition de Jean-Paul II, la prononciation unique (celle de 2001) devient immédiatement tradition pour ces mots qui mettent longtemps à sortir, a opté pour "grande catastrophe". Le soutien des enceintes fait toujours du bien, tant pis pour cette fois. Les années reviennent, les commémorations portent bien leur nom, les tentatives insistantes et presque racoleuses ne font jamais rougir ceux qui les font, l'habitude efface toujours les vertus. Une affaire de mémoire qui peine à prendre sa vitesse de croisière. Les Turcs applaudissent dans ces cas-là: être pingre en mots est une qualité inestimable en diplomatie, aiment-ils lancer au Pays du martyre.
Le mot "catastrophe" me rappelle toujours l'histoire des Palestiniens. La fameuse Nakba. Le retour des antiques propriétaires. Eh oui, soixantième anniversaire cette année. Une histoire de droit de propriété qui s'éternise. La série a dérapé en une suite de films. Chaque scène coupe les ponts avec le passé. Sans queue ni tête.
Quarantième pour une autre forme de catastrophe, Mai 68. D'emblée, je m'explique: je suis neutre par rapport à cet événement. C'est joli, dans la forme, le désir sexuel fait faire des révoltes. On ne se bouscule plus pour remplir l'estomac, du moins dans cette partie du globe mais pour vider nos organes; être libre, moins lourd, plus frivole; l'oisiveté, un droit de l'homme. Mais "l'oisiveté enseigne tous les mauvais tours" pleurent les religieux. Soit. Chacun voit midi à sa porte.
En réalité, la liste des catastrophes est longue: en Birmanie, en Chine, en Iraq, au Zimbabwe, en Biélorussie, ici, là-bas, au Parti socialiste, etc. Certaines de mes connaissances pensent à la mort de Louis XVI dans ces moment là; moi, je reste fixer sur celle du petit cheval. Tout ce dérèglement mène à l'ultime catastrophe, je vous le dis. A force de compter ses signes avant-coureurs, je me suis mis à courir derrière elle; je la vois partout. Un délire eschatologique. Nous sommes aux premières loges...benden söylemesi.

vendredi 9 mai 2008

Que faire ?

Un terrible typhon a gravement secoué la Birmanie. On parle de plus de 100 000 morts et d'un million de sans abris.
Les jours passent, la junte demeure. Et comment ! Les aides doivent passer par un filtrage; mourir plutôt que de se sustenter des mains de l'ennemi . Non, même pas ça. L'orgueil n'a rien à voir dans cette affaire. C'est le pouvoir qui bronche. On n'ouvre pas le pays. C'est presque risible, "güler misin aglar misin" disent les Turcs, "on pleure ou on rit". Les avions atterrissent; on s'empresse de les vider, mais seulement les "aides matérielles" (et financières bien évidemment). Les équipes sont renvoyées, surtout pas d'étrangers, de témoins, de secoureurs. Les militaires ont raté leur stratégie; leur pouvoir s'appuie sur les forces de l'ordre; or ces forces sont elles-mêmes victimes, directes ou indirectes, de la catastrophe. Ils avaient une occasion pour briller; c'est un gâchis. Un peuple délaissé au nom du pouvoir. C'est une question de survie pour tout le monde.
Une catastrophe dans la catastrophe a déclaré le Ministre Kouchner. On fait la guerre ? Non, non. On active la "responsabilité de protéger", nouveau nom de l'ingérence humanitaire ? Non, non ont répondu en choeur Russes, Chinois, Libyens, Vietnamiens et Africains du Sud. Une histoire de calculs, encore une fois.
Comment ne pas être en colère ! La tornade a tout paralysé: les ponts, les habitats, les routes mais la junte, droite dans ses bottes, fait toujours cocorico. Un cocorico d'honneur. Inchallah.

mardi 6 mai 2008

Le droit à l'alimentation, la relève.

Le rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation a changé: un juriste succède à un sociologue. A entendre mon prof de droit qui côtoie les deux, ils sont brillants. On regrette le tonitruant Jean Ziegler, on adore déjà le "prof" Olivier de Schutter. Celui-ci envisage de demander une session extraordinaire au Conseil des droits de l'Homme pour se pencher, spécialement, sur un droit économique et social. Bonne idée.
On parle actuellement d'une crise alimentaire, de l'augmentation du prix des matières premières, de l'apparition indue des biocarburants ("crime contre l'humanité" selon Ziegler), de la famine, du désordre planétaire, des appels lancés par le secrétaire Moon, etc. Bref, on a faim ou on aura faim. L'appel de Schutter tombe donc bien à propos. Jean Ziegler avait fait ses comptes: on est capable de nourrir, actuellement, 12 milliards de personnes. Or, le tiers de nos semblables sont invités à dormir; qui dort dîne. Ziegler a lâché en bonne logique: "ce sont des assassinats". Nous sommes des assassins.
Chirac disait que le premier des droits de l'Homme, "c'est de manger, d'être soigné, de recevoir une éducation et d'avoir un habitat". Cette déclaration avait été très critiquée en son temps; elle contrevient à la théorie qui veut que les droits de l'Homme soient indivisibles et interdépendants; elle visait aussi à promouvoir l'excellence du Sieur Ben Ali en ce domaine. Trêve d'idéologie. Il a un peu raison. Un "new deal" s'ompose, nous dit Robert Zoellick. Olivier de Schutter semble être une bonne épaule. Ce n'est pas moi qui le dis, oh que non, mais les observateurs. On ne va pas tout de même parler latin devant les clercs. Point de pas de clerc.

jeudi 1 mai 2008

Bouddhisme et soufisme, même combat ?

Un petit moment de déprime (la rédaction du mémoire m'étouffe) m'a poussé à "essayer" de comprendre la philosophie bouddhiste. A peine ai-je trouvé un bouquin sur la "Sagesse du bouddhisme tibétain" (de sa Sainteté) que mon frère m'a glissé une brochure sur "Rûmî et le Chemin soufi de l'Amour". Belle coïncidence. Courte épopée, malheureusement, l'autre "bouquin", le mien, me regardait avidement dans les yeux. Pourrais-je supporter la thèse ? Je me pose des questions.
Ces questions, je ne pouvais pas me les poser auparavant; plan d'avenir tiré au cordeau, nature bilieuse, ambition à couper au couteau, préparation studieuse à un hypothétique grand poste, etc. ; bref, creuser sa fosse avec sa tête. Le mysticisme était loin de moi, ça me la coupe.
Voilà donc deux orfèvres en la matière. Comment rester insensible quand Bouddha et Rûmî vous font aigle ? Le but est simple: obtenir la paix intérieure. Comment ? En éliminant la souffrance. Qui dit mieux ! En réalité, le but est presque subversif: faire peau neuve, donner un coup de peigne à l'âme. Le bouddhisme est un soufisme sans dieu; une "philosophie" orientée vers l'humanité d'où le rôle majeur de la compassion, "l'étreinte universelle" chez Rûmî.
Les deux parlent de la "libération", parvenir à l'Eveil pour l'un (le très fameux "nirvana"), devenir Insan-i Kâmil (l'homme parfait) pour l'autre.
Le bouddhisme vise à éliminer les "perceptions erronées" de la réalité (ce que le Dalaï-Lama appelle "la souffrance omniprésente") pour écarter, in fine, les "émotions perturbatrices". En gros, comme on a du mal à percevoir la nature profonde de la réalité du fait de nos préjugés, on tombe dans la colère, le désir, la haine, etc. Solution: le nirvana c'est-à-dire la connaissance; une sorte de jetée dans le gouffre pour tenter de "prendre conscience de l'absence de fondement total de nos points de vue erronés" qui passe par la compréhension de la "vacuité", de la "nature illusoire de la réalité". Tout est affaire de perception sujective puisque rien n'est doté d'une existence intrinsèque, c'est "l'absence de soi". Bref, méditation, entraînement et transformation mentale.
Le mevlevisme (ou soufisme) prône la libération à travers la rencontre avec Dieu : "depuis le jour où tu arrivas dans ce monde de l'existence, une échelle a été placée devant toi afin que tu puisses t'échapper". Comme dans le bouddhisme, la souffrance ne peut être surmontée que par la connaissance; il s'agit de la connaissance de Dieu. Entretemps, il pratique le "sema", le tournoiement accompagné du "ney", la flûte en roseau, le soupir de l'amour. Derechef, méditation, entraînement et purification.
J'avoue que lire à la source vous transporte; le hic, c'est la descente. La réalité est si morne. Je l'ai toujours pensé, la vie est dans les livres, je tire mon chapeau aux Eveillés, le chemin des écoliers, c'est connu, c'est le chemin le plus long.
Bout de chemin avec, chemin de boue sans, il n'y a pas photo. Il faut chiader, "les humains sont des créatures dotées d'ailes d'anges attachées à la queue d'un âne", dixit Mevlâna.